MillenniuM (saison 3)

En discutant aujourd’hui de la troisième et dernière saison de MillenniuM, c’est une page bien sombre qui se ferme. Effectivement, il paraît assez clair qu’il faudra attendre encore un petit bout de temps avant de retrouver une série à la tonalité aussi oppressante et désabusée, et en plus en mesure d’éveiller les consciences. Constituée de 22 épisodes, cette saison fut diffusée aux États-Unis sur Fox entre octobre 1998 et mai 1999. En raison de ses audiences en chute libre, la fiction a été annulée par la chaîne et ne dispose malheureusement pas d’une fin en bonne et due forme. Notons tout de même que Frank Black se rend dans l’épisode 7×04 sobrement intitulé Millennium de The X-Files lui servant vraisemblablement de conclusion ; l’ayant regardé lors de sa première diffusion française et ne connaissant pas à l’époque MillenniuM, je serais incapable de préciser s’il répond réellement aux interrogations soulevées – de quoi précipiter mon revisionnage de l’intégrale des aventures de Mulder et Scully ! Quoi qu’il en soit, les fans de l’univers sont encore nombreux et semblent toujours espérer un retour de Frank Black à l’antenne, chose que son interprète, Lance Henriksen, ne refuserait apparemment pas. Aucun spoiler.

Intense et magnifique, la seconde saison de MillenniuM changeait radicalement de tonalité par rapport à la précédente en injectant une forte dimension mystique et ésotérique à ses épisodes au lieu d’une traque incessante de tueurs en série. À travers des thématiques religieuses, elle transformait la fameuse Apocalypse redoutée, qui n’était jusque-là qu’une figure imagée, en véritable couperet fatidique. En outre, le groupe Millennium gagnait en ambivalence et s’apparentait à une entité tentaculaire dont il fallait définitivement se méfier, comme Frank l’apprenait bien trop tard. Le season finale, outre une réalisation quasi surréaliste, se terminait sur une note terrible où Catherine décédait suite à une sorte de virus mystérieux ayant fait d’autres victimes à Seattle. Quand la saison trois démarre, de longs mois se sont écoulés. Frank a quitté sa jolie maison jaune et est de retour à Washington avec sa fille, Jordan. Malgré le tragique décès de celle qu’ils aimaient, ils se serrent les coudes et plusieurs épisodes mettent d’ailleurs parfaitement en avant leur superbe relation. Contre toute attente, le héros décide de reprendre le chemin du FBI et intègre une section où il se retrouve affublé d’une équipière assez sceptique sur ses méthodes et sa manière de penser, Emma Hollis (Klea Scott). Tandis que Frank cherche à dévoiler les manigances du groupe dont il faisait autrefois partie intégrante, il travaille sur de multiples affaires criminelles violentes. En d’autres termes, cette ultime saison opte encore une fois pour une autre approche et renie celle qu’elle suit. Quand bien même on m’ait prévenue de cette orientation différente, j’avoue avoir eu du mal à m’y faire tant j’ai justement adoré la seconde saison et son aspect fantastico-esotérique teinté d’une poésie fataliste. Rappelons que Chris Carter avait à l’époque laissé carte blanche à Glen Morgan et James Wong pour mener la série comme ils l’entendaient mais, visiblement, il ne fut pas du tout satisfait par cette touche surnaturelle. C’est pourquoi il reprit les rênes de sa création et lui redonna une approche plus similaire à celle de ses débuts. Ces 22 épisodes ne disposent guère d’un fil rouge consistant et se bornent pour la plupart à des histoires indépendantes. Si le résultat est parfois enthousiasmant, il faut avouer que pour la majorité, le constat est bien moins probant.

     

Oubliant son caractère métaphysique, cette nouvelle saison préfère favoriser une mythologie conspirationniste bien qu’elle fasse toujours la part belle à la crainte du millénaire et à cette fameuse lutte du Bien contre le Mal. À ce sujet, la très grande réussite est le terrible 7×13, Antipas – scénarisé par Chris Carter et Frank Spotnitz –, marquant le retour de la troublante et machiavélique Lucy Butler, bien décidée à faire parler le Mal en elle et broyer de l’intérieur Frank. Bref, MillenniuM utilise cette fois le sujet presque éculé des secrets fomentés. Le gouvernement ne dit pas tout, manipule la masse et le groupe Millennium ressemble à une arme pointue parfaitement millimétrée a priori impossible à abattre. Entre complots, expériences scientifiques, liens industrio-militaires inextricables ou encore orchestrations de pièges, la série perd malheureusement de sa saveur et se limite à une sorte de mélange entre ce qu’elle a pu être dans le passé et un médiocre The X-Files. La regarder distille alors un arrière-goût assez amer tant elle donne l’impression d’avoir perdu son identité. Pourtant, quel est en définitive son vrai caractère ? Il est indubitable que son absence d’unité est sa faiblesse car, compte tenu de ses différents showrunners, elle n’aura eu de cesse de changer d’optique tout au long de sa diffusion. N’est-ce donc pas le point de vue de Chris Carter, le créateur, qui prévaut ? Dans ce cas, je dois avouer que ce n’est pas sa série que j’ai pu adorer, mais celle très complexe et dense de Glen Morgan et James Wong. À vrai dire, cette troisième saison est bien trop convenue pour satisfaire, notamment en raison d’un aspect préformaté, d’un manque d’originalité évident et d’épisodes franchement peu engageants. Pire, la mythologie de MillenniuM, à force d’être tourneboulée, est sans queue ni tête et il est confus d’en retirer grand-chose de concret. Ajoutons le fait que la série ne se conclut pas comme elle l’aurait mérité et il y a tout pour être frustré. En ayant une vision d’ensemble des trois saisons, le résultat est très peu convaincant du fait de sa désorganisation. La série rappelle presque un puzzle que le téléspectateur peut s’amuser à tenter de décoder mais qui ne réussira très probablement par ne jamais pouvoir le terminer tant les pièces mélangent deux, voire trois images différentes. Le groupe Millennium finit par user au sein de ces nouveaux épisodes, surtout qu’aucune réponse n’est divulguée. De surcroît, Peter Watts qui, jusque-là, gardait une dimension sympathique en dépit de son attitude ambiguë, perd totalement de sa cote attachante parce qu’il manipule honteusement quiconque se situant sur son chemin. Par rapport à ce que l’on connaissait de lui, la finesse et la logique font défaut à sa caractérisation. En prime, au-delà de cette mythologie conspirationniste, ces 22 épisodes se focalisent de retour sur les tueurs en série et Frank s’échine à résoudre des affaires toujours très glauques mais sans l’énergie et l’intensité de la première saison.

En rejoignant les bancs du FBI, Frank y rencontre d’anciennes connaissances, dont Andy McClaren (Stephen E. Miller) qui devient son supérieur. Convaincu que son vieil ami souffre de paranoïa suite au deuil de sa femme, il ne tient guère cas de son discours contre le groupe Millennium. C’est lui qui oblige Frank à faire équipe avec la jeune recrue Emma Hollis. Avec la disparition de Catherine mais aussi de Lara – dont nous n’avons d’ailleurs absolument aucune nouvelle –, la série se sépare ainsi de deux figures féminines fortes. Il semble naturel qu’elle cherche à en injecter au moins une nouvelle. Emma est en partie là pour ça. Le problème majeur est que ce personnage ne dégage absolument rien. Qui plus est, sa dynamique avec Frank comporte bien trop de similarités avec celle liant Fox Mulder à Dana Scully dans The X-Files. Il y a d’un côté celui qui croit et, de l’autre, celui qui doute. Si le duo fonctionne aux affaires non classées, ici, c’est l’ennui qui prime. Il faut avouer qu’Emma a beau posséder quelques épisodes cherchant à densifier son personnage, – à travers son père joué par John Beasley (Everwood), par exemple –, elle manque singulièrement de charisme et de prestance. Avec Barry Baldwin, un autre agent du FBI porté par Peter Outerbridge (ReGenesis), MillenniuM prouve tristement qu’elle ne se donne pas les moyens de sortir du passage clouté. À part être détestable et prétentieux, il ne ressort rien de cet individu à la limite de la caricature. Il a toujours tort et n’apprend pas de ses erreurs. En fait, c’est bien simple, la saison apporte des éléments inédits mais ne les exploite pas et les restreint à une unidimensionalité irritante. Frank et Emma se serrent rapidement les coudes et luttent tous deux contre le groupe Millennium alors que tout le monde cherche visiblement à les empêcher de mener à bien leurs investigations. L’Apocalypse est maintenant due à ceux détenant le pouvoir ou ceux cherchant envers et contre tout à l’obtenir, tout en n’hésitant pas à conspirer dans l’ombre. Oui, tout ceci laisse une désagréable sensation de déjà-vu. Heureusement, l’atmosphère désabusée permet de ne pas trop tiquer parce qu’il est indiscutable que si la saison oublie sa dimension fantastique, c’est pour mieux replonger dans la brutalité de ses premiers pas. Les tueurs en série retrouvent le devant de la scène, l’angoisse létale réussit sporadiquement à aller crescendo et la plongée dans les tourments humains s’accentue. Ne nions pas que la qualité des crimes, aussi variés qu’ils puissent malgré tout être, n’imite que trop rarement celle de la saison une. Les thématiques sont dans tous les cas toujours diverses et concernent le passage à l’an 2000, la montée en puissance de l’informatique, le clonage humain, la violence dans les écoles, la bombe atomique, etc. En passant, le 7×08, Omerta, se déroulant à Noël dans des forêts montagneuses est plutôt solide. Finalement, les idées sont là, c’est certain, l’exploitation, non.

L’atmosphère de MillenniuM se charge en douleur en raison de la tristesse, voire de la dépression de Frank. Ne pouvant se permettre de craquer tant il est gouverné par sa rage indicible envers ceux qu’il  juge responsables de la mort de sa femme, il se doit également de veiller sur Jordan dont les capacités prennent une toute autre ampleur. La petite fille avait déjà démontré par le passé qu’elle était bien du même acabit que son père et la saison continue sur cette lancée en approfondissant ses habiletés. Malgré son jeune âge à l’époque, Brittany Tiplady y est fantastique et son alchimie avec Lance Henriksen palpable. L’amour gouvernant leur personnage est un des atouts de la fiction et il est d’autant plus apprécié au sein d’épisodes qualitativement discutables. Jordan détient donc une place de choix au sein des intrigues, ce qui est un excellent atout. Des épisodes comme le 7×16, Saturn Dreaming of Mercury, permettent d’oublier parfois les lacunes sous-jacentes. Ce qu’il y a de dommage est qu’en définitive, Frank soit assez transparent et peu exploré. Alors que la saison précédente avait cherché à densifier le personnage et lui apporter une richesse assez inouïe, celle-ci se contente de peu et le laisse surtout interagir avec les autres. Bien sûr, Lance Henriksen abat encore une fois un travail formidable mais il aurait justement mérité de pouvoir davantage exprimer son talent. Avec son héros taciturne portant encore plus qu’auparavant le poids du monde sur ses épaules parmi ces crimes atroces, c’est sans surprise que l’on constate que l’humour disséminé dans la saison deux fait défaut. D’aucuns répliqueraient qu’il existe tout de même via le 7×05, …Thirteen Years Later, sorte de parodie de films d’horreur, mais bien qu’il soit divertissant, il se montre tellement médiocre qu’il est préférable de l’oublier. Proposer quelques instants de légèreté ne nuit généralement pas à une histoire lourde, c’est tout le contraire car cela permet d’appuyer davantage son propos avec ce contraste bienvenu. Dans un registre plus ou moins similaire, la poésie latente a presque disparu. Les citations de début d’épisodes ont été mises de côté et la forme témoigne d’un soin moins précis, même si la réduction du budget est peut-être la principale fautive à ce niveau. En dépit d’une musique toujours envoûtante composée par Mark Snow et d’un nouveau magnifique générique, la réalisation fait datée ; et alors que la saison est la plus récente, elle accuse davantage son âge que les précédentes – un comble !

Enfin, pour l’anecdote, documentons la présence dans des rôles plus ou moins secondaires de nombreux acteurs parfois plutôt connus du petit écran. Il est entre autres possible d’y repérer James Marsters et Juliet Landau (Buffy the Vampire Slayer), Eric Mabius (Ugly Betty), Garret Dillahunt (Terminator : The Sarah Connor Chronicles), Jorge Vargas (Higher Ground), Hiro Kanagawa (Caprica), Ryan Robbins (Riese : Kingdom Falling), Donnelly Rhodes (Battlestar Galactica), Amanda Tapping (Stargate SG-1, Sanctuary), Dean Norris (Breaking Bad) et plein d’autres encore. Fait amusant pour être noté, Brendan Fehr (Roswell) et Dean Winters (Oz) reviennent dans la série, mais sous un autre rôle ! Notons aussi la présence du groupe KISS.

En définitive, cette dernière saison illustrant la vaine tentative de son héros de démanteler le groupe Millennium s’avère décevante pour plusieurs raisons. De qualité peu homogène, elle délivre des épisodes indépendants et mythologiques majoritairement fades et ennuyants lorsqu’ils ne s’empêtrent pas dans un discours confus, voire incohérent. À la rigueur, que Chris Carter ait souhaité écarter la tonalité métaphysique de l’année passée puisse être accepté. En revanche, constater que le scénario nie toutes les caractéristiques précédentes pour s’apparenter à un récit conspirationniste dans la veine d’un The X-Files peu éclairé brise le cœur. Demeurent quelques rares éclats rappelant le fatalisme et le discours désabusé ayant fait autrefois mouche, la prise de conscience sur l’humanité et le mal la rongeant, l’attachement pour Frank et Jordan, ou encore une bande-originale toujours aussi fascinante. Cependant, ce sont au final peu de choses comparativement à tout ce qui peut chagriner. En fait, ce n’est pas tant que cette saison de MillenniuM soit mauvaise, c’est juste qu’elle change encore d’identité et ne répond pas aux attentes que l’on pouvait espérer lorsque l’on a autant apprécié l’orientation fantastico-ésotérique. De quoi laisser songeur sur ce que la fiction aurait pu devenir si ses soucis de direction artistique n’avaient pas existé…

Par |2017-05-01T13:59:08+02:00octobre 6th, 2013|MillenniuM, Séries étasuniennes|0 commentaire

Mental (série complète)

Ce n’est pas forcément très commun de débuter une série uniquement parce que l’on a un immense faible pour le compositeur. En tout cas, ça ne m’était jamais arrivé jusque-là alors que je suis pourtant une grande amatrice de musique. Quoi qu’il en soit, c’est de cette manière que Mental, aussi écrite MƎNTAL:, s’est retrouvée sur mon écran de télévision il y a quelque temps. Contre toute attente, il ne s’agit pas exactement d’une fiction américaine mais d’une co-production avec la Colombie. Le tournage s’est effectivement déroulé dans ce pays bien que l’on veuille nous fasse croire que le cadre se déroule à Los Angeles. Mental a été annulée au terme de sa première saison de treize épisodes de quarante minutes par Fox en raison de ses mauvaises audiences. Elle fut diffusée sur la chaîne entre mai et août 2009. Notons qu’elle a été créée et développée par Deborah Joy et Dan LeVine, une sœur et un frère ayant par le passé été à l’origine d’autres séries comme Lois & Clark : The New Adventures of Superman. Aucun spoiler.

Le docteur en psychiatrie Jack Gallagher vient d’intégrer la direction du service psychiatrique d’un grand hôpital de Los Angeles. Du fait de sa nationalité australienne, de ses méthodes atypiques et de son tempérament tout aussi original, il n’est pas accueilli à bras ouverts par ses nouveaux collègues qui ne comprennent pas la nomination d’un inconnu à un poste à responsabilités. Malgré tout, chacun essaye de mener à bien son travail pour aider les patients à surmonter leurs difficultés, tout en gérant lui-même sa propre vie.

Il se trouve que jusqu’à peu, je n’avais jamais entendu parler de Mental. En découvrant que l’homme derrière la bande-originale n’est autre que le fantastique Trevor Morris (The Tudors, The Borgias, Vikings, Kings, Moonlight, The Pillars of the Earth) dont je suis une très grande admiratrice, j’ai vraiment eu envie de m’y intéresser. Qui plus est, les choses sont parfois bien faites puisque j’apprécie le genre médical ainsi que la sphère psychologique/psychiatrique. En d’autres termes, tous les ingrédients semblaient être réunis pour offrir un divertissement somme toute agréable. Malheureusement, le premier épisode apporte rapidement de mauvaises nouvelles et la suite ne fera jamais démentir cette impression extrêmement mitigée. Outre la musique de Morris assez générique – bien que pour sa défense, il n’a pas forcément la possibilité de montrer l’étendue de son talent avec une histoire de ce type –, tout le reste n’est que platitude, superficialité et prévisibilité. Comme quoi on a parfois beau critiquer Fox et l’attitude de certaines chaînes bien promptes à tout annuler à tour de bras, elles savent quand même aussi de temps en temps agir avec discernement. Cela étant, on pourrait être tenté d’écrire que Mental n’aurait de toute manière jamais dû arriver à l’antenne. C’est aussi simple que ça.

En treize épisodes, cette première et unique saison de Mental s’apparente à une sorte de House MD du pauvre. Ici, à la place de cas cliniques tirés par les cheveux et d’un individu cynique et critique se trouvent des patients psychiatriques accompagnés d’un homme quelque peu en retrait et controversé mais, bien sûr, brillant. Jack Gallagher est une sorte de cow-boy débarquant d’Australie avec son accent et sa pratique originale dans le milieu de la psychiatrie. Du moins, c’est ce que l’on essaye de nous faire croire. Il n’hésite jamais à donner de sa personne, braver le danger, voire même à se mettre totalement nu dans une salle comble pour délivrer quiconque du mal qui le ronge. Effectivement, il est exceptionnellement doué et possède une sorte de don inné susceptible d’irriter plusieurs pour son non-conformisme. Il est incarné par un Chris Vance (Transporter : The Series, Prison Break) fort fade et peu convaincant. Ce n’est pas forcément son interprétation qui dérange mais davantage l’écriture sans vie de son personnage. Lui ajouter une sœur disparue qu’il recherche activement car elle serait malade ne lui offre clairement pas une densité suffisante. De même, ses histoires de cœur, sa propension à ne pas s’attacher et ses cas de conscience n’apportent rien de plus. Au contraire, cette tentative de caractérisation ne fait qu’augmenter la caricature ambiante. La galerie de protagonistes l’entourant est du même acabit avec cette multiplication de clichés. Par exemple, les autres médecins sont constitués d’Arturo Suarez (Nicholas Gonzalez – The O.C.), un dragueur invétéré cherchant l’aval de son père, de Chloë Artis (Marisa Ramirez – Spartacus : Gods of the Arena), une lesbienne assumée, de Veronica Hayden-Jones (Jacqueline McKenzie – The 4400), une quarantenaire passionnée s’ennuyant dans son mariage et batifolant avec un urgentiste insipide (Warren Kole) ou encore de Carl Belle (Derek Webster), le psychiatre aux dents longues préférant frayer avec les méchants des laboratoires pharmaceutiques que penser au bien-être de ses patients. Il y a de quoi lever les yeux au ciel plus d’une fois. Forcément, Carl déteste Jack et n’hésite pas à manipuler et user de son pouvoir pour influencer les autres. Tout ce petit monde est chapeauté par la supérieure, Nora Skoff (Annabella Sciorra – The Sopranos), cherchant à protéger son service ayant de gros problèmes financiers, tout en rêvant au jour où Jack découvrira son sex-appeal et où sa fille lui redonnera toute sa confiance, chose qu’elle a perdue en bataillant dans un cancer. Bref, tout ceci est poussif et ennuyant au possible. De surcroît, l’interprétation est peu inspirée et il n’existe aucune alchimie entre les différents protagonistes. Le scénario tente bien de montrer que des amitiés, voire plus, s’instaurent, si ce n’est que le résultat se veut surtout bancal. À la rigueur, que les personnages ne vaillent pas la peine de s’y attarder ne signifie pas que le reste ne dispose pas de plus d’ampleur. Après tout, la fin avortée est par miracle correcte et dispose d’une conclusion assez satisfaisante.

Sans grande surprise, Mental est un énième procédural. Autrement dit, chaque épisode se suffit à lui-même et traite du cas d’un patient qui sera naturellement résolu à la toute fin. D’aucuns pourraient nuancer en expliquant qu’il existe une sorte de fil rouge avec la sœur de Jack mais ce serait malgré tout mensonger tant il est ténu. Dans tous les cas, l’écriture est paresseuse et se limite au strict minimum afin de ne pas endormir le public probablement peu enthousiaste par ce qu’il voit. Ce n’est pas que la série soit profondément mauvaise, elle est juste rébarbative car elle n’injecte rien de neuf en dépit d’un contexte a priori peu dépeint à la télévision. En effet, l’histoire se déroule dans des services psychiatriques et est par conséquent vectrice de pathologies aussi diverses que variées. Tristement, le traitement est ridicule et aucunement crédible. Deux défauts phagocytent totalement le tout. Le premier est lié à cette volonté de rendre glamour et de quasi fantasmer des symptomatologies. Probablement afin de pimenter les scenarii et offrir au grand public ce qu’il désire, autrement dit du piquant et pas trop de folie pour ne pas choquer, les patients vus souffrent de maladies classiques du monde de la télévision. Entre la schizophrénie, l’hypnose, la grossesse nerveuse, la lycanthropie, les troubles dissociatifs de la personnalité, l’hypersexualité avec le syndrome de Klüver-Bucy, l’autisme, les supposées vies antérieures et une sorte d’hermaphrodisme, il est clair que Mental se place en série presque racoleuse ne choisissant que le sensationnel. Pire, grâce à Jack et son talent, chacun de ces cas est diagnostiqué et soigné en quarante minutes. Ah ça oui, tout le monde sait pertinemment que la psychiatrie est une affaire rapide et fort simple. Cette propension à montrer ces psychoses et névroses d’une façon aussi propre sur elle et consensuelle irrite, surtout lorsque l’on imagine les fausses croyances qu’elle peut induire sur les téléspectateurs. La mise en scène n’arrange pas la saison puisqu’elle essaye de se donner un genre particulier en simulant les visions et l’esprit visiblement dérangé des malades. Certes, subsistent quelques points positifs tels que cette fine analyse des difficultés des thérapeutes comme les psychiatres et psychologues à interagir avec d’autres personnes, toujours effrayées d’être analysées, ou ce conflit perpétuel entre les hôpitaux et les labos pharmaceutiques. Cependant, ces modestes qualités sont bien faibles et auraient de toute manière mérité une vraie exposition. Le seul point amusant, souvent commun avec des séries de ce genre, est d’y retrouver de nombreux visages plus ou moins connus : Silas Weir Mitchel (Grimm, Prison Break), Estella Warren, David Carradine (Kung Fu), John Pyper-Ferguson (Caprica), Willie Garson (Sex and the City), Erik Avari (Stargate SG-1), Christopher B. Duncan (Veronica Mars), Glenn Morshower (24, Friday Night Lights), Tessa Thompson (Veronica Mars, Hidden Palms) ou encore K Callan (Lois & Clark : The New Adventures of Superman).

Au final, Mental est une série avortée de plus ne disposant d’aucune identité digne de ce nom. Sorte de mélange entre diverses productions, elle essaye d’illustrer le quotidien d’un groupe de psychiatres empêtrés dans leurs problèmes personnels alors qu’ils bataillent pour que leurs patients s’en sortent. Entre des cas peu réalistes et traités par-dessus la jambe, un anti-héros imbu de lui-même et supérieur à la norme, des faire-valoir insignifiants et des banalités à tour de bras, les épisodes s’enchaînent, se ressemblent et fatiguent. Le monde de la psychiatrie aurait pu apporter une plus-value sympathique mais il se borne à accumuler poussivement les clichés, ceux-ci étant accompagnés de vignettes caricaturales et jamais représentatives d’un vrai service de ce type. En résumé, Mental mérite son sort et se doit de demeurer aussi méconnue.

Par |2017-05-01T13:59:20+02:00juin 20th, 2013|Mental, Séries colombiennes, Séries étasuniennes|4 Commentaires