Sleepy Hollow (saison 2)

Alors que l’annonce de sa mise en chantier laissa songeur plus d’une personne, la première saison de Sleepy Hollow s’apparenta sûrement à l’une des plus jolies surprises de l’année dernière. Ce fut donc peu étonnant qu’une suite ait été commandée. La nouvelle salve d’aventures nous occupant aujourd’hui se constitue pour l’occasion de dix-huit épisodes diffusés sur Fox entre septembre 2014 et février 2015. Aucun spoiler.

Rafraîchissant est probablement l’un des adjectifs qualifiant le mieux les débuts de cette série décomplexée. Assumant totalement ses faiblesses, jouant de ses clichés et multipliant les apports à l’univers fantastico-horrifique, elle avait en tout cas jusqu’à présent toutes les capacités de séduire les amateurs du genre. Son duo de choc n’était certainement pas non plus totalement étranger à ce succès tant il s’avérait fort sympathique. Replonger dans le quotidien mouvementé de cette petite ville au milieu de nulle part avait par conséquent de quoi attirer. Malheureusement, la saison démarre assez laborieusement et ne réussit guère à s’affranchir de défauts handicapants, faisant quasiment oublier la désinvolture et le charme d’antan. Sleepy Hollow ne devient pas subitement mauvaise, mais elle s’empêtre dans des écueils dispensables rendant le visionnage parfois ennuyant, voire fastidieux. Il semblerait que la production exécutive en soit au moins partiellement la cause, car quelques dirigeants de la chaîne auraient décidé à mi-parcours de rompre le côté feuilletonnant qu’ils jugent être un frein aux audiences. Voyons, les capacités cognitives des téléspectateurs seraient tellement anémiques qu’il ne faudrait pas les perdre. C’est pourquoi, au lieu de disposer d’un fil rouge rondement mené, les épisodes de la deuxième moitié alternent des aventures indépendantes avec une mythologie désorganisée multipliant les incohérences. Les seuls dénominateurs communs se trouvent être le rythme aléatoire et la caractérisation changeante des personnages. L’identité et la créativité de la série laissent leur place à un formatage fort contrariant, surtout lorsque l’on exècre les formules aussi schématiques. Ne cachons tout de même pas que la conclusion, justement plus en lien avec les fondements de la fiction, rassure quelque peu quant à la suite.

La saison précédente se terminait par la révélation de la véritable nature d’Henry Parrish, l’enfermement d’Ichabod dans un cercueil végétal et l’emprisonnement d’Abbie au sein du purgatoire. Le futur des deux héros paraissait plus que morose alors que l’Apocalypse, elle, était aux portes du monde. Ces épisodes inédits démarrent sans surprise tambour battant et tentent d’instaurer un semblant de cadre et de stabilité. Moloch gagne progressivement en puissance et chacun de ses actes l’approche de son but ultime. Au cours de la première moitié de cette année, les compères veillent à barrer la route à cette créature occulte mégalomaniaque dont on ne connaît rien. Le démon, en plus d’être visuellement moche, ne dispose d’aucun charisme ou d’intérêt, comme s’il se résumait à une menace fantôme. Quoi qu’il en soit, Ichabod et Abbie doivent en plus composer avec le fils du premier qui, clairement, n’a pas dit son dernier mot et prend garde à faire payer ses parents qu’il juge coupables de toutes ses souffrances. Au moins, la bataille contre Moloch ne traîne pas trop en longueur et disparaît en chemin du paysage. Après une courte pause dans sa diffusion, la production revient à l’antenne et lance ainsi ses intrigues dans des aventures génériques, bien que dotées d’une ambiance fantastique devenue rare à la télévision. Le comique de situation fonctionne encore avec le décalage du voyageur temporel, l’alchimie des témoins est indiscutable et les voir interagir apporte toujours autant de piment, d’humour et d’amusement. Cependant, à plusieurs reprises leur relation stagne et les dissensions latentes systématiquement en lien avec Katrina finissent par user en raison de leur redondance. Effectivement, Abbie constate à juste titre que son ami ne peut rester objectif dans sa lutte contre les forces du mal pour la bonne et simple raison que ses choix conditionnent le destin de sa femme.

La sorcière est désormais une actrice à part entière de la série, sauf que les scénaristes n’ont visiblement aucune idée quant au rôle à lui offrir. Katrina représente sûrement l’un des maillons les plus faibles de cette saison. Abraham que l’on découvre plus régulièrement avec sa tête et Henry ne sont pas beaucoup mieux lotis surtout qu’ils ne parviennent que peu à fédérer. Les personnages secondaires demeurent en arrière-plan et sont totalement négligés. Finalement, à l’instar d’Irving en voyant des vertes et des pas mûres, cette année se révèle extrêmement brouillonne, comme si elle ne savait pas que montrer. Les Crane vivent une période difficile et sont perpétuellement malmenés par le comportement de leur fils devenu très amer. Tout au long des épisodes, Ichabod clame son amour pour Katrina si ce n’est qu’il finit par être déçu de ses mensonges par omission. En comprenant qu’elle lui cache maints évènements, il commence à douter de son mariage et de leur fidélité. Derrière son écran, le téléspectateur peine certainement à se sentir réellement concerné en raison d’une exploration trop superficielle de ces liens branlants. La famille est constamment au centre des propos et, d’ailleurs, Abbie et Jenny détiennent davantage l’opportunité d’en apprendre plus sur leur mère et les raisons l’ayant conduite dans un hôpital psychiatrique. La cadette de l’héroïne mériterait tout de même d’être plus souvent mise en avant. De toute manière, tout dans cette saison n’est que survol et choix discutables.

Le public n’attend probablement pas de Sleepy Hollow une vraie cohérence d’ensemble et des idées poussant la réflexion sur des sujets pointus. Malgré tout, cela ne justifie pas les développements irréguliers et l’absence de logique. L’évolution de Katrina en est un exemple parlant puisqu’elle passe de la demoiselle en détresse à la parfaite manipulatrice cachottière avant de terminer sur une voie plus sombre amenée tout aussi abruptement. Où est la finesse ? De même, le fort charmant chasseur de trésor Nick Hawley (Matt Barr – Harper’s Island) montre un faible pour Abbie et, du jour au lendemain, il l’oublie totalement pour se pencher subitement sur Jenny. En dehors des approximations de l’écriture des principaux personnages, la saison illustre vite ses fragilités avec cette propension à cycliquement utiliser un même mode d’emploi. Chaque semaine, les protagonistes se retrouvent confrontés à un évènement fantastique apparemment insoluble, plongent corps et âme dans les problèmes, et s’en sortent fort rapidement grâce à quelques astuces factices. La tension est alors inexistante surtout que pour un pas effectué, deux autres sont commis en arrière. Tandis que la fiction paraissait avancer auparavant avec fluidité et naturel, tout sonne ici forcé, mécanique et poussif. Par chance, l’univers de la production est tellement riche que des éléments permettent de ne pas trop tiquer. Les sociétés secrètes, l’arrivée en force des cavaliers de l’Apocalypse ou encore les flashbacks dans le passé avec les nombreux visages historiques figurent au programme des caractéristiques les plus enthousiasmantes. Pour l’anecdote, notons la présence en tant qu’invités de Michelle Trachtenberg (Buffy the Vampire Slayer), Jaime Murray (Defiance), Cynthia Stevenson (Dead Like Me), Sharif Atkins (ER) et de Steven Weber.

Pour conclure, la deuxième saison de Sleepy Hollow troque son charme de naguère pour une approche conventionnelle et assez artificielle. Les scénaristes semblent naviguer à vue et proposent une mythologie brouillonne où les intrigues s’étirent pour mieux se perdre, cela avant de finir par insérer des épisodes indépendants franchement basiques. La série est loin d’être mauvaise, mais elle ne dispose actuellement plus d’éléments suffisants pour tenir en haleine et divertir convenablement. L’humour, le décalage entre la savoureuse excentricité et le second degré d’Ichabod, l’amitié du duo atypique et les ingrédients favorisant une atmosphère ésotérique ne permettent pas toujours d’atténuer ces lacunes narratives qui, tristement, s’accumulent.

Par |2017-05-01T13:58:15+02:00février 10th, 2016|Séries étasuniennes, Sleepy Hollow|0 commentaire

Dead Like Me : Life After Death (film)

Rappelez-vous, fin 2011 Luminophore revenait sur l’intégralité de la série canado-américaine Dead Like Me. Étant une énième victime des méthodes expéditives américaines, elle fut annulée en 2004 alors qu’elle n’eut pas l’occasion de tirer sa révérence en bonne et due forme. Les années passèrent et les amateurs demandaient toujours une suite. C’est ainsi qu’est né le film, Dead Like Me : Life After Death, après de nombreux rebondissements liés notamment à la situation financière catastrophique de la MGM. Supposé être visible au cinéma, il n’a finalement eu qu’une sortie directement en DVD en catimini, le 17 février 2009. À l’heure actuelle, le DVD n’est pas disponible en France. Le film dure un tout petit peu moins de 90 minutes. Certains ont osé espérer qu’une troisième saison suivrait mais malheureusement, leurs vœux n’ont pas été exaucés et ils ne le seront probablement jamais. Aucun spoiler.

Cela fait cinq ans que George est morte et accessoirement, devenue une faucheuse. Comme tous les matins, elle se rend au Der Waffle Haus prendre son petit-déjeuner en compagnie de ses acolytes et récupérer le fameux post-it délivré par Rube lui indiquant le nom de la personne dont elle va devoir s’occuper. Toutefois, lorsqu’ils arrivent tous devant le restaurant, ils n’y découvrent que des cendres puisqu’il a été victime d’un incendie. Quant à Rube, il n’est pas là et ne le sera plus. Il aurait apparemment rejoint les lumières et donc, découvert l’autre monde, celui après la mort. Un patron les quittant, c’est un nouveau qui prend en charge le petit groupe, Cameron Kane, dont les méthodes sont radicalement différentes.

Dead Like Me, la série, est un petit condensé d’humour noir, de délice et dont les personnages sont tous extrêmement attachants. Ce n’est malheureusement pas du tout le cas de ce film. Il a l’apparence de la série mais il lui manque quelque chose : une âme. Il faut de toute manière avouer que ce long-métrage part sur de mauvaises bases. Mandy Patinkin n’a pas repris le rôle de Rube et le personnage disparaît par conséquent de la circulation mais il demeure fréquemment au centre des discussions. En soit, l’explication de son absence est on ne peut plus compréhensible et crédible. Cela n’empêche tout de même pas qu’il soit nécessaire à l’équilibre de l’univers et le film prouve bien qu’une fois qu’il n’est plus là, le reste ne suit pas. L’autre point négatif est le changement d’actrice pour Daisy. Laura Harris étant engagée sur une autre série, Women’s Murder Club, elle ne put participer de nouveau à l’aventure. C’est donc Sarah Wynter (The Dead Zone) qui reprend sa succession. Difficile de ne pas se demander ce qui est passé par la tête des scénaristes… Pourquoi n’ont-ils pas plutôt créé un nouveau personnage plutôt que de nous infliger ce honteux tour de passe-passe ? L’actrice essaye de faire de son mieux mais aux yeux du téléspectateur, elle n’est en rien Daisy. Et le personnage n’est pas le seul à souffrir.

En raison du départ de Rube, George, Mason, Daisy et Roxy se retrouvent seuls. Ils sont rapidement pris en charge par Cameron Kane, un faucheur joué par Henry Ian Cusick (Lost) qui décide de donner un coup dans la fourmilière. Adieu le Der Waffle Haus et les post-it, bonjour le restaurant super chic et les téléphones portables indiquant les morts. Le but est désormais le rendement. Il faut être efficace voyons ! Si le sujet et l’angle d’approche sont intéressants, le problème est que les personnages vont pour certains sortir de leur caractère. Cameron est riche et profite de tout ce que la vie à offrir, sans être dérangé par la moralité. Évidemment, il va de soi que Mason puisse accepter sans réfléchir ce nouveau crédo. Nous sommes tous d’accord là-dessus. Par contre, comment Daisy et surtout, Roxy, peuvent-elles tomber aussi facilement et rapidement dans le panneau et profiter des atouts de Cameron ? On n’a pas du tout l’impression de voir les héros de Dead Like Me mais des copies ratées et non crédibles une seule seconde. George demeure conforme à celle que l’on a connue et appréciée mais elle ne permet pas au film de ne pas sombrer dans le médiocre. Elle travaille toujours à Happy Time tout en alternant avec les morts. George se rend immédiatement compte que Cameron est plus nuisible qu’autre chose mais est occupée par sa petite sœur qui a bien grandi. On ne peut pas dire que cette intrigue soit passionnante mais elle sera à l’origine d’une révélation que l’on espérait secrètement voir arriver au cours de la série.
Si l’histoire n’est pas suffisamment exploitée et mal écrite, l’atmosphère est tout aussi difficilement perceptible et l’humour bancal ou alors absent. En fait, seules deux ou trois scènes sont franchement drôles et on les doit surtout à Delores et Mason.

Dead Like Me : Life After Death résonne au final presque comme une insulte aux téléspectateurs tant il n’a rien à voir avec la série. Que ce soit le ton enlevé, les répliques ciselées, l’ambiance caustique et le rythme, il n’y a plus rien. Le point le plus horripilant est sans conteste l’absence totale de crédibilité des personnages car ils semblent sortis d’on ne sait où mais en tout cas, pas des épisodes de Showtime. On pourrait penser que l’on est content de retrouver ceux que l’on a appréciés mais ce n’est même pas le cas puisque tout paraît dénaturé. Si jamais la série fut à vos yeux un excellent et un intelligent divertissement, ne pensez même pas à visionner ce film qui n’a ni la saveur ni le cœur de Dead Like Me. Il peut seulement se vanter de vous avoir gâché l’excellente impression que vous aviez d’elle. Honteux.

Par |2017-05-01T14:00:17+02:00février 20th, 2012|Dead Like Me, Films, Séries étasuniennes|6 Commentaires