Vikings (saison 1)

C’est sans grande surprise que Luminophore finit par s’attarder sur la dernière création en date de Michael Hirst : Vikings. Cette série canado-irlandaise comporte à l’heure actuelle une unique saison de dix épisodes diffusés sur History en mars et avril 2013. Une suite est d’ores et déjà prévue et devrait arriver à l’antenne courant 2014. Quid de la France ? La fiction est passée sur Canal+ dès le mois de juin 2013. Aucun spoiler.

VIIIè siècle, Scandinavie. Ragnar Lothbrok est un jeune Viking avide de découvertes espérant plus que tout parcourir les mers afin de conquérir les territoires inconnus de l’Ouest. Toutefois, il se doit de réfréner ce désir en raison de la politique plus sage et sécuritaire du chef local, lui qui impose de se contenter d’explorer l’Est et ses lieux parfois désolés et sans richesse. Or, bravant l’interdit, Ragnar décide malgré tout de quitter son confort personnel et de désobéir ouvertement aux ordres. Découvrant l’Angleterre et commençant des pillages, il se lance dans un conflit aux multiples ramifications.

Les fidèles lecteurs de ce blog doivent probablement connaître depuis le temps mon appétence pour les fictions historiques, les légendes scandinaves et l’ambiance moyenâgeuse. Qui plus est, j’ai déjà eu l’occasion par le passé d’exprimer ma grande sympathie pour le travail de Michael Hirst (The Tudors, Camelot). Si, en plus, Vikings s’équipe d’une bande originale composée par Trevor Morris (The Tudors, The Borgias, The Pillars of the Earth, Moonlight, Kings, Mental) dont j’ai vanté les louanges à de multiples reprises, il paraît clair que je n’allais pas la mettre de côté. Pourtant, malgré tous ses points gagnés d’avance, j’étais assez dubitative en la démarrant, la faute à son acteur principal et à la terrible impression qu’il m’avait laissée quelques années auparavant. Le héros de Vikings, le grand et imposant Ragnar Lothbrok, est effectivement incarné par Travis Fimmel qui, dans mes souvenirs, était un bellâtre plus que fade ne dénotant pas face aux qualités transparentes du médiocre Tarzan. En d’autres termes, je craignais d’être irritée par son interprétation et qu’il me gâche les possibles atouts de la série. C’est avec surprise que j’ai presque envie d’écrire que cette première saison doit beaucoup à celui-ci !

Les Vikings, issus de peuples germaniques et scandinaves, ont de tout temps eu la réputation de s’apparenter à des créatures assoiffées d’hémoglobine, sans limites et ne reculant devant rien. Arrivant sur leurs drakkars capables de naviguer à la fois en eaux douces comme en pleine mer, ils s’attaquaient à tous dans le but de piller leurs richesses. Ne faisant que peu de survivants, ils n’hésitaient pas non plus à tuer, violer, brutaliser et torturer quiconque croisait leur chemin ensanglanté. Dans ces lieux victimes de leur piraterie, ils offusquaient d’autant plus par leur culture atypique, leur paganisme et leurs rites sacrificiels. Il est par conséquent assez amusant de réaliser qu’avec Vikings, le point de vue du téléspectateur se situe pour une fois dans le camp des supposés ennemis et non pas parmi ceux normalement davantage susceptibles d’attirer la sympathie. Si les premiers épisodes ne choquent pas réellement, c’est lorsque les personnages commencent réellement à laisser des traces barbares sur leur passage, et cela sans aucun remords, que le malaise s’installe insidieusement, tout en en gardant tout de même une grande once de fascination. Cette première saison de Vikings parvient ainsi à insuffler une tonalité finement nuancée et non manichéenne faisant grandement plaisir. Brouillant les cartes, elle illustre des individus ciselés en perpétuel mouvement capables d’inspirer simultanément de la crainte, de l’émotion, de l’horreur ou encore de la tendresse.

La première saison de Vikings repose sur deux arcs totalement classiques qui pourraient se révéler rébarbatifs et convenus, mais qui finissent rapidement par divertir et convaincre. La conquête de l’Ouest est le principal fil rouge de ces neuf épisodes. La caméra montre alors les préparatifs des Vikings, leurs doutes quant à l’existence de ces fameux territoires inconnus, leurs difficultés à s’y rendre et, surtout, leurs réactions quand ils y mettent enfin pied. Les autochtones, les Anglo-Saxons donc, ne sont aucunement oubliés, eux qui sont les témoins d’une évangélisation de plus en plus présente et qui peinent face à des colosses du Nord ne parlant pas leur langue et se battant tels des démons. Afin d’établir une sorte de pont entre les Anglais – et le public, finalement – et les Nordiques, le scénario ajoute la figure du moine Athelstan (George Blagden) à laquelle il est aisé de s’identifier. Si la bataille fait ainsi rage entre deux peuples que tout oppose, il en va de même également parmi les Vikings. L’ambition de Ragnar déplaît au chef local, Earl Haraldson joué par Gabriel Byrne (In Treatment), et permet à l’ensemble de se doter d’une lutte de pouvoir somme toute basique où l’ego de l’un est malmené par celui de l’autre. Bien que les Vikings vivent au sein d’une société assez libertaire, ils se doivent ici de répondre à une certaine hiérarchie qui porte les traits de cet Haraldson. Assez âgé, profondément meurtri par le destin funeste de deux de ses fils, il se retrouve rapidement confronté à l’appétit insatiable de Ragnar le blessant dans sa vanité et l’obligeant à le mater s’il souhaite garder son assise sur ce peuple préférant toujours l’action aux paroles. La saison croque la rivalité entre ces deux hommes au fort tempérament qui, en dépit de leurs divergences, se respectent mutuellement. Leurs congénères y sont tout aussi impliqués et les relations se complexifient, se densifient et offrent l’opportunité de redistribuer régulièrement les cartes dans ce qui s’apparente à un conflit d’orgueil. La galerie est justement plutôt fouillée et recèle de faciès intéressants et, parfois même, intimidants.

L’étendard viking, Ragnar Lothbrok, est la figure de proue de cette fiction tant il y est magnétique, glaçant, stupéfiant et sans aucun doute, totalement mégalomaniaque. Intelligent, fin stratège, excellent observateur, il n’élève jamais la voix et inspire une crainte létale, surtout lorsqu’il arbore un petit sourire narquois en coin et que son regard s’allume d’une fureur contrôlée. Découvrir que le personnage a véritablement existé lui donne une dimension d’autant plus impressionnante et appréciable, là où la légende se mêle au factuel. Quoi qu’il en soit, il est loin d’être le seul méritant un concert de louanges. Son épouse, la superbe guerrière redoutable Lagertha (Katheryn Winnick) n’a pas à rougir et dispose d’une caractérisation affirmée. Tout aussi implacable et téméraire que son mari, elle représente toutes les valeurs des femmes scandinaves de cette période où les exploits des Valkyries étaient encore glorifiés. Elle sonne donc résolument moderne parce qu’à l’époque, le sexe dit faible ne l’était clairement pas. La dynamique entre Ragnar et Lagertha est tout simplement excellente et plaît par son naturel et par l’osmose sensuelle dont elle s’arme. De plus, leur fils, Bjorn (Nathan O’Toole), est sympathique et dispose de moments méritant le détour. Le constat est moins positif pour le frère de Ragnar, Rollo (Clive Standen — Camelot, Robin Hood), lui aussi inspiré de faits réels. S’il finit par prendre son envol, ses premiers pas sont légèrement trop clichés pour convaincre. Gouverné par l’amour et la loyauté qu’il ressent pour celui avec qui il partage son sang, il ne peut s’empêcher de le jalouser, de voir d’un mauvais œil sa rapide ascension et être de surcroît attiré par Lagertha. Il va de soi que leur relation complexe s’annonce parsemée de multiples embûches. Autrement, parmi les Vikings, Floki (Gustaf Skarsgård ; oui, oui, l’un des nombreux fils de Stellan – et donc, un petit frère d’Alexander) est probablement celui qui tire le plus son épingle du jeu grâce à son excentricité, ses mimiques, son talent pour les nouveautés technologiques, son rire et sa marginalité. Pour l’anecdote, il est possible d’y découvrir Jessalyn Gilsig (Nip/Tuck, Glee) dans le rôle de Siggy, la femme d’Earl Haraldson aux ressources étonnantes.

En profitant pleinement de son cadre et de l’exotisme apportés par le peuple viking, cette saison une parvient à se montrer pédagogique et éclairée de manière convenable et non académique. Effectivement, tout en demeurant divertissante et musclée, elle s’attarde au cours de chaque épisode sur une thématique spécifique et dépeint le mode de vie de ces Nordiques. D’ailleurs, l’homme de religion qu’est Athelstan permet de renseigner sur cette existence souvent rude et empreinte de mysticisme tant, lui, a tout à découvrir et à comprendre. Le choc des croyances y est également retranscrit grâce à ce personnage. History, la chaîne diffusant la série aux États-Unis n’est pas anodine et reflète parfaitement cette envie que d’inculquer quelques fondements de la culture viking. Entre leurs multiples dieux, les rites d’initiation, leurs us et coutumes, les diverses fêtes, l’influence des oracles ou encore l’allégeance au souverain, les connaissances y sont pléthores ; si l’on ne peut nier que l’écriture fait parfois sensiblement preuve de maladresse, le résultat est satisfaisant pour l’effort instauré et la contribution plutôt passionnante, surtout pour qui a toujours eu un faible pour les peuples nordiques. En revanche, le rythme n’est pas aussi trépidant que ce que l’on aurait pu imaginer. Les premiers épisodes s’accordent du temps pour dresser la situation et il est nécessaire d’attendre la moitié de saison pour que l’allure soit plus soutenue. Il ne s’agit aucunement d’un reproche bien que ce parti pris puisse déstabiliser ou déplaire à quelques-uns désirant avant tout de l’action vive et sans relâche.

Quoi qu’il en soit, outre ce cadre dont Michael Hirst cherche à pleinement tirer profit, la forme de l’ensemble tente elle aussi de communiquer toutes ses forces. Le fait que la production essaye d’éviter au maximum les incrustations numériques et qu’à la place, elle utilise ses spectaculaires paysages – elle a majoritairement été tournée en Irlande –, qu’elle ne se borne pas à présenter ses personnages dans des intérieurs et qu’elle illustre moult batailles constitue l’un de ses multiples et solides atouts malgré des figurants discrets. Aux frileux du sanguinaire, qu’ils ne s’inquiètent pas de trop, car la barbarie est généralement surtout suggérée ; de même, les scènes de sexe désormais habituelles à ces fictions sont assez rares. Naturellement, les caractéristiques propres aux séries de cet acabit comme les costumes, armes, coiffures et autres méritent d’être passées au crible et pour le néophyte, le résultat est saisissant par son authenticité. Ajoutons-y des visages burinés, des acteurs très grands et des accents franchement particuliers et l’immersion se voit facilitée. Qui plus est, Trevor Morris compose encore une fois une bande originale percutante par sa beauté et sa capacité à alterner les registres. Enfin, la production peut se targuer de disposer d’un générique léché empreint d’un mysticisme latent et d’une lourde ambiance distinguant les épisodes. Valhalla, le paradis viking, est toujours proche et l’atmosphère se charge en mystères où le brouillard n’hésite jamais à tout recouvrir pour mieux dissimuler les dangers. D’un point de vue technique, le seul point noir se trouve peut-être dans la langue, car les Vikings parlent évidemment anglais dans la série, ce qui n’est pas foncièrement dérangeant. A contrario, cela se complique sérieusement lorsqu’ils rencontrent justement des étrangers – qui eux vont, par exemple, employer du saxon – et qu’ils se mettent à utiliser du vieux norrois, pour revenir ensuite à l’anglais. La situation devient ainsi paradoxale et moyennement heureuse.

En définitive, la première saison de Vikings représente une réussite plutôt enthousiasmante pour quiconque étant attiré par ces fictions mâtinées d’historique. Entremêlant les légendes, la petite et la grande Histoire, elle plonge ses héros ambivalents dans un tourbillon empreint d’une rage tempétueuse tandis qu’ils cherchent à profiter des richesses voisines et combler leurs nombreux désirs redoutables. À grand renfort de décors naturels parfaitement mis en valeur dans une ambiance parfois pétrifiante, elle immortalise avec un soin consciencieux une société finalement assez méconnue à travers ses traditions, superstitions, coutumes locales et sa vie quotidienne. Bien sûr, les intrigues et rebondissements gardent une certaine prévisibilité et se veulent très classiques, voire stéréotypés, mais l’identité et l’authenticité de la production, le charisme des protagonistes, le souffle d’aventures épiques et la puissance insufflée permettent aisément de passer outre cet aspect plus convenu. En se dotant d’un potentiel évident, les efficaces débuts de Vikings augurent ainsi d’un futur éminemment excitant. Vivement la suite !
Bonus : une courte bande-annonce

Par |2018-07-06T17:57:57+02:00septembre 24th, 2013|Séries canadiennes, Séries irlandaises, Vikings|0 commentaire

Veronica Mars (saison 1)

Luminophore met enfin Veronica Mars à l’honneur ! Petit retour dans le passé si vous le voulez bien. L’année dernière, je vous proposais de choisir une série parmi quelques unes que j’avais déjà regardées mais que je n’avais jamais traitées ici. Après vous avoir obéi avec Dark Angel, vous avez choisi l’apprentie détective en herbe. Le temps a passé et j’ai un peu laissé traîné les choses mais ça y est, le blog prend le chemin de Neptune et le reste de la série devrait donc ne pas trop tarder.
Quiconque connaissant un minium les séries a forcément eu vent de Veronica Mars, créée par Rob Thomas (Party Down, 90210). Ce qui est toujours assez marrant c’est que ce ne sont pas forcément les productions recueillant les audiences les plus importantes qui finissent par marquer les esprits. Pour information, aux États-Unis il n’y avait en moyenne que 2,5 millions de téléspectateurs devant la série. Derrière ce titre portant le nom de son héroïne se cachent trois saisons totalisant en tout et pour tout 64 épisodes. Seule la première saison sera traitée aujourd’hui. Celle-ci comporte 22 épisodes diffusés entre septembre 2004 et mai 2005 sur feue UPN. À noter que la série est disponible dans son intégralité en DVD en France et est passée à plusieurs reprises sur M6. Aucun spoiler.

Veronica Mars faisait autrefois partie des élèves populaires de Neptune High, un lycée de Neptune en Californie. Amoureuse de Duncan, amie avec Lilly, la sœur de ce dernier, et fille du shérif, elle croyait avoir tout pour elle. Jusqu’au jour où Lilly est retrouvée près de la piscine, la tête massacrée. Suite à certaines circonstances, Veronica quitte alors son statut doré et se retrouve seule, sans ami et décide d’aider son père, désormais détective privé, tout en continuant de se rendre au lycée où tout le monde ne se gêne pas pour se moquer d’elle. Heureusement, elle peut toujours compter sur sa force de caractère et sur sa principale motivation qui est de découvrir qui est le véritable assassin de son amie et ce qu’il s’est passé au cours d’une soirée bien trop floue dans sa mémoire.

De ce que je me souviens, je n’ai pas regardé la première saison en direct des États-Unis puisque je l’ai rattrapée vers l’été 2005, soit quelques semaines après la fin de sa diffusion. Ce fut à l’époque un coup de cœur immédiat, et un vraiment très intense même. J’ai en mémoire des soirées entières passées à lire tout ce que je pouvais à son sujet en essayant par exemple de deviner qui se cachait derrière la porte (D’ailleurs, je ne suis plus très sûre donc ne me le dites pas !). Depuis la fin de la série, je n’avais jamais pris le temps de me remettre dans le bain et je dois avouer avoir gardé un goût quelque peu amer en raison de la troisième et dernière saison. Mais nous ne sommes pas encore là donc n’y pensons pas. C’est par conséquent quelque peu fébrile que j’ai lancé mon DVD de Veronica Mars et j’ai eu très peur au départ. Si les premiers épisodes ne furent pas un supplice, ce ne fut clairement pas le festival des délices dont j’avais le souvenir. Il n’y a rien de plus désagréable que de se rendre compte que l’on n’apprécie plus quelque chose que l’on a porté aux nues. Finalement, à partir du 1×04, The Wrath of Con, j’ai retrouvé une bonne partie de l’esprit qui me plaisait et progressivement, j’ai réalisé que je n’avais pas fantasmé toutes les supposées qualités de la série. En revanche, je suis persuadée de ne pas avoir autant aimé la saison que lors de mon premier visionnage. Je ne sais pas trop de quelle manière l’expliquer. Est-ce que mes goûts et mon sens critique se sont affinés ? Probablement. Est-ce que je ne suis plus dans le public cible ? Je ne l’étais déjà plus vraiment en 2005 et je doute que cela change quoi que ce soit. Non, je crois juste que l’on peut  se forger une opinion définitive d’une série dans un second temps. Passée la période de la découverte pure et dure, on peut réellement voir si l’on réussit toujours à passer de bons moments et en retirer du concret sur du long terme. Rassurez-vous, c’est le cas de Veronica Mars mais il est impossible de nier que la saison est loin d’être parfaite car elle souffre de quelques maladresses. Sur cette longue introduction, entrons donc dans le vif du sujet.

 ♪ A long time ago, we used to be friends ♪ Ce sont sur ces paroles de la chanson phare de The Dandy Warhols que débute la saison via son sympathique générique. Loin d’être choisies au hasard, elles reflètent parfaitement la vie de Veronica au début de la série. Autrefois populaire, elle est tombée de haut en quelques secondes et a dû s’endurcir pour ne pas couler comme tout le monde l’aurait voulu. Veronica Mars, avant d’être une enquête sur la mort d’une lycéenne ou des histoires de détectives sous fond de vie lycéenne, est une série sur Veronica Mars, le personnage. C’est elle qui porte l’univers à la force de ses petits bras et qui lui offre ses lettres de noblesse. Et avant toute chose, il est impossible de ne pas parler du travail de son interprète, Kristen Bell, qui est tout simplement, fabuleuse. Si l’on n’avait pas encore réalisé son talent malgré son interprétation lors de la scène post-fête sous fond de drogue, la dernière scène du 1×08, Like a Virgin, doit probablement faire tomber toutes les barrières en raison de son intensité et de son extrême sensibilité. Quand bien même la saison dispose de nombreuses qualités, c’est sans aucun doute Veronica qui en est le moteur et c’est elle qui lui permet de se transcender. Lorsque sa meilleure amie, Lilly Kane, est massacrée et laissée morte à côté de sa piscine, Veronica est mise au ban de la société car elle n’est plus désirée ; elle dont le shérif de père accuse le propre père de Lilly et qui à première vue, se trompe en beauté car le supposé coupable, un ancien employé des Kane, passe aux aveux. La famille Mars tombe en disgrâce, Veronica est évitée comme la peste au lycée, son père, Keith, est viré de son poste et doit travailler comme détective privé pour subvenir à leurs besoins. Et en plus, la mère de la jeune fille les quitte, ne supportant plus d’être traitée comme une paria. C’est donc une Veronica solitaire que l’on retrouve dans le pilote se déroulant un an après le meurtre de Lilly. Sa vie a radicalement changé mais elle en a retiré une grande force. Celle que l’on découvre est née lors du meurtre de son amie. Veronica, c’est à la fois une petite blonde pétillante et dégourdie comme tout, un extraordinaire sens de la répartie, un humour décapant, des émotions à fleur de peau, une incroyable loyauté, une grande intelligence et bien plus encore. Jolie, drôle, futée et toujours capable de sortir des répliques du tonnerre, on a de quoi avoir envie de lui ressembler tant elle est géniale sans être dénuée de défauts. Elle est parfaitement imparfaite et c’est pour ça qu’elle aussi chouette dans cette saison. Veronica Mars is smarter than me, ça c’est certain. Bien décidée à se venger de tout ceux qui l’ont malmenée au cours de l’année précédant son arrivée dans notre télévision, elle oublie parfois d’enlever ses œillères et demande beaucoup de certains en ne donnant pas forcément suffisamment en retour. Bref, Veronica Mars est une personnalité éminemment sympathique qui doit beaucoup au charme de son interprète mais aussi à la solidité de l’écriture de sa caractérisation et à la totalité de ses liens avec les autres personnages.

La première saison donne en premier lieu l’impression de n’être qu’une succession d’épisodes assez routiniers et convenus. Le fait que les protagonistes sonnent aussi clichés n’aide en rien. Il faut attendre plusieurs épisodes avant que l’ampleur de l’intrigue principale soit perceptible et que l’on puisse ainsi se rendre compte que Veronica Mars n’est pas un teen show si habituel que ça. La saison prend définitivement son envol vers le 1×08, Like a Virgin, lorsque Veronica réalise qu’il existe un épais mystère autour du meurtre de son amie et qu’elle commence véritablement ses propres investigations. Le principal fil rouge de la saison est donc consacré à l’enquête de la jeune lycéenne afin de lever le voile sur ce qu’il s’est vraiment passé. Pourquoi Lilly a-t-elle été tuée ? Qui lui a ainsi broyé le crâne ? Qui est donc ce soi-disant coupable et pourquoi donc s’accuse-t-il ? Quels secrets cachent les Kane si bien sous tous rapports ? Progressivement, de nombreux éléments apparaissent, parfois de manière totalement anodine, et l’histoire tend ainsi à se densifier. Alors que certains épisodes donnent l’impression de n’être que des loners, ce n’est pas toujours le cas car ils parsèment quelques points-clés que l’on mettra en résonance une fois les principales interrogations levées. Bien évidemment, lors d’un second visionnage on connaît l’identité du tueur et ses motivations mais cela n’est en aucun préjudiciable car on repère toujours certains éléments passés inaperçus la première fois. Cette enquête est rondement menée et se termine en apothéose dans le season finale, maîtrisant à la fois le rythme, la tension plus que haletante, les révélations, l’action et les émotions. Certains téléspectateurs peuvent deviner l’identité du tueur avant la mise à nue mais pour ma part, ce ne fut pas du tout le cas à l’époque. Loin de là même malgré toute la logique par derrière. La saison a par conséquent le mérite de ne pas faire traîner en longueur l’histoire du meurtre de Lilly puisque tout est réglé dans le dernier épisode. C’est de suite agréable et cela prouve parfaitement que les scénaristes savaient vers quoi se diriger.

Le second arc principal est lié à Veronica et à la soirée à laquelle elle a assisté quelques jours après le décès de son amie. Affaiblie par la disparition de Lilly, rejetée par tout le monde et victime d’affreuses rumeurs, elle fut droguée et se retrouva le lendemain matin dans un lit, sans sa culotte. Le nouveau shérif, Don Lamb (Michael Muhney), aussi compétent qu’aimable, lui suggérant d’aller voir le magicien pour savoir ce qui lui est arrivé, elle cherche à découvrir au fil de la saison et plus particulièrement dans les derniers épisodes ce qu’il s’est passé et qui l’aurait violée. Son apparente conclusion se situe dans le très réussi 1×21, A Trip to the Dentist. En d’autres termes, la vie de Veronica est très loin d’être facile à Neptune mais elle peut heureusement compter sur l’arrivée d’un tout nouveau lycéen, Wallace Fennel, incarné par Percy Daggs III, pour l’aider. Devenant rapidement amis, ils sont souvent fourrés ensemble et un des points extrêmement appréciable est que la série ne délivre absolument aucune romance sous-jacente entre ces deux là. Ils sont BFF, best friends forever, et c’est tout. La dynamique entre les deux est vraiment jolie et rafraîchissante dans une série de ce genre, voire dans une série tout court. Wallace est un des rares à se rendre compte à quel point Veronica est un marshmallow sous cette carapace toute dure qui serait indestructible.
Veronica aide ainsi son père, Keith joué par l’extrêmement sympathique Enrico Colantoni, lorsqu’elle n’est pas en cours, voire même lorsqu’elle se trouve carrément au lycée. Très proches et comptant l’un sur l’autre, ils se connaissent sur le bout des doigts et savent exactement quelles sont les limites à ne pas franchir. Keith veut protéger son enfant mais il le sait tellement brillant qu’il ne peut toujours lui barrer la route. La relation entre Veronica et Keith, soit entre une fille et son père, est probablement une des plus réussies du petit écran, toutes séries confondues. Leurs joutes verbales et leur amour font tout ce qu’il faut pour qu’on les adore. Veronica a beau essayer de rechercher sa mère, disparue depuis qu’elle a quitté le domicile familial, elle pense à son père en premier, lui qui ne l’a jamais laissée tomber et qui ne le fera jamais malgré certaines découvertes très douloureuses.
Malheureusement pour Veronica, elle ne peut compter sur grand monde d’autre. Eli ‘Weevil’ Navarro (Francis Capra) change néanmoins quelque peu la donne et se prend d’affection pour cette petite blonde qui semble n’avoir peur de rien en plus d’avoir réponse à tout. Chef lycéen d’un gang de motards, il est régulièrement en contact avec la justice mais sous ses airs de gros dur se cache un cœur plus faible à l’origine de quelques surprises. Autrement, la jeune héroïne doit composer avec les richissimes lycéens n’hésitant pas à lui faire sentir à quel point elle est désormais indésirable. Son ancien petit-ami et frère de Lilly, l’insipide Duncan (Teddy Dunn), la snobe depuis plus d’un an, avant même la mort de sa sœur pour une raison inconnue. Ne parlons pas de Logan Echolls, le meilleur ami de Duncan, vu par Veronica comme le psychotic jackass habituel des établissements américains ou de quelques uns de ses copains comme Dick Casablancas interprété par le chouette Ryan Hansen (Party Down, Friends with Benefits). Dick est, au final, peu visible dans cette première saison si ce n’est dans les derniers épisodes. Lui et son frère Beaver (Kyle Gallner – Smallville) prendront une toute autre ampleur dans la seconde. En définitive, le début de la série est assez cliché car on a d’un côté la chouette fille que tout le monde déteste, entourée de riches pas très futés et pas non plus sympathiques pour un sou, n’hésitant pas en plus à se moquer des pauvres et des minorités. Bref, on a vu beaucoup mieux. Cependant, la saison finit par prendre le téléspectateur à contre-pied en développant de manière tout à fait inattendue certains protagonistes et en n’hésitant jamais à montrer leurs fragilités. C’est par exemple le cas de Weevil mais surtout celui de Logan interprété par Jason Dohring (Moonlight) à qui le rôle va comme un gant. Fils à papa prétentieux et arrogant à première vue, Logan est très loin d’avoir une vie facile et non dénuée d’accrocs. Lui aussi a perdu quelqu’un lorsque Lilly est décédée car elle était sa petite-amie. Difficile de trop en dire sans dévoiler quelques rebondissements bien que probablement tout le monde en soit au fait mais la relation qui finit par prendre de l’importance entre Veronica et lui chemine tranquillement pour s’imposer et le fait bien, aux renforts de scènes très réussies dont la plus marquante est sans aucun doute celle du 1×18, Weapons of Class Destruction, au motel. Le duo fonctionne du tonnerre, que les deux soient en train de mutuellement se critiquer ou d’être plus gentils l’un envers l’autre. Sans conteste, c’est avec ce revisionnage que je me suis rendue compte à quel point j’appréciais énormément ce LoVe, chose que j’avais un peu occultée après le désastre de la troisième saison (incroyable les ravages qu’elle a pu faire à mon niveau !). Quoi qu’il en soit, Veronica est au départ très seule et se complait d’ailleurs quelque peu dans sa solitude mais finit par découvrir de nouveaux alliés comme Mac (Tina Majorino), Meg (Alona Tal – Supernatural), Leo (Max Greenfield – GRΣΣK, New Girl) le policier, ou d’autres qui finissent par oublier certaines rancœurs passées voire qui découvrent des vérités cachées. Veronica Mars travaille tous ses personnages, les rend complexes et ils sont généralement intégrés de près ou de loin à l’intrigue principale.

Sur une note plus triviale, on pourra aussi s’amuser à reconnaître dans des petits rôles quelques visages plus ou moins connus comme Paris Hilton en tant que bimbo superficielle (oh),  Jane Lynch (Glee, Criminal Minds) en prof assez coincée, Adam Kaufman (le pénible Parker de Buffy the Vampire Slayer, Without a Trace) en voisin a priori violent de Veronica, Steven Williams (21 Jump Street, The X-Files, Supernatural) en prof amateur de colles inventives, Travis Schuldt (Scrubs) en acteur/collègue du père de Logan, Aaron Paul (Breaking Bad) en amateur de films pornos, Anthony Anderson (K-Ville) en producteur de rap, Adam Scott (Party Down) en prof moins agréable qu’il n’en a l’air avec une horrible coupe de cheveux,  Leighton Meester (Gossip Girl) en supposée Blair Waldorf version soft. N’oublions pas non plus dans des rôles plus importants Alyson Hannigan (Buffy the Vampire Slayer, How I Met Your Mother), Harry Hamlin et Lisa Rinna (Melrose Place), qui jouent respectivement la sœur, la mère et le père de Logan. D’ailleurs, les deux derniers sont mariés dans la vie et n’hésitent pas ici à se tourner quelque peu en auto-dérision. Aaron Ashmore (Smallville) est présent le temps de quelques épisodes et son personnage se fera avoir en beauté par Veronica après avoir cru être plus intelligent qu’elle. Mais il y a aussi le génial Vinnie Van Love joué par le tout aussi génial Ken Marino (Party Down, Reaper) que l’on voit peu au cours de la saison et qui n’a heureusement pas dit son dernier mot de détective privé à la cool.
Il est sinon assez drôle de constater que Kristen Bell, Ryan Hansen, Ken Marino, Adam Scott, Jane Lynch, Enrico Colantoni, Alona Tal, Daran Norris et Jason Dohring qui apparaissent tous dans cette saison à un moment donné ont joué ensemble dans Party Down, série co-créée par Rob Thomas.

En résumé, la première saison de Veronica Mars installe donc une grande intrigue au long cours qui est celle du meurtre de Lilly, incarnée par Amanda Seyfried (Big Love), parfaite en tant que jeune fille sexy faisant preuve d’une confiance en elle à toute épreuve. Afin de mieux planter le contexte mais aussi de manière à découvrir le personnage, de nombreux flashbacks sont ajoutés dans les épisodes où l’ont voit généralement Lilly en compagnie de Veronica. À l’époque, les deux adolescentes paraissaient totalement opposées. Veronica était la petite fille sage et posée voire ingénue tandis que Lilly aimait draguer tout ce qui bouge, faire augmenter la tension artérielle de sa mère BCBG, et s’amuser parfois des autres. Ces retours dans le passé disposent généralement d’une teinte bleutée et peuvent aussi être assimilés à la volonté de Veronica de garder dans sa vie Lilly, alors qu’elle n’est plus là. La toute dernière scène de la saison le prouve bien, elle s’imagine encore la présence de Lilly et a besoin de s’en affranchir pour avancer, chose que la découverte du coupable devrait lui permettre de faire. Par ailleurs, l’ajout de ces flashbacks est parfaitement réfléchi et généralement en lien avec les tourments et pensées de Veronica sur le moment.
Outre l’enquête, les autres épisodes mettent généralement en avant des investigations de tous genres, parfois en lien avec la vie d’adulte de Keith, parfois avec celle de Veronica ou parfois, un mélange des deux. Certaines sont plus réussies que d’autres et progressivement, la saison s’améliore d’épisode en épisode. Parmi les épisodes de ce style les plus pertinents on pourra penser au 1×04, The Wrath of Con, qui est drôle et rythmé, au 1×10, An Echolls Family Christmas, se déroulant à Noël comme le titre le suggère, au 1×12, Clash of the Tritons, sous fond de société secrète,  au 1×16, Betty and Veronica, avec de nombreuses mascottes au programme ou encore au magnifique 1×18, Weapons of Class Destruction, point de départ de nombreuses choses et avec une affaire très solide. En fait, on pourrait citer un grand nombre d’épisodes tant ils peuvent être satisfaisants. Les enquêtes des Mars sont traitées avec un certain réalisme, ôtant tout le glamour que l’on aurait pu y associer et sonnant quelque peu film noir. Malgré un côté assez routinier qui pourrait lasser, ce n’est jamais le cas car on avance dans l’intrigue sans réellement le savoir et surtout, en plus de la manière assez particulière que le duo original a pour mener ses affaires, il y a toute cette atmosphère et cette tonalité typique à la série.

Veronica Mars est aussi peu consensuelle pour une série visant les adolescents parce qu’elle dispose notamment d’un ton caustique, acide voire totalement acerbe par moment. L’héroïne est déjà une très grande utilisatrice de l’ironie, du second degré et de toutes les variantes possibles et inimaginables afin de se jouer intelligemment et subtilement de certains moins futés. Comme le shérif dites-vous ? Ben voyons. Mais ce n’est pas tout. Cet aspect presque cynique assez inhabituel pour un teen show se retrouve également dans le message délivré dans la saison. Mais ce n’est pas tout (bis). Il ressort également de tous ces épisodes une atmosphère douce-amère flirtant avec le mélancolique. L’humour est omniprésent dans Veronica Mars, ne serait-ce grâce aux dialogues acérés et percutants, mais le fond est difficile. Très difficile. Et parfois très noir. Entre les meurtres, les discriminations, les viols, les drogues et le fait de droguer les filles sans leur consentement, la violence familiale, les maladies psychologiques souvent taboues, l’adultère, les enfants cachés, l’adoption, les échanges de bébé, il y a du lourd. Si accumulées de cette manière les thématiques peuvent sonner clichées ou donner l’impression qu’il y a une surenchère ce n’est pas le cas une seule seconde tant le traitement est toujours subtil et faisant preuve d’une certaine retenue. On nous montre certaines choses, on nous en dit d’autres mais le cheminement nécessaire pour relier tous les éléments est laissé à sa propre appréciation. Et heureusement, l’humour est toujours là pour désamorcer des situations critiques et tout particulièrement sombres. Un autre point fort de la saison et participant à l’identité de la série est sa propension à multiplier les références à la pop culture. C’est bien simple, il y en a absolument partout, et tout cela se fait avec une spontanéité assez incroyable. Le constat est d’ailleurs le même concernant l’intrigue sur Lilly, on ne sent jamais une envie de trop en faire mais juste une envie de faire les choses bien comme il faut, avec une ambition mesurée et extrêmement sincère.

Et pour terminer, un petit mot sur la forme qui est assez originale avec l’utilisation de nombreux filtres souvent très jaunes et verts ou bien de couleurs assez tamisées. (D’ailleurs, les premiers épisodes des DVD Z1 passent très mal sur une télé HD en raison d’un grain trop important.) Il y a un soin particulier du côté de la photographie et si celle-ci ou le montage sont parfois maladroits, on y sent une volonté rafraîchissante de s’approprier une ambiance propre. Autrement, si les premiers épisodes utilisent un tout petit peu trop de chansons, ce léger défaut tend à se faire plus discret par la suite. De toute manière, la saison travaille sa bande-son et n’utilise pas de tubes connus mais des artistes plus indépendants ce qui est toujours sympathique quand les chansons sont réussies car on en vient à faire des découvertes (The Postal Service ! The Notwist !).

 Au final, la première saison de Veronica Mars prend son temps pour démarrer et montrer ce qu’elle a vraiment dans le ventre mais lorsqu’elle commence à le faire, elle le fait avec un certain talent. Bénéficiant d’une écriture globalement solide, d’une superbe héroïne jolie, pugnace, intelligente, téméraire et piquante, de personnages nuancés et forts ainsi que de relations bien plus creusées qu’à première vue, elle possède une véritable identité parmi toutes ces séries pour adolescents sans âme. Ajoutons-y aussi la complexité mesurée de son fil rouge, l’atmosphère drôlement acide, les dialogues ciselés en plus d’être intelligents et les nombreuses références et on en sort presque fasciné. Et, cerise sur le gâteau, elle fait confiance à l’intelligence de ses spectateurs en disant toujours juste ce qu’il faut pour ne pas le perdre mais aussi pour lui donner l’impression d’être futé, tout en n’hésitant pas à multiplier les rebondissements afin de garder un bon rythme haletant. Tout n’est pas parfaitement maîtrisé car il y a quelques flottements dans la saison et il faut un peu de temps à la saison avant de se montrer vraiment enthousiasmante mais il en ressort tellement de naturel et de spontanéité que l’on se plaît à suivre les aventures hautes en couleur des Mars à Neptune. Et en plus, la seconde saison est dans mes souvenirs aussi réussie. Smell you later~

Par |2018-07-06T18:03:24+02:00août 30th, 2012|Séries étasuniennes, Veronica Mars|8 Commentaires