Community (saisons 3 à 6)

Ce jour est à marquer d’une pierre blanche puisque pour une fois, Luminophore met à l’honneur une sitcom. Il y a peu de chance que cela se reproduise rapidement, car Community représentait le dernier bastion du genre se trouvant sur mes tablettes. Je rappelle que je ne suis pas du tout une amatrice de productions à dominante humoristique et du format court, celle nous concernant aujourd’hui m’ayant d’ailleurs été plus ou moins imposée lors d’une animation de Noël. Cette série étasunienne s’est terminée au terme de sa sixième année, après plusieurs péripéties en coulisses, dont le départ pour la quatrième de son créateur, Dan Harmon, avant qu’il ne revienne dès la saison suivante, mais aussi une annulation par NBC et une diffusion finale sur la plateforme Yahoo! Screen. Les audiences décevantes n’ont pas permis de poursuivre l’aventure, mais rien ne dit qu’un film ne rouvrira pas un jour le chapitre, comme cela avait été initialement scandé par les personnages. Aucun spoiler.

Après l’avoir laissée en plan un sacré bout de temps, j’ai décidé courant 2016 de reprendre le chemin de Community et d’en venir à bout. Je ne le cache pas, je n’ai jamais totalement adhéré à cette production certes inventive, mais ayant rapidement usé son concept. Comme je suis incapable d’arrêter quoi que ce soit en cours de route, j’ai persévéré et si, sans surprise, mon avis n’a pas changé, le visionnage est demeuré tolérable à doses homéopathiques. Pourtant, la différence de qualité s’avère patente à partir de la quatrième saison et les nombreux fans ont dû plus que déchanter devant ce qui s’apparente parfois à un spectacle moribond. Sans l’ultime épisode, ce billet serait bien plus négatif sauf que ce final parvient, justement, à atténuer sensiblement les griefs passés. Intimiste, touchant et sobre, il émeut et prouve qu’au bout du compte, ce groupe d’individu a réussi à se construire une place digne de ce nom dans notre quotidien. Au-delà du fait que la production a bénéficié de maints sauvetages inattendus et pas forcément judicieux, elle se doit de rester sur ce joli épilogue approchant presque de la perfection et de ne pas risquer de tout abîmer avec une quelconque continuation, qu’elle arrive à la télévision ou sur grand écran. Dès sa deuxième année, Community accuse déjà des signes de faiblesse et comme souvent, à force de tirer sur la corde, celle-ci se rompt. Beaucoup conspuent la quatrième saison, car elle ne profite pas de la patte de Dan Harmon, mais avouons que les suivantes ne se montrent pas non plus satisfaisantes. Le ton faussement sarcastique couvre par ailleurs de nouveau un registre familial un tantinet moralisateur. Autant les intrigues manquent d’homogénéité, autant les défauts de cette fiction se veulent, eux, plus que constants.

Community joue avec une éternelle mise en abîme, tourne en dérision les clichés, propose des épisodes conceptuels novateurs et emploie à bon escient un nombre incalculable de références à la pop-culture. Le brio et l’intelligence de son écriture créative ne font aucun doute. En revanche, elle a dès le départ laissé craindre un rapide essoufflement et ce fatidique moment est survenu bien plus vite que prévu. La deuxième saison commence déjà à donner des signes de fatigue et plus la fin approche, plus l’intérêt décline. Pire, la série finit par se transformer en parodie d’elle-même à force de sombrer dans une permanente surenchère de gags et de pastiches en tous genres. Les aventures se succèdent les unes à la suite des autres et se ressemblent, la fraîcheur en moins, ce qui induit un arrière-goût de redondance monotone. Réutiliser des éléments ayant fonctionné auparavant afin de les remodeler ni vu ni connu n’apporte rien de bon. En plus, l’absurdité latente prend progressivement une place étouffante, les histoires étant souvent sans queue ni tête. Heureusement, des éclairs de génie transpirent à travers ces ultimes années, mais ils se révèlent trop peu fréquents. Si la majorité des épisodes sont donc oubliés une fois la télévision éteinte, quelques-uns sortent du lot. Citons par exemple l’excellent 3×04, Remedial Chaos Theory, avec ses mondes parallèles découverts lors d’un lancement de dés, ou bien l’amusant 5×02, Introduction to Teaching, parlant aux personnes ayant un faible pour l’illustre Nicolas Cage. Quand une fiction arrive en bout de course et ne délivre plus grand-chose de nouveau sur le plan scénaristique, elle parvient parfois à compenser avec ses protagonistes. Sauf que Community, en se focalisant par le passé autant sur ses délires, omet d’approfondir en bonne et due forme ses héros.

Rares sont les principales figures de cette production à totalement fédérer et se montrer attachantes sur le long terme. Aucune ne bénéficie d’un développement satisfaisant en dépit de velléités d’aller de l’avant et de s’accepter dans la conclusion. Ce ne sont pas les individualités qui fonctionnent, mais plutôt le groupe en intégralité, bien qu’il ait été régulièrement amputé de ses membres. L’exécrable Pierce, parti le premier, ne manque pas, c’est certain. Troy, si. Shirley, elle, a disparu sans laisser de trace, preuve de son inutilité. Pour pallier ce saignement à blanc, la série s’offre de nouveaux visages surgissant et s’évanouissant dans la nature au gré du vent. Le professeur de criminologie Buzz Hickey (Jonathan Banks – Breaking Bad), la consultante Frankie Dart (Paget Brewster – Criminal Minds) supposée remettre Greendale sur les rails et le scientifique Elroy Patashnik (Keith David) se trouvent sur les rangs de ces pièces rapportées non désagréables, mais peu mémorables. Les plus anciens dans le paysage se contentent de rester dans leur image étriquée et certains comme Britta ne sont définis qu’à travers une unique caractéristique névrotique digne d’une sitcom conventionnelle. Si le fantasque doyen garde de sa cote de sympathie, c’est peut-être parce qu’il demeure en retrait, contrairement à Chang se transformant en objet irritant et proprement inepte. Les relations les unissant tous ne nourrissent pas non plus suffisamment les récits, font du surplace, et cette continuation aléatoire amène à se demander si un épisode n’a pas été oublié en cours de route. En bref, les personnages manquent de constance et laissent souvent indifférent. Il s’avère d’ailleurs complexe de comprendre pour quelle raison ils se considèrent comme une vraie famille. En fustigeant cette absence de profondeur et de liant, d’aucuns répliqueront qu’avec une série de cette trempe, seul prime l’humour, mais là aussi le bât blesse, car les rires vont decrescendo.

Pour résumer, dès ses débuts, Community a révolutionné à sa manière le monde du petit écran. Avec son approche expérimentale mêlant une dimension métafictionnelle, une autocritique, des références cinématographiques et télévisuelles, des clins d’œil à foison et des parodies enlevées, elle a immédiatement su se forger une identité. Son ambiance choyant la folie douce et un soupçon de cynisme décalé participe à cette recette susceptible de plaire aux amateurs d’univers atypique. Cependant, malgré ses atouts narratifs et la maîtrise de son concept, elle s’est trop rapidement perdue dans des pastiches, des exercices de style et une cohérence souvent douteuse, à tel point de se transformer en caricature assez consensuelle. Outre l’inégalité de ses épisodes, ceux-ci finissent par se contenter de recycler des idées déjà utilisées sans jamais parvenir à retrouver la qualité initiale, ou mieux, développer les personnages et leurs dynamiques. Contre toute attente, bien que plus de la moitié de son existence soit finalement anecdotique, voire ennuyante, subsiste cette impression que l’extravagante Community aura au moins tenté des choses sur sa forme, ce qui est tout à son honneur.

Par |2017-05-01T13:57:59+02:00novembre 2nd, 2016|Community, Séries étasuniennes|0 commentaire

Higher Ground | Cœurs Rebelles (série complète)

Comme quoi tout vient à point à qui sait attendre. Cela faisait des années que je cherchais à dénicher Higher Ground, mais impossible, elle restait introuvable. Et vers 2010, je tombe dessus totalement par hasard, qui plus est en qualité tout à fait correcte. Malgré mon impatience, j’aurai quand même mis quasiment deux ans avant de lancer cette fiction, mais je crois qu’à mes yeux, l’important était de me douter que je pouvais la regarder quand j’en avais envie. Si j’arrivais maintenant à trouver Get Real (La Famille Green), tous mes anciens vœux de sériephile seraient exaucés. Higher Ground, Cœurs Rebelles pour la version française, est une série canado-américaine ne possédant qu’une seule saison. Elle a effectivement été annulée et ne bénéficie pas de réelle fin bien que celle dont on dispose soit tout à fait supportable. Composée de vingt-deux épisodes de quarante-deux minutes chacun, elle fut diffusée sur Fox Family – dorénavant connue après un rachat par Disney-ABC en tant qu’ABC Family –, entre janvier et juin 2000. En France, elle est au moins passée sur TF1 vers 2001. Aucun spoiler.

Peter Scarbrow est un ancien drogué ayant décidé de mettre son expérience difficile au service d’adolescents. Il gère ainsi une structure assez particulière, Mount Horizon High School, hébergeant des jeunes à la dérive.

Jusqu’à 2012, je n’avais jamais eu l’occasion de regarder Higher Ground, mais j’avais envie de la tester depuis un sacré bout de temps. Pourquoi donc ? Ce n’est pas tant le synopsis qui se montre très enthousiasmant, – après tout, ce n’est qu’un teen show assez banal à première vue –, mais c’est sa distribution qui l’est. Si, à l’époque, la plupart des acteurs n’étaient pas très connus, ce n’est plus du tout le cas maintenant.

Direction les montagnes du nord-ouest des États-Unis, en plein milieu de nulle part, et avec pour seuls voisins des hectares et des hectares de forêts. C’est dans ce coin reculé que se situe Mount Horizon High School, un lycée quelque peu différent de ceux que l’on trouve ailleurs dans le pays, car il est uniquement dédié aux adolescents dits à problème. Le directeur, Peter Scarbrow, l’a créé quelques années auparavant afin de donner un sens à sa vie et également de manière à apprendre de ses propres erreurs. Il ne se sépare jamais de sa moto et est amateur de sport ainsi que de sensations fortes. Incarné par le séduisant Joe Lando (Dr. Quinn, Medicine Woman), Peter était autrefois un homme d’affaires plutôt talentueux, mais il a fini par totalement craquer et se plonger dans la drogue. Désintoxiqué depuis sept ans, son existence est un éternel combat et il est bien décidé à aider du mieux qu’il peut des jeunes souvent laissés sur le bord de la route. Pour cela, il peut compter sur sa fidèle amie, Hannah (Deborah Odell), ayant du mal à gérer sa vie intime en raison de la grande implication que demande son travail à Horizon. Le personnage quitte toutefois rapidement la fiction et est remplacé par la très sympathique Sophie, jouée par Anne Marie DeLuise dont le mari, Peter DeLuise (21 Jump Street), a réalisé quelques épisodes pour cette série. Sophie aime cultiver son indépendance et essaye pour la première fois de se poser quelque part, notamment parce qu’elle n’est pas insensible au charme de Peter. À Horizon, tous les élèves suivent le même type d’enseignement dont le but final est de les responsabiliser et de les réadapter à la société. Outre les cours habituels, ils sont amenés à participer à de nombreuses activités sportives, aux travaux de la vie courante comme la cuisine ou le ménage, mais aussi à des groupes de parole. L’idée étant est qu’ils doivent apprendre ou réapprendre à faire confiance aux autres, à gagner de l’assurance en eux et à être en mesure de collaborer avec autrui en harmonie. C’est donc leur quotidien que l’on suit et si le tout peut paraître répétitif, ce n’est pas réellement le cas, car les différentes personnalités hautes en couleur et leur développement permettent de densifier le scénario.

Peter et Sophie symbolisent les deux figures adultes majeures de Higher Ground. Le premier joue surtout le rôle d’un modèle masculin et assume en grande partie l’autorité requise pour mener à bien ce qu’il considère comme une importante mission. Proche de ses protégés, droit et juste, il est apprécié bien qu’il soit évidemment parfois contesté. Il se remet régulièrement en question et possède quelques zones d’ombre resurgissant de temps à autre. Horizon a par ailleurs plusieurs difficultés de financement et Peter cherche des fonds suffisants tout en essayant de conserver sa grande autonomie et son libre arbitre. Ce qu’il y a de particulièrement intéressant dans la série, c’est que ce personnage soit approfondi et que l’accent ne soit en aucun cas axé uniquement sur les adolescents. De même, sa relation avec Sophie est joliment écrite et possède d’agréables moments. Grâce à Peter, l’action se déplace parfois à New York, lorsqu’il doit retourner voir son ex-femme qui est visiblement toujours sensible à son charme, et son père avec qui il s’entend mal. Du côté du corps enseignant d’Horizon, les autres profs sont aperçus de manière assez sporadique et n’ont pas de réel temps d’antenne. On est toutefois en mesure d’y reconnaître Dmitry Chepovetsky (ReGenesis) en professionnel très gauche et Roger R. Cross (24). Bien évidemment, les parents et l’entourage plus lointain des lycéens ne sont jamais oubliés et se veulent régulièrement au centre des propos tant leurs marques, voire leur emprise, peuvent être prégnantes.

Comme le titre français le suggère très maladroitement, Higher Ground traite des cœurs rebelles, autrement dit des adolescents à fleur de peau qui sont parfois littéralement perdus. Seule la classe de Sophie est le sujet de la série, les autres élèves n’ayant absolument aucune existence propre. D’une certaine manière, c’est d’ailleurs plutôt étrange dans le sens où, techniquement, tout le monde finit plus ou moins un jour par se mélanger. Le premier épisode débute par l’arrivée de Scott à Horizon. Renvoyé de son équipe de football américain alors qu’il en était la coqueluche, fumant du cannabis et ayant de gros problèmes d’autorité, il est en roue libre depuis quelques mois et son père (Garwin Sanford – Narrim dans Stargate SG-1) ne sait plus quoi faire de lui. Suivant les conseils de sa nouvelle femme interprétée par Emmanuelle Vaugier (Smallville), il l’envoie à Horizon. La rébellion de Scott est due à un évènement traumatique à répétition amené avec beaucoup d’intelligence et prenant à contrepied le téléspectateur, habitué que ce soit le sexe féminin qui en soit victime. Scott a au départ du mal à s’adapter à son école et préfère faire bande à part plutôt que de tenter de s’intégrer. C’est Hayden Christensen qui lui offre ses traits, quelques mois avant de découvrir qu’il allait devenir Darth Vader dans Star Wars. Il finit à la longue par se rapprocher de Shelby qui, elle, est incarnée par A.J. Cook (Criminal Minds, Tru Calling). Très difficile à côtoyer en raison de son épaisse carapace, elle cache plusieurs lourds secrets dont elle ne veut pas parler. La plus mûre de tous les ados de la classe, et celle qui se trouve également là depuis plusieurs années, est Kat (Kandyse McClure – Battlestar Galactica), se sentant coupable de la mort de sa sœur. Juliette (Meghan Ory – Once Upon a Time) souffre quant à elle de boulimie et de l’insatisfaction permanente de sa mère. Toujours du côté des filles, la gothique Daisy aux parents alcooliques qui arrive quelque temps après Scott est campée par Jewel Staite (Firefly, Stargate Atlantis). Et enfin, chez les garçons, Auggie (Jorge Vargas) est rongé par la colère et Ezra (Kyle Downes) paraît peut-être stable si ce n’est qu’il n’est pas surnommé le pharmacien pour rien. Ces sept jeunes sont ainsi amenés à cohabiter jour après à jour et finissent progressivement par former une sorte de petite famille. La série n’est pas franchement naïve et ne les rend donc pas tous amis, mais elle croque le portrait d’un groupe devenant uni et faisant face à l’adversité. Certains sont plus attachants que d’autres, Shelby, Daisy et Ezra étant peut-être ceux les plus plaisants pour diverses raisons. Autrement, l’interprétation est de plutôt bonne qualité excepté celle de Meghan Ory qui est assez fluctuante.

Les épisodes mettent ainsi en évidence des hauts et de nombreux bas, mais lorsqu’un personnage sombre, c’est toujours pour mieux remonter. Moult thématiques plus ou moins spécifiques sont traitées : les troubles alimentaires, les suicides, les drogues, la dyslexie, l’inceste, l’automutilation, les viols, la violence, l’adoption, le divorce des parents, la stérilité ou encore la sexualité (hétéro et homo). La série a pour principale qualité de ne jamais tomber dans la surenchère, le sensationnalisme ou la superficialité. Bien qu’elle s’attarde sur beaucoup de sujets différents, elle le fait toujours avec une certaine réserve et ne charge pas ses personnages comme s’ils avaient un passé absolument incroyable. Il est certes plus que douloureux, mais le tout demeure systématiquement on ne peut plus crédible. Les protagonistes ne sont pas vus qu’à travers le spectre de leurs problèmes et, de toute manière, il faut parfois attendre de nombreuses semaines avant de découvrir ce qui les amène dans cette sorte de sanctuaire. L’autre point très positif est de sortir du côté schématique en approfondissant les obstacles au long cours. Ce n’est pas parce qu’un épisode sera plus axé sur untel que cela signifiera qu’à la fin, tout sera réglé. Bien au contraire, l’évolution se fait progressivement et difficilement. Il est également assez aisé de s’identifier à l’un d’entre eux. Les élèves apprennent à exprimer leurs émotions et à les travailler de manière à apprivoiser leurs tourments et pouvoir retourner à la vraie vie, c’est-à-dire en dehors du cocon qu’est Horizon. Higher Ground n’est pas optimiste ou pessimiste, elle est juste réaliste et c’est déjà plus que louable. En revanche, les bons sentiments paraissent inévitables, mais demeurent très légers, même si aucun personnage ne sort réellement de trop des rangs.

Sur une note plus universelle, la camaraderie et la romance sont naturellement dans l’air. Certaines dynamiques entre les jeunes sont franchement agréables comme celle entre Shelby et Daisy qui deviennent grandes amies, celle entre Daisy toujours et Ezra, ou bien évidemment celle entre Shelby et Scott. En fait, la série a tout pour plaire aux adolescents qui représentent son public cible, car en plus de traiter avec fidélité certaines angoisses et négligences de cette période, elle met donc aussi le doigt sur d’autres sujets plus triviaux. Comme les adultes ne sont pas oubliés et que l’accent est parfois placé sur leurs propres difficultés liées à la canalisation et l’aide de leurs protégés, il ne s’avère pas non plus nécessaire d’avoir quinze/seize ans pour la regarder et l’apprécier. En outre, si le ton est foncièrement dramatique en raison du cadre, il n’est pas pour autant dépressif et l’humour n’est jamais délaissé. Grâce à des personnages comme la caustique Daisy, il n’est pas rare de sourire, voire de rire de bon cœur. Quid de la fin ? Bien que la production ait été annulée, il paraît assez évident qu’elle n’était de toute manière pas du tout faite pour persévérer ; les élèves n’allaient en effet pas perdurer des années à Horizon. Le dernier épisode conclut plus que correctement le tout et ne laisse en aucun cas place à la frustration.

Sur la forme, il faut avouer que la série est assez particulière et marquée par sa décennie. La réalisation est effectivement parfois frénétique avec des mouvements de caméra très rapides et une musique tout aussi effrénée. La majeure partie du temps, l’ensemble reste relativement sobre toutefois. Les paysages sont en tout cas magnifiques pour qui apprécie les montagnes et les forêts puisque les protagonistes sont vraiment plongés au cœur de la nature et confrontés aux éléments environnementaux comme la neige et les tempêtes. Sauf quelques exceptions notables, le cadre se limite aux alentours de Horizon. Chaque épisode commence par une citation d’un écrivain ou d’une personnalité politique. Concernant la musique, son emploi est du même acabit que ceux des teen shows des années 1990, début 2000. En d’autres termes, plusieurs chansons sont utilisées à divers endroits, mais elles ne sont jamais prépondérantes. Comme c’était la grande mode à l’époque, ce n’est pas étonnant d’y entendre du Sarah McLachlan et plus particulièrement Angel. À noter cependant que celle-ci, consciente du budget limité de la fiction, a payé elle-même les droits de sa composition à sa propre compagnie. Joli geste que plusieurs autres artistes canadiens ont réalisé. En fait, il semblerait que le Canada ait apporté une certaine aide à la production ; maints acteurs sont en plus canadiens et la série aurait été tournée dans les environs de Vancouver. Et comme toujours, puisque l’ensemble date, on peut s’amuser à y relever de nombreux visages connus. Outre tous ceux dont il a déjà été question, on y voit Paul McGillion (Stargate Atlantis) sans son adorable accent écossais, Christopher Shyer (Whistler, V -2009-) en rencart de Sophie, Kim Coates (Sons of Anarchy) comme frère de Peter, Andrew Airlie (Reaper) en ancien ami blond (!) de Peter, JR Bourne (Stargate SG-1) en publiciste pas très futé, ou encore Adam Beach en garde-forestier.

En définitive, Higher Ground est une série traitant avec justesse d’un groupe de jeunes souvent confus, traumatisés et rejetés par la société. Souffrant de problèmes crédibles, ils tentent d’y faire face afin de pouvoir se construire une véritable identité. Bien que le ton soit parfois légèrement gentillet et que les épisodes manquent un tant soit peu d’approfondissement, on ne peut nier que la fiction ne fait pas preuve d’une grande authenticité en plus d’impliquer émotionnellement. Elle met dès lors en scène de beaux portraits nuancés d’adolescents, mais aussi d’adultes essayant de les aider à aller de l’avant, le tout avec une certaine dose d’humour, de drames, de tact et d’honnêteté. L’ensemble est d’autant plus appréciable que les teen shows de cette trempe ont malheureusement presque totalement disparu des chaînes nord-américaines.

Par |2018-07-06T18:00:17+02:00octobre 11th, 2012|Higher Ground, Séries canadiennes, Séries étasuniennes|7 Commentaires