CSI: Immortality | Les Experts (téléfilm)

Il y a plus de cinq ans, j’écrivais sur Luminophore douter reprendre un jour le chemin de CSI. La neuvième saison de cette production apparemment éternelle ne m’avait guère convaincue et je commençais à saturer du format procédural. Depuis tout ce temps, je m’en suis d’ailleurs totalement détachée ; l’époque où je me lançais à l’aveugle dans n’importe quelle série est révolue. Les téléspectateurs américains se sont eux aussi désolidarisés de cette franchise et, petit à petit, toutes les fictions dérivées ont disparu de l’écran. Actuellement, seule la récente CSI: Cyber est encore à l’antenne. Eh oui, après quinze années de normalement bons et loyaux services, CBS a choisi d’annuler CSI (Les Experts en France). Pour ne pas laisser un de ses anciens succès s’en aller en catimini, la chaîne a mis en chantier un téléfilm intitulé Immortality. D’une durée d’approximativement quatre-vingts minutes, soit deux épisodes habituels, il fut diffusé le 27 septembre 2015. Aucun spoiler.

Un homme à première vue banal entre dans l’un des casinos de Las Vegas et se fait exploser, causant ainsi plusieurs victimes. La propriétaire des lieux, Catherine Willows, décide de revenir de Los Angeles où elle travaille désormais en tant qu’agent du FBI. Pendant que Sara Sidle et ses collègues cherchent à lever le voile sur les agissements de ce possible terroriste, le nom de la fameuse Lady Heather apparaît. Quel est donc son rôle dans cette affaire prenant rapidement d’importantes proportions ? Ne faut-il pas contacter la seule personne capable de comprendre cette femme mystérieuse ? Il se trouve justement que Gil Grissom vient d’arriver dans la région après avoir parcouru les mers du globe.

Pourquoi retrouver CSI après l’avoir oubliée pendant environ six ans ? J’avais tout simplement envie de découvrir de quelle manière la série comptait s’en aller. Le format est tel qu’il n’est pas très compliqué de rattacher les wagons ensemble et de suivre sans problème l’intrigue. Qui plus est, même si j’ai fini par perdre l’intérêt pour les épisodes, j’ai conservé une certaine sympathie pour quelques-uns de ses héros et, surtout, pour l’adorable Gil Grissom. Je me suis donc dit que ce téléfilm représentait une excellente occasion de tourner la page et, qui sait, de voir si j’ai bien fait de couper les ponts vers 2009 ou 2010. Comme je m’en doutais, cet unitaire se visionne facilement et ne nécessite pas d’être au fait du contexte préalable pour y adhérer. Malheureusement, pour un final, cet Immortality ne marquera pas les esprits. En dehors du retour de quelques figures d’antan, il dispose d’un scénario traditionnel et manque d’étincelles pour provoquer un franc enthousiasme. Bien sûr, la réalisation se veut soignée et l’on sent comme d’habitude les moyens mis en œuvre, mais le public est en droit d’attendre un peu plus d’originalité et d’intensité pour un départ normalement définitif.

Quand j’ai arrêté CSI, Gil Grissom venait aussi de quitter le navire et, sans lui, l’intérêt avait disparu. Sara n’était plus là non plus, d’ailleurs, et elle n’est revenue que plus tard. Du coup, les revoir tous les deux et apprendre qu’ils ne sont plus mariés m’a un peu brisé le cœur, j’avoue. Immortality joue beaucoup sur leur relation et à l’instar des années passées, la production continue dans la subtilité pudique. Ce couple a toujours été avare en grandes effusions et, suite à certaines circonstances, ils ont divorcé jusqu’à ne plus finir par se parler. L’amour et le respect sont palpables, mais leur route s’est séparée à un moment donné. En insérant le retour de Lady Heather dans l’équation, c’est l’occasion pour ces deux individus de se montrer honnête l’un envers l’autre et avec eux-mêmes. Le téléfilm devrait probablement plaire aux amateurs de cette romance en filigrane ayant fait les beaux jours de la série, en dépit ici d’une écriture maladroite. Grissom, sinon, est égal à lui-même. Calme, pondéré, un peu étrange et délicieusement décalé, il retrouve la police scientifique en réalisant que tout a changé, bien que l’esprit subsiste. Les petits clins d’œil des bonnes vieilles aventures font plaisir et auraient pu être beaucoup plus importants, à l’instar du traitement inexistant des personnages secondaires.

Une bombe explose donc dans un casino, ce qui permet à Catherine et à Jim de revenir, eux qui avaient aussi disparu du paysage. La première dispose d’un matériel plus conséquent que le second, mais elle reste grandement en retrait. En dehors de son visage inexpressif terrifiant quiconque, l’unique élément amusant réside dans l’identité d’une jeune recrue gravitant autour d’elle qui, contre toute attente, ne nous est pas inconnue. Nick n’est pas une seule seconde mentionné. Que ce soit les rats de laboratoire, dont Hodges qui semble avoir maintenant le droit de sortir sur le terrain, le chef sur le départ campé par Ted Danson ou bien l’attachant Greg, ils se contentent ici d’une simple figuration. Bien sûr, ils ont, espérons-le, eu l’occasion de rayonner plus tôt, mais davantage de lumière et d’unité auraient été bénéfiques. De toute façon, ce n’était pas avec son épilogue que CSI atténuerait subitement ses lacunes inhérentes. Lady Heather n’est pas aussi vénéneuse qu’autrefois et il est tout de suite évident qu’elle n’est pas coupable de ces bombes, mais un catalyseur presque poussif du couple phare. Et, comme trop régulièrement, si l’on connaît un tant soit peu les acteurs récurrents de séries, le commanditaire de ces crimes saute vite aux yeux.

En résumé, le téléfilm clôturant CSI s’avère malheureusement assez fade et bien trop classique. Il ne donne pas l’impression de terminer quinze longues années d’activité à l’écran. Avec cette enquête superficielle s’apparentant à un prétexte pour ramener d’anciens visages, il souffre d’une grande prévisibilité. À la rigueur, le côté convenu du récit serait tolérable si les émotions, elles, se voulaient palpables. Or, malgré une ambiance plutôt propice à la romance, ce n’est pas le cas. Le visionnage n’en devient pas désagréable, car tout y est rondement mené, mais ce n’est pas cet Immortality qui fait regretter l’annulation de cette fiction aux ressorts définitivement usés.

Par |2017-05-01T13:58:11+02:00mars 9th, 2016|CSI, Séries étasuniennes, Téléfilms|0 commentaire

Torchwood : Miracle Day | Le jour du miracle (saison 4)

Compte tenu des vives critiques des fans de la première heure à son encontre, la quatrième saison de Torchwood ne donne guère envie de l’essayer. C’est peut-être d’autant plus vrai lorsque l’on sait qu’elle se termine sur un cliffhanger et qu’il est fort possible qu’il n’y ait jamais de suite, Russel T. Davies étant occupé par des soucis personnels, et les acteurs engagés ailleurs – et accessoirement plus sous contrat. Toutefois, aucune information claire n’ayant été fournie à ce sujet, tous les espoirs sont permis. Après tout, la saison quatre a justement mis beaucoup de temps à arriver à l’antenne, plusieurs croyant alors certainement qu’elle ne verrait jamais le jour. À l’instar de la précédente, elle se veut assimilable à un tout et porte cette fois-ci le sous-titre Miracle Day, soit le jour du miracle en français. Précision qui a son importance, ces dix épisodes, d’une cinquantaine de minutes diffusés quasi simultanément sur BBC One et Starz entre juillet et septembre 2011, sont une coproduction entre l’Angleterre et les États-Unis. Aucun spoiler.

Un jour, plus personne ne meurt sur Terre. Les maladies, les blessures et autres causes de décès existent mais elles ne conduisent tout simplement plus à la mort. Bien que cette idée puisse paraître enchanteresse, c’est en réalité loin d’être le cas et très rapidement, les ennuis s’accumulent. Seul Torchwood paraît être en mesure d’expliciter ce qui se passe. Sauf que l’institut a été détruit et que ses quelques membres encore vivants sont introuvables. Grâce à deux agents de la CIA, l’équipe morcelée se reforme afin de se lancer dans une quête périlleuse.

La saison trois de Torchwood, Children of Earth, se terminant sur une note tragique avec le décès d’Ianto et le départ instantané de Jack vers un endroit inconnu, Gwen n’a pas d’autre choix que d’essayer de se construire une nouvelle vie. Pour autant, en raison de son statut, de ses connaissances et du contexte ambiant, elle est obligée de rester cachée. C’est pour cela que lorsque débute cette salve d’épisodes, elle se trouve au milieu de nulle part, dans une maison isolée, avec Rhys et leur petite fille, Anwen. Son existence consiste à surveiller les abords de son habitat et s’occuper de sa famille. Quand le monde découvre avec stupeur que la mort n’existe plus, elle n’est même pas au courant et doit attendre de retourner à la civilisation, de façon assez brutale et radicale grâce à l’agent de la CIA Rex Matheson, pour réaliser l’ampleur de ce phénomène inédit. En outre, les découvertes ne s’arrêtent pas là puisque, contre toute attente, Jack revient de son voyage de deux ans et reforme Torchwood avec Gwen, au grand dam de Rhys qui comprend qu’il peut toujours attendre avant de voir sa femme mener une carrière professionnelle moins chaotique. Alors que la population terrienne commence à gonfler, que les supposés décédés ne passent jamais l’arme à gauche et que les gouvernements s’échinent à trouver des solutions pour enrayer ce qui s’apparente à un problème mondial de grande envergure, l’institut gallois débute des aventures inédites. Le duo se transforme en quatuor avec l’ajout de deux agents de la CIA, Rex, donc, mais aussi l’analyste Esther Drummond, plus habituée aux thématiques bureaucrates qu’aux soubresauts d’une enquête sur le terrain. L’objectif de ce groupe atypique est de découvrir l’origine de ce miracle empoisonné et d’essayer de l’arrêter avant l’implosion de l’humanité. Sans grande surprise, les ramifications sont multiples, le passé de Jack y est mêlé et chacun risque sa vie dans ce qui ressemble à une course contre la montre.

Comme écrit dans le premier paragraphe, il est nécessaire de savoir que cette nouvelle saison est une coproduction anglo-américaine car cette association change vaguement l’identité de la série. C’est d’ailleurs en grande partie pour cette raison que beaucoup se sont montrés très frileux. La crainte était effectivement de perdre ce qui faisait jusque-là le charme de la fiction britannique et d’y retrouver toutes les caractéristiques des histoires étasuniens de ce genre. Le budget a gonflé, les moyens sont par conséquent présents et la production semble se faire plaisir avec plus d’action, d’explosions, d’esbroufe, de scènes de sexe gratuites, de morale et de pathos. L’authenticité et le naturel des débuts laissent place à un aspect plus préformaté et consensuel. Honnêtement, le résultat final est loin d’être mauvais et les cris d’orfraie de certains sont peut-être sensiblement exagérés. Cependant, il est probablement naturel de ressentir comme un manque tant ce Miracle Day paraît presque banal et ne profitant pas suffisamment du matériel apporté par Torchwood. Autrement, la musique de Murray Gold est discrète, ce qui est fort dommage. Malgré tout, l’idée de base est très alléchante avec ce rebondissement où la mort a disparu de la circulation. Si l’on pense immédiatement que c’est une bonne chose, on comprend très rapidement qu’au final, c’est tout le contraire. Les accidentés de la route assimilables à des légumes, ceux à qui un organe indispensable au bon fonctionnement de l’organisme est détruit ou, plus simplement, ceux souffrant le martyr, demeurent en vie envers et contre tout. La Terre qui possédait jusque-là une méthode de régulation plutôt correcte est vite dépassée par les évènements, les hôpitaux sont surchargés, la nourriture vient à diminuer et les gouvernements se lancent dans des politiques plus que discutables et bien trop familières à nos oreilles. En d’autres termes, cette saison quatre dispose de nombreuses cartes en main afin d’être stimulante, bien que le sujet et l’approche soient doucement provocateurs et à deux doigts de la surenchère.

Depuis Children of Earth, la série cherche a se montrer de plus en plus glauque, comme si cela signifiait par la même occasion qu’elle en devenait sombre, intense et adulte. C’est bien dommage de tout mélanger et de ne pas comprendre que des sujets graves ne nécessitent pas de maximiser l’effet sinistre, d’autant plus qu’il arrive à un moment où le téléspectateur finit par décrocher et ne plus ressentir quoi que ce soit. Des questionnements sur l’humanité sont soulevés, il en ressort une ombre malsaine dérangeante et… c’est tout, aucun quelconque développement ne suit. Pourtant, le sujet pouvait dépeindre des interrogations éthiques et une vraie critique sociétale, non pas quelque chose s’en approchant vaguement. Torchwood avait déjà prouvé par le passé que son impact émotionnel était régulièrement à la peine et ce n’est pas encore cette fois qu’elle annulera ce fait. Dans tous les cas, en dépit d’une volonté d’abuser du sordide et d’accentuer légèrement le sentimentalisme, l’humour est présent en filigrane – notamment à travers plusieurs dialogues échangés entre les personnages – et il permet de grandement alléger l’atmosphère. Outre sa propension à s’illustrer par une sinistrose, la saison occasionne des regrets liés à la progression de son intrigue. Patinant durant de nombreux épisodes, elle peine à délivrer des réponses et lorsqu’elle daigne enfin en donner, elles sont bien plates et engendrent d’autres interrogations qui n’auront pas de conclusion au terme de Miracle Day. Pire, la narration est linéaire tant les protagonistes suivent le cahier des charges typique d’une production catastrophe. L’ensemble résonne alors cruellement convenu et standard. Un des majeurs problèmes est peut-être le format unitaire. Bien sûr, voir une série privilégier son aspect feuilletonnant et désirant mener son histoire sur un nombre épisodes préétabli font plaisir. Or, pour cela il faut s’en donner les moyens et éviter de noyer le poisson durant plusieurs épisodes. Le fil rouge est extrêmement dilué et il aurait été plus que judicieux de raccourcir le tout de façon à lui offrir plus de densité et d’efficacité. De manière étonnante, la dimension extraterrestre est quasiment oubliée, elle qui était justement un des ingrédients principaux de Torchwood.

Cette saison quatre donne l’impression de souhaiter explorer ses personnages, qu’ils fassent partie de la distribution depuis le début ou qu’ils viennent de récemment s’intégrer. Parmi la première catégorie, Gwen est probablement la moins bien lotie. Ne le nions pas, elle est sympathique, à la limite de l’hystérie, féroce, forte et en même temps fragile et aimante. Préoccupée par le bien-être de sa fille ou, plus directement, de son père en raison du miracle en cours, elle n’a guère l’opportunité de montrer grand-chose d’enthousiasmant sur le long terme. Le constat est également, voire davantage mitigé avec Jack. Cette figure complexe est difficilement appréciable depuis ses débuts dans Torchwood pour son caractère changeant et ses zones d’ombre ; le fait que le scénario n’explique en rien ce qu’il a fabriqué durant sa longue pause ou ne le montre l’âme en peine n’aide pas à y injecter de l’attachement. Certes, quelques unes de ses répliques comme la référence à Owen ou au Docteur font plaisir et prouvent que derrière cette carapace apparemment inébranlable se cache un cœur, mais c’est bien trop léger pour être satisfaisant. Où est la continuité avec la saison précédente ? Pas là. Dans tous les cas, son lien avec le miracle, la dynamique instaurée avec un Italien fraîchement arrivé à New York sont extrêmement maladroits et bien trop abrupts pour convaincre ou intéresser. C’est d’autant plus dérangeant que cet élément bien précis revêt une importance cruciale quant aux réponses sur le phénomène extraordinaire. Autrement, parmi les ajouts de la saison, ils viennent tous des États-Unis. Rex, incarné par un Mekhi Phifer (ER, Lie to Me) en grande forme, est au départ fortement antipathique pour finir par se montrer assez agréable ; ses inimitiés avec son père sont en revanche inintéressantes. Ses disputes avec Gwen et Jack sont plutôt réussies, sinon. Esther (Alexa Havins) et la doctoresse Vera (Arlene Tur) ne sont pas non plus foncièrement gênantes si ce n’est qu’elles laissent indifférent la majeure partie du temps. Quant à Oswald Danes, le condamné à mort profitant avec délice de cette situation originale joué par un excellent Bill Pulman peu habitué à ce genre de rôle, et l’ambitieuse publiciste Jilly Kitzinger (Lauren Ambrose – Six Feet Under), leur bilan n’est pas plus satisfaisant. Les deux ne servent presque à rien, à part peut-être faire patienter avant que les évènements ne finissent enfin par se mettre en place. À vrai dire, tout démontre à travers ces lignes que Miracle Day repose sur du vent et n’approfondit quoi que ce soit comme cela serait attendu. Certains épisodes ne sont que du simple remplissage. Enfin, pour l’anecdote, plusieurs visages familiers apparaissent comme Dichen Lachman (Dollhouse) en agent de la CIA dont il convient de se méfier, Paul James (GRΣΣK) en collègue d’Esther et Rex, Marc Vann (CSI) en tant qu’homme dépassé par la situation et Ernie Hudson (Oz) comme dirigeant d’une société loin de tout reproche.

En définitive, cette quatrième et inégale saison de Torchwood est loin de se résumer à une catastrophe. Si l’ensemble ne se départ pas de son côté brouillon et de son absence d’une réelle homogénéité au niveau du rythme, les épisodes se regardent plutôt facilement. En tout cas, le visionnage est relativement divertissant, même si une fois la télévision éteinte, les souvenirs se tassent rapidement – preuve irréfutable que le contenu ne marque pas suffisamment les esprits malgré un fort potentiel . Pour cela, il est légitime de blâmer le classicisme de l’histoire, la dilution de l’arc principal, la longue période d’exposition, l’écriture bancale et l’absence totale d’ampleur générale. Somme toute, ces dix épisodes sont particulièrement impersonnels et, sans être mauvais, ils ne possèdent pas le soupçon identitaire faisant toute la différence. Si saison cinq il y a, espérons qu’elle saura retrouver une personnalité et ne plus s’apparenter à une énième resucée des productions de cet acabit.

Par |2017-05-01T13:59:23+02:00mai 21st, 2013|Séries britanniques, Séries étasuniennes, Torchwood|4 Commentaires