Tôkyô Love Story | 東京ラブストーリー

Maintenant que j’ai enfin terminé de vider tous mes dossiers de fictions japonaises, que regarder ? Le choix est tellement vaste ! Je n’ai pas tergiversé très longtemps et décidé de me lancer dans quelque chose qui me tentait depuis un moment : une exploration en bonne et due forme des travaux du scénariste Sakamoto Yûji (Soredemo, Ikite Yuku, Saikô no Rikon). Pour bien commencer, j’ai testé une de ses premières séries, la plus ancienne disponible sous-titrée, Tôkyô Love Story. À l’origine se trouve un seinen manga en quatre tomes de Saimon Fumi. Son adaptation télé se compose de onze épisodes de quarante-cinq minutes chacun passés sur Fuji TV entre janvier et mars 1991. Elle bénéficia lors de sa diffusion d’un succès plutôt considérable et doit encore demeurer dans les mémoires de plusieurs téléspectateurs. Aucun spoiler.

Nagao Kanji, vingt-quatre ans, quitte sa campagne pour Tôkyô afin d’intégrer un poste à responsabilités dans une entreprise d’équipements sportifs. En arrivant à la capitale, il retrouve avec bonheur deux grands camarades d’enfance et rencontre une de ses collègues, la sémillante Akana Rika tombant immédiatement sous son charme. Mais lui en aime une autre… Ce quatuor commençant alors à entrer réellement dans la vie active connaît ses bas, ses hauts, ses doutes et ses joies, mais toujours avec l’amitié et l’amour en toile de fond.

Tokyô Love Story représente ni plus ni moins que l’essence de la comédie romantique japonaise en vogue autour de la première moitié des années 1990. Elle a beau avoir avancé en âge, elle conserve des qualités formelles et son style suranné la rend plus attachante à sa manière. Car ne le nions pas, le kitsch ne l’épargne pas avec ses vestes à épaulettes, ses coiffures très structurées, sa musique de Hinata Toshifumi (Buzzer Beat) parfois riche en synthétiseurs et cette atmosphère d’antan si particulière – avec une propension à fumer partout et continuellement ! Malgré tout, cet aspect démodé ne gêne pas et participe au succès de cette recette transcendant facilement les générations. Si la scénographie accuse le poids des années, le scénario, lui, n’a pas pris une ride et se veut peut-être plus actuel que ceux présentement visibles dans le petit écran nippon. La série se montre effectivement assez libératrice sur certains points, notamment avec celui de la place de la femme dans la société, élément cher à Sakamoto Yûji. Le sexe n’est pas occulté ou diabolisé, mais traité de façon bien plus ouverte qu’avec les travaux d’aujourd’hui. L’ambiance alterne ainsi entre humour, drames, réflexions sur des thématiques universelles, et privilégie des histoires d’amour plutôt réalistes, sans trop verser dans le sentimentalisme ou les rebondissements capilotractés. Son rythme perd de son allant vers le dernier tiers et souffre de développements inconsistants, mais cela n’annule en rien les autres atouts. Au bout du compte, cette sorte de chronique sociale à l’atmosphère un peu nostalgique prouve qu’avec un récit finalement classique et une écriture parfois un peu inégale, il est encore possible de surprendre, de divertir, de toucher et de fédérer. Pour la petite anecdote, Last Christmas du même scénariste fourmille de références et clins d’œil à Tôkyô Love Story.

Le quotidien dans la préfecture d’Ehime, sur l’île de Shikoku, n’a rien à voir avec le tumulte tokyoïte. Forcément, à peine Kanji a-t-il mis les pieds hors de l’avion qu’il est soufflé par les vrombissements de cette ville ne s’arrêtant jamais. Il faut dire que la collègue l’accueillant à l’aéroport, Rika, ne lui laisse pas du tout l’opportunité de respirer. L’audience comprend très vite que l’histoire se focalisera autour de ces deux. La jeune femme est aussi boute-en-train et franche que son pendant masculin s’avère indécis et presque pleutre. Ayant passé plusieurs années aux États-Unis, elle ne ressemble pas totalement à ses compatriotes et se révèle bien plus directe. La perspicace Rika n’est autre que la lumière de Tôkyô Love Story, celle forçant les évènements et n’attendant pas que la roue tourne. Elle a tout de suite le coup de foudre pour Kanji, se permet de le surnommer Kanchi sans lui demander son avis, n’écoute pas les ragots la concernant au travail, trace sa route et secoue son amoureux pour qu’il réalise sa chance d’être aimé par une personne comme elle. Derrière cette assurance se cachent toutefois de nombreuses hésitations et fragilités. L’enthousiasme de Rika n’est qu’une façade pour mieux dissimuler ses faiblesses. Elle tend la main à ce naïf Kanji dans l’espoir qu’il la prenne, la soutienne, et qu’ils forment un véritable couple. L’interprétation enjouée de Suzuki Honami (Kono yo no Hate) apporte beaucoup à cette piquante et fidèle office lady. Oda Yûji (Mayonaka no Ame) campant le fameux campagnard n’est pas en reste et l’alchimie entre les deux acteurs constitue le sel de Tôkyô Love Story. Les deux héros se chamaillent et plaisent pour leur naturel, leurs petits codes truculents comme le téléphone imaginaire, et cette sensation qu’ils sont faits l’un pour l’autre. Sauf que Kanji est entiché d’une amie de jeunesse depuis plus de cinq ans. Et maintenant qu’il est à Tôkyô, il meurt d’envie de la revoir… Dommage qu’il finisse par agacer un peu en raison de sa versatilité causant plus de mal que de bien. Certaines de ses réactions laissent perplexe et le rendent difficile à cerner. La conclusion totalement inattendue risque justement de décevoir beaucoup, bien qu’elle s’arme en même temps d’un message féministe assez émancipateur, surtout au vu de la date de création de cette production.

Quelques autres personnages détiennent un rôle primordial au sein de cette série dynamique. D’Ehime viennent aussi Mikami Kenichi, le séducteur étudiant en médecine, et Sekiguchi Satomi (Arimori Narimi), la douce institutrice Satomi. Avec Kanji, ils formaient à l’époque un trio plutôt inséparable et puisqu’ils sont maintenant réunis, ils décident de se retrouver et de discuter du bon vieux temps. En vérité, ils se taisent les uns les autres leurs propres sentiments. Kanji aime Satomi qui elle aime Kenichi qui lui, eh bien, ne paraît pas trop savoir ce qu’il souhaite. Comme toute romance qui se respecte, celle-ci n’hésite pas à jouer les triangles, voire carrés amoureux. S’y ajoutent en filigrane une collègue de Kenichi, la sérieuse et pragmatique Nagasaki Naoko (Sendô Akiho), semblant condamnée à devoir suivre les directives de sa famille fortunée. Tôkyô Love Story ne bouscule absolument pas les codes du genre avec les incompréhensions, les mensonges, les trahisons et les coups du sort. Les épisodes se perdent d’ailleurs un peu en fin de parcours et auraient mérité moins de délayement. Pour autant, en dépit d’une mécanique traditionnelle, le charme des acteurs, les diverses permutations des duos et le travail apporté à une caractérisation au départ légèrement stéréotypée permettent de passer outre – du moins, si les longs cheveux d’Eguchi Yôsuke (Shiroi Kyotô) dans le rôle du fieffé don Juan n’effrayent pas ! À force de se mentir à eux-mêmes et à leurs proches, les protagonistes patinent, se retrouvent dans des situations inconfortables et nourrissent des conflits nécessitant d’éclater. Quelques figures comme Satomi et ses yeux de chien battu manquent de relief, mais Rika éclipse à merveille ces moments plus rébarbatifs, même si cela ne l’empêche pas elle aussi d’agir curieusement. Le scénario traite avec beaucoup d’émotions, de sincérité et de tact les dynamiques unissant ces héros encore en pleine maturation, eux qui viennent quasiment de quitter l’impulsivité du bel âge pour pénétrer dans les difficultés adultes. Elle aborde également des questions intéressantes sur l’amour, l’impératif ou non d’occulter ses sentiments pour quelqu’un d’autre lorsque l’on est en couple, sur la pression involontaire d’un conjoint visiblement plus infatué. Son message général privilégie le réalisme et oublie l’idéalisme souvent en vigueur au début des relations amoureuses. Somme toute, la fiction en dit long sur la jeunesse nippone de la fin des années 1980, celle jouissant de cette période dorée et insouciante, avant que le pays n’entre dans une zone de turbulences socioéconomiques.

Pour résumer, Tôkyô Love Story ne trompe pas sur ses intentions puisqu’elle dépeint avant toute chose des romances se déroulant en milieu urbain et qu’elle permet en plus de ne pas se révéler totalement prévisible. Bien qu’elle ne sorte pas vraiment des sentiers battus avec ses ingrédients déjà éprouvés ailleurs, elle les développe avec un certain talent, s’arme d’audace pour l’époque et propose une jolie comédie sentimentale conjuguant des séquences légères à d’autres plus chargées en émotions. L’énergie communicative de son héroïne moderne et fière de l’être apporte beaucoup de coffre à l’ensemble. Les amateurs du genre devraient donner sa chance à ce classique du petit écran japonais surtout que son visuel daté lui confère un charme authentique du plus bel effet. Et les hésitants pourraient aussi se laisser tenter, car malgré un cheminement approximatif et un étirement de l’intrigue, l’universalité des sujets risque bien de faire mouche, voire de séduire.

Par |2017-05-25T22:06:25+02:00juillet 19th, 2017|Séries japonaises, Tôkyô Love Story|4 Commentaires

Mop Girl | モップガール

À force d’entendre parler en bien de la comédie nippone Mop Girl, il fallait bien que je la récupère il y a de ça un bon paquet d’années. Toujours dans ma quête de tri par le vide de mes dossiers, je lui ai enfin donné sa chance. Elle s’inspire d’une suite de romans du même nom de Katô Miaki et comporte dix épisodes de quarante-cinq minutes chacun qui furent diffusés sur TV Asahi entre octobre et décembre 2007. Aucun spoiler.

Suite à une énième étourderie de sa part, Hasegawa Momoko est transférée à Little Angels, une compagnie de son entreprise s’occupant de services funéraires assez divers. Forcément, comme elle rêve d’organiser des mariages, la douche s’avère froide, mais elle est bien obligée de s’atteler à sa nouvelle tâche. La situation se corse drôlement, car elle possède un curieux pouvoir la forçant à remonter le temps quand elle touche une affaire appartenant à un défunt ayant pour lui une importance significative. Et vu son emploi actuel, elle ne peut guère y échapper ! La jeune femme choisit alors d’essayer de sauver de la mort ses clients ayant déjà un pied dans la tombe.

Malgré des critiques plutôt élogieuses et une distribution alléchante, j’admets que ce Mop Girl ne me disait rien qui vaille. Enfin, non, ce n’est pas tout à fait ça. Je suis persuadée qu’il y a plusieurs années, j’aurais sauté dessus et l’enthousiasme m’aurait envahie. Or, de l’eau a depuis coulé sous les ponts et je suis devenue extrêmement exigeante. Le format épisodique me rebute grandement et l’aspect parfois très codifié des séries japonaises finit par rapidement me fatiguer. Malheureusement, cette production ne sort pas du tout des sentiers battus et se contente de répéter inlassablement une formule éprouvée. Est-ce que cela signifie qu’elle se révèle mauvaise ? Absolument pas. Je crois finalement que je ne me trouve plus dans le public visé et si je n’ai pas du tout souffert au visionnage, j’attends davantage d’une fiction. Je comprends donc parfaitement les louanges puisque la recette fonctionne rondement grâce à un duo attachant et je regrette presque de ne pas l’avoir regardée plus tôt. Tant pis pour moi. Sans surprise, tout s’y veut classique et la réalisation ne le dément pas. La musique de Yoshikawa Kei (Voice) habillement convenablement les images à défaut de se montrer mémorable en dehors d’une mélodie mélancolique très réussie, et la chanson du générique de début, Destination Nowhere de l’actrice Sawajiri Erika, effectue tout aussi correctement son travail. Bref, rien ne vient troubler le cahier des charges habituel.

Chaque épisode se déroule de la même manière. Un individu décède dans des circonstances tantôt mystérieuses, tantôt tragiques ; les employés de Little Angels sont appelés sur les lieux pour nettoyer cette scène de mort. Contre toute attente, cette profession n’a rien de farfelu et existe bel et bien au Japon, pays où les oubliés ne sont pas si rares que ça. Toutefois, ici tout est édulcoré puisque l’idée est de faire rire l’audience, pas de la déprimer. Ne comptez donc pas sur des séquences glauques ou racoleuses. À la place, la fine équipe de bras cassés de cette compagnie classe les papiers, jette des affaires, envoie le cadavre à la morgue, etc., tout cela sans jamais choquer qui que ce soit. L’héroïne finit évidemment par toucher un objet ayant une valeur significative aux yeux du trépassé, entend des bruits stridents et retourne quelques heures, voire jours en arrière. À partir de là, elle décide de tout mettre en œuvre pour sauver la pauvre victime et n’en rate pas une pour cumuler les gaffes, tout en requérant l’aide d’un de ses collègues narcissiques. Ce concept détient plusieurs similitudes avec celui de Tru Calling si ce n’est que l’approche, elle, n’a rien à voir. Mop Girl s’apparente sans conteste à une comédie familiale. Le pouvoir particulier de cette voyageuse malgré elle ne sert que de prétexte pour alimenter les scénarios et n’injecte pas de vraie dimension fantastique. En dépit d’un rebondissement inattendu, la nature et l’origine de cette compétence ne sont que vaguement esquissées, l’accent étant surtout placé sur de la morale facile, du sentimentalisme gratuit et l’alchimie patente des deux protagonistes. Avec ce type d’écriture très schématique, il est logique que les visages familiers s’y multiplient. Notons par exemple la présence de Kubota Masataka, Abe Tsuyoshi, Katagiri Hairi, Sakamoto Makoto…

La petite vingtaine, Hasegawa Momoko est une femme impulsive, maladroite et n’en ratant pas une pour se faire remarquer. Pour autant, elle a très bon fond et n’hésite jamais à donner de sa personne pour venir en aide aux autres. Quand elle est mutée à Little Angels, elle tique parce que cet emploi n’a plus rien à voir avec son rêve d’organiser des mariages. Cette modeste structure la force en plus à composer avec son pouvoir auquel elle n’avait jamais été vraiment confrontée jusqu’à présent. C’est la pétillante Kitagawa Keiko (Buzzer Beat) qui incarne cette héroïne adorable, joviale et fascinée par le culturisme. Ses collègues s’avèrent tout autant bigarrés qu’elle entre son patron bienveillant (Satô Jirô – JIN), la sérieuse à la blouse cachant un tempérament flamboyant (Ikezu Shôko) et deux insipides joués par Takaoka Sôsuke (Saru Lock) et Natsuna (Jun to Ai). Sans oublier l’égocentrique obsédé par les femmes occidentales, le génial Ôtomo Shôtarô campé par un Tanihara Shôsuke (Magerarenai Onna) en très grande forme. Ce dernier et Momoko passent leur temps à se railler et se disputer, mais ils s’affectionnent et semblent au bout du compte grandement s’amuser. Tout au long de la fiction, les deux partenaires se lancent donc dans des missions de sauvetage de défunts, bien que Shôtarô n’ait aucune idée des capacités de sa comparse qu’il juge régulièrement usante, et préfère papillonner, en vrai cœur d’artichaut qu’il est. Elle ne le lui laisse pas le choix de toute manière en le menaçant de révéler ses penchants et mensonges. L’alchimie des acteurs injecte un vent rafraîchissant atténuant les lacunes scénaristiques. Car ne le nions pas, tout ce qui entoure les décédés reste convenu et prévisible, voire niais au possible. Seul le quatrième épisode change un peu la donne avec son ambiance amère et vraiment réussie. S’il ne fallait retenir qu’un unique élément, ce serait cette paire de choc qui dynamite la production à grand renfort d’un comique de répétition souvent drolatique. D’autres figures secondaires, comme la famille envahissante de Momoko et l’inspecteur assistant, participent à l’atmosphère décalée.

Finalement, la comédie Mop Girl repose avant tout sur l’entrain et la personnalité attachante de son héroïne gaffeuse remontant le temps pour venir en aide à des morts. Loin de révolutionner le genre malgré un postulat de base plutôt original, elle se contente de ressasser un canevas narratif similaire ayant de quoi poliment ennuyer. Sauf que le charme de son duo phare, les obsessions truculentes d’un narcissique adorable et la bonne humeur presque perpétuelle finissent par amuser à condition d’y aller par petites doses. L’objectif est par conséquent atteint puisqu’à défaut de provoquer un grand enthousiasme, cette série légère se révèle divertissante, surtout si l’on a un faible pour ces fictions japonaises à l’humour quelque peu stupide et gentillet ne lésinant pas sur les émotions gratuites.

Par |2018-07-06T18:00:17+02:00juillet 20th, 2016|Mop Girl, Séries japonaises|0 commentaire