Shi to Kanojo to Boku | 死と彼女とぼく

Comme toujours, dès que l’on apprécie un genre assez timide, on ne fait pas la fine bouche et l’on tient à tester tout ce qui est susceptible de nous tomber entre les mains. En l’occurrence, le fantastique n’est pas un registre que l’on peut qualifier de plébiscité au Japon, d’où l’intérêt pour le tanpatsu Shi to Kanojo to Boku qui en fait la part belle. Constituée d’un unique épisode d’un peu de moins de cinquante minutes, cette courte fiction dont le titre signifie approximativement la mort, la fille et moi fut diffusée sur TV Asahi le 25 septembre 2012. Il s’agit d’une adaptation forcément très sommaire du josei manga du même nom de Kawaguchi Madoka – non disponible en France à l’heure actuelle –, composé de dix volumes sortis entre 1991 et 1999, mais aussi de plusieurs suites. Aucun spoiler.

Depuis une grave maladie l’ayant presque tuée quand elle avait sept ans, l’adolescente Tokino Yukari détient la possibilité de voir les fantômes et autres créatures apparentées. Pire que ça, elle les attire et si certains ne cherchent que l’apaisement, d’autres peuvent être au contraire violents et très dangereux. Avec le soutien de son ami, Matsumi Yûsaku, elle accepte de venir en aide à une femme récemment décédée, persuadée d’avoir été assassinée par l’un de ses collègues. La situation se complique grandement lorsque les phénomènes surnaturels se multiplient.

     

Sans grande surprise, ce n’est certainement pas un tout petit épisode qui permet de reprendre en bonne et due forme le récit raconté dans le manga. Pour cela, il n’est pas nécessaire de l’avoir lu pour s’en douter. Toutefois, il y a de fortes chances que le concept soit similaire. Au programme : des fantômes, des regrets amers, un soupçon de peur, des enfants avec des regards supposément angoissants et… une absence totale de frisson pour un tanpatsu souhaitant délivrer une atmosphère horrifique. Qui plus est, la musique totalement intrusive et peu adaptée aux scènes annihile d’autant plus l’effet recherché. En fait, Shi to Kanojo to Boku passe totalement à côté de l’histoire et de son potentiel. Bien sûr, il paraît évident qu’en raison d’une durée aussi minimale, il est difficile d’explorer de nombreuses facettes des personnages, d’approfondir et de densifier une fiction ou de proposer un univers riche et complexe. De toute manière, ce n’est pas forcément ce que l’on attend de cet épisode. En revanche, divertir n’est jamais de refus si ce n’est que ce j-drama échoue lamentablement. La faute à quoi ? À beaucoup trop d’éléments.

Yukari est une lycéenne à première vue banale. Or, elle est dotée d’un don particulier conditionnant sa vie de tous les jours. Elle voit les morts n’ayant pas encore réussi à quitter le monde des vivants. Alors qu’elle cherche à guider une toute petite fille perdue et n’ayant pas réalisé qu’elle était décédée, elle fait brutalement la connaissance de Takeuchi Natsumi (Sakurai Atsuko). Effectivement, celle-ci aurait visiblement sauté de l’immeuble de son entreprise et se serait donc suicidée. Ayant assisté sans le vouloir à la scène, Yukari et son ami, Yûsaku (Ichikawa Tomohiro – Clone Baby), permettent à Natsumi de comprendre qu’elle vient de trépasser. Les fantômes oublient généralement une partie de leur passé. Ils sont certes scotchés sur Terre, mais ils ne savent pas pourquoi. Gouvernés par les regrets, la colère ou la tristesse, ils errent souvent, cela parfois des années durant. Suite à certaines circonstances, Natsumi réussit à découvrir que sa mort n’a rien de naturel et est bien décidée à lever le voile sur cette tragédie, et à faire payer celui qu’elle juge responsable, son rival au bureau, l’arriviste et manipulateur Ôsawa Naoki (Hakamada Yoshihiko – Soratobu Tire, Fumô Chitai). Voilà le trio qui se lance dans une enquête linéaire n’en finissant pas d’accumuler les incohérences et autres facilités. Le tout est profondément simpliste en plus d’être inintéressant. Il faut dire que l’interprétation hautement aléatoire et l’absence de caractérisation des personnages ne permettent aucunement de contrebalancer les lacunes omniprésentes. L’héroïne a le malheur d’être campée par la débutante Mine Azusa qui a bien du chemin à parcourir avant de se montrer un minimum convaincante.

Pour conclure, en dépit d’une histoire fantastico-horrifique somme toute classique bien qu’a priori capable d’insuffler une atmosphère assez rare à la télévision nippone, Shi to Kanojo to Boku se révèle être un tanpatsu plus que médiocre et insignifiant. Souffrant d’une écriture approximative, d’acteurs peu inspirés, de dialogues bancals et n’ayant en plus pas l’idée d’injecter une ambiance digne de ce nom à une production en requérant une, l’épisode en devient extrêmement pénible à regarder alors qu’il dure à peine cinquante minutes. En d’autres termes, il se doit d’être évité quand bien même on serait cruellement en manque de surnaturel.

Par |2017-05-01T13:58:57+02:00septembre 7th, 2014|Séries japonaises, Shi to Kanojo to Boku, Tanpatsu|0 commentaire

Kokoro no Ito | 心の糸

C’est assez amusant d’entendre parler pour la première fois d’une production japonaise à travers un festival francophone. Effectivement, c’est en regardant par curiosité quels étaient les nominés autres que Toilet no Kamisama dans la catégorie téléfilms du 51è festival de Monte Carlo que j’ai découvert Kokoro no Ito. Il s’agit d’un tanpatsu d’un unique épisode de 73 minutes diffusé sur NHK le 27 novembre 2010. Son titre peut être approximativement traduit par les liens du cœur. Aucun spoiler.

Le Japon semble avoir un faible pour toutes ces histoires où un personnage se trouve en situation de handicap ou est atteint d’une grave maladie. Parmi la multitude de thématiques existant, la surdité est plutôt régulièrement à l’honneur et ce ne sont pas les renzoku Orange Days ou encore Aishiteiru to Itte Kure qui diront le contraire. À l’instar de ces deux fictions mais aussi de Hoshi no Kinka écrite par Tatsui Yukari, la même scénariste que pour Kokoro no Ito, ce tanpatsu s’attarde sur la langue des signes et sur la perte totale de l’ouïe.

Nagakura Akihito est un jeune homme habitant avec sa mère depuis le décès de son père alors qu’il n’était qu’enfant. Si cette situation n’est déjà pas aisée à supporter quotidiennement, elle est encore plus complexe dans le sens où sa mère, Reiko, est sourde-muette. Assez renfermée sur elle, elle n’a que peu de proches et vit presque en vase clos, partageant son existence entre son travail parmi les poissons-globes (le fameux fugu) et sa maison. Comme elle ne peut réellement communiquer avec les autres, son fils lui sert toujours d’interprète puisqu’il est évidemment capable d’utiliser la langue des signes. C’est Matsuyuki Yasuko (Mother, Suna no Utsuwa) qui offre ses traits à cette femme effacée et très fade en apparence. L’actrice dispose heureusement d’un jeu suffisamment solide pour transmettre des émotions à travers un simple regard. Bien que beaucoup lui aient asséné qu’elle ne pourrait jamais élever seule Akihito, Reiko ne s’est jamais avouée vaincue. Son fils ne souffrant pas du même handicap qu’elle, elle tient absolument à ce qu’il profite au maximum de ses capacités. Akihito, lui, est en pleine préparation dans le but d’essayer d’intégrer une université de musique prestigieuse où il pourrait étudier sérieusement le piano. Jouant de cet instrument depuis qu’il est tout petit, il paraît ne plus y prendre goût. Las, fatigué de s’entendre dire par ses professeurs qu’il n’a pas l’étoffe d’un pianiste car il manque de passion, il ne supporte plus cette situation dans laquelle il se trouve et blâme en silence sa mère pour l’y avoir mis. En fait, il est perdu, voire frustré, et ne sait plus s’il aime réellement le piano et s’il continue pour plaire à sa mère, ou pour ne pas abandonner quelque chose qui a occupé une grande partie de son existence. De plus, face à Reiko qu’il doit constamment aider, il est tout à fait conscient d’être plus mature que les autres de son âge et de ne peut-être pas profiter innocemment de sa jeunesse.

Kokoro no Ito traite avec beaucoup de retenue de la pression qu’infligent inconsciemment certains parents sur leurs enfants afin qu’ils transcendent les difficultés et aient ce que eux, ils ont échoué à obtenir. Dans ce cas précis, Reiko désire à tout prix voir son fils devenir un grand pianiste. Sans grande surprise, au bout de plusieurs années Akihito ne supporte plus de devoir mettre autant d’énergie à poursuivre le rêve de sa mère. Que fait-il du sien ? Et en a-t-il un, lui qui n’a justement jamais la possibilité de réfléchir à ce qu’il souhaite réellement ? Le tanpatsu illustre leur délicate relation alors qu’elle tend à se déliter progressivement. Entre rancœur, mensonges et secrets, il ne reste plus que peu de place pour quoi que ce soit d’autre. Sans morale, pathos ou sentimentalisme, il est juste question de quelques instants de leur vie se trouvant à un moment charnière. Lorsqu’Akihito rencontre Izumi (Tanimura Mitsuki – Cat Street), une jeune de son âge ayant de nombreux points communs avec lui, il réalise qu’il ne peut perdurer ainsi, surtout qu’il apprend à ce moment-là une nouvelle bouleversante. Un de ses anciens camarades incarné par Sometani Shôta (Jûnen Saki mo Kimi ni Koishite) tend aussi à le pousser dans ses retranchements et à le faire bousculer ses automatismes rassurants. Une chose est sûre, Akihito et Reiko deux doivent s’écouter respectivement de manière à avancer vers un horizon plus calme. Ils s’aiment, cela va s’en dire, et leur lien indéfectible en dépit des adversités est fort et poignant. Bien qu’elle ne puisse jamais entendre ce que joue Akihito, Reiko lui assure qu’elle ressent ses mélodies, notamment parce que leur cœur seront toujours connectés. Cette dynamique est écrite avec beaucoup de pudeur et un minimalisme presque plat. C’est d’ailleurs peut-être pour cela qu’avec un rythme très tranquille, il ne soit pas forcément évident de se sentir émotionnellement impliqué. L’épisode se regarde aisément puisqu’il est très court mais il ne marque malheureusement guère les esprits. Il est également dommage que les scènes au piano soient aussi étranges car on voit bien que ce n’est pas Kamiki Ryûnosuke (Kôkôsei Restaurant), assez correct au demeurant, qui joue vraiment de l’instrument. C’est Kabe Amon (Good Life, Clone Baby) qui interprète Akihito enfant. Sinon, outre l’intimité de cette famille atypique, Kokoro no Ito dépeint également les difficultés auxquelles sont confrontées les personnes malentendantes. Là aussi, plutôt que de faire preuve d’emphase, l’espoir et la sobriété sont de mise. L’atmosphère profite justement du cadre rural pour gagner en humilité et en douceur. Au niveau de la bande-son, il n’est pas rare que le silence soit fait, probablement pour marquer le contraste entre le monde musical d’Akihito et celui sans bruit de sa mère. Ce procédé n’a rien d’original et est souvent repris dans les fictions du genre mais, sans forcément apporter grand-chose à l’ensemble, il ne se révèle pas dérangeant ou maladroit. La musique composée par Senju Akira (Suna no Utsuwa, Kôkô Kyôshi 1993 et 2003, Fûrin Kazan, Toilet no Kamisama, Kimi ga Oshiete Kureta Koto) n’est non plus particulièrement mémorable bien qu’elle fasse son travail convenablement.

En définitive, Kokoro no Ito est un tanpatsu témoignant sans aucune fioriture de la relation entre une mère et son fils. Tandis que l’une veut le meilleur pour le second, ce dernier arrive au bout de sa course effrénée et entend mener ses propres rêves et non pas poursuivre ceux de celle qu’il aime. Bien que la surdité soit également abordée, c’est surtout le cheminement intérieur de ses deux personnages principaux qui prévaut. En s’apparentant à une histoire très simple et menée avec tranquillité, cet épisode se montre alors sincèrement humain. Sans être indispensable ou même particulièrement conseillé, il dégage une certaine humilité touchante qui devrait aisément plaire à ceux recherchant des fictions où la tendresse côtoie la quiétude en dépit de quelques soubresauts naturels.

Par |2017-05-01T13:59:29+02:00avril 18th, 2013|Kokoro no Ito, Séries japonaises, Tanpatsu|2 Commentaires