Defiance (saison 1)

Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’expliquer, j’évite depuis quelques années de me lancer aveuglément dans toutes les nouvelles séries anglophones m’attirant ne serait-ce qu’un minimum. Si la terrible maladie dont je souffre semble parfois être en rémission – la jecommencejeterminite –, elle m’a laissé bien trop de casseroles sur les bras et je ne suis pas encore arrivée à toutes les éradiquer. Quoi qu’il en soit, j’accepte de rompre mon fonctionnement robotique quand les sujets me passionnent réellement et, qui plus est, lorsqu’ils abordent des genres fantomatiques sur le petit écran. Outre Vikings dont nous avons discuté il y a quelques semaines, place à Defiance et à sa dimension de science-fiction. Il s’agit d’un travail canado-américain disposant à l’heure actuelle d’une unique saison de douze épisodes – dont le premier est double. Celui-ci fut diffusé aux États-Unis entre avril et juillet 2013 sur Syfy, mais, pour l’anecdote, sachez qu’il était également possible de le visionner en France vingt-quatre heures plus tard, sur la version francophone de la chaîne. Développée par Rockne S. O’Bannon à qui l’on doit Farscape ou encore récemment Cult, la série a d’ores et déjà été renouvelée pour une seconde année. Enfin, précisons aussi que cette production est associée au jeu vidéo du même titre, un MMO ; ne l’ayant pas testé, je serais bien incapable d’ajouter quoi que ce soit le concernant. Aucun spoiler.

La Terre telle que nous la connaissons n’existe plus. Ravagée par un terrible conflit dû à l’apparition d’extraterrestres regroupés sous l’intitulé des Votans, la planète n’est plus que l’ombre d’elle-même. Trente ans se sont écoulés depuis l’irruption de ces derniers, et si, désormais, la paix demeure relativement stable entre les différents peuples, les conditions de vie restent très précaires des deux côtés. Alors que dans cet univers sans véritable technologie chaque individu essaye de cohabiter difficilement avec son voisin, l’ancien militaire Joshua Nolan met les pieds à Defiance, une cité portant autrefois le nom de Saint-Louis. Accompagné de sa fille adoptive, une Irathienne, il accepte de devenir le représentant de la loi de ce microcosme bigarré et de tenter de protéger les résidants des menaces intérieures comme extérieures.

À partir du moment où l’on considère Farscape comme l’une de ses séries favorites, il paraît naturel de vouloir se lancer dans Defiance. La curiosité est peut-être d’autant plus importante en constatant que, là aussi, la science-fiction devrait se tailler la part de lion et que de multiples cultures et races d’extraterrestres seront illustrées. Un écueil régulièrement entendu dans la bouche des détracteurs de ce genre se rapporte à tout ce qui a trait à la forme. Compte tenu du budget limité et des contraintes induites par une chaîne de la trempe de Syfy, il s’avère logique de se douter que Defiance ne dispose pas d’incroyables moyens pour en mettre plein la vue. Les décors sont par conséquent assez restreints et les figurants gagneraient par ailleurs à se montrer davantage nombreux. Cela étant, les paysages sont relativement sympathiques et témoignent de la désertification de la Terre, elle qui n’a plus grand-chose de comparable avec ce qu’elle a pu être une trentaine d’années auparavant. Le fait que la série s’octroie une évolution sur le mode du jeu vidéo n’est pas anodin et se ressent grandement au cours du visionnage. C’est à cause de ce choix esthétique que plusieurs devraient être peu enthousiastes. Effectivement, les effets spéciaux parfois moyennement engageants font justement très artificiels et donnent presque l’impression de sortir tout droit d’une aventure avec des êtres de synthèse. En revanche, les autres téléspectateurs ne devraient pas tiquer de trop, surtout que des qualités contrebalancent ces hypothétiques difficultés. À défaut d’être réellement atypiques, tant des caractéristiques rappellent notamment Farscape, les maquillages et costumes des races sont crédibles, voire très plaisants à découvrir. Les Castithans, surnommés les Spectres en raison de leur aspect blanchâtre, figurent parmi les réussites incontestables. En prime, la bande originale composée par Bear McCreary est aussi plutôt mélodieuse si ce n’est qu’elle a la désagréable manie de ressembler bien étrangement à celle de Battlestar Galactica. Impossible de parler de plagiat puisque l’artiste est le même, mais le mal est là ; il devient compliqué de ne pas s’imaginer auprès de Kara, Lee et leurs comparses en regardant ces épisodes. Sinon, chaque scénario se conclut schématiquement sur l’ajout assez poussif d’une chanson contemporaine. Tristement, toutes ces comparaisons sont loin d’être insignifiantes et révèlent le majeur problème de cette première saison : son absence de personnalité propre.

La ville de Defiance fait figure de particularité sur la planète, car elle prône la liberté et l’égalité entre toutes les races. Les Terriens, comme tous les extraterrestres, sont autorisés à y vivre, à condition d’y suivre des règles légitimes et nécessaires au bon fonctionnement d’une société. Le maire, Amanda Rosewater, veille à que tout s’y déroule convenablement et elle se retrouve tout naturellement régulièrement confrontée à des cas de conscience et à des prises de risques. Jeune, inexpérimentée et venant de récupérer ce poste suite à la démission de Nicky (Fionnula Flanagan – Lost) – une femme dépassant le cadre du simple mentor rapidement balayé –, elle est au départ perdue. Bien qu’elle soit irritée par Nolan et ses manières, elle lui propose d’endosser le costume de gardien de la loi, un semblant de shérif des temps modernes. Outre son ambiance post-apocalyptique baignant dans de la science-fiction, Defiance utilise également une coloration très western. Cette association n’est pas non plus si originale que ça dans le sens où d’autres séries de l’acabit de Firefly s’y sont déjà employées, avec davantage de succès. Au cours de la saison, Nolan s’évertue par conséquent à maintenir l’ordre et compte tenu de son caractère tempétueux et de son passé ambigu, il lui arrive d’être face à des situations complexes, amplifiées par le contexte sociopolitique plus que délicat. Il n’est pas rare que les épisodes se focalisent sur une sorte d’enquête, d’affaire à régler, amenant Amanda et Nolan à collaborer. Sans grande surprise, si la tonalité est encore faible, il existe une espèce de tension sexuelle sous-jacente entre les deux et il n’en ressort rien d’exaltant tant les acteurs comme les héros ne dégagent rien. Respectivement incarnés par Julie Benz (Dexter, Buffy the Vampire Slayer) et Grant Bowler (Ugly Betty), le maire et l’ex-Marine se résument à des poupées sans âme. Le constat est tout aussi misérable pour d’autres personnes leur gravitant autour, parfois uniquement présentes pour tenter d’insuffler un semblant de densité à la fiction. Par exemple, la sœur d’Amanda, Kenya (Mia Kirshner – The L Word, The Vampire Diaries) n’intéresse nullement avec ses problèmes liés à la gestion de son bar de prostituées. Ce qu’il y a d’assez antithétique au sein de cette saison, c’est qu’elle a beau multiplier les intrigues, les protagonistes et apporter ainsi de nombreux éléments, elle n’en tire jamais profit et s’illustre surtout par un récit brouillon aucunement contrôlé. La ligne directrice change régulièrement au cours des épisodes et il en ressort une curieuse impression de naviguer en plein brouillard. Heureusement, la fin est davantage maîtrisée et lance un arc empreint de mysticisme et de religion globalement stimulant, dont la figure de proue est la jeune Irisa.

Si Nolan manque cruellement de charisme, il gagne en attention dès le moment où sa relation avec sa fille adoptive, Irisa (Stephanie Leonidas), se creuse. La seconde partie de la saison est tout de même nécessaire pour que cette dynamique soit crédible, les deux n’ayant jusque-là pas l’attitude de deux personnes inextricablement liées. Suite à des circonstances au départ plutôt floues, Nolan prit sous son aile cette créature qui n’était alors qu’une enfant. Appartenant à la race des Irathiens, elle arbore une chevelure rousse du plus bel effet. Vrai électron libre, elle ne se sent pas à sa place tant elle ne côtoie guère les siens et n’est pas humaine. Tout autant impulsive que celui qu’elle suit comme son ombre, elle est toutefois plus taiseuse. Transparente au début, elle gagne progressivement en importance et permet à sa caractérisation de s’affirmer. Si moult pistes touchant de supposés majeurs fils rouges sont lancés, c’est en réalité celui concernant directement cette jeune femme qui devrait animer les épisodes l’année prochaine. En injectant une tonalité religieuse et prophétique, Defiance n’hésite pas à jouer la carte des mystères, avec plus ou moins de succès. Dans tous les cas, la race des Irathiens figure parmi les éléments les plus pertinents de la série, sans que cela signifie que ses représentants disposent de grandes occasions de rayonner. En effet, la saison demeure bien trop superficielle et n’approfondit rien, qu’il s’agisse donc des protagonistes, des civilisations, de l’ancienne guerre, de l’armistice signé quinze ans auparavant, mais aussi des différences interculturelles. En dépit d’une mise sur le tapis de la question de conflits multidimensionnels et des fondements du gouvernement humain, le scénario ne fait preuve d’aucune ambition et se borne à dresser des constats simplistes et primaires. Dommage, surtout lorsque des acteurs sympathiques tels que Gale Harold (Queer As Folk, Vanished) apparaissent sans avoir l’opportunité de tirer leur épingle du jeu. De toute manière, l’ensemble se résume presque à un patchwork d’idées, comme si la production attendait de voir celle la plus susceptible de plaire au public. Les buts tardent à se faire connaître et le téléspectateur nage, ou coule, dans cette saison bancale moyennement interprétée et dirigée. C’est à lui d’associer les pièces de ce puzzle assez confus. Ce n’est pas la peine de préciser qu’une histoire n’est pas du tout supposée fonctionner de cette manière !

Bien que la caméra dessine plusieurs races extraterrestres, outre les Irathiens, seuls les Castithans et leurs traditions ancestrales possèdent le privilège de se distinguer. Cependant, ce peuple se limite à la vision étriquée d’une unique famille, les Tarr. À sa tête se place le volcanique et ambitieux Datak (Tony Curran – Vincent Van Gogh dans Doctor Who) dont la psychologie est caricaturale et stéréotypée. Cet individu prêt à tout pour parvenir à ses fins croit mener son clan d’une main de fer alors qu’en réalité, il est manipulé par sa fidèle épouse, Stahma. Jaime Murray (Spartacus, Dexter) lui offrant ses traits prouve encore une fois sa grande capacité à incarner des personnages ambivalents jouant sur différents registres. Sensuelle, rusée et calculatrice, Stahma se doit d’être surveillée. S’il convient de retenir une figure dans Defiance, c’est bien elle. En revanche, le fils, Alak (Jesse Rath), est à oublier. Amoureux de Christie McCawley (Nicole Muñoz), la fille humaine de Rafe, un homme d’affaires fortuné, il souffre des dissensions entre leurs deux cultures. Ajoutons-y des inimitiés entre ces familles et il en ressort une romance niaise dans la lignée d’un Roméo et Juliette jamais inspirée, probablement pour attirer une audience plus large. Le père de Christie, interprété par le sympathique Graham Greene (Into the West), est tout aussi fade que ses fils – et que la majorité de la galerie de protagonistes, de toute manière. Il est surtout là pour apporter un petit peu d’action à cette série bien trop sérieuse et en manque de substance. À côté de tout ce gloubiboulga, notons la présence d’une doctoresse humanoïde positivement surprenante, de malversations, de ressources minières convoitées par les pontes terriens, d’une quête d’un artefact particulier et des termes familiers inventés à la Farscape et Battlestar Galactica. Les épisodes se suivent, se ressemblent et ne laissent guère de souvenirs une fois la télévision éteinte.

En définitive, cette première saison de Defiance a peut-être pour principaux défauts d’être générique, convenue, mécanique et de demeurer en surface des choses. En prime, l’abondance de clichés, l’absence de risques et le spectre simpliste des intrigues parasitent grandement cette histoire peu originale utilisant un grand nombre de caractéristiques vues et lues de-ci de-là. Dès lors, en s’apparentant surtout à l’énumération linéaire du parfait petit cahier des charges d’une série mélangeant la science-fiction, les aventures et des thématiques familiales, elle parvient uniquement qu’en toute fin de parcours à légèrement piquer la curiosité. Fondamentalement, ce n’est pas tant que Defiance soit pour l’instant mauvaise ; elle est en réalité profondément banale, déséquilibrée et ne dégage absolument rien. Le visionnage ne se révèle par conséquent pas désagréable, seulement insipide. Espérons que la suite puisse se créer un univers digne de ce nom et profiter d’un potentiel évident.

Par |2018-07-06T17:46:40+02:00octobre 24th, 2013|Defiance, Séries canadiennes, Séries étasuniennes|4 Commentaires

Community (saison 2)

Il y a huit mois, on me faisait remarquer qu’il était triste qu’en presque deux ans, je n’avais pas repris Community. Comme je l’avais écrit à l’époque, d’autres séries occupaient déjà ma télévision et retourner à Greendale ne faisait absolument pas partie de mes préoccupations principales. Le titre de ce billet prouve que je suis revenue – virtuellement, du moins – sur les bancs de la fac. Place à la deuxième saison de la fiction susnommée, composée de vingt-quatre épisodes de vingt minutes. Elle est passée sur NBC entre septembre 2010 et mai 2011. À noter que la quatrième est en cours de diffusion aux États-Unis. Aucun spoiler.

Avant toute chose, rappelons que techniquement, je n’ai jamais décidé de regarder Community. Étant donné qu’elle avait été demandée lors de la semaine de Noël 2010, j’ai dû m’y atteler. Oh, je n’ai pas regretté le visionnage, mais je ne peux pas dire avoir été particulièrement transcendée. Après, je ne nie pas être très compliquée en ce qui concerne les sitcoms et je ne me laisse que peu apprivoiser. Je n’y peux rien, j’ai des difficultés avec le format et les productions à tonalité principalement humoristique ne m’intéressent pas de prime abord. Comme je n’aime pas du tout mettre de côté des séries et puisque l’expérience n’avait pas été foncièrement désagréable, je me voyais mal arrêter là-dessus. Tout ceci pour placer le contexte et éviter de me faire écrabouiller par les fans, peut-être peu nombreux, mais virulents et bavards. Car effectivement, tous les défauts de la première année de Community marquent leur retour dans cette suite et ils ont en plus tendance à s’avérer davantage prononcés, les qualités ne réussissant que très partiellement à cacher le vide intersidéral du contenu de l’ensemble.

La fiction est connue pour son écriture autoréférentielle, son métahumour et n’importe quel élément susceptible de démontrer la maîtrise de ces techniques de comédie. Sans surprise, la saison continue donc sur cette lancée en proposant maintes aventures parodiques tandis que d’autres, de la trempe de l’assommant 2×05, Messianic Myths and Ancient Peoples, semblent censées prouver à qui mieux mieux l’intelligence des scénaristes. Par chance, le 2×19, Critical Film Studies, surfant justement sur le sujet de son titre, se révèle bien meilleur et plutôt subtil avec cette prise de conscience de sa propre série ; l’hommage à Pulp Fiction étant la cerise sur le gâteau. Quand bien même on peut être friand de ces spécificités de Community et apprécier toutes ces séquences admiratives où les clichés sont réutilisés en masse pour être détournés, l’ensemble tourne totalement à vide. À l’exception de rares épisodes comme le médiocre de Noël, Abed’s Uncontrollable Christmas, permettant d’explorer la caractérisation d’Abed, les principales figures et leurs dynamiques ne sont jamais réellement choyées. Les délires s’enchaînent les uns à la suite des autres, sans qu’aucune direction digne de ce nom ou un développement psychologique soient perceptibles. Grâce à l’esprit fertile d’Abed transportant tous ses amis dans un monde fictif, les personnages sont régulièrement remodelés selon le cadre en vigueur ; la saison n’essaye jamais d’installer réellement ses héros, de suivre une logique, ou de densifier ses propos. Si l’on ne cherche qu’un divertissement appliquant des scènes décalées et parodiques, elle peut être appréciable, mais lorsque l’on désire d’une série un minimum d’approfondissement, il y a de quoi être passablement irrité. C’est d’autant plus agaçant que même en revoyant ses attentes à la baisse, l’humour ne fait que difficilement mouche et rire arrive très tardivement. Sourire relève presque du miracle, c’est dire. Cependant, malgré une qualité très fluctuante, les épisodes se regardent sans trop souffrir, notamment parce que quelques références comme à Farscape ou Firefly tiennent éveillé ; mais tout ça ne suffit pas pour enthousiasmer. En fait, les protagonistes ne semblent n’avoir rien à raconter et c’est plus que problématique. L’idéal serait que Community trouve une balance en continuant ce qui fait son sel, tout en l’englobant dans de vraies intrigues. Là, l’ensemble se résume à une succession de blagues plates et sans saveur sporadiquement éclairées par des moments plus fins et convaincants ; ceux-ci sont alors encore plus appréciables tant ils sont rares parmi ce déluge de pastiches.

Excepté le final doublé pour l’occasion, tous les autres se satisfont à eux-mêmes. Ils reposent la majeure partie du temps sur un concept particulier, mélangeant les parodies aux références tournées vers la série en tant que telle, ou vers une multitude de fictions télévisées ou cinématographiques. Naturellement, ce style se veut toujours très plaisant, mais il ne faut pas non plus en abuser. Heureusement, la saison propose des récits ne se bornant pas à un simple hommage. Outre le 2×19, Critical Film Studies, évoqué plus haut, citons parmi les succès le 2×06, Epidemiology, se déroulant à Halloween et se montrant plutôt extraordinaire dans son genre avec cette histoire de zombies sous fond d’ABBA ; le 2×09, Conspiracy Theories and Interior Design, avec le Professor Professorson, le fort en draps et une musique très chouette ; le 2×14, Advanced Dungeons & Dragons, sur Dungeons & Dragons (logique !) qui n’a pas parlé à la non-rôliste que je suis, mais qui m’a surtout rappelé The Lord of the Rings ; ou encore, le 2×21, Paradigms of Human Memory, sorte de patchwork employant de nombreux souvenirs de moments que l’on n’a jamais vus – et qui donnent envie ! Concernant les légères déceptions, les deux dernières semaines de l’année, sortes de reprise du 1×23, Modern Warfare, ne sont pas mauvaises, mais manquent de souffle en seconde partie et ne plaisent même pas à la grande fan de Star Wars que je suis, un comble. En résumé, au cours de l’année la fiction alterne trop souvent entre le sympathique et le moyennement inspiré. Cette absence d’homogénéité se ressent parfois au sein d’un unique épisode, ce qui laisse une impression bancale et peu concluante. Une série ne peut non plus se contenter seulement de sa virtuosité narrative, de son fond, surtout s’il se révèle à l’occasion assez consensuel et moralisateur ; elle doit pouvoir créer une empathie et ça, Community, n’y est pas parvenue pour l’instant.

Le problème était déjà perceptible en première saison, la plupart des protagonistes ne sont pas du tout charismatiques et peinent à convaincre, surtout que plusieurs ne détiennent pas d’exposition réelle. Ainsi, Jeff et Britta sont toujours aussi transparents et ne donnent jamais envie de s’intéresser à eux. Jeff est d’ailleurs régulièrement au centre des propos, mais il ne dégage vraiment rien individuellement, cet inconvénient se résolvant en effet lorsqu’il s’accompagne de personnages plus sympathiques. Le constat se montre encore plus négatif pour Pierce puisqu’il est davantage insupportable que par le passé. Ses réflexions sexistes et racistes ne sont pas du tout amusantes et il devient surtout très lourd. Auparavant, il était le vieux pervers ; et maintenant, il est surtout le méchant vieux pervers à abattre. Autrement, Shirley n’est pas particulièrement désagréable, mais elle n’a non plus pas grand-chose d’affriolant. Cela fait donc peu de monde sur qui compter et seuls Annie, Troy et Abed réussissent à tirer leur épingle du jeu. La première a plus de temps d’antenne et plaît par sa bonne humeur communicative et son côté pétillant. C’est généralement ce trio qui amène le plus de rire et de séquences attachantes. Bien sûr, tout n’est pas aussi négatif que ce que l’on pourrait croire, car Chang, rétrogradé au rang d’un simple étudiant, est drôle bien qu’il convienne de faire attention à ne pas pousser sa folie jusqu’à la caricature écœurante. Le doyen est presque légèrement sous-utilisé et ses scènes apportent systématiquement de l’énergie et de la comédie. Quant aux figures récurrentes, elles se résument souvent à des gimmicks et ne restent aucunement en mémoire, Magnitude étant probablement l’élément le plus idiot qui soit. N’oublions pas de mentionner quelques invités, certains étant bien employés comme Josh Holloway (Lost) et Enver Gjokaj (Dollhouse), et d’autres de façon plus anecdotique tels que Betty White (The Golden Girls), Hillary Duff ou encore Stephen Tobolowsky. Anthony Michael Hall (The Dead Zone) revient pour une apparition et Busy Philipps (Freaks and Geeks) est également aperçue durant une demi-seconde dans le season finale.

Au final, la deuxième saison de Community prouve sans mal qu’effectivement, ses scénaristes débordent d’inventivité et de créativité. En offrant à ses héros une conscience de leur nature réelle, en décortiquant autant les codes des fictions apparentées pour mieux les détourner et s’en amuser, elle continue d’injecter de nombreuses parodies et références. La série possède sans conteste une vraie ligne artistique. Néanmoins, cela ne fait malheureusement pas tout. Il n’est pas possible de reposer uniquement sur ces traits de caractère et de ne pas raconter autre chose de plus consistant. Autrement, l’ensemble finit par se résumer à une succession d’épisodes sans véritable liant et profondeur. Si, en plus, le rire se limite à de rares apparitions, que les personnages ne sont pas suffisamment attachants et que la qualité fluctue, il paraît tout à fait légitime de ne pas être satisfait et d’avoir envie d’écrire que cette production est sacrément surestimée…

Par |2018-07-06T17:46:39+02:00février 26th, 2013|Community, Séries étasuniennes|0 commentaire