JIN | JIN-仁 (saison 1)

En dépit de l’avoir repérée durant l’automne 2009 et malgré les critiques positives voire dithyrambiques de certains de mes confrères sériephiles dont Éclair et Katzina, je me suis seulement penchée sur JIN en juin dernier. Quelle grossière erreur. Comment ai-je pu patienter aussi longtemps ? Certes, je ne savais pas vraiment que j’aurais un tel coup de cœur mais quand même. Puisque j’ai tellement apprécié cette série, je romps mes habitudes en publiant immédiatement cet article au lieu de le faire après tous ceux que j’ai visionnés avant. Comme son nom ne l’indique pas forcément, JIN est une série japonaise issue d’un seinen manga écrit par Motoka Murakami. Il comporte vingt volumes publiés entre 2000 et 2010. À noter qu’il existe une version française, éditée par Tonkam, et toujours en cours de parution. L’adaptation télévisée est quant à elle constituée de deux saisons, fait relativement rare comme les amateurs de j-dramas doivent le savoir. La première saison dont nous allons parler aujourd’hui fut diffusée le temps de onze épisodes entre octobre et décembre 2009 sur TBS. Le premier et le dernier épisode durent 90/100 minutes au lieu des 45 habituelles. Elle a reçu de nombreuses récompenses et les audiences furent exceptionnelles. La seconde saison s’est conclue ce mois-ci et arrivera sur Luminophore avant la fin de l’année. Aucun spoiler.

Minakata Jin, la trentaine, est le responsable d’une unité de neurochirurgie dans un hôpital de Tôkyô. Un soir, après avoir sauvé la vie d’un curieux individu, il tombe dans les escaliers et se retrouve projeté dans une forêt, en plein combat de samouraïs. Alors qu’il est sur le point de se faire tuer, le jeune médecin réalise qu’il est toujours au Japon. Il a juste changé d’époque !

Honnêtement, je n’ai aucune envie d’essayer d’être un tant soit peu objective concernant cette série. Je l’ai trouvée tellement exceptionnelle que je crains de ne pouvoir qu’énumérer ses nombreuses qualités et en vanter les mérites. Et pourtant, j’ai attendu plus de deux semaines avant d’écrire quelque chose -comme je le fais souvent-, espérant avoir davantage de recul. On va quand même essayer de se mettre à la tâche et de rester un tant soit peu mesuré mais je ne promets rien. Bien au contraire.
JIN est un j-drama mélangeant les genres à merveille. Il est ainsi question d’histoires dans l’Histoire, de science-fiction, de médecine, d’avancées modernes, de romance, etc. L’ensemble de ces thèmes peut toutefois être intégré sous une même bannière. Les sentiments et l’humanité sont en effet à chaque fois la figure de proue de la série, mettant dès lors ses personnages en avant. Ils possèdent chacun une psychologie fouillée et riche et se permettent en plus d’être évolutifs. La série touche à un peu de tout mais alors qu’elle aurait pu se perdre devant tant de densité, elle n’en gagne que davantage de force et propose des épisodes tout simplement extraordinaires et pour lesquels on (je ? ^^;) pourrait écrire des pages et des pages.

Lorsqu’on le débute, l’histoire se situe à notre époque. Le héros, Jin, interprété par le charmant Ôsawa Takao (vu pour ma part dans le film Goemon), est un brillant neurochirurgien traumatisé par l’opération qu’il a menée sur sa fiancée, Miki, condamnée. Depuis, bien qu’elle demeure en vie, elle est dans le coma et son avenir semble plus que noir. Il n’ose désormais plus pratiquer de réelles opérations et s’évertue à rester dans l’ombre de ses confrères. Un soir, alors qu’il est le seul de garde, il doit pratiquer une opération nécessitant ses qualités de médecin. Le patient est méconnaissable tant son visage est tuméfié. Jin lui ouvre le crâne et y découvre une probable tumeur en forme de fœtus humain. À partir de là, la vie du chirurgien bascule. Il entend des voix, a très mal à la tête et ne comprend pas ce qui lui arrive. De plus, le malade se réveille, vole le fœtus gardé dans du formol, et énonce quelques faits étranges à un Jin hébété qui tombe dans les escaliers. S’est-il cassé quelque chose ? A priori non. Par contre, où est-il ? Eh bien, il se retrouve à l’ère Edo (deuxième moitié du XIXè siècle), en plein Bakumatsu, autrement dit la fin du shogunat Tokugawa. Il n’a guère le temps de se poser des questions qu’il fait face à des samouraïs en pleine bataille. Son aventure extraordinaire aurait pu s’arrêter là mais il est sauvé par l’un d’entre eux, Tachibana Kyôtarô, joué par le sympathique Koide Keisuke (Nodame Cantabile, Byakuyakô). Kyôtarô est un jeune noble partagé entre son devoir d’unique homme de la famille et sa volonté d’être juste et suffisamment proche de sa mère et de sa sœur.
S’en suivent ainsi de nombreuses questions. Comment Jin est-il arrivé à Edo ? Qui est le mystérieux patient tuméfié ? Quelle est la signification de cette tumeur en forme de fœtus ? Va-t-il pouvoir retourner à son époque ? Finalement, n’est-il pas plutôt en train de rêver ? Bien que ces interrogations soient présentes, elles ne sont pas la ligne conductrice principale du drama.

Sans trop en dire sur l’avancée de l’histoire, JIN relate la vie de son héros à l’ère Edo et non pas au XXIè siècle. En cela, la série est un jidaigeki et ces derniers étant bien trop rares à être sous-titrés, à l’exception de quelques taiga dramas (les jidaigeki de NHK), on ne peut qu’être intrigué si l’on apprécie les séries historiques. Mais que les réfractaires du genre se rassurent, la série ne sent pas la poussière et le renfermé. Loin de là. En raison de l’arrivée de Jin dans le passé, il ne peut s’empêcher d’apporter, volontairement ou non, une sacrée dose de modernité. L’ensemble est alors un condensé de présent, de passé et même, de futur. Jin se rend effectivement rapidement compte que ses actions peuvent avoir un véritable impact sur la vie telle qu’il la connaît. Comment doit-il réagir dans ce cas-là ? Admettons qu’une femme se prenne un coup de sabot sur la tête, peut-il la sauver alors qu’elle serait probablement morte sans son arrivée ? En la soignant, ne va-t-il pas interférer sur la suite de l’Histoire ? Néanmoins, qui est-il pour juger s’il doit agir ou pas ? Il est médecin de toute manière, il a donc fait le serment d’Hippocrate et ne peut laisser qui que ce soit dans la souffrance. Cependant, en soignant, il ne peut s’empêcher de montrer des techniques modernes aux autres et il est donc normal que les médecins de l’époque souhaitent en savoir plus. Il ne peut quand même pas leur apprendre ! Pourtant… en leur apportant des avancées comme la pénicilline, de nombreuses morts ne seraient-elles pas empêchées ? Jin doit ainsi faire face à plusieurs cas de conscience assez angoissants qui pourraient lui faire perdre la tête. Confronté à de nombreux conflits, internes comme externes, il ne sait plus quoi penser et a peur de ne pas réussir à être à la hauteur. Outre ces problèmes d’éthique, le héros doit tenir compte d’un autre élément qui se trouve être la femme qu’il aime, Miki. Il réalise rapidement via une photo que tout peut changer pour elle et que rien n’est immuable. Pourrait-elle ne pas tomber malade ? Sa naissance ne pourrait-elle pas être entravée ? Ne va-t-il pas aller à l’encontre de ce qu’il juge bon pour sauver sa Miki ? Mais sachant qu’il n’arrive plus à retourner dans le monde présent, ne doit-il pas se résoudre et tout faire pour s’épanouir dans sa nouvelle vie ? Jin se retrouve par conséquent dans une situation plus que délicate et pour laquelle il n’existe assurément pas de réponse préétablie. Le j-drama met en avant les tourments du médecin et nous fait également réfléchir sur ce que nous, nous aurions fait dans une telle situation. Peut-on réellement tourner le dos à ce que l’on vit pour sauver une personne se trouvant à une époque que nous pourrions hypothétiquement rejoindre ?

JIN étant une série historique, elle en profite évidemment pour traiter quelques faits véridiques. Malheureusement, mes connaissances sont assez limitées dans ce pan de l’Histoire japonaise mais j’y travaille. Quoi qu’il en soit, la série apporte des éléments éclairés et éclairants. Se déroulant vers la fin de l’ère Edo, on sent évidemment les prémices de l’ère suivante, Meiji. À noter que Jin et ses nouveaux compatriotes habitent à Edo même, là où se situe l’hôpital du chirurgien. Edo est le nom de l’époque en tant que telle mais aussi l’ancienne appellation de Tôkyô. C’est lors de cette période que le petit village a commencé à se transformer en cité d’envergure, devenant plus tard la mégalopole que nous connaissons tous. À ce moment-là, le shogunat est donc fort présent et même si JIN est avant tout une aventure fictive, elle y mêle la réalité. Quelques figures historiques sont donc de la partie et les Japonais doivent assurément repérer de nombreuses références et clins d’œil. Pour la novice que je suis, c’est un peu plus délicat, mais on ne se sent jamais perdu. Par exemple, si l’avisé Katsu Kaishû, incarné ici par le toujours aussi sympathique Kohinata Fumiyo (Ashita no Kita Yoshio, Kisarazu Cat’s Eye), apporte l’intrigue concernant notamment la marine japonaise, c’est le fameux Sakamoto Ryôma qui lui offre ses lettres de noblesse. Et même bien plus. Ryôma… comme Ryôma Den, le taiga de 2010 ? Oui oui. Ryôma est un des personnages principaux de JIN et une figure majeure du Japon. Assez rustre, parlant avec un fort accent, avalant ses mots, le cœur sur la main et mettant l’amitié sur un piédestal, il se prend immédiatement d’affection pour cet étrange docteur aux manières bien particulières. Son interprète, Uchino Masaaki, est fantastique et incarne un protagoniste attachant au possible. Bien qu’il paraisse un brin stupide par moment, il n’en est rien. Il montre de multiples facettes au cours des épisodes et prouve sans aucun doute possible qu’il mérite ses galons de personnage historique. Jin sait qu’il a affaire au fameux Sakamoto Ryôma et connaît donc son destin. Comment réagir lorsque l’on est au courant du futur ? Jin peut-il l’avertir de certains dangers ? Au contraire, ne peut-il précipiter sa chute en souhaitant le préserver ? Ryôma est par ailleurs un des ressorts humoristiques de l’histoire par son entrain et de bonne humeur perpétuelle. Il est probablement mon personnage masculin favori de JIN, même si plein d’autres se bousculent au portillon. Katsu et Sakamoto agissent aussi, avec l’aide de Tachibana Kyôtarô, le jeune samouraï ayant aidé Jin lors de son arrivée à Edo, en tentant tant bien que mal de faire vivre Edo et de la faire traverser sans trop d’encombre la mauvaise période du shogunat. Au final, l’Histoire est bien évidemment présente car on ne peut y couper en raison des personnalités que JIN possède mais elle n’en fait jamais trop et ne se transforme aucunement en leçon. Il serait vraiment dommage de ne pas essayer la série pour cette raison.

Même si la vie se déroule à la fin du XIXè siècle, le j-drama sonne plutôt moderne à nos oreilles. Jin, le neurochirurgien, amène effectivement avec lui ses idées et son vécu de citoyen de notre époque. S’il essaye de se faire discret, il détonne généralement ne serait-ce que dans sa manière de parler et de se comporter. Il manque souvent de civilité, se coiffe comme un débraillé et surtout, pratique la médecine comme on a rarement vu. Certains personnages vont rapidement se rendre compte qu’il ne vient pas tout à fait d’Edo. Ou tout du moins, pas de leur Edo. JIN est en premier lieu une série médicale. Dans chaque épisode, il est question d’une maladie en particulier nécessitant les talents du médecin. Ils seront parfois mis à rude épreuve, ne pouvant tout soigner parce que même à notre époque on n’y arrive pas, ou parce que les moyens manquent. Jin se rend également rapidement compte que malgré les ressources limitées, les gens ne baissent jamais les bras et font preuve d’entraide. Sa vision de la médecine change quelque peu et cette nouvelle dimension lui apporte indéniablement une nouvelle ouverture d’esprit. Ses techniques révolutionnaires font très rapidement le tour de la ville et les sceptiques sont évidemment nombreux, à commencer par les médecins. Ils sont d’ailleurs principalement divisés en deux catégories. Il y a ceux qui utilisent la médecine dite occidentale, à savoir les avancées modernes et actuelles que nous connaissons, et ceux qui ne voient que par la médecine chinoise. Il est tout de même dommage que les techniques ancestrales orientales ne soient pas davantage étudiées lors de la série. Du fait de son époque, Jin travaille essentiellement avec les premiers. Un de leur principal dirigeant, Ogata, portant les traits de Takeda Tetsuya (Byakuyakô), est considéré comme étant un génie. Il est admiré de tous et l’arrivée de Jin le fait descendre de son trône. Alors que la plupart se seraient vexés, ce n’est pas le cas d’Ogata. Il n’est pas surhumain, il est juste médecin au sens le plus noble du terme. Humble, il est avide de connaissances et comprend que Jin n’est pas comme les autres. Mais quand bien même on pourrait croire que Jin n’a rien à apprendre de lui, ce n’est pas du tout le cas. Ils sont tour à tour maître et élève, chacun apportant ce qui manque à l’autre. Jin est conscient que sans Ogata et ses confrères, il n’aurait pas les connaissances qu’il possède. La relation de confiance et de respect qui se tisse entre eux est passionnante. D’autres médecins sont également de la partie et il serait tout à fait possible de s’attarder sur quelques uns d’entre eux, ce que nous ne ferons pas en raison de la longueur déjà indécente de cet article. Citons tout de même la présence de Kiritani Kenta (Tiger & Dragon, Waraeru Koi wa Shitakunai) en jeune médecin passionné.

Ce qui n’a pas été dit plus haut c’est qu’en plus d’aller de surprise en surprise, Jin doit faire face à un sacré choc lorsqu’il rencontre pour la première fois la courtisane la plus importante d’Edo, Nokaze. Contre toute attente, elle est le sosie parfait de Miki, sa fiancée. Comment cela est-il possible ? Il comprend rapidement qu’elle est son ancêtre et que son destin est donc lié à celui de sa bien-aimée. Nokaze est incarnée par la sublime Nakatani Miki que je ne connaissais pas du tout. En raison de son statut, elle ne peut sortir de ses quartiers et doit subir les affres de cette vie comme un oiseau enfermé dans une cage. Extrêmement posée, intelligente et possédant une classe à vous couper le souffle, Nokaze est une femme admirable et devant laquelle il est difficile de détourner le regard. Sa manière de parler vous hypnotise tant elle inspire immédiatement du respect et de l’intérêt. Elle prend soin de ses comparses et fait tout ce qui est en son pouvoir pour leur faciliter la vie. Son passé est loin d’être aisé comme on peut aisément s’en douter mais elle ne baisse pas les bras et garde la tête haute. Nokaze est une femme incroyablement courageuse. JIN est ainsi l’occasion de parler de la condition des courtisanes.
Cerise sur le gâteau, la série ne s’arrête pas là et propose également un autre principal personnage féminin fort et passionnant. Il s’agit de la sœur du samouraï ayant aidé Jin lors de son arrivée, Tachibana Saki. Comme presque toujours, Ayase Haruka qui lui offre son visage est lumineuse, fraiche et exceptionnelle. Saki est une jeune femme noble. Elle est donc supposée suivre une vie toute tracée et ne jamais sortir des rangs. Jin chamboule son existence et transforme sa vie à tout jamais. Elle s’intéresse dès lors de très près à la médecine, n’hésite pas à aller contre l’avis de sa mère et boit les paroles de son nouvel ami. Si, intellectuellement parlant, Jin est un bonheur pour Saki qui ne demande qu’à s’émanciper, c’est aussi d’un point de vue romantique qu’elle s’intéresse à lui. Elle développe des sentiments pour le docteur, en dépit de leur différence d’âge, mais réalise vite qu’il n’a que Miki dans son cœur. Cela ne l’empêche pas de veiller sur l’homme qu’elle aime et essaye tant que bien que mal d’aller de l’avant. Elle est fière et partage de nombreux points communs avec Nokaze. Elles sont toutes des femmes modernes ayant du tempérament et sachant tirer parti de leur condition de femme normalement soumise. Elles imposent tout simplement le respect et peuvent être aisément prises en tant que modèle. D’ailleurs, les deux s’apprivoisent rapidement et il est même possible de parler d’amitié alors qu’une noble n’est pas supposée connaître une prostituée ! Elles forment un duo atypique attachant et émouvant.

Ce qui fait la force de JIN, en plus de son scénario réfléchi et plutôt original, de ses questionnements ou encore de ses personnages, est l’émotion qu’elle insuffle à chacun de ses épisodes. Elle fait preuve d’une grande sincérité ne cherchant jamais la facilité ou l’émotion gratuite. C’est même tout l’inverse. Elle traite de faits simples, naturels et communs. Pourtant, il en ressort une sensibilité et une poésie palpables, exacerbées par l’interprétation sans faille de la distribution et par la bande-son magique de Takami Yû. On se retrouve alors presque à nu, à fleur de peau et on se sent vivre de tout son être. C’est ça personnellement que j’attends d’une série, c’est-à-dire être transporté ailleurs, dans de l’imaginaire, mais tout en ressentant quelque chose. Je veux aimer en même temps que les personnages, avoir peur, souffrir, être touchée, rire aux éclats et avoir l’impression que le souffle de la vie me transperce de toute part. JIN le permet et va même au-delà de ce que l’on peut attendre d’une bonne série.

JIN est également un j-drama d’ambiance. Il est assez rare que la réalisation puisse être mise en avant à la télévision japonaise. Ce n’est pas tant qu’elle soit mauvaise mais elle est souvent passe-partout et ne mérite pas forcément que l’on s’y attarde. Ce n’est pas le cas de JIN qui prouve encore une fois qu’elle a tout pour être exceptionnelle. Évidemment, étant un jidaigeki, les décors sont de circonstance et on se croirait véritablement dans Edo. Ceux qui ne voient les séries historiques que comme étant un moyen de camoufler le scénario en montrant de la bonne reconstitution ne doivent pas s’inquiéter en raison des nombreuses raisons évoquées ci-dessous. Fort heureusement, ceux qui comme moi apprécient les costumes et les décors d’époque seront enchantés. Par ailleurs, la photographie est majestueuse. La lumière fait rêver et apporte énormément de chaleur aux paysages. Certains plans sont magnifiques et on donnerait cher pour s’y trouver et contempler ce que l’on voit sur notre petit écran, en vrai.
À l’instar de ce qui a été écrit plus haut, la musique sublime ces moments. Composée en grande partie par Takami Yû, ayant officié pour My Boss, My Hero ou encore Hanazakari no Kimitachi e, elle sait se faire discrète lorsqu’il le faut et majestueuse lorsqu’au contraire, elle a besoin de se se faire entendre. Rien que de l’écouter, seule, donne des frissons et fait rêver. Pour ne rien gâcher, la tonalité ancienne est de la partie puisque de vieux instruments ont été utilisés et ajoutent davantage à l’aspect traditionnel. A contrario, la chanson thème, Aitakute Ima de MISIA aurait pu être mieux choisie.

JIN possède une première saison magique et empreinte d’humanité. En lisant ces nombreuses lignes et ces superlatifs, si tant est que quelqu’un soit parvenu jusqu’au bout, on pourrait penser que c’est un discours irréfléchi et non mesuré, mais je peux vous assurer qu’il s’agit là d’une série exceptionnelle et méritant le concert de louanges que l’on peut entendre / lire. Fait rare pour être noté, elle a donc cinq étoiles et cela n’était pas arrivé à un j-drama sur Luminophore depuis très longtemps. Que l’on soit amateur ou non de fiction historique, de médecine ou encore de voyage dans le temps, la question du visionnage ne se pose pas car JIN est avant tout une histoire sur des personnages attachants, expressifs et évolutifs. Si la raison de cette arrivée de Jin en plein Edo est fort mystérieuse et intrigante, ce n’est pas tant elle qui importe ici mais davantage l’aventure humaine qui se profile. Il y a matière à réflexion et la multiplicité des genres est un atout car elle permet d’offrir des épisodes bien construits, riches, émouvants et intelligents. JIN se révèle donc être une série sincère, humaine, bien documentée, pouvant être tour à tour drôle ou tragique et particulièrement belle à regarder. Et si la fin aurait pu sonner frustrante, on est rapidement rassuré lorsque l’on sait qu’il existe une saison deux. Ouf !

Par |2018-07-06T18:01:06+02:00juillet 10th, 2011|JIN, Séries japonaises|12 Commentaires

Churasan | ちゅらさん

C’est avec une très grande joie et une certaine fierté que le premier asadora arrive aujourd’hui sur Luminophore. Un asa quoi ? Comme cela a déjà été écrit, le terme asadora signifie tout simplement les séries du matin diffusées uniquement sur NHK. Elles comportent dans les cent cinquante épisodes et passent entre 8 h 15 et 8 h 30 du lundi au samedi. Comme on peut s’en douter, leur cible principale est la fameuse ménagère. Cela faisait plusieurs années que je souhaitais en tester une, mais en raison de la longueur, j’hésitais un petit peu. La nouvelle année aidant, je me suis enfin lancée et je l’ai terminée à la mi-mars. Cela ne m’aura donc même pas pris trois mois, ce qui est tout à fait raisonnable. Ne connaissant pas du tout cet univers, mon choix fut du pur hasard et c’est ainsi que Churasan est passée par mes écrans. Pourquoi cette série ? Parce que je l’avais vue chez mes fournisseurs et qu’elle était disponible dans son intégralité. Aussi simple que ça. Composée de cent cinquante-six épisodes d’une douzaine de minutes, Churasan fut diffusée sur NHK entre avril et septembre 2001. C’est le soixante-quatrième asadora. Son succès étant important, elle a bénéficié par la suite de trois autres saisons – si l’on peut appeler ça comme ça – sous forme de renzoku passant cette fois dans la soirée. Tout cela sera traité sur Luminophore à un moment donné. Le titre du j-drama signifie magnifique en okinawaïen. Aucun spoiler.

Kohagura Eri est née sur l’île de Kohamajima, le jour même où les États-Unis quittaient définitivement Okinawa. Elle vit toujours sur l’archipel avec ses parents, sa grand-mère et ses deux frères. Alors qu’elle n’est âgée que d’une dizaine d’années, elle rencontre et tombe amoureuse d’Uemura Fumiya qui lui promet qu’ils se marieront un jour. Mais Fumiya doit retourner habiter à Tôkyô et Eri, elle, reste du côté d’Okinawa. Les années passant, elle décide de se rendre dans la capitale ; qui sait, peut-elle qu’elle retrouvera celui pour qui son cœur bat depuis tout ce temps ?

Cent cinquante-six épisodes, nous sommes d’accord, cela fait peur quand bien même leur durée est très courte. Pourtant, si l’on calcule comme il faut, cela donne approximativement une série de trente-et-un épisodes d’une heure ou vingt de quatre-vingt-dix minutes. De suite, cela passe mieux, non ? De plus, il est évident que caser une douzaine de minutes dans son programme habituel est une tâche aisée. C’est pour cette raison qu’il faut essayer de ne pas trop se formaliser sur ce nombre effrayant, surtout qu’une fois lancé, on ne voit plus le temps défiler. Sur une autre donnée technique, je tiens à ajouter qu’il existe une traduction française réalisée par Ai Movie. C’est d’ailleurs pour elle que j’ai opté et je ne le regrette pas du tout alors que je tends à préférer la VOSTA. J’ai vraiment envie de saluer leur travail, car les équipes de fansub ne sont pas multiples à dénicher des j-dramas méconnus et sortants de l’ordinaire – et veillant à mettre un point final à l’ensemble ! Par ailleurs, la qualité de la traduction semble fiable et ce fut un vrai plaisir de découvrir Churasan en leur compagnie. Il ne reste plus qu’à espérer que la suite arrive bientôt chez eux.

   

Il ne faut pas se fier aux cinq, six premiers épisodes qui s’avèrent assez lents à s’installer tandis qu’ils illustrent l’héroïne, Kohagura Eri, lorsqu’elle est enfant. Si ce passage est obligatoire puisqu’il s’agit du ciment de l’histoire, il n’est pas des plus révélateurs quant à l’ensemble. Le début n’est pas mauvais, mais il fait très vieillot. Il convient également de préciser que la série date de 2001 ; dix ans se sont donc déjà écoulés et le poids des années se fait ressentir, même si l’on s’y habitue normalement plutôt rapidement. En fait, Churasan s’organise en petits arcs d’environ cinq épisodes à chaque fois, soit globalement un par semaine de diffusion, et tous traitent des moments de l’existence d’Eri. Si certains d’entre eux peuvent être triviaux, ils sont aussi en mesure d’être plus marquants, voire sortant quelque peu de l’ordinaire anecdotique, bien que régulièrement mis en scène de manière truculente. Dans tous les cas, Churasan est une série tranquille prenant son temps et narrant des choses toutes simples et plus que crédibles. Il n’y aucune volonté de dramatisation, de surenchère ou de faire fantasmer. Non, ce sont des tranches de vie banales si ce n’est qu’elles sont filmées avec une telle tendresse que l’on se plaît à suivre les aventures de la joviale Eri et des personnages qui l’entourent. Il semble d’ailleurs évident en regardant la série qu’elle est à destination des femmes. Ce sont effectivement elles qui mènent ici la danse et tout tourne autour d’elles. Les hommes, bien que présents, sont quelque peu relégués au second plan, mais n’en demeurent pas moins indispensables. Il va de soi qu’avec cette formule, la ménagère se sent bien plus investie et, surtout, peut plus facilement s’identifier au quotidien des protagonistes.

Eri, l’héroïne, est au départ une lycéenne sur le point de passer dans le fameux monde des adultes. Incarnée par la dynamique Kuninaka Ryôko (Kekkon Dekinai Otoko, Madonna Verde, Tumbling), elle a le cœur sur la main, est très naturelle et se dirige toujours vers les autres. Il est vrai, sa perpétuelle pêche et son éternel optimisme, voire son incroyable naïveté, peuvent quelque peu irriter par moments. Toutefois, c’est justement ce qui fait son caractère et il s’agit à la fois de ses qualités et de ses défauts. La série en joue bien et en tire correctement parti. Ce qui marque en premier lieu dans Churasan est incontestablement l’évolution de ses personnages. Aucun n’est figé dans la roche et ils suivent tous un chemin propre, crédible et cohérent avec ce que l’on sait et ce que l’on apprend sur eux. Eri en est la figure de proue et elle est loin d’être la seule à avoir cet honneur. Un peu perdue, elle n’a aucune idée de l’orientation à donner à sa vie et espère avoir un jour un déclic. Elle prend des risques, se trompe parfois et tente de concilier au mieux ses rêves avec la réalité. Elle mûrit au fil des épisodes et devient une femme épanouie. La série se déroule effectivement sur plusieurs années, ce qui peut amuser un tant soit peu, car les acteurs, eux, ne changent pas du tout, même si par exemple, la coiffure d’Eri évolue au fil du temps. Au début de la fiction, tandis qu’elle n’est qu’une enfant, elle rencontre un jeune garçon, Fumiya. Suite à certaines circonstances, les deux jurent de s’épouser une fois adultes. Mais la vie fait qu’ils se séparent. Peut-on vraiment se retrouver des années après ? Que vaut une promesse faite lorsque l’on a une dizaine d’années ? Le fil rouge de l’histoire est assez irréaliste, mais après tout, plausible. Il met du baume au cœur en tout cas.

Churasan ne serait rien sans la famille d’Eri, les Kohagura. Les membres la constituant sont tout simplement fabuleux. Les caractérisations sont écrites avec finesse et richesse et, en plus, les acteurs sont sincèrement épatants. Ils sont vraiment attachants et l’on se plaît à rêver d’être un composant de cette cellule haute en couleur et plutôt extraordinaire. Keibun (Sakai Masaaki), le père, est un homme assez paresseux qui adore jouer du sanshin (un instrument traditionnel d’Okinawa proche du shamisen) et qui passe son temps à profiter du soleil d’Okinawa. Un peu niais sur les bords, il aime sa famille jusqu’à la folie et est l’élément boute-en-train du groupe. Malgré ses bougonnements, il suit toujours ce que disent sa femme, Katsuko, et sa mère (Taira Tomi) qui vit avec eux. Les deux sont délicieuses. Katsuko, campée par Tanaka Yoshiko (la mère du personnage d’Oguri Shun dans Tôkyô DOGS), est celle qui porte la culotte. Ayant la tête sur les épaules, elle laisse son époux faire ce qu’il veut et est contente si, lui, il est heureux, même s’il ne rapporte jamais d’argent et en dépense un peu trop pour des futilités. Sa belle-mère, la fameuse obâ-san, est la narratrice de l’histoire. Possédant une voix charismatique, elle distille toujours ses petits commentaires truculents et franchement vivifiants. Elle aussi est adorable. Quant aux enfants des Kohagura, se trouve naturellement Eri, la cadette. Sinon, l’aîné, Keishô, est fantasque et met en place des projets ahurissants, mais créatifs (ah, Goyaman !) et il y a également Keitatsu, incarné par un jeune Yamada Takayuki (Byakuyakô, Water Boys, Yamikin Ushijima-kun, H2, Taiyô no Uta) en forme, qui est celui le plus terre à terre de ce groupe. Il aimerait devenir rockeur et décide de tout faire pour y parvenir.

À côté de cela, Eri ne restant pas indéfiniment chez ses parents, intègre la résidence Ippukan à Tôkyô où, là aussi, les habitants sont bigarrés et si l’on ne se sentait pas déjà appartenir à une grande famille, il est clair qu’à partir de ce moment-là, c’est plus que le cas ! Entre la propriétaire douce, l’acariâtre amateur de musique classique, le vieux garçon gentil comme tout, la femme d’affaires farfelue (Yo Kimiko – Yankee Bokô ni Kaeru) et l’auteure de contes de fées sarcastique et cynique, on est plus que comblé. Impossible de ne pas s’attarder un petit peu sur eux tout de même. Celle qui a mes faveurs est sans aucune hésitation l’écrivaine, Maria, jouée par Kanno Miho (Magerarenai Onna, Guilty), car elle est piquante à souhait et en dépit de ce qu’elle souhaite montrer, elle s’attache plus que de raison à Eri. Tous les personnages, bien que nombreux, sont reliés ensemble et il en ressort une véritable logique et une amitié sincère. Ce qui prime en regardant Churasan est son ton assez déjanté et enlevé. On rit beaucoup et l’on s’amuse tout autant. À vrai dire, partout où l’héroïne passe, elle égaye le monde par sa fraîcheur. Eri finit généralement par rassembler les gens et si tout n’est pas toujours rose, elle délie les cœurs. Bien que cela puisse sonner très niais ou Bisounours, ce n’est pas du tout le cas. On retrouve ainsi le gérant du restaurant okinawaïen, les collègues d’Eri lorsqu’elle choisit sa carrière professionnelle (chut !) ou d’autres personnages ne pouvant être spécifiés au risque de dévoiler de trop l’intrigue. Plusieurs acteurs assez connus sont de la partie dans des rôles plus ou moins secondaires comme Konishi Manami (Ashita no Kita Yoshio), Becky (Nodame Cantabile, H2), Endô Yûya (Voice, Shiroi Haru, Yasha) ou encore Kabira Jay (Xmas Nante Daikirai).

Du côté des sujets abordés, ils sont principalement en lien avec Eri et touchent donc l’arrivée dans le monde adulte, la découverte parfois difficile de la réalité, les émois romantiques, les premiers pas dans la vie active… Toutefois, cela ne s’arrête pas à ce niveau, car avec les autres figures, il est question du célibat, de la demande de la société de se plier aux règles, de l’amour entre deux personnes âgées, de l’argent, etc. Il y en a pour tous les goûts. Si la série garde une certaine dose d’optimisme et de bons sentiments, elle n’en demeure pas moins raisonnable de ce côté-là. Par ailleurs, une chose appréciable, c’est que la femme n’est pas vue à travers le prisme masculin. Elle détient sa propre condition et vit sa vie de la manière qu’elle le souhaite. Ainsi, deux des résidentes de l’ippukan sont dans leur trentaine ou dans les environs, et il n’y aucune pression de mariage ressentie ou d’obligation de faire comme ce que la société dicte. À noter que le scénariste n’est autre qu’Okada Yoshikazu qui a écrit une pépite comme Zeni Geba (bon, Shôkôjo Seira aussi) et son nouvel asadora, Ohisama, avec principalement Inoue Mao, débute prochainement.

Au niveau du cadre, l’intrigue se déroule à la fois à Kohamajima, à Naha et à Tôkyô. Ah, quel plaisir ! Les séries japonaises se passant à la capitale sont très nombreuses, mais celles mettant à l’honneur Okinawa le sont beaucoup moins. C’est un vrai délice de voir des paysages de là-bas et, surtout, d’avoir un aperçu important de leur culture particulière et très contrastée par rapport au reste du pays. Il y a les évènements traditionnels, leur langue, la musique, la vision de ces repas apparemment succulents dont on sentirait presque les effluves, etc. En fait, on ressent surtout une ambiance bien palpable et si tant est que ce n’était pas déjà le cas, on note sur son calepin qu’il faudra impérativement faire un tour du côté de la préfecture lors de son voyage au Japon ! C’est un peu comme si la vie se déroulait là-bas à un rythme différent et bien plus paisible. La musique composée par Maruyama Kazunori participe d’ailleurs à cette atmosphère particulière et définitivement pittoresque.

Au final, regarder Churasan c’est comme avoir l’impression de faire partie d’une famille, un peu étrange certes, mais terriblement attachante. On visionne les épisodes avec un sourire plaqué sur le visage et l’on se sent bien. Il est indubitable que l’asadora ne plaira pas à tout le monde, car il ne s’y passe rien sortant de l’ordinaire et certains arcs sont un peu longuets, mais ceux qui apprécient les tranches de vie et les personnages charmants et évolutifs devraient y trouver leur compte. La distribution est solide, il y a une bonne dose d’humour, les musiques sont un vrai régal et les paysages, surtout ceux en lien avec Okinawa, font rêver. En d’autres termes, on sent une immense tendresse pour ce petit univers coloré et adorable que l’on quitte avec les yeux quelque peu humides. Vite, la suite !

Par |2018-07-06T17:48:25+02:00avril 14th, 2011|Churasan, Séries japonaises|7 Commentaires