Shukumei | 宿命

Si vous aussi vous pensez à Suna no Utsuwa dès que vous entendez le mot shukumei (destin en français), c’est que vous avez été bien trop marqué par cette série (et cela se comprend !). Ce n’est donc pas de cette symphonie en série dont nous allons parler aujourd’hui mais d’un tanpatsu intitulé Shukumei. Durant 113 minutes et diffusé le 26 décembre 2004 sur WOWOW, il est adapté du roman du même nom de Higashino Keigo (Byakuyakô, Meitantei no Okite, Bunshin, Genya, Ryûsei no Kizuna, Galileo, etc.), auteur normalement connu par les j-dramaphiles en herbe. Aucun spoiler.

Wakura Yûsaku et Uryû Akihiko partagent une certaine inimitié depuis leur enfance sans qu’il n’y ait de réelles raisons pour l’expliquer. Alors que leurs chemins ne se sont pas croisés depuis de nombreuses années, ils se retrouvent dans des circonstances dramatiques. Uryû exerce désormais en tant que neurochirurgien malgré la demande pressante de son entourage de diriger l’entreprise familiale et Wakura est devenu policier, reprenant la route tracée par son défunt père. Lorsque le meurtre d’un homme d’affaires est perpétré et qu’Uryû est vu comme le principal suspect, Wakura décide de diriger l’enquête. En se revoyant, plusieurs souvenirs font surface comme ceux concernant la femme qu’ils ont côtoyée à l’hôpital alors qu’ils n’étaient qu’enfants. Bien qu’ils n’aient jamais fait quoi que ce soit pour, ils réalisent que leurs existences sont étrangement liées. Or, lever le voile sur les multiples mystères les entourant pourra provoquer un vent douloureux et imprévisible.

Pour une fois ce n’est pas la chaîne, WOWOW, qui m’aura donné envie de regarder ce tanpatsu mais plus le fait que Higashino Keigo soit derrière l’histoire. Il réussit généralement à distiller un climat particulier alternant entre le suspense, le drame et les mystères. Techniquement, Shukumei ne rompt pas avec les sujets favoris de l’auteur car dans cet unique épisode, c’est la découverte de vérités cachées qui prime. Malheureusement, en à peine deux petites heures de temps il se passe beaucoup trop de choses, de nombreuses thématiques étant effectivement abordées mais aucune ne réussissant à convenablement convaincre. Difficile de savoir ce qu’il en est en réalité lorsque l’on n’a pas lu le roman mais il paraît assez évident qu’avec un tel matériel, il aurait été bien plus judicieux de ralentir l’afflux d’informations et de poser un minimum le cadre afin de le consolider. Dans ce cas précis, on ressent surtout une superficialité assez frustrante tant le potentiel n’est en aucun cas exploité.

Si Shukumei laisse au départ le téléspectateur croire qu’il s’agit d’une banale enquête policière où on y voit d’ailleurs dans un rôle tertiaire Mizukawa Asami (Yume wo Kanaeru Zô, Inu wo Kau to Iu Koto, Last Friends, Nodame Cantabile, Onnatachi wa Nido Asobu), il n’en est rien. De toute manière, le coupable paraît plus que prévisible. Est-ce le cheminement de l’inspecteur, Wakura, qui est important ? Oui et non. Ce sont effectivement les à-côtés de l’intrigue qui lui donnent un semblant de relief dont le point d’orgue est la confrontation entre ces deux hommes constamment rappelés par leur destin. Au renfort de nombreux flashbacks, le passé commun de Wakura et Uryû est dévoilé, eux qui se sont toujours comportés comme de véritables rivaux. Aussi brillant et intelligent l’un que l’autre, ils se ressemblent sur plusieurs points pour mieux s’opposer sur d’autres. S’ils ne se portaient pas dans leur cœur jusque-là, leur opposition va crescendo lorsqu’ils réalisent qu’ils ont des sentiments pour la même femme, Misako, jouée par Honjô Manami. Mariée à Uryû depuis quelque temps, elle a autrefois partagé une relation amoureuse avec Wakura sans qu’elle n’aboutisse en raison du départ de ce dernier pour Tôkyô. Ce n’est que lorsqu’Uryû est suspecté de meurtre que le trio se forme. Malheureusement, l’épisode peine à insuffler une véritable atmosphère, ou tout du moins à posséder un certain impact émotionnel, car on ne ressent jamais un minimum d’empathie pour ces personnages assez froids et moyennement travaillés. C’est d’autant plus valable pour le médecin incarné par Fujiki Naohito (Kôkô Kyôshi 2003, Shiawase ni Narô yo, Ichi Rittoru no Namida) tant il dégage une austérité et un côté blasé. Le constat se veut moins négatif pour Wakura, porté par Kashiwabara Takashi (Big Wing, Shôta no Sushi, Gotaisetsu, Hachimitsu to Clover, Itazura na Kiss, Byakuyakô, Shikei Kijun, Orange Days) mais il ne se veut guère particulièrement enthousiasmant. Au final, alors que l’on pouvait espérer craindre pour la liberté ou au contraire souhaiter l’emprisonnement d’Uryû, ou qu’inversement, on était en droit d’espérer voir Wakura retrouver la femme qu’il a toujours aimée, on se fiche royalement de ce qu’il peut se passer. Il en va de même concernant la tonalité plus sombre et supposément digne d’un thriller qui manque ici cruellement de consistance pour intriguer.

Le tanpatsu essaye de mener une sorte de jeu du chat et de la souris. Wakura est persuadé de la culpabilité de son ancienne connaissance et tente coûte que coûte de lui faire avouer son crime. Uryû quant à lui, accumule les actes étranges et donne l’impression de vouloir cacher une vérité qui ne demande qu’à éclater. Si celle-ci concerne une donnée bien particulière révélée dans l’unique scène possédant un minimum d’intensité, à savoir celle de fin, on croit pourtant que ce qui est important ne sont autres que les expériences scientifiques. Sugai Masaaki, joué par Yajima Kenichi (Shikei Kijun), a été assassiné, probablement par Uryû Akihiko pour une raison assez floue au demeurant. Au fil de l’épisode, l’intrigue finit effectivement par aborder le sujet de la recherche cognitive à travers des méthodes en vigueur il y a des années et qui ont depuis montré leurs lacunes à de trop nombreuses reprises. Pour la passionnée de neurosciences / psychologie cognitive que je suis, ce fut une bonne surprise bien qu’il ne faille pas s’attendre à des merveilles ici car tout est balayé d’un revers de main. Inlassablement, on en revient donc au fait que Shukumei dispose d’un matériel trop ambitieux pour son format et ne réussit jamais à en tirer parti, n’effleurant que la multitude des thèmes en vigueur. Quoi qu’il en soit, afin de laisser au moins sur une bonne impression, la fin est assez inattendue et s’avère maîtrisée en plus d’être marquante.

En dépit des défauts énumérés, les 113 minutes se laissent malgré tout facilement regarder en raison d’un rythme prenant et des thématiques certes abordées de manière insuffisante mais toutefois assez stimulantes pour qui apprécie les intrigues puzzle. En revanche, la réalisation est de qualité assez moyenne. 2004, ce n’est pas si loin que ça et ce Shukumei n’a probablement pas possédé un budget conséquent à l’époque mais l’ensemble sonne bien trop téléfilm de bas étage. La photographie est effectivement peu satisfaisante, les flashbacks revêtant par ailleurs une dominante vieillotte, le cadrage très basique et les bruitages trop présents et assez kitsch. La musique ne laissera pas de souvenir particulier, preuve qu’elle n’est ni déplaisante ni extraordinaire. Quant à la chanson de fin, Shukumei interprétée par Fujiki Naohito lui-même, elle demeure supportable bien qu’assez convenue.

En conclusion, Shukumei est un tanpatsu moyennement convaincant en raison d’un manque de densité évident et d’un survol frustrant des nombreuses thématiques abordées. L’épisode aurait gagné à simplifier son intrigue ou à s’étaler davantage dans la durée tant il n’inspire ici pas grand-chose car il peine à trouver ses marques. Si la forme est en outre peu captivante, le visionnage pourrait se révéler fastidieux mais ce n’est pas réellement le cas grâce à de multiples idées solides, un rythme assez soutenu et un duo d’acteurs relativement agréable qui peine toutefois à impliquer émotionnellement le téléspectateur. En d’autres termes, l’épisode réussit à se montrer dans l’ensemble assez correct en dépit de lacunes qui auraient mérité d’être au moins en partie mises de côté. Puisque le Japon en est assez friand, il ne reste plus qu’à espérer revoir cette histoire sous un autre format plus adapté et avec un traitement moins approximatif.

Par |2017-05-01T13:59:55+02:00août 3rd, 2012|Séries japonaises, Shukumei, Tanpatsu|8 Commentaires

Spring Story | スプリング・ストーリー

Comme vous avez pu le voir, dernièrement j’étais surtout plongée dans les vieux renzoku pour diverses raisons. Avant de revenir à des plus actuels, j’ai eu envie de regarder un tanpatsu assez ancien d’autant plus que j’en ai un certain nombre en stock. C’est ainsi que mon choix s’est porté sur Spring Story. Je dois quand même avouer qu’il ne me tentait que très moyennement. Les informations concernant ce tanpatsu sont assez contradictoires et il est difficile de savoir s’il date de 2003 ou de 2004. Il semble qu’il ait été diffusé sur NHK. Quoi qu’il en soit, il ne comporte qu’un seul épisode de 60 minutes. Aucun spoiler.

À Kagoshima, sur Kyûshû, Araki Kei et Kawase Akane sont amoureux l’un de l’autre mais ne savent pas de quelle manière s’avouer leurs sentiments. Ils se disputent continuellement et laissent alors passer leur chance que de faire le premier pas. Les années passent, ils quittent le lycée et se rencontrent parfois au détour d’une rue avant de finir par se déchirer pour se recroiser encore. Vont-ils un jour oser ouvrir leur cœur ?

 

À première vue, difficile d’être franchement emballé par cette histoire assez convenue mais comme souvent dans ce genre de situation, ce sont les personnages ou la manière de raconter cette romance qui peuvent rendre l’ensemble globalement sympathique. Malheureusement, ce n’est pas du tout le cas ici tant il n’y a presque rien de potable. L’écriture du scénario est probablement la première à blâmer car elle manque cruellement de consistance. En soixante minutes, il s’écoule au moins cinq ans. Certes, cela pourrait ne pas être dérangeant si ce n’est que l’on a ici l’impression que personne ne vieillit et qu’il ne s’agit que d’une succession de plans sans réel liant. Les dialogues sont creux et la réalisation peu enthousiasmante. Il ne suffit pas de proposer quelques séquences musicales pour rendre le tout original, surtout lorsqu’il ne s’agit que de flashbacks dans un épisode aussi court.

L’autre point négatif est le supposé couple. Ils s’aiment, nous l’avons compris, mais ils ne se le disent pas. On a déjà vu ce genre de problématique, on peut la comprendre sur certains points mais là, les héros ne font vraiment aucun effort. Lorsque l’un d’entre eux essaye de faire le premier pas, l’autre ne lui laisse même pas la possibilité d’en placer une. On ne ressent aucune alchimie et aucun intérêt pour ces deux jeunes adultes. On peut reprocher leur caractérisation qui n’a aucun développement mais également l’interprétation de leurs acteurs. Si Oguri Shun portant les traits de Kei, l’apprenti basketteur, est meilleur que Nishihara Aki qui est ici mauvaise au possible, il est quand même loin d’être bon. Pour la petite anecdote, les deux se sont ensuite retrouvés dans Hana Yori Dango. Bref, il ne ressort vraiment rien de ce duo supposé inspirer des soupirs de frustration parce qu’ils sont soi-disant faits l’un pour l’autre alors qu’ils passent leur temps à se disputer. On pousse surtout des soupirs parce que l’on trouve ça barbant et vraiment mal fichu. Heureusement, les chansons de Sacra que l’on entend sont sympathiques et Tanaka Kei (Byakuyakô, Taiyô no Uta, Water Boys) incarne, le seul personnage attachant. Il est Ryû, le meilleur ami de Kei qui en pince pour Akane alors qu’il sait qu’il n’a aucune chance.

En définitive, Spring Story est un tanpatsu à jeter au fond des tiroirs et à ne jamais sortir. Quand bien même on apprécie Oguri Shun, cela ne sert à rien de le regarder car ce n’est pas là qu’il prouve qu’il a du talent. Bien au contraire. Cet épisode se révèle donc insipide, mal écrit, très mal monté, et d’une fadeur à faire peur.

Par |2018-07-06T17:48:02+02:00juillet 22nd, 2012|Séries japonaises, Spring Story, Tanpatsu|2 Commentaires