Okujô no Aru Apâto | 屋上のあるアパート

Il y a un peu plus de quinze jours j’évoquais le fait qu’au cours du printemps 2011, je m’étais attelée à la rédaction d’un billet pour Critictoo dans le but d’établir un classement des meilleures séries de la saison. À l’époque, je m’étais uniquement focalisée sur les renzoku mais j’avais tout de même récupéré les tanpatsu. C’est deux ans plus tard que je finis enfin par les visionner. Après Kaze no Shônen, place à Okujô no Aru Apâto dont le titre pourrait être approximativement traduit par l’appartement avec un toit-terrasse. Composé d’un unique épisode de 95 minutes, il fut diffusé sur TBS le 21 mars 2011. Il s’agit de l’adaptation du roman du même nom écrit par Agawa Sawako et se basant sur ses propres expériences lorsqu’elle habitait aux États-Unis. C’est Yoshida Noriko qui s’est chargée du scénario, elle qui a déjà travaillé sur celui de Himitsu, du joli film Hanamizuki ou encore de celui du long-métrage globalement correct Nada Sô Sô avec Nagasawa Masami. Aucun spoiler.

Katsuragi Asako, 27 ans, vient de perdre son emploi dans une petite maison d’édition indépendante. Elle décide alors de changer de vie et de quitter le cocon familial pour habiter seule dans un appartement possédant un toit-terrasse. Elle ne le sait pas encore mais cette première étape n’est que le début de ses nombreuses découvertes. 

     

Okujô no Aru Apâto fait partie de ces fictions ne racontant pas grand-chose d’exceptionnel et ne cherchant absolument pas l’esbroufe. Illustrant quelques tranches de vie banales sans user de réels artifices, ce tanpatsu demeure malheureusement fade et plat. Ce n’est absolument pas son scénario qui est à pointer du doigt mais davantage l’écriture ne parvenant aucunement à impliquer de façon satisfaisante son public. L’héroïne, par exemple, Asako, ne se montre guère intéressante ou même sympathique par ses hésitations et sa propension à toujours tout laisser filer. Il est vrai qu’il s’agit de sa nature et qu’elle évolue au fil des minutes afin de commencer à se prendre en main, mais il manque vraiment un petit quelque chose pour marquer. Contre toute attente, bien que cette jeune femme soit incarnée par la généralement insupportable Nagasawa Masami (Bunshin, Last Friends, Ganges Gawa de Butterfly, Wagaya no Rekishi), l’actrice se révèle tout à fait supportable et relativement posée. Son interprétation n’est pas dénuée de défauts si ce n’est qu’elle n’horripile pas. Asako s’approche donc de la trentaine, est célibataire et au chômage. Plutôt que de rester se morfondre chez ses parents, elle prend le premier grand risque de toute son existence en louant un joli appartement. N’ayant jamais eu de responsabilités et ayant quasiment vécu comme une princesse, elle doit rapidement trouver un juste équilibre si elle tient à préserver son quotidien somme toute inédit. Quand sa meilleure amie, Yuka (Ashina Sei – Saru Lock, Bloody Monday, Stand Up!!), s’incruste chez elle en attendant son divorce avec son mari vivant en Angleterre (Uchida Asahi – Long Love Letter, Aru Ai no Uta), tout se précipite grandement d’autant plus que ses propres parents lui proposent un mariage arrangé ! Entre son nouvel emploi, un patron qui la drague ouvertement malgré son âge avancé, le fameux prétendant, le cuisinier incarné par Waki Tomohiro (Gokusen) et une voisine presque étouffante obsédée par les chats et les chiens, elle voit son existence chamboulée du tout au tout !

Sous couvert de dépeindre les tribulations de la confuse Asako, l’épisode met principalement en avant l’importance de diriger soi-même sa propre vie et de ne pas suivre le courant, ce qui serait le plus rassurant ou encore ce qui se trouve dans la norme sociétale. S’il faut attendre la fin pour voir exactement où l’ensemble désire en venir, c’est clairement là qu’Okujô no Aru Apâto gagne des points et se transforme en histoire moderne et universelle prônant l’indépendance. L’héroïne pourrait très bien demeurer sur le chemin banalisé, elle qui est peureuse et sans ambition très claire, mais elle réalise progressivement qu’elle se dirige droit dans le mur et qu’elle ne pourra jamais être ainsi foncièrement heureuse. Plutôt que d’opter pour les solutions proposées par n’importe qui, ne mérite-t-elle pas de se construire la sienne ? Car après tout, elle constate qu’elle ne se connaît pas et pour savoir ce qu’elle désire réellement, elle doit avant tout découvrir qui elle est. Pour peu que l’on apprécie les thématiques de changement de vie et d’introspection, ce tanpatsu sera susceptible de résonner avec ses propres expériences, bien que le traitement s’avère presque convenu et traditionnel. Les pensées d’Asako sont entendues grâce à une sorte de voix off où elle dit tout ce qu’elle pense, sans filtre. Le processus n’est pas novateur et se veut ici surtout gauche. Il est également dommage d’y avoir associé des péripéties et des rebondissements presque malvenus, voire bien trop expéditifs pour en devenir émotionnels. La romance entre Asako et son supérieur met effectivement extrêmement mal à l’aise en raison de la différence d’âge et de la maladresse entre les deux acteurs. À part le cheminement personnel de l’héroïne, l’histoire s’attarde avec moins de succès sur l’amitié, les divers contrecoups inévitables. Quant à la forme, l’épisode ne sort pas non plus des sentiers battus et propose une réalisation classique. L’unique originalité provient peut-être du choix des chansons puisque plusieurs sont entendues de façon très discrète et elles sont pour la plupart occidentales.

Pour conclure, Okujô no Aru Apâto est un tanpatsu non désagréable mais malheureusement très quelconque. Pourtant, à travers l’histoire d’une jeune femme cherchant à se connaître et à avancer, il en ressort un joli message sur le libre-arbitre susceptible de fédérer. Le rythme assez plat, quelques développements discutables et l’absence d’empathie ou d’attachement pour les personnages parasitent l’ensemble et l’empêchent de véritablement décoller. Sans être malgré tout déconseillé, l’épisode ne mérite dès lors probablement guère que l’on s’y attarde, à moins d’avoir un faible pour Nagasawa Masami.

Par |2017-05-01T13:59:22+02:00mai 24th, 2013|Okujô no Aru Apâto, Séries japonaises, Tanpatsu|2 Commentaires

Bunshin | 分身

Après avoir surtout regardé des fictions plus anciennes, il est temps de revenir à de la nouveauté avec un j-drama datant de 2012. Pour diverses raisons, j’ai décidé de donner sa chance en début d’année à Bunshin. Composé de cinq épisodes de cinquante minutes, il fut diffusé sur WOWOW entre février et mars 2012. Son titre peut se traduire approximativement par alter ego. Il s’agit d’une adaptation du roman du même nom, publié en 1996 et écrit par Higashino Keigo, auteur dont nous avons déjà pu parler grâce à Byakuyakô, Shukumei ou encore Meitantei no Okite. Aucun spoiler.

Ujiie Mariko et Kobayashi Futaba ne se connaissent pas ; elles ne devraient avoir aucune raison de se rencontrer un jour, d’autant plus qu’elles vivent à plusieurs centaines de kilomètres l’une de l’autre. Pourtant, suite à certaines circonstances, elles finissent par découvrir leur existence et la surprise est plus que de taille puisqu’elles partagent toutes deux le même physique.

     

Comme le prouve la récente anthologie Higashino Keigo Mysteries, les romans de l’écrivain ont une bonne réputation au Japon, voire même dans d’autres pays occidentaux étant donné qu’il est possible d’en acheter en France. Si les ambiances de ses histoires sont parfois différentes, il est régulièrement question de mystères, de secrets, de thématiques scientifiques et de tension sous-jacente. Sans grande surprise, Bunshin en fait la part belle. Les deux héroïnes, Ujie Mariko et Kobayashi Futaba se ressemblent comme deux gouttes d’eau mais n’ont jamais eu l’occasion d’entendre parler l’une de l’autre. Si  leurs caractères sont distincts, les similitudes ne se limitent malgré tout pas à la simple apparence. Par exemple, elles sont friandes de citrons qu’elles mangent tels quels, appréciant leur goût très acide et piquant. Bien que l’on dise que chacun aurait un sosie, quelque part, dans le monde, il est évident que la raison n’est pas aussi simple ici. Mariko et Futaba sont bien trop similaires pour qu’il n’y ait pas anguille sous roche. Les interrogations commencent à se multiplier lorsque tout le monde paraît vouloir les empêcher de se rencontrer et que leur entourage s’efforce de les garder à l’ombre, sans que personne n’ait vent de leur existence. Ce n’est évidemment pas dévoiler l’histoire que d’écrire que leur lien ne se doit pas au hasard et n’est pas une énième affaire de jumelles séparées à la naissance. Grâce à l’écriture toujours aussi efficace de l’écrivain, parfaitement retranscrite à travers le scénario de Bunshin, les épisodes s’avèrent solides mais il leur manque quelque chose les rendant vraiment indispensables : une vraie âme. Effectivement, l’ensemble aurait gagné à être plus original et sortir davantage du chemin banalisé. Si quelques rebondissements sont présents et que des révélations surprennent parfois, le tout se veut presque banal et plat, outre une jolie photographie et une belle bande-originale composée par Abe Umitarô. Pour cette raison, il est compliqué de s’impliquer émotionnellement ou de se sentir concerné par ce que vivent les personnages.

En raison d’une absence de ressemblance avec ses parents, Ujiie Mariko est depuis toujours persuadée de ne pas être leur fille et d’avoir été adoptée. Bien qu’elle soit entourée de preuves lui affirmant qu’elle est bel et bien issue de leur chair, elle ne peut s’y résoudre. Ce n’est que lorsque sa mère (Suzuki Sawa) décède dans des circonstances tragiques et définitivement ambiguës qu’elle se persuade de refouler son douloureux pressentiment. Une dizaine d’années plus tard, alors qu’elle termine ses études à Sapporo pour devenir assistante sociale, elle essaye de se construire mais peine à le faire puisqu’au fond d’elle, elle doute encore. Quand, en faisant du rangement, elle tombe par hasard sur d’anciens papiers ambivalents appartenant à sa mère, elle décide de chercher la vérité sur ses origines et découvrir le pourquoi de ces trop nombreuses zones d’ombre. Pour cela, elle n’a pas d’autre choix que de quitter momentanément son oncle et sa tante chez qui elle vit depuis la mort de sa mère, et de se rendre à Tôkyô. Son père (Sano Shirô) n’est guère ravi de l’apprendre et désire l’envoyer étudier ailleurs, en Australie. Accompagnée de sa meilleure amie et étudiante en sciences, Megumi (Usuda Asami – Tôkyô DOGS), Mariko se lance dès lors dans une course à la vérité.

À Tôkyô, Kobayashi Futaba mène une existence assez tranquille composée d’études et de concerts avec son groupe de musique. Habitant encore chez sa mère (Tezuka Satomi – Sekai no Chûshin de, Ai wo Sakebu), elle ne se formalise pas trop quant au fait qu’elle ne sache pas qui est son père. Dans le cadre d’une commémoration du séisme du 11 mars 2011, elle passe à la télévision et c’est à partir de ce moment bien précis que les bouleversements s’enchaînent. Beaucoup de personnes disséminées sur l’archipel sont stupéfaites de voir Futaba à l’écran. Certains connaissent la jeune femme tandis que d’autres, a priori non. La réaction la plus violente est probablement celle d’un puissant homme politique, Ihara Shunsaku – incarné par le toujours aussi sympathique Ibu Masatô (Fûrin Kazan, Tsumi to Batsu, Marumo no Okite, Warui Yatsura) – car il fait littéralement une crise cardiaque. Pourquoi le visage de Futaba provoque-t-il un tel flot d’émotions ? Et surtout, comment se fait-il qu’elle ressemble étrangement à Mariko ? Possèdent-elles un véritable lien ? Après s’être disputée avec sa mère lui ayant pourtant fait promettre de ne jamais apparaître dans les médias, Futaba perd en insouciance et commence à vouloir elle aussi investiguer sur les mystères entourant sa naissance. Accompagnée de Yûsuke, son ami joué par Katsuji Ryô (Rebound, Tôkyô DOGS), elle ne peut plus s’arrêter une fois lancée. Un évènement en amenant un autre, les chemins de Futaba et de Mariko finissent inévitablement par se rejoindre…

Bunshin donne au départ l’impression de vouloir reposer sur son climat où le suspense côtoie les énigmes. Pourtant, ce n’est pas du tout le cas et pas une seule fois les épisodes ne se montrent réellement trépidants. Ils ne sont pas désagréables à suivre, bien au contraire, mais plus que de s’axer sur l’aspect mystérieux du lien entre les deux femmes, leur but est de tenter de développer la relation les liant ainsi que leur caractérisation. En raison de l’important nombre de questions soulevées, le scénario aurait facilement pu s’étaler davantage dans le temps et explorer des thématiques sur des sujets scientifiques épineux mettant l’éthique à rude épreuve. L’écriture préfère opter pour une narration lente, parfois légèrement molle comme vers le milieu de la série, dont l’idée est d’amener progressivement ses héroïnes vers la vérité, cela dans l’unique objectif qu’elles puissent chacune commencer à avancer. La conclusion est en plus rapidement prévisible. D’une certaine manière, ce parti pris est assez frustrant étant donné qu’il y a fort à parier que l’on attend surtout de ce j-drama une richesse en révélations nous torturant presque l’esprit. Or, pas une seule fois notre souhait sera exaucé. C’est peut-être d’autant plus désappointant que l’écriture fait preuve d’une grande efficacité dans ses propos et qu’elle aurait tout de même pu se dépasser et ne pas se limiter au strict minimum. Ce n’est pas forcément être trop exigeant que de vouloir d’une série qu’elle se dépasse et qu’elle ne se borne pas à appliquer consciencieusement une méthode déjà éprouvée. Pour ces raisons, Bunshin n’est jamais déplaisant bien que le j-drama soit au final rapidement oublié une fois la télévision éteinte.

Le principal obstacle lorsqu’il est question de doubles, c’est d’être crédible. Demander à Nagasawa Masami (Ganges Gawa de Butterfly, Last Friends) de relever le défi pouvait laisser craindre le pire. En définitive, l’actrice ne fait certes pas d’étincelles mais elle demeure globalement correcte. Elle réussit davantage à investir le personnage de l’énergique Futaba que celui de la plus posée et rigide Mariko. Dans l’idéal, il aurait été plus que judicieux que ces deux femmes n’aient pas la même coiffure ; une simple coloration ne change pas quoi que ce soit ! À vrai dire, la construction des personnages méritait probablement un tant soit peu plus de profondeur. Il est vrai, en cinq épisodes le temps imparti est relativement court mais comme l’ambition de Bunshin se focalise surtout sur l’aspect psychologique et non pas sur les ressorts des énigmes à suspense, il est difficile de ne pas vouloir être tatillon. Les reproches concernent surtout Mariko qui est plus ennuyante qu’autre chose tant elle est terne et renfermée. Les autres protagonistes, principalement Megumi et Yûsuke, ne sont pas non plus suffisamment mis en avant et ne servent surtout qu’à faire avancer quelques pions dans le cheminement personnel de celle qu’ils aident respectivement.

Au final, Bunshin est un renzoku mettant en avant l’histoire de deux jeunes femmes en quête de leurs origines afin de commencer à se construire une identité. Plutôt que d’opter pour une approche plus traditionnelle en faisant monter le suspense et la tension, l’écriture prône la sobriété austère et la dimension humaine. Si le j-drama est assurément solide car il sait de quelle manière raconter son histoire, il ne tente jamais de repousser ses limites et ne fait que le minimum syndical. Cette quasi paresse narrative, couplée à la stagnation de l’intrigue en milieu de parcours ainsi qu’à l’absence d’exploration de questionnements pourtant a priori alléchants, font que la série laisse quelques regrets. L’ensemble se veut alors presque quelconque, assez fade et sans réelle saveur alors que tous les éléments étaient bel et bien présents pour se montrer plus convaincants. Son absence de prise de risque et son côté très scolaire font donc que Bunshin ne restera clairement pas dans les annales. Cela étant, en dépit de son stoïcisme et de sa raideur, la série divertit convenablement durant ses cinq épisodes, chose qui n’est assurément pas donnée à toutes les productions !

Par |2017-05-01T13:59:34+02:00février 5th, 2013|Bunshin, Séries japonaises|4 Commentaires