Reinôryokusha Odagiri Kyôko no Uso | 霊能力者 小田霧響子の嘘

Au vu de sa distribution principale, je pense savoir pour quelle raison j’ai récupéré Reinôryokusha Odagiri Kyôko no Uso il y a de ça plusieurs années. Cette série dont le titre original à rallonge signifie approximativement les mensonges de la médium Odagiri Kyôko se constitue de neuf épisodes de quarante-cinq minutes qui furent diffusés sur TV Asahi entre octobre et décembre 2010. Elle s’inspire du seinen manga en sept volumes de Kaitani Shinobu, artiste bien plus connu pour Liar Game également déjà adapté sur le petit écran. À noter que cette version papier n’est actuellement pas disponible en France. Aucun spoiler.

Odagiri Kyôko est la grande vedette d’une émission de télévision où elle utilise en direct ses dons de médium. Sauf qu’en réalité, elle ne possède aucune compétence extrasensorielle ! Elle aimerait arrêter de tromper ses nombreux fans, mais sa productrice la menace et la fait culpabiliser de diverses manières. Qui plus est, pour des raisons qui lui sont propres, elle a grandement besoin d’argent. Après sa rencontre avec l’inspecteur Taniguchi Ichirô, elle accepte de l’aider à résoudre plusieurs affaires très mystérieuses.

Le postulat de départ ne laisse guère de doute à ce sujet : il s’agit d’une énième histoire répétant une formule déjà sérieusement éprouvée. Au moins, Reinôryokusha Odagiri Kyôko no Uso ne déçoit pas à ce niveau puisqu’elle se contente de répondre consciencieusement au cahier des charges de ces séries préformatées pullulant au Japon. C’est d’ailleurs en grande partie pour cela qu’elle sommeillait dans mes dossiers depuis si longtemps. Je craignais également de ne pas adhérer à l’humour que je jugeais d’emblée peu inventif, voire idiot. Sans aucune surprise, cette fiction ne sort donc pas une seule seconde des sentiers battus. Cela ne signifie pas qu’elle s’avère mauvaise, mais ceux souhaitant un récit au long cours, une réflexion pertinente ou un semblant d’originalité l’oublieront. Le visionnage reste tolérable à condition d’espacer un minimum les épisodes tant ils reposent constamment sur un mode de fonctionnement analogue. Un ou plusieurs individus sont confrontés à un phénomène inquiétant et contactent Kyôko dans l’espoir qu’elle leur vienne en aide ; de son côté, elle cherche surtout à quitter son programme télévisé, sa productrice insiste et elle enquête à sa manière avec le soutien d’un partenaire aux motivations plutôt ambiguës. Afin de ne pas être remarquée tant elle est devenue populaire, l’héroïne n’arbore pas son costume de travail et se fait passer pour une assistante un brin maladroite. L’investigation avance de façon totalement ubuesque, les rebondissements prévisibles s’y multiplient, le coupable de l’acte délictueux en question est découvert et Kyôko profite de son émission pour l’acculer au pied du mur, dévoilant discrètement les mensonges et faux-semblants de cette personne, tout en veillant à ne pas l’humilier, car nous sommes ici dans un monde bienveillant. Effectivement, Reinôryokusha Odagiri Kyôko no Uso appuie le sentimentalisme à l’extrême. Personne n’est jamais foncièrement méchant et le registre léger empêche de prendre au sérieux ce qui se déroule. La dimension supposément surnaturelle reste en arrière-plan, au contraire de la policière et des valeurs vertueuses. En bref, outre une réalisation classique et une musique honorable de Yamashita Kôsuke (Hana Yori Dango), tous les éléments habituels de ce type de production répondent à l’appel. Heureusement, le duo principal apporte un tant soit peu de fraîcheur.

Bien qu’elle en donne l’impression, Odagiri Kyôko ne dispose d’aucune capacité extraordinaire. Son émission n’est qu’une vaste farce, ce qui commence à la fatiguer. Elle aimerait vraiment ne pas tromper son public de la sorte. Pétillante, dynamique, amusante et altruiste, cette héroïne doit beaucoup de son charme à son interprète, Ishihara Satomi (H2), qui se révèle magnifique une fois le costume de médium enfilé. Sa caractérisation manque cruellement d’épaisseur et de cohérence, mais elle inspire une certaine sympathie. Encore une fois, il est dommage que la série se borne à une succession de séquences très mièvres au lieu d’approfondir ses protagonistes. Kyôko a un frère, à l’hôpital depuis une longue période, mais plutôt que d’illustrer leur lien et de jouer la carte de l’empathie, elle tourne tout en dérision. Quoi qu’il en soit, la fausse voyante râle, traîne les pieds, essaye d’échapper à sa productrice insipide et fatigante (Ôshima Yûko – Watashi ga Renai Dekinai Riyû), et utilise ses capacités de déduction et d’observation pour déjouer les plans du coupable du jour. À elle de jongler entre toutes les personnalités dont elle se dote, mais aussi avec les supposés esprits la possédant. L’inspecteur Taniguchi Ichirô ayant découvert la supercherie décide de l’aider pour des raisons au départ brumeuses, mais qui finissent par être rapidement dévoilées. D’ailleurs, cette espèce de mystère, avec l’agent S (Miura Rieko), se montre surtout ridicule, bien que cela ne tranche pas avec le registre absurde de l’ensemble. En effet, toutes ces affaires favorisent les inepties en tous genres, le but étant sûrement de divertir l’audience. Ichirô a la chance d’être campé par Tanihara Shôsuke à qui ce genre de rôle va comme un gant, ce qu’il a prouvé par le passé dans Mop Girl partageant plusieurs similitudes avec celle-ci. Ce détective drôle et piquant forme avec Kyôko une paire assez sympathique, à défaut de s’avérer mémorable. La fiction doit son salut à cette alchimie modérée tant le reste demeure plutôt moribond et se limite à de la morale à deux francs six plus ou moins mise en valeur par un défilé de visages familiers : Sakai Wakana, Nukumizu Yôichi, Kikawada Masaya, Takezai Terunosuke, Jinbo Satoshi, Nagae Hidekazu, Kômoto Masahiro, Yuge Tomohisa, Tsukaji Muga…

Au final, Reinôryokusha Odagiri Kyôko no Uso vient alourdir les cartons déjà bien remplis de ces travaux nippons fades et convenus. Son héroïne trichant sur ses capacités de médium n’est qu’un prétexte pour alimenter des histoires familiales où les truismes, les leçons de vie et les bons sentiments prédominent. Les épisodes au récit indépendant se suivent et réitèrent à l’infini une recette schématique multipliant les poncifs du genre. Tout s’y révèle superficiel, caricatural et prévisible. Heureusement pour elle, la série ne se donne pas de grands airs et sait pertinemment dans quelle cour elle joue. C’est pourquoi elle n’hésite pas à s’amuser de ses cocasseries et de son comique de répétition, quitte à devenir gentiment idiote. La complicité et le charme de son duo phare atténuent par ailleurs quelques-uns de ces nombreux écueils plutôt handicapants, rendant ainsi le visionnage tolérable à dose homéopathique. À moins d’être un passionné d’Ishihara Satomi ou de Tanihara Shôsuke, cette production sans saveurs ne nécessite pas un quelconque investissement.

Par |2017-05-01T13:58:02+02:00août 17th, 2016|Reinôryokusha Odagiri Kyôko no Uso, Séries japonaises|0 commentaire

Pinjo no Merry Christmas | ピン女のメリークリスマス

Certes, nous sommes encore bien loin des fêtes de fin d’année, mais faisons comme si, d’accord ? Alors que je croyais être venue à bout de tous les tanpatsu qui traînaient dans mes dossiers, il me restait Pinjo no Merry Christmas. Cette série japonaise dont le titre peut être approximativement traduit par le Noël d’une célibataire ne comporte que trois épisodes de quarante-trois minutes chacun. Elle fut diffusée les 18, 19 et 20 décembre 2012 sur NTV. Aucun spoiler.

Noël arrive et Matsubara Kaede réalise qu’elle le passera encore une fois seule, sans petit ami. Elle ne s’en formaliserait pas plus que ça si son travail n’en pâtissait pas. Effectivement, elle a remarqué qu’elle était bien plus efficace lorsqu’elle était amoureuse. Or, comme sa principale mission est d’inventer des slogans et autres messages romantiques sur les cartes vendues par sa société, il est impératif qu’elle retrouve la flamme. Poussée par ses proches, elle décide d’essayer de trouver chaussure à son pied, mais elle semble déjà partir perdante…

Si en France, Noël se fête en famille, ce n’est pas du tout le cas du Japon où tout est fait pour concocter une soirée en tête à tête avec l’élu de son cœur. Sans grande surprise, la pression pour les célibataires est assez importante et beaucoup ne souhaitent pas demeurer seuls. Cela fait désormais trois ans que Kaede n’a pas ressenti grand-chose pour qui que ce soit. S’en plaint-elle ? Non. Tout son amour se concentre dans la papeterie dont elle raffole. Alors depuis qu’elle a réussi à obtenir son poste actuel où elle passe tout son temps dans les cartes, crayons et autres articles de ce genre, elle est aux anges. Tout aurait pu continuer tranquillement si elle ne se retrouvait pas au pied du mur. Sa muse semble l’avoir quittée et pour la récupérer, elle doit impérativement dégotter le prince charmant. Et fissa. Pour cela, elle peut compter sur l’aide de ses trois amis avec qui elle se réunit presque tous les soirs, boit de l’alcool et mange des petits plats cuisinés avec soin par l’unique garçon de la bande, Irie Wataru. Les quatre sont célibataires, se connaissent parfaitement et n’hésitent pas à se bousculer pour mieux avancer. En somme, ils forment un groupe soudé. Pinjo no Merry Christmas étant une série très courte, elle va directement à l’essentiel et ne s’embarrasse pas du superflu. Le rythme est ainsi soutenu d’autant plus que la structure narrative revêt une forme très particulière composée d’allers-retours réguliers, maximisant l’effet burlesque et presque décalé de l’ensemble. Même si la fiction favorise plusieurs décors typiques de Noël, dont des illuminations, elle ne fait pas preuve d’une atmosphère festive et empêche dès lors le public de ressentir un vrai esprit digne de cette période. Ce n’est pas grave, mais compte tenu de son cadre, il était légitime d’en attendre davantage. En revanche, elle utilise joliment la papeterie avec son générique, des métaphores filées ou le journal que tient Kaede. La mise en scène et la photographie se montrent tout aussi soignées, ne serait-ce qu’à travers les teintes feutrées dans l’appartement d’Irie, quand tous sont réunis et refont le monde. Quoi qu’il en soit, l’histoire est chronologiquement éclatée et l’on s’amuse à suivre les pérégrinations romantiques de l’héroïne qui se révèle sacrément défaitiste et, par moments, un poil démoralisante.

Afin de célébrer Noël en bonne compagnie, les deux amies de Kaede lui suggèrent d’envoyer un message à tous ses contacts masculins. Elle devra alors proposer un rendez-vous au premier d’entre eux qui répondra. Cette dernière n’est pas franchement emballée par ce projet, mais elle est quelque peu forcée de s’y atteler. Et la voilà qui se lance dans une course contre la montre, en espérant finir par ressentir un minimum d’exaltation et des étoiles dans les yeux, comme dans les shôjo mangas que ses copines lui ont prêtés pour se forger une expérience en la matière. Pinjo no Merry Christmas repose sur une idée classique favorisant l’éveil des sentiments, mais malgré plusieurs qualités, la personnalité de son héroïne tend à légèrement plomber l’impression générale. S’approchant de la trentaine, Kaede est une femme particulière et parfois presque bizarre, déconnectée et molle, bien que ses doutes peuvent aisément raisonner avec ceux du public. C’est surtout son ambivalence qui, à la longue, laisse perplexe. Elle dit vouloir être amoureuse, mais elle ne fait aucun effort, se complaît dans son échec et n’est pas capable de la moindre concession, comme si toute contrainte la bloquait. À croire qu’elle apprécie de voir le pire toujours arriver. En fait, elle n’a pas envie de se compliquer la vie et choisit la facilité. Elle paraît au final plutôt immature et qu’elle papillonne de la sorte accentue cette sensation. Heureusement, Kanjiya Shihori (Buzzer Beat, Love Shuffle) l’incarnant atténue sensiblement les lacunes psychologiques du personnage, sans pour autant lui permettre de se montrer foncièrement attachant. Ses camarades ne sont pas une seule seconde exploités et se contentent de la place de faire-valoir ou de représenter le mécanisme susceptible de la pousser dans les bras d’un homme. Les deux filles jouées par Tanimura Mitsuki (Cat Street) et Hiraiwa Kami sont drôles, mais Irie se révèle très fade et ce n’est pas l’interprétation plate de Tsukamoto Takashi (Kisarazu Cat’s Eye, Tiger & Dragon) qui améliore l’individu. Sinon, le supérieur hiérarchique de la jeune femme se veut particulièrement truculent. Les prétendants de Kaede sont plus intéressants et c’est notamment l’occasion d’y retrouver Hirayama Hiroyuki, Nakao Akiyoshi (H2) et Kaneko Nobuaki (Buzzer Beat).

Pour conclure, Pinjo no Merry Christmas raconte les efforts souvent infructueux d’une presque trentenaire désirant quitter son célibat alors que Noël s’apprête à prendre ses quartiers. Allant de désillusion en désillusion, elle est bien tentée de capituler, mais elle a la chance de pouvoir compter sur un trio d’amis toujours là pour la forcer à sortir de sa zone de confort. Bien que l’histoire demeure conventionnelle et que les personnages restent trop peu explorés, la série plaît assez par son rythme savamment déstructuré, son côté atypique et par son ambiance légèrement décalée et cocasse. Suivre l’héroïne au demeurant plutôt bizarre dans ses aventures romantiques s’avère dès lors truculent et amusant. Après tout, l’amour est embêtant, mais on ne peut s’empêcher de s’y diriger encore et encore. En d’autres termes, à défaut d’être franchement enthousiasmant, le divertissement répond à l’appel, ce qui est déjà satisfaisant.

Par |2017-05-01T13:58:25+02:00juillet 29th, 2015|Pinjo no Merry Christmas, Séries japonaises, Tanpatsu|0 commentaire