Dare Yori mo Mama wo Aisu | 誰よりもママを愛す

Maintenant que nous sommes lancés dans l’exploration des scénarios de Yukawa Kazuhiko (Kaseifu no Mita, Koi ga Shitai x3), autant continuer, non ? Pour cela, opérons un bon retour en arrière avec Dare Yori mo Mama wo Aisu, une série composée de dix épisodes diffusés sur TBS entre juillet et septembre 2006 ; seul le premier dispose de quinze minutes additionnelles. Aucun spoiler.

Les Kamon ne forment pas une famille réellement traditionnelle au sens où la société japonaise l’entend. Le père s’occupe de la maisonnée depuis plusieurs années afin de laisser son épouse poursuivre ses ambitions professionnelles. En plus de cela, ils ont eu un dernier fils sur le tard et ne cherchent guère à entrer dans le moule. Est-ce qu’ils sont malheureux pour autant ? Probablement que non.

J’aime maman plus que quiconque. Voilà ce que crie le titre de cette production. Parce qu’il s’agit clairement d’un cri du cœur, non pas d’un enfant pour sa mère, mais d’un mari pour sa femme. Kamon Kazutoyo est fou amoureux de celle qui partage sa vie et compte bien la choyer de son mieux et combattre ceux la jugeant ou lui voulant du mal. Il ne regarde jamais une autre et se consacre entièrement à son bien-être. Cet homme a démissionné de son emploi qu’il appréciait assez il y a de ça vingt-cinq ans. Il a réalisé à l’époque que Chiyo, son épouse, n’arrivait pas à gérer en parallèle le logement et son travail. Plutôt que de lui imposer de rester à la maison et de se sacrifier comme encore trop de Japonaises le font, il lui proposa d’inverser les fonctions préétablies. Et c’est ainsi qu’il s’est retrouvé père au foyer. Et il aime ça ! Et il n’en rougit jamais ! Et quand sa femme rentre tard le soir, il veille à la chouchouter, car il sait qu’elle est exténuée, mais en profite pour essayer d’arrondir les angles afin de conserver une grande sérénité entre tous. En fait, sous couvert d’une comédie familiale sans prétention, Dare Yori mo Mama wo Aisu est une ode à l’anticonformisme et une véritable lutte contre les stéréotypes du genre. La série commence avec la voix off du plus jeune des enfants, Kaoru, précisant que ses camarades lui serinent que sa famille est bizarre. Les rôles sont tous chamboulés avec un père se chargeant de la lessive et de la cuisine, une mère bataillant férocement au tribunal, un frère doux et calme, une sœur surexcitée et bagarreuse. Tout au long des épisodes, le scénario tente d’expliquer que, certes, ce noyau s’avère atypique au sein d’une culture encore marquée par son fonctionnement traditionnel, mais que cela ne signifie pas du tout qu’ils sont anormaux, si tant est qu’une norme existe. Qui a dit un jour qu’une femme devait savoir coudre et se comporter telle une princesse ? Chacun a le droit d’être qui il veut, d’aimer qui il souhaite, car le plus important est de trouver le bonheur. Sans trop dévoiler l’intrigue au risque d’en atténuer la surprise, la fiction évoque aussi la question de la sexualité et termine sur une note assez inattendue, mais rafraîchissante. Ne le nions pas, elle ne lésine pas sur les bons sentiments et se révèle assez mièvre, mais elle met tellement de baume au cœur qu’elle n’en devient pas irritante. Même quand le papa radote à l’infini ses souvenirs romantiques tant il est inénarrable sur le sujet. D’ailleurs, ces passages racontant sa rencontre et ses choix de vie avec Chiyo sont joliment retranscrits à l’écran, avec des dessins enfantins aux crayons gras amplifiant le côté attendrissant de cet ensemble dynamique non dénué de quelques longueurs. La musique de Hasegawa Tomoki participe à cette ambiance tour à tour cocasse, mignonne et plus réfléchie en dépit de réactions manquant sensiblement de réalisme, bien que n’impactant pas de trop la qualité générale.

Dare Yori mo Mama wo Aisu plonge son audience dans le quotidien de sa petite famille très colorée. Son succès repose beaucoup sur le charme de ses personnages, presque tous fantasques à leurs manières et fort attachants. Kazutoyo est un père bavard en faisant toujours trop solidement incarné par Tamura Masakazu (Furuhata Ninzaburô), l’acteur parvenant à le rendre à la fois sympathique et un peu étouffant, comme le sont souvent les chouettes parents. La stricte Chiyo (Itô Ran – Doctors), sa femme, n’est pas en reste et essaye de tempérer les ardeurs de son mari s’emballant rapidement. Les deux forment un couple adorable, imparfait et ayant probablement beaucoup travaillé pour arriver où ils en sont. Leurs petits moments, leurs regards et gestes attentionnés reflètent leur touchante complicité. Leur aîné, Akira (Tamayama Tetsuji – Massan), exerce comme coiffeur et passe la majeure partie de ses journées à fuir toutes les filles qui lui courent après. Il faut dire qu’il est physiquement attirant, calme et profondément gentil. Il ne sait pas refuser et se retrouve ainsi dans de sacrées situations. La cadette, Yuki (Uchida Yuki – Big Wing), est considérée comme un garçon manqué, est constamment renvoyée de ses emplois pour insubordination et se voit incapable de cuire un œuf. Bien qu’ils se disputent, ils veillent sur le benjamin, encore à l’école élémentaire, Kaoru (Nagashima Mitsuki), le narrateur de l’histoire un peu timide et à l’image des enfants de son âge. La série ne raconte finalement pas grand-chose et se contente d’instantanés anecdotiques et très simples, mais s’armant d’une ambiance drolatique amplifiée par l’irruption de figures secondaires tout aussi truculentes. L’arrivée d’une nouvelle voisine, Tsunami Kozue (Kobayashi Satomi – Pan to Soup to Nekobiyori), provoque dans le quartier quelques remous puisqu’elle non plus ne rentre pas dans les cases. Et pour cause, elle s’habille tout en noir, marmonne des propos incompréhensibles, ne sort pas ses poubelles quand il faut et ne montre aucun signe de socialisation. Mais cela ne freine pas du tout le papa, vrai boute-en-train. Ce duo fonctionne du tonnerre, l’une lançant des répliques assez sarcastiques et refusant tout en bloc, l’autre l’embarquant toujours dans ses aventures. Le pauvre Yamashita (Gekidan Hitori – Densha Otoko) s’en prend aussi plein la figure avec Yuko. Sinon, Pinko, le travesti joué par Abe Sadao (Marumo no Okite) à qui le rôle va comme un gant, fait craindre le pire lorsqu’il surgit en raison d’un traitement très caricatural, mais la série préfère s’en amuser. Dans leur ensemble, les relations sont agréablement dessinées. Au bout du compte, si l’écriture paraît parfois un peu légère, elle ne l’est pas du tout. Elle enrobe le sérieux de son message dans une bonne humeur communicative et des rebondissements surréalistes, sans oublier de disséminer de-ci de-là des scènes plus émouvantes et dramatiques sous-tendues par des sujets pertinents et fédérateurs. Les protagonistes évoluent tous au contact les uns des autres et créent sans peine avec les téléspectateurs un sentiment d’empathie.

Pour résumer, en se présentant telle une comédie familiale ordinaire, Dare Yori mo Mama wo Aisu trompe son public pour mieux le ravir. Malgré la simplicité de son récit, de ses ficelles par moments très grossières et débordantes de guimauve, de son exubérance et de quelques maladresses, elle laisse sur une solide impression. Outre son atmosphère chaleureuse donnant furieusement envie de rejoindre les sémillants Kamon, elle gagne surtout en qualité avec son discours de fond détonnant encore plus quand on se rappelle qu’elle date de 2006. Loin de vanter les morales habituelles de la télévision japonaise, elle prône effectivement l’anticonformisme ainsi que le combat contre les stéréotypes et préjugés sexistes. Pour une petite série au demeurant légère et sans prétention, elle étonne agréablement et mérite le coup d’œil pour qui ne craint pas le cabotinage et les ressorts narratifs délicieusement idiots.

By |2018-07-06T21:22:25+02:00janvier 17th, 2018|Dare Yori mo Mama wo Aisu, Séries japonaises|0 Comments

Anata no Tonari ni Dareka Iru | あなたの隣に誰かいる

Avec Anata no Tonari ni Dareka Iru, poursuivons les fictions japonaises scénarisées par Sakamoto Yûji (Saikô no Rikon). Pour le coup, il n’adapte aucun travail préexistant et propose sa propre histoire. Cette œuvre, dont le titre peut être approximativement traduit par il y a quelqu’un à côté de vous, fut diffusée sur Fuji TV pendant dix épisodes entre octobre et décembre 2003 ; le premier d’entre eux dure une dizaine de minutes additionnelles. Aucun spoiler.

Les Matsumoto déménagent dans un joli petit quartier résidentiel tout ce qu’il y a de plus banal. Alors que la routine commence à s’installer, de curieux évènements se produisent et induisent un sentiment progressif de malaise. Entre les voisins fort particuliers, une vieille femme s’érigeant en prophétesse pessimiste et l’irruption d’un homme dangereusement séduisant, rien n’est fait pour rasséréner cette petite famille bien sous tous rapports. Mais justement, ce masque affable ne dissimule-t-il pas de nombreux squelettes dans les placards ?

Assez rares sont les séries japonaises à aborder un registre à suspense et aux tonalités potentiellement surnaturelles. Et quand c’est le cas, elles n’ont pas pour cadre l’univers supposément doux et rassurant du cocon familial. Rien que par son ambiance, Anata no Tonari ni Dareka Iru sort du lot et vaut le détour. Elle ne ressemble pas à ce qui se fait d’ordinaire et si elle ne manque pas de défauts, elle parvient à garder la tête haute et à ne pas dévier de son chemin ambigu, pittoresque et presque inqualifiable. Ses premiers pas sont classiques avec l’arrivée des Matsumoto dans leur nouvelle maison, héritée du récemment décédé père du mari qu’il ne côtoyait plus vraiment depuis plusieurs années. Le domicile en lui-même n’est pas très accueillant et nécessite un bon coup de rafraîchissement, mais une fois l’opération effectuée, tout devrait bien se passer. Sauf que décidément, l’atmosphère n’est pas à la tranquillité. Les voisins à la coloration volontairement caricaturale dévisagent, s’invitent à n’importe quel moment de la journée, se montrent intrusifs et… bizarres. Quelque chose dans l’air ne paraît pas habituel aux yeux de la mère au foyer, Azusa. Elle ne réussit pas à mettre le doigt sur ce qui la travaille surtout que son époux lui répète que tout est normal, mais rien à faire, elle a un mauvais pressentiment. Est-ce qu’elle est saine d’esprit, d’ailleurs ? Peut-être qu’elle hallucine, non ? Or, le téléspectateur ressent aussi cet insidieux trouble progressant crescendo, amplifié par la musique avec ses bruitages dignes d’un film d’horreur, l’utilisation de filtres de couleurs et les effets brusques de caméra. Le montage et la structure narrative n’y vont justement pas avec le dos de la cuillère pour bien appuyer le côté énigmatique de cette production non dénuée d’un humour un peu excentrique, décalé. Les éléments insolites s’y multiplient et petit à petit, la paranoïa s’installe. La série en devient par moments presque surréaliste, comme si tout ce qui s’y déroulait sortait d’un conte fantastique, là où tous cachent de lourds secrets…

Parler d’Anata no Tonari ni Dareka Iru sans enlever tout ce qui fait sa surprise relève un peu de la gageure. C’est typiquement le genre de fiction méritant d’être lancée vierge de toute information. Mais puisque je suis ici, autant essayer d’aiguiser votre curiosité, tout en me montrant un minimum vague. De toute manière, une fois l’écran de fin arrivé, de nombreuses interrogations demeurent volontairement en suspens, laissées à la libre interprétation de l’audience. L’ensemble s’attelle à plusieurs registres, le familial en premier lieu, mais aussi le thriller, le surnaturel, le policier et même le sulfureux. La sexualité y occupe en effet une place assez prédominante, qu’elle concerne les hommes comme les femmes. Les personnages ont des envies, des fantasmes, mettent parfois tout en œuvre pour les combler et s’en mordent ensuite amèrement les doigts. En dehors du cadre plus global avec les Matsumoto, un fil rouge s’étend tout au long des épisodes et ne paraît pas vraiment connecté au reste. Il est effectivement question d’une vieille affaire criminelle datant d’il y a plus de trente ans, avec un duo d’enquêteurs atypiques incarnés par Satô Aiko (Itazura na Kiss) et feu Ikariya Chôsuke, chapeauté par un policier sous les traits de Kashiwabara Takashi (Hakusen Nagashi). Bien sûr, cette histoire ne sort pas de nulle part et finit par rejoindre l’intrigue principale, mais pendant longtemps, elle maximise cette impression d’un scénario partant un peu dans tous les sens. Car finalement, Anata no Tonari ni Dareka Iru ne divulgue pas d’emblée ses enjeux et se limite surtout à travailler son ambiance suspicieuse. Cette approche représente autant une de ses forces qu’une de ses faiblesses. En papillonnant de la sorte, elle plaît à ceux appréciant d’être baladés en n’y comprenant pas grand-chose, mais elle risque de perdre au passage plusieurs téléspectateurs qui souhaiteront plus de constance et de crédibilité. Son dernier tiers plonge en plein domaine ésotérique, avec en sus des développements improbables proches du ridicule comme le cheminement de Juri, la meilleure amie d’Azusa (Toda Naho – Lunch no Akko-chan). Mais si l’on accepte ce parti pris très clivant, ces écueils participent au charme incongru de cette série.

Azusa et Ôtarô sont mariés depuis six ans et ont une petite fille, Suzu (Yamada Natsumi), d’à-peu-près du même âge. Bien qu’ils ne forment pas un couple modèle et qu’ils traversent une période un peu plate, ils ont l’air de s’aimer. Pendant que la première s’occupe de la maisonnée, le second dirige son entreprise et cherche à recruter un nouvel employé. Natsukawa Yui (Kekkon Dekinai Otoko) et Yûsuke Santamaria (Binbô Danshi) campent avec solidité ces époux souriants de face et arborant un visage hypocrite de dos. Si le mari se révèle bien plus méprisable et pleutre, la femme n’est pas non plus dénuée de reproches. Entre adultère, mensonges et faiblesses, ils n’inspirent guère confiance, mais restent agréables à leurs manières. La malchance d’Ôtarô et les désirs inconscients d’Azusa les rendent surtout très humains, normaux. Le déménagement dans cette grande bâtisse n’est que le catalyseur de tout ce qui ne va pas avec eux. Et quand un autre voisin s’installe avec sa conjointe à côté, le vase déborde. Ce Sawamura Kazuma ressemble trait pour trait à quelqu’un qu’Azusa a fréquenté jadis. Sauf qu’il est censé gésir six pieds sous terre. Est-ce un sosie ? La similarité est tellement déconcertante… Dès sa rencontre, l’héroïne se remémore de vieux souvenirs enfouis, panique et retourne consulter un psychothérapeute qui connaît bien la famille, pour verbaliser ses peurs. Mais même là, elle tait ce qui la ronge. Seule Juri, sa fidèle confidente, est au courant de la situation, de ce passé cryptique occupant la majeure partie du scénario. Kitamura Kazuki (Neko Zamurai) apporte à cet homme tout ce qu’il faut pour le rendre ambivalent, magnétique et diaboliquement dangereux. Peu à peu, il s’installe dans la vie des Matsumoto et avec ses yeux bleus d’une froideur glaciale, il semble omnipotent et omniprésent. Son épouse interprétée par la sympathique Shiraishi Miho (Densha Otoko) finit par prendre du galon et se révéler d’une force de caractère insoupçonnable. Outre quelques figures récurrentes s’ajoute aussi à cette galerie l’envahissante belle-mère d’Azusa (Kaji Meiko), apparemment à la recherche d’une sorte de trésor et devant laquelle Ôtarô s’efface et accepte les remarques acerbes à l’encontre de sa femme. Décidément, personne ne joue franc jeu dans ce microcosme.

Pour conclure, avec son ambiance paranoïaque et parfois sensuelle, ce thriller inquiétant sur fond de duperies familiales ménage habilement le suspense et donne envie d’enchaîner les épisodes. Malgré toute sa bonne volonté et un potentiel évident, Anata no Tonari ni Dareka Iru s’étiole un peu en fin de parcours à force de trop vouloir en faire. Son mélange des genres avec les voisins proches de la parodie, les éléments fantastico-mystiques et les éventuelles fausses impressions d’une héroïne sur la brèche manque par moments de fluidité et de cohérence. La fin plonge d’ailleurs dans des développements improbables susceptibles de perdre une partie de l’audience. Il n’empêche que cette série ressemblant à un insolite puzzle aux divers mystères propose un divertissement original et souvent enthousiasmant pour qui a un faible pour ce style à mi-chemin entre le cocasse haletant et les bizarreries surréalistes.

By |2017-08-12T15:25:40+02:00août 16th, 2017|Anata no Tonari ni Dareka Iru, Séries japonaises|0 Comments