Gotham (saison 3)

Le milieu du crime ne connaissant pas de vacances, il peut alimenter encore des décennies toute production. Ce n’est pas Gotham qui s’en plaindra, elle qui continue tranquillement sa route sur FOX. Sa troisième saison, constituée de vingt-deux épisodes, fut diffusée entre septembre 2016 et juin 2017. Aucun spoiler.

Voilà six mois que maintes créatures se sont échappées d’Indian Hill et évoluent dans la ville. Les policiers sont sur la brèche, essayant vainement de les attraper, mais face à leurs pouvoirs souvent dangereux, la situation s’annonce compliquée. Seul leur ex-collègue, Jim Gordon, réussit plus ou moins à atteindre son but. Maintenant qu’il a quitté ses fonctions d’inspecteur, il travaille à son compte et se fait payer ses captures. L’ambiance à Gotham est donc électrique et les récentes déclarations du Pingouin attisent les braises déjà brûlantes, lui qui révèle au grand public que la supposée morte Fish Mooney dirige dans l’ombre ces monstres. Ces nouvelles aventures se découpent en trois parties assez distinctes où un antagoniste majeur prend à chaque fois ses aises, mais un fil rouge surplombe l’ensemble avant de dévoiler ses cartes en fin de parcours. Amorcée précédemment, la fameuse et mystérieuse Cour des hiboux occupe plusieurs personnages principaux. Entre ceux souhaitant l’utiliser, la décimer ou l’intégrer, elle se trouve clairement au centre de toutes les attentions alors que justement, elle cherche à demeurer tapie dans l’ombre, manœuvrant à sa guise ce petit monde. Cette menace insidieuse allant crescendo permet sans conteste à la saison d’élever le niveau, car le reste s’avère malheureusement assez bancal et hétérogène. Au lieu de jeter d’emblée toutes les pièces du puzzle sur la table, l’écriture veille à distiller au long cours les indices et créer une ambiance presque conspirationniste, paranoïaque, voire létale. Qui se cache derrière cette organisation tentaculaire ? Qui diable est cette inflexible Kathryn Monroe (Leslie Hendrix – Law & Order) ? Que désirent-ils tous réellement ? L’un d’entre eux ne tire-t-il pas les ficelles du haut de sa tour d’ivoire ? Les questions foisonnent et le scénario finit par y répondre pour la plupart même si les développements sont parfois trop précipités et les conséquences rapidement expédiées. Effectivement, la résolution de cet arc narratif surprend quelque peu pour son caractère définitif. La fiction aurait pu davantage l’approfondir et prendre plus son temps, bien que l’apparition d’une figure emblématique de l’univers de Batman, campée par le sympathique Alexander Siddig (Star Trek: Deep Space Nine), pique la curiosité. Les derniers instants ne manquent pas de panache, Gotham n’hésitant jamais à mettre son cadre à feu et à sang et à favoriser une atmosphère de pur chaos, là où tous les coups semblent permis. Si ces oiseaux finissent ainsi par impacter durablement la totalité de la population en raison de leur idéologie extrémiste, Bruce Wayne est l’un de ceux devant les combattre plus frontalement. Et pour cause, ils ont pour lui un agenda fort rempli.

Depuis qu’il est de retour à Gotham, le jeune héritier entend forcer ceux ayant commandité l’assassinat de ses parents et initié Indian Hill à se démasquer. Sans surprise compte tenu de la mainmise de ses ennemis et de ses propres limites, il peine et plonge en plein jeu dangereux. Bruce continue doucement son ascension, apprend à vivre avec ses dilemmes moraux, doit prendre de cruelles décisions et chemine par à-coups pour mieux terrasser le tourbillon de ses émotions. Contrairement à ce que l’audience pourrait penser, il n’est qu’un héros parmi d’autres et se place physiquement en retrait. Sa destinée est parfois un peu trop appuyée, avec une absence de subtilité légèrement troublante d’autant que contre toute attente, la toute conclusion laisse imaginer que la chauve-souris s’envolera plus vite que prévu. Quoi qu’il en soit, si Bruce semble souvent calme et pondéré, il cache de vives blessures que la Cour des hiboux tourne à son avantage. L’irruption de son clone déjà entraperçu en fin de saison précédente ne fait qu’amplifier tout ce qui ne fonctionne pas dans son existence et cristalliser certaines rancœurs, dont celles parasitant sa relation avec Selina. Tous deux sont adorables ensemble si ce n’est que plusieurs scènes souffrent de maladresses et d’une touche trop adolescente, bien que logique au vu de leur âge. Dommage que la jeune fille ne bénéficie pas d’une exploration en bonne et due forme, l’arrivée de l’un de ses proches perdu de vue ne changeant guère la donne pour tant de prévisibilité. Le toujours plaisant Alfred mériterait aussi un traitement plus dense, preuve que quand il apparaît, il illumine la plupart des histoires, même quand elles patinent. L’importance de la galerie impose de toute manière des choix et ne permet pas de placer tous les personnages sur un pied d’égalité. Il n’empêche qu’en majorité, tous profitent à l’occasion d’un éclairage plus particulier. Jim Gordon demeure sûrement le pion le plus faible et toute l’intrigue gravitant autour de la femme de son cœur, Lee Thompkins, ne le favorise pas beaucoup plus. Ce n’est pas tant que l’ex-inspecteur soit désagréable surtout que sa caractérisation s’affine, se trouble et se régale de ses zones d’ombre, mais il laisse un peu indifférent. Le triangle amoureux avec l’arrivée de Mario (James Carpinello) aux origines pourtant enthousiasmantes appuie l’aspect conventionnel et presque cliché de toute cette partie. De toute manière, ne le nions pas, dans Gotham, ce sont ses méchants qui attirent les regards !

Année après année, la série poursuit l’exploration de son univers phare. Les références aux comics foisonnent, sans jamais trop ressembler à un catalogue ou à du pur racolage dans le but de conserver les fans dans ses filets. Quant aux néophytes, ils ne se sentent nullement perdus puisque tout y est rondement mené. La longueur de la saison n’est en soi pas un frein grâce à son découpage et à la succession d’ennemis à contrecarrer. Certes, plusieurs épisodes n’apportent pas grand-chose et se contentent de retarder les évènements, avec des rebondissements tombant à l’eau et des montées en pression s’effondrant aussi vite. Jervis Tetch (Benedict Samuel), le Chapelier fou, laisse par exemple un léger arrière-goût d’inachevé. Son attrait pour le récit de Lewis Carroll n’est guère exploité, tout comme ses compétences en magie et en manipulation. Son intelligence aurait dû le rendre plus redoutable et moins burlesque, quand bien même il amuse et fascine à sa façon. C’est d’ailleurs lui et ses actions qui conditionnent l’arc principal, avec ce fameux virus capable de réveiller le pire chez les plus chevaleresques. La frontière entre le bien et le mal n’a jamais été aussi ténue comme le prouve l’Exécuteur, au grand dam de Jim Gordon qui se voit forcé de prendre des mesures radicales pour en venir à bout. Une fois de plus, Gotham balaye d’un revers toute cette partie et le potentiel de cet individu aux motivations se voulant nobles. Au lieu de ça, elle propose un portrait quasiment binaire, brutal et dénué de charisme. Heureusement, malgré une Fish Mooney également sous-exploitée, elle se rattrape avec l’inattendu retour d’un savoureux psychopathe se délectant visiblement beaucoup alors qu’il n’a plus toute sa tête. Au sens propre comme au figuré. Au-delà de ces ennemis majeurs, la production ne lésine pas sur les plus secondaires, chacun apportant sa pierre à l’édifice, s’insérant au reste au moment opportun et jouant tantôt la carte angoissante, drolatique ou touchante. Ivy plaît pour sa naïveté, Victor Zsasz distrait par sa froide désinvolture, Hugo Strange détonne avec sa couardise, et d’autres encore prolongent l’expérience à l’atmosphère soignée, sublimée par ce sens de l’esthétique. Deux sortent toutefois du lot. Et pour cause, ils s’aiment, se déchirent et n’ont de cesse que d’enthousiasmer les téléspectateurs.

Le Pingouin et Edward Nygma sont certainement les personnages les plus intéressants de la série. Maintenant qu’ils se sont rencontrés l’an passé et qu’ils se sont mutuellement aidés, ils entretiennent une relation au demeurant plutôt amicale. Or, leur tempérament les pousse dans leurs retranchements et tout au long de la saison, ils se lancent dans des projets grandiloquents, fantasques et meurtriers. Les dommages collatéraux n’importent pas, comme le constate amèrement Butch. La traque de Fish Mooney, la course à la mairie, les désirs de renaissance ainsi que les manipulations des ambitieux et des opportunistes tels que Barbara mettent parfois le feu aux poudres. Démêler la passion amoureuse de la haine tenace s’apparente à une tâche ardue, qui plus est quand la santé mentale des principaux concernés n’est pas équilibrée. En règle générale, toutes les séquences ayant pour centre ces deux étonnants camarades méritent leur place. L’humour et le cynisme côtoient le respect, la jalousie et les ressentiments. Si cette mécanique explosive apporte effectivement son lot de rebondissements enlevés et d’énergie, elle risque l’épuisement. La production devra clairement trouver un moyen de ne pas employer systématiquement des ficelles analogues pour illustrer le lien unissant Oswald à Ed, peut-être en osant alors aller jusqu’au bout des idées esquissées au cours du premier tiers de sa saison, avec une touche, espérons-le, moins grotesque. Le fait qu’elle ressuscite volontiers ses personnages se comprend parfois vu l’univers et le parti pris, cocasse et noir, mais à la longue, cela compromet le suspense et l’impact émotionnel. Savoir pertinemment que beaucoup reviendront, sous une autre forme ou non, laisse un peu indifférent, ce qui s’avère gênant et contreproductif. Que l’équilibre de Gotham ne tienne qu’à un fil n’est pas nouveau, mais cela ne signifie pas que cela soit une fatalité et qu’elle puisse se permettre à l’infini de compter là-dessus.

En résumé, bien que cette troisième saison ne réitère pas totalement le succès de la précédente, elle propose un divertissement tout à fait honnête et exploite à bon escient plusieurs de ses figures évolutives. En dépit de facilités et de quelques baisses de régime dues à des intrigues moins inspirées et conventionnelles, elle a la chance de pouvoir se fier à un arc narratif assez captivant, à savoir celui de la Cour des hiboux, vénéneuse, mystérieuse et définitivement ambiguë. Pendant que cette menace se déploie subrepticement et étend sa toile pour mieux contrôler la ville tout entière et ses habitants, d’autres luttent dans l’espoir d’un jour meilleur pour leurs congénères ou leur propre personne. Les sympathiques idées ne manquent pas et s’entremêlent à la mythologie en constante ébullition, sauf que nombre d’entre elles finissent plutôt par être adaptées en fonction du bon vouloir des aléas du scénario. L’anarchie ambiante et la tonalité excentrique colorant à merveille Gotham depuis ses débuts ou encore la solide dynamique revancharde entre deux de ses grands super-vilains permettent de ne pas se montrer trop critique, mais au regard de son potentiel, la fiction nécessite d’opérer des réajustements pour pleinement convaincre.

By |2017-12-23T12:11:36+02:00décembre 27th, 2017|Gotham, Séries étasuniennes|0 Comments

Gotham (saison 2)

Alors que la quatrième saison de Gotham arrive prochainement sur les écrans étasuniens, il est plus que l’heure de discuter de la deuxième. Ses vingt-deux épisodes furent diffusés sur FOX entre septembre 2015 et mai 2016. Aucun spoiler.

Après les tumultes mafieux, James Gordon est rétrogradé au rang de modeste policier. Obligé de rendosser l’uniforme, il se contente de réguler la circulation tout en serrant les dents, dans l’espoir de retrouver un jour sa place. Pendant ce temps, la ville continue de sombrer dans ses pires travers surtout que les méchants prennent un ascendant considérable. Pour preuve, la saison offre deux chapitres distincts portant chacun un titre évocateur, à savoir rise of the villains et wrath of the villains. Si dans les faits elle se montre un peu mensongère par ses annonces de colère, elle ne lésine clairement pas sur l’irruption d’antagonistes. C’est bien simple, Gotham voit sa galerie de personnages exploser, ce qui pose par moments problème, car beaucoup manquent d’approfondissement et laissent un sentiment de frustration. Butch Gilzean, Harvey Bullock et Harvey Dent, présents depuis le départ, se réduisent à peau de chagrin. L’écriture se doit de recentrer son cadre un minimum au risque de finir par ressembler à un catalogue superficiel, à une sorte de compilation de références gratuites sur l’univers du Chevalier noir. Mais pour l’heure, la recette tient encore la route d’autant que ce microcosme en ébullition s’est forgé une véritable identité et ne semble plus se chercher. Les scénaristes n’hésitent pas à employer les éléments les plus connus, à remodeler la mythologie à leurs goûts et à jouer la carte des fausses pistes. Les surprises foisonnent, même chez le passionné de longue date. La série a trouvé son ton, ne se prend pas forcément au sérieux et s’amuse constamment du décalage entre son humour cocasse et l’aspect dramatique de ses récits. L’absurde n’est jamais loin et expose aux critiques acides, mais cette approche offre au contraire à l’ensemble ses lettres de fabrique, bien que le traitement soit parfois à la limite du grand-guignolesque. Gotham apprend d’ailleurs de ses erreurs et oublie son format schématique du monstre de la semaine pour mieux se consacrer à des arcs au long cours. Les histoires plus indépendantes s’intègrent au fil rouge et ne servent pas qu’à du banal remplissage. Le rythme s’intensifie, les situations ne s’enlisent pas et tout avance vite. Rien que pour ces raisons, la saison s’avère supérieure à la précédente en dépit d’incohérences de parcours, de facilités et de quelques illogismes. Difficile alors de ne pas avoir envie d’enchaîner ces épisodes tour à tour énergiques, drolatiques, intrigants et touchants.

La poisseuse et pourtant si fascinante Gotham poursuit son inexorable déliquescence. Toutes les strates du pouvoir sont gangrénées de l’intérieur et l’espoir s’amenuise chez les habitants. Est-ce réellement possible de sortir de ce cycle infernal ? Pas un jour ne se passe sans qu’une multitude de crimes crapuleux ne s’abattent sur des innocents. Le problème ne vient-il pas plutôt des fondations de cette ville, elle qui cannibalise les locaux ? Dans ces quartiers à l’esthétique sublimée à l’écran, tous semblent finir par s’avilir, brouillant les frontières entre le bien et le mal. Si même la droiture d’un intègre Jim Gordon s’ébranle, comment résister ? Le futur commissaire et ami de Batman souffre toujours d’une envergure assez limitée et peine à fédérer. Harvey Bullock, son fidèle acolyte à la verve inénarrable dispose de moins de temps d’antenne, mais séduit davantage. C’est aussi l’occasion d’introduire au G.C.P.D. Nathaniel Barnes (Michael Chiklis – The Shield) et une unité d’élite ne servant à rien. Jim bataille ferme dans ces épisodes inédits et lutte sur tous les fronts. Des dirigeants corrompus l’empêchent de mener son travail à bien, les moyens policiers sont presque inexistants, la psychopathie d’une instable Barbara Kean trouble sa relation naissante avec le Dr Leslie Thompkins et ses accointances avec le Pingouin l’amènent à des actions radicales. La saison le dépeint perdu, navigant à vue et subissant nombre contrecoups. Sa pugnacité frôlant l’obsession dangereuse alimente les intrigues, voire les catalyse. La paix ne faisant pas partie du vocabulaire de Gotham, très vite, les clans mafieux se réorganisent, mais se voient quelque peu malmener par l’arrivée d’un notable cossu, Theo Galavan, et de sa sœur Tabitha (Jessica Lucas – Life As We Know It) ayant une appétence pour le fouet. Face aux concitoyens, cet individu sorti de nulle part milite pour des causes justes. Mais en vérité, il fomente des plans diaboliques conjuguant des forcenés d’Arkham, une congrégation religieuse fanatique, une adolescente manipulable et manipulatrice, et un riche hériter aspirant au respect de grandes valeurs morales. La première moitié de la saison s’attarde donc sur cet homme perfide solidement campé par James Frain (The Tudors). Capable du pire, il réussit à se jouer de tous et se rapproche de Bruce Wayne. Bien que le jeune garçon n’ait pas encore embrassé son rôle de justicier masqué, il représente le liant de toutes les intrigues. C’est sa famille qui obnubile Galavan et c’est aussi elle qui est à l’origine d’Indian Hill, le complexe rayonnant dans une seconde période.

La vengeance motive Galavan et voir ses machinations s’imbriquer les unes dans les autres se révèle plutôt plaisant, à défaut de créer une vraie surprise. Le scénario se développe effectivement de manière assez prévisible bien que la folie meurtrière des sbires du fieffé ennemi amuse. Il s’entoure d’aliénés échappés d’Arkham, dont Barbara, l’intéressant Jerome Valeska (Cameron Monaghan – Shameless) et quelques-uns plus anecdotiques. Cette bande incontrôlable sème la terreur, assassine de sang-froid et bouleverse de fond en comble la police. La série étonne en écartant rapidement certaines figures, mais à la réflexion, elle évite ainsi d’abattre toutes ses cartes attendues sur la table. Le milieu du crime ne peut donc se reposer sur ses lauriers et le Pingouin, croyant enfin régner en maître absolu, se retrouve pieds et poings liés. Cet homme dérangé confirme tout au long de la saison sa place indispensable dans la production. Outre l’interprétation de haute volée de Robin Lord Taylor, il n’a de cesse que de provoquer répulsion, fascination, pitié et amusement. Sa fort curieuse amitié à sens unique avec Jim lui confère une touche parfois émouvante. Le récit veille à approfondir sa psyché et sort d’un chapeau magique un de ses proches, mais cette intrigue densifie surtout le personnage et permet de voir Melinda Clarke dans le rôle d’une épouse vénéneuse. Alors qu’il cherche à conserver son trône et plonge dans une sorte de paranoïa, Oswald Cobblepot est pris à son propre piège et rencontre le charismatique psychiatre Hugo Strange. Sans le vouloir, le Pingouin finit toujours par emprunter une voie similaire à celle de Jim. Ou inversement. Gotham plaît par sa tendance à diversifier ses alliances. Ennemis un jour, complices le lendemain. À Arkham, l’atmosphère s’annonce lugubre, étouffante, presque sale. Toutefois, ses sous-sols abritant le complexe d’Indian Hill sont immaculés, d’un blanc clinique. De chaque cellule s’échappent des hurlements terrorisés, de colère et de frustration. Le fantastique s’intègre adroitement à la production à travers la science. Et pour cause, le médecin aux lunettes rondes et à la voix doucereuse parfaitement incarné par B. D. Wong (Oz) s’adonne à des expérimentations, modifie le génome humain, torture psychologiquement ses patients prisonniers, joue avec la mort. Le psychiatre se révèle délicieux à observer en raison de son flegme et des mystères qui l’entourent. Que fait-il réellement ? Qui l’emploie ? Quel est son lien avec les Wayne ? Tant de questions auxquelles Bruce veut des réponses. Coûte que coûte. Il refuse d’attendre encore et encore.

Depuis qu’il sait que son manoir abrite une pièce secrète, l’héritier des Wayne compte bien y pénétrer. Or, il n’y arrive pas malgré toutes ses tentatives. L’irruption du perspicace Lucius Fox (Chris Chalk – The Newsroom) lui est d’un grand secours et apporte une nouvelle pierre à l’édifice de la légende en construction. L’écriture abuse d’ailleurs par moments avec ses dialogues sur le destin de Bruce manquant de subtilité. Quoi qu’il en soit, celui-ci peut se reposer sur son fidèle majordome, toujours autant savoureux, mais également sur Jim pour qui il entretient de forts sentiments, et sur Selina, en dépit de son ambivalence si caractéristique. Au cours de la saison, Bruce essaye de lever le voile sur l’assassin de ses parents et commence à réaliser que rien n’est aussi simple, qu’il va devoir tempérer ses ardeurs, car la vérité se cache derrière un nombre incommensurable de portes et de voies sans issue. L’intrigue se déplace justement pas à pas vers une organisation secrète tirant les ficelles en arrière-plan, prête à tout pour parvenir à ses fins, inconnues de l’audience. Si le garçon a grandi trop vite pour son âge, il laisse transparaître de temps à autre qu’il est encore jeune, immature et impatient. Il s’aperçoit souvent trop tard que ses actions entraînent des conséquences et des dommages collatéraux. Bruce chemine et se dirige peu à peu vers sa Batcave, tout comme les grands méchants vers leur diabolique avenir. Edward Nygma est sans conteste le plus intéressant des ennemis à venir. Il embrasse pleinement sa double personnalité, utilise son intelligence à son potentiel et distille ses énigmes avec facétie. Sa fantaisie symbolise le registre choyé par Gotham, avec toujours cet humour déjanté en toile de fond. Victor Fries et Mr. Freeze (Nathan Darrow – House of Cards) figurent également dans le rang des individus les plus remarquables, surtout que cet antagoniste très refroidissant dispose d’un passé plus humain, tragique et presque compréhensible. Bref, ces aventures inédites veillent continuellement à rappeler la mythologie de Batman avec une fidélité plus ou moins fluctuante, l’idée étant de tirer parti de cet héritage touffu et d’insuffler sa touche attitrée.

Pour conclure, en se montrant plus feuilletonnante, mieux construite et homogène, la deuxième saison de Gotham surpasse sensiblement la première. La fiction ne se sépare pas de plusieurs de ses écueils et souffre parfois d’une certaine approximation et de grossières facilités, mais cela ne l’empêche nullement de proposer un divertissement avançant à un rythme soutenu où les grands et fantasques vilains sont aussi travaillés que les héros. Son ambiance entremêlant un délicieux humour noir et une ironie grinçante à un soupçon de folie cocasse amuse et injecte à l’ensemble une identité assumée. La série à la forme étudiée ne se prend effectivement pas vraiment au sérieux, sans pour autant sombrer dans une exubérance excessive ou oublier d’apporter à ses intrigues une tessiture plus dramatique et profonde. Certes, l’équilibre de ces épisodes ne repose souvent que sur un fil et la production ne paraît toujours pas pouvoir le tenir sur le long terme, mais autant en profiter tant que cela fonctionne.

By |2018-07-06T17:47:56+02:00août 23rd, 2017|Gotham, Séries étasuniennes|0 Comments