The Originals (saison 2)

Après avoir discuté de la grande sœur, il est temps de s’attarder sur la petite, The Originals. Cela étant, les deux productions n’ont, pour le cru 2014/2015, pas réellement frayé ensemble et peuvent se regarder indépendamment sans aucun problème. Place à la deuxième saison de la fiction prenant ses quartiers à La Nouvelle-Orléans. Constituée de vingt-deux épisodes, elle fut diffusée sur The CW entre octobre 2014 et mai 2015. La troisième passe actuellement aux États-Unis. Aucun spoiler.

Sans être dénués de lacunes, les débuts de The Originals se révélaient plutôt divertissants avec cette plongée dans un univers toxique en proie aux nombreux ennemis aussi surnaturels les uns que les autres. Maintenant que la série avait posé ses bases, il lui restait la tâche la plus complexe, celle de les concrétiser et de réussir à se dépêtrer de ses écueils, sans en ajouter par dessus. Y est-elle parvenue ? Oui et non. Une chose est en tout cas certaine, c’est que la thématique principale de cette production est celle de la famille, au sens strict du terme comme au plus large. Cette approche se veut logique compte tenu des héros mis en scène et de leurs batailles personnelles depuis des millénaires, mais elle devient très rapidement redondante. Les craintes de la saison passée se vérifient effectivement ici tant le scénario répète inlassablement un canevas analogue où les complots, menaces et divers rebondissements tournent en boucle. Les protagonistes sont également tous liés entre eux, personne ne paraît jamais réellement mourir et le public a de plus en plus l’ennuyant sentiment d’évoluer en vase clos. Beaucoup trop d’épisodes ne s’apparentent qu’à du pur remplissage et les intrigues avancent de façon peu fluide. Certes, les bonnes idées ne manquent pas à l’appel, mais l’écriture laborieuse et presque poussive par moments rompt tout dynamisme. La série a plus qu’intérêt de vite s’oxygéner, au risque d’étouffer dans l’œuf.

Bien qu’elle ait changé de visage, la mère des Mikaelson, Esther, est bel et bien de retour. Toutefois, elle n’est plus une vampire et peut embrasser sa nature de sorcière à bras-le-corps. La dernière fois qu’elle avait côtoyé ses enfants, le contexte avait tourné à son désavantage et, là, elle n’envisage pas l’échec. Pour mener à bien sa mission, elle ne recule devant rien et choisit de faire revenir à la vie deux de ses fils, Finn et Kol. Tous deux sont également placés dans le corps d’humains non dénués de pouvoirs magiques. Comme à son habitude, Esther a pour cheval de bataille la condition de vampire de sa progéniture et décide de tout mettre en œuvre pour les ramener sur le supposé droit chemin. Le principal arc de cette saison deux se rapporte justement à cette quête qui s’annonce violente, sanglante et propice à moult retournements de situation. Dans un premier temps, Klaus et Elijah sont loin de se douter de ce qui se trame et croient devoir composer avec des sorciers relativement banals. Sauf qu’ils apprennent rapidement à leurs dépens que ce n’est pas le cas. L’aîné d’entre eux en subit d’ailleurs les frais les plus lourds et son rapprochement avec Camille apaise ses souffrances psychologiques. Il plonge en effet dans ses souvenirs, certains qu’il avait involontairement refoulés, et se remémore son premier amour, Tatia, un doppelgänger Petrova. Les épisodes sont l’occasion de continuer de parcourir le passé et le présent des Mikaelson qui, décidément, ne savent ni pardonner ni oublier leur fierté. Esther occupe donc ses enfants une bonne partie de ce chapitre avant de laisser sa place à un nouveau personnage totalement inattendu joué par Riley Voelkel (The Newsroom). Son prénom doit être tu pour ne pas trop dévoiler quoi que ce soit. Si son irruption se veut facile et sortie de nulle part, cette femme permet de changer sensiblement les forces en vigueur et d’amorcer le dernier arc de la saison en lien avec une puissante sorcière et le nourrisson de Klaus.

Aux yeux de tous, Hope, le bébé de Klaus et de Hayley, est morte assassinée par Cassie/Esther. En vérité, elle est toujours en vie et sous la protection de Rebekah, partie loin du tumulte pour sauver sa nièce précieusement chérie. Cette séparation brise le cœur de la jeune louve qui plonge dans une sorte de torpeur vengeresse. Alors qu’elle s’était rapprochée d’Elijah, elle finit par s’en écarter tant elle ne parvient pas à taire ses démons. Sa nouvelle condition d’hybride n’arrange pas la donne, car elle ne se sent plus appartenir à une quelconque famille. Les siens la rejettent et, dans tous les cas, la ville est dirigée par Francesca et, surtout, par les sorciers menés par Finn, abrité dans le corps d’un homme nommé Vincent. Il est encore une fois dommage que Hayley ne soit vue qu’à travers autrui. Dans la saison passée, c’était principalement l’enfant qu’elle portait qui comptait. Cette année, le matériel la concernant se borne systématiquement à ses relations avec Elijah et Jackson. En dehors de ça, il n’y a que du vent. De toute manière, tout ce qui se rapporte aux loups-garous est franchement peu concluant. Le chef de meute n’est pas inintéressant, mais il manque légèrement de prestance. Et les autres canidés en puissance sont inexistants, à l’exception du charmant Aiden (Colin Woodell) qui semble là pour délivrer une romance homosexuelle au demeurant mignonne, mais qui n’aurait pas dû non plus l’empêcher de disposer d’une caractérisation propre. Avouons tout de même qu’il est agréable de découvrir Debra Mooney (Everwood) en grand-mère de Jackson. La majorité des personnages de The Originals cherchent à protéger coûte que coûte Hope et la supposément terrible Dahlia serait la plus à même d’entraver le futur de cette petite fille. Cette sorcière est évoquée à plusieurs reprises tout au long de la saison et finit bien sûr par arriver en fin de parcours. Bien qu’elle soit campée par la généralement impeccable Claudia Black, elle n’apporte pas suffisamment de tension à l’histoire et peine à se montrer franchement effrayante. De toute façon, quand tous les individus principaux meurent, ressuscitent et répètent un cycle similaire, il s’avère logique de ne plus ressentir grand-chose devant ce qui se trame. De surcroît, si Klaus est égocentrique, cela ne signifie pas qu’il importe de systématiquement le placer en première ligne, au risque de frôler l’overdose machiavélique.

Plus le temps passe et plus The Originals donne l’impression d’occulter les Mikaelson les plus âgés au profit du plus jeune d’entre eux. Ne nions pas que l’ambivalence et les fêlures de Klaus offrent un terreau plus que satisfaisant à la fiction, mais il ne faut pas que cela se fasse au détriment des autres. Pire, en se montrant aussi versatile, l’hybride use. À croire qu’il ne sait pas apprendre de ses erreurs et que des millénaires d’existence ne changent pas la situation. Il manigance dans son coin, voit des complots partout, n’hésite pas à manipuler ses frères et sa sœur et, naturellement, finit par se mettre tout le monde à dos. Au moins, il apporte un semblant de piquant et d’humour cynique. Chez les Mikaelson, Elijah est totalement sous-exploité, Finn est ridicule à maintes reprises à demeurer fidèle et, ensuite, psychologiquement instable, et Kol (Daniel Sharman – Teen Wolf) – devenu humain et sorcier – s’empêtre dans une histoire amoureuse fort fade avec Davina. Le meurtrier sans état d’âme a disparu et il persiste ici à vouloir être aimé. La jeune sorcière est l’un des piliers de la série et peine à convaincre en raison du jeu toujours peu solide de son interprète, mais aussi du fait de l’écriture dudit personnage. Tout cela est par conséquent plutôt léger même si le retour de Rebekah redonne des couleurs à l’ensemble. La vampire plaît grandement et réussit à fédérer ses frères. À ce sujet, l’actrice Maisie Richardson-Sellers effectue plus que correctement son travail pourtant peu évident en endossant le rôle d’une femme étrangement familière. Quant au reste de la galerie, Marcel crée son armée et ne fait rien de plus ; Camille prend du galon et gagne en sympathie, mais ne détient pas non plus d’intrigue à son nom ; Josh, à l’instar d’Aiden, est attachant à sa manière et c’est tout ; croisons les doigts pour que Vincent (Yusuf Gatewood) demeure dans les parages, car il se révèle hautement appréciable. En bref, le peu d’approfondissement de tous ces visages attriste.

Pour conclure, la deuxième saison de The Originals n’est absolument pas mauvaise, mais elle peine à éveiller l’intérêt du téléspectateur en raison d’un récit redondant en revenant sempiternellement à la même chose. Changements de corps, trahisons, paranoïa ambiante, haine parentale et guerres fratricides sont les ingrédients au menu. Au lieu de développer ses personnages secondaires et son univers pourtant foisonnant, la série se contente de ses principales figures ou, plus spécifiquement, de Klaus. Seul l’hybride millénaire paraît effectivement disposer d’une vraie exploitation malgré, encore une fois, une psychologie de comptoir répétitive, voire incohérente. En se montrant aussi monotones et peu inventifs, les épisodes ne réussissent alors pas à divertir convenablement et laissent une sensation assez déplaisante de gâchis.

Par |2018-07-06T17:46:49+02:00janvier 13th, 2016|Séries étasuniennes, The Originals|2 Commentaires

Grey’s Anatomy (saison 11)

Les années ont beau passer, une série semble résister vaillamment au couperet fatidique et, visiblement, celui-ci est encore loin de souhaiter s’abattre. Alors que la douzième saison de Grey’s Anatomy s’approche à grands pas aux États-Unis, il est l’heure de discuter de la onzième. Constituée de vingt-quatre épisodes, elle fut diffusée sur ABC entre septembre 2014 et mai 2015 ; à noter que le vingt-deuxième a vu sa durée exceptionnellement doublée. Aucun spoiler.

Malgré une certaine redondance et une recette désormais quelque peu éculée, la précédente année de ce mastodonte étasunien demeurait relativement satisfaisante. La logique aurait donc voulu de démarrer ces aventures inédites plutôt rasséréné. Or, ce n’était pas du tout mon cas. Le départ de l’un des personnages les plus intéressants, l’écartement de deux internes susceptibles de dynamiser la fiction et le rebondissement ridicule du season finale laissaient plus que perplexe. Comment la série allait-elle réussir à convaincre ? Contre toute attente, elle sort brillamment vainqueur de nombreux obstacles s’étant retrouvés sur son chemin et l’effort est d’autant plus louable que les bouleversements en coulisse n’ont sûrement pas été de tout repos. Cela étant, Grey’s Anatomy souffre de manière assez notable de sa grande galerie de protagonistes et peine à de trop régulières reprises à tous les mettre sur un pied d’égalité. Si la saison arrive à associer avec efficacité affaires médicales et problèmes intimes, elle oublie par moments de traiter tout le monde de la même façon, provoquant dès lors des disparités frustrantes. Des figures comme Owen en pâtissent plus que d’autres, ce qui est toujours assez dommage. Il n’empêche que pour la première fois depuis longtemps, la série décide de s’orienter dans une direction inédite et de rompre avec sa structure ronronnante, comme si elle s’armait progressivement pour se construire un nouveau visage et une sorte de retour aux sources. Si cette transition vers du changement est salvatrice, c’est parce qu’elle favorise un regain d’intérêt pour une production sur la pente descendante.

Plus que jamais, cette onzième année est celle de sa principale héroïne, Meredith. Ce personnage ne se situe probablement pas en tête de liste des préférés du public, mais il possède une extraordinaire évolution sur la durée et ces épisodes le démontrent encore une fois. Alors qu’elle vient de perdre sa meilleure amie partie vivre en Suisse, voilà qu’elle apprend l’existence d’une demi-sœur. Pire, cette dernière occupe dorénavant le poste de Cristina et officie donc en tant que chef de chirurgie cardiaque. Meredith a le droit de craquer sauf qu’elle tente de résister et doit combattre le comportement exécrable de son mari, Derek, à qui le président des États-Unis fait la cour. Psychologiquement à bout, elle ne sait plus que faire et craint de se transformer inexorablement en Ellis Grey. Le parallèle avec cette mère acariâtre est perpétuel au sein de cette année et celle-ci n’a jamais été autant au centre des propos. En dehors de sa fille avec Richard, c’est aussi une plongée dans ses pensées et son parcours que l’intrigue délivre, notamment à travers plusieurs flashbacks pas toujours très fins, mais globalement éclairants. Quoi qu’il en soit, la jeune Grey rabaisse tout le monde et, en plus de ses relations conflictuelles avec ses pairs, vit une crise conjugale larvée. Derek est d’une incroyable condescendance et il l’irrite plus que de raison, même si elle l’aime plus que tout. Le seul ayant encore grâce à ses yeux est Alex qui devient, sans nul doute, son nouveau Cristina ; leur dynamique amicale est joliment croquée à l’écran. Ainsi, les doutes et craintes de Meredith sont parfaitement retranscrits et touchent en plein cœur le téléspectateur. Le point d’orgue est tout naturellement la fin de saison en raison d’un évènement dramatique explosant littéralement l’univers de cette femme sachant rester digne malgré les circonstances. Si l’ensemble demeure satisfaisant, l’irruption de Maggie Pierce a pourtant dès le départ de quoi provoquer des sueurs froides.

Avec Lexie, Grey’s Anatomy avait déjà joué la carte de la sœur sortant d’un chapeau de magie. C’est pourquoi voir le scénario s’y adonner n’augurait pas grand-chose de bon malgré une logique presque évidente. Effectivement, cette fille n’est pas n’importe qui puisqu’elle est l’enfant de Richard Webber et d’Ellis Grey. Leur relation est connue depuis maintes années et cette naissance deux décennies auparavant ne paraît pas si incongrue que ça. Maggie (Kelly McCreary) arrive au Seattle Grace dans l’espoir de côtoyer sa grande sœur et ne cherche absolument pas ses racines ou une vraie affection. Elle aime sa famille adoptive, n’est pas malheureuse et a pleinement conscience d’avoir été choyée. Elle ne sait pas que Richard est son père et, forcément, celui-ci tombe des nues en découvrant de lui-même le pot aux roses. Finalement, la nouvelle chef de cardiologie plaît d’emblée et réussit sans difficulté à s’intégrer à la distribution. Les épisodes choisissent d’explorer immédiatement sa personnalité afin de l’asseoir aux yeux de l’audience qui ne peut que la trouver sympathique. Fraîche, rigolote et talentueuse, elle ne démérite absolument pas face aux autres. Ses interactions avec Meredith sont tout aussi abouties et alimentent de solides scènes. Maggie n’est pas la seule à s’introduire dans l’équipe, car la sœur de Derek, transfuge de Private Practice, doit également s’installer. En revanche, le constat se veut moins positif pour Amelia. Si son développement n’est aucunement à remettre en cause tant l’écriture soigne cette neurochirurgienne déterminée, elle n’est que rarement agréable et, donc, assez peu attachante. Sinon, les médecins ayant rejoint la série depuis peu comme Stephanie ou même Jo finissent par s’intégrer. En effet, la seconde se détache de l’ombre d’Alex tandis que la première jouit de ressorts scénaristiques heureusement non liés à ses aventures passées avec Jackson. Progressivement, Grey’s Anatomy renouvelle par conséquent sa galerie bien qu’il se révèle toujours compliqué de s’intéresser à tous.

Si l’intrigue de fin de parcours avec Meredith et Derek reste probablement celle en mémoire tant elle dispose d’une parfaite maîtrise alliant émotions, intimité et, étonnamment, optimisme, d’autres nécessitent plusieurs louanges. Par exemple, malgré la relation franchement rébarbative entre Callie et Arizona, l’arc avec Nicole Herman jouée par Geena Davis (Commander in Chief) est fort plaisant, ne serait-ce que parce que cette femme s’impose sans mal. Le constat se veut aussi plutôt positif pour la gestion pudique d’une perte douloureuse de Jackson et d’April même si, là également, tout n’est pas parfait en raison d’une dynamique parfois menée trop abruptement. Les autres personnages doivent se contenter de miettes scénaristiques et, encore une fois, Miranda en pâtit, car avouons-le, ses tentatives de prise en main avec consommation de kale et sport sont ridicules ! À l’instar de Meredith, Owen cherche à aller de l’avant face au départ de Cristina et ne dispose guère de plus de matériel que ça. La saison démontre dans tous les cas que les protagonistes ne sont, au bout du compte, pas forcément indispensables et que la disparition de n’importe lequel d’entre eux a beau être tantôt triste, elle n’impacte pas le reste. Cristina le symbolise à merveille, mais elle n’est pas la seule. Quoi qu’il en soit, en dehors de la vie plus intime de ses héros ponctuée de séquences plus légères et amusantes, la production continue de leur offrir des challenges médicaux un peu trop réguliers et époustouflants, mais il s’agit là d’une de ses marques de fabrique. Voir les médecins aussi exceptionnels agace parfois un peu, car il n’est pas nécessaire qu’ils découvrent des techniques miracles pour les rendre compétents. Pour l’anecdote, des invités comme Megan Gallagher (MillenniuM), Debra Mooney (Everwood) et Kevin Alejandro (True Blood) sont dans les parages.

Au final, cette onzième année de Grey’s Anatomy s’apparente presque à une cure de jouvence pour la série malgré quelques lacunes dispensables. Les épisodes redistribuent les cartes, assimilent aisément de nouveaux visages et cherchent à progressivement modifier les forces en place, sans ne jamais oublier leur identité au passage. Ce dynamisme est dès lors assez rafraîchissant et pousse à penser que la fiction détient encore de solides atouts pour perdurer, à condition de parvenir à garder cet équilibre. Car pour être homogène, la saison l’est tant elle associe avec efficacité la médecine, les drames et joies de ses protagonistes avec, bien sûr, tout un panel d’émotions. La très belle évolution de Meredith et de tout ce qui la concerne représente certainement le maillon le plus notable de cet ensemble, mais l’héroïne n’est pas la seule à tirer son épingle du jeu. Il ne reste plus qu’à espérer que la suite continue sur cette lancée et ne retombe pas dans la routine mécanique.

Par |2017-05-01T13:58:23+02:00septembre 15th, 2015|Grey's Anatomy, Séries étasuniennes|0 commentaire