Woman’s Island | ウーマンズ・アイランド

Après avoir flirté avec les rivières du désespoir devant Soredemo, Ikite Yuku, il valait mieux essayer de recharger ses batteries grâce à un tanpatsu plus léger avant de repartir sur un autre renzoku a priori assez éprouvant. C’est dans ces conditions que je me suis ainsi retrouvée devant Woman’s Island, signifiant en français l’île de la femme. Le tanpatsu est composé d’un unique épisode de 96 minutes et fut diffusé sur NTV le 24 février 2006. Aucun spoiler.

Takase Yûki, 31 ans, est rédactrice dans une petite maison d’édition. Son patron lui demande de développer un nouveau magazine dans lequel elle devra parler de femmes ayant réussi à concilier amour et travail. Accompagnée de sa pétillante assistante, elle interviewe alors de nombreuses femmes tout en essayant de trouver un sens à sa propre vie.

 

Il semblerait que Woman’s Island ait été en partie produit par la marque Shiseido et en le sachant, on comprend mieux certains partis pris sans pour autant être d’accord avec tout ce qu’il s’y dit. Le public cible est sans aucun doute possible celui des jeunes femmes. Le tanpatsu s’attarde effectivement sur quatre d’entre elles pendant qu’elles essayent de se construire leur propre univers, les hommes étant uniquement vus à travers leur spectre. L’une d’entre elles, Takase Yûki est la plus âgée et aussi la plus aigrie bien qu’elle ne s’en rende pas compte tout de suite. Elle est jouée par Shinohara Ryôko (Yankee Bokô ni Kaeru) qui apporte ce qu’il faut d’étincelles à son personnage pour la rendre assez attachante. En couple depuis plusieurs années avec Kazuya (Nakamura Shunsuke – Zettai Kareshi, Sengoku Jieitai), Yûki en vient à considérer son petit-ami comme un meuble, la réciproque étant en plus de mise. Les deux se sont un jour aimés mais à l’heure actuelle, ils ne font plus aucun effort et continuent cette relation de manière mécanique. Yûki travaille de la même manière dans une maison d’édition, en ne cherchant pas à se surpasser et en laissant tout couler. Elle est arrivée à un point dans sa vie où plus rien ne semble avoir d’importance à ses yeux. Or les années passent et si elle continue de cette façon, elle sait qu’elle n’aura jamais ce dont elle rêve. Quoi qu’il en soit, elle est chargée d’interviewer des femmes ayant réussi là où elle aurait échoué pour un nouveau magazine qui devrait sortir dans les mois suivants. Pour cela, elle est aidée par la petite jeune Fushijima Rei, incarnée par Kuriyama Chiaki (Hagetaka, Tsukahara Bokuden, Rebound), qui elle est bien décidée à profiter à fond de sa jeunesse en multipliant les aventures et les expériences. Rei apprécie celle qu’elle considère comme un mentor mais est parfois désespérée de la voir aussi résignée. Un livreur joué par Tanaka Kei (Soredemo, Ikite Yuku, Spring Story, Taiyô no Uta, Byakuyakô, Sekai no Chûshin de, Ai wo Sakebu) semble en pincer pour elle. À noter sinon un caméo de Kamiji Yûsuke (Binbô Danshi) en tant que chauffeur de voiture.

Yûki et Rei rencontrent lors de leurs interviews deux femmes ayant leur importance au fil du tanpatsu. La première est Komori Hazuki (Nakagoshi Noriko), gérant un café et à première vue heureuse en amour bien qu’en vérité, elle soit la maîtresse d’un homme marié appréciant son double jeu. L’autre femme composant ce quatuor est Ishikawa Eriko, interprétée par Igawa Haruka (Sora Kara Furu Ichioku no Hoshi). Exerçant dans la publicité, elle commence à se faire un nom et mène un important projet en lien avec un de ses anciens amants, l’acteur désormais connu, Fukazawa Hiroto, qui porte ici le visage du toujours très charmant Tanihara Shôsuke (Magerarenai Onna, Tempest, Love Shuffle, Hana Yori Dango 1995, Gokusen 2, Pride). Elle est en couple avec un salaryman incarné par Yamazaki Shigenori (Last Friends) mais elle semble s’ennuyer avec lui. Si ces deux femmes donnent au départ l’impression d’être justement parvenues à concilier vie personnelle et professionnelle, le scénario montre que c’est loin d’être le cas et que quoi qu’il se passe, ce n’est pas ça le plus important. La morale de l’histoire est que les femmes qui rayonnent le plus sont celles qui réussissent à être heureuses malgré les difficultés car elles font de leur mieux et ne se laissent pas abattre. C’est sûr, c’est vrai mais il n’est peut-être pas la peine de réaliser un épisode rien que pour enfoncer des portes ouvertes et y ajouter un côté assez niais. Il est appréciable de montrer que des trentenaires peuvent être à leur apogée même en n’étant pas mariées comme le requiert le Japon mais l’ensemble est bien trop maladroit pour être convaincant. Ce qu’il y a d’assez affligeant est de constater les personnalités que Yûki et Rei choisissent pour leurs interviews. Elles sont donc supposées chercher l’élite japonaise et pour qui optent-elles ? Des assistantes, des secrétaires ou encore des réceptionnistes. Euh… comment dire… nous n’avons certainement pas les mêmes notions de réussite professionnelle. (Je n’ai rien contre ces professions mais ce n’est certainement pas à elles que je penserais dans ce genre de situation.) Heureusement, elles y ajoutent donc une gérante d’un café et une sorte de cadre dans la pub mais quand même, c’est désespérant de ne pas voir d’autres professions à grandes responsabilités. Les valeurs nippones ne sont pas oubliées puisqu’on se quitte en nous disant que si l’on travaille dur et que l’on a confiance en nous, on sera toujours à son apogée. Ne soyons tout de même pas trop critique car il est très agréable que le message soit aussi peu en lien avec ce qui est attendu de la femme dans son pays et qu’implicitement, on fasse comprendre qu’elle pourra toujours être au summum de sa réussite, indépendamment de son âge ou de son statut marital.

Malgré les limites évidentes de son fond, Woman’s Island se laisse facilement regarder parce qu’il possède juste ce qu’il faut d’alchimie entre les actrices et qu’il demeure léger sans être non plus totalement insipide. Les quatre héroïnes sont pleine de vitalités et n’hésitent pas à s’entraider. Il en ressort un esprit de camaraderie féminine pas désagréable. La musique composée par Kanno Yûgo (Umareru., Innocent Love, Engine, Last Christmas) n’est pas plus mémorable que ça et est surtout améliorée par la chanson rythmée, My Brand New Eden de Yamada Tamaru, que l’on entend à plusieurs reprises. Côté réalisation, on ne peut pas dire que l’on puisse être satisfait car elle est très banale voire même quelque peu inférieure à ce que l’on pourrait attendre d’un tanpatsu.

En définitive, Woman’s Island est un tanpatsu largement dispensable en raison de son aspect convenu et surfait. On y sent une volonté plutôt sincère de découvrir comment les femmes arrivent au point culminant de leur vie et quelles seraient leurs principales craintes, mais, le message est amené de manière maladroite ce qui fait qu’il en ressort surtout une naïveté superficielle. Il existe toutefois un effort relatif de sortir quelque peu de la norme attendue au Japon en montrant que vie professionnelle et personnelle peuvent être menées de front chez une femme. Dans tous les cas, le charme des interprètes, le rythme et l’humour permettent au moins de ne pas avoir totalement l’impression de perdre son temps en regardant cet épisode.

Par |2017-05-25T11:32:50+02:00septembre 14th, 2012|Séries japonaises, Tanpatsu, Woman's Island|2 Commentaires

Tsukahara Bokuden | 塚原卜伝

À chaque saison, NHK propose un jidaigeki en plus de son taiga drama habituel. Après Tempest au cours de l’été 2011, ce fut Tsukahara Bokuden qui prit place sur la chaîne nippone et aussi incroyable que cela puisse paraître, des sous-titres, d’excellente qualité en plus, sont arrivés en très peu de temps. Derrière ce titre se cache donc un j-drama constitué de sept épisodes dont seul le premier comporte vingt-cinq minutes de plus que la quarantaine habituelle. Il fut diffusé entre octobre et novembre 2011 sur NHK-BS Premium. Aucun spoiler.

Début du XVIè siècle, au Japon, Tsukahara Bokuden n’est pas encore le grand maître de sabre à l’origine de multiples légendes. Il n’est pour le moment que Tsukahara Shinemon, un jeune homme de seize ans bien décidé à parcourir le Japon afin de propager la technique du sabre de Kashima tout en parfaisant sa propre maîtrise.

   

À l’inverse de nombreux jidaigeki, ce Tsukahara Bokuden ne nécessite pas vraiment d’avoir un minimum de connaissances sur son sujet. Ce n’est effectivement pas le cadre historique qui importe ici, quand bien même il y ait une certaine volonté de ne pas occulter les troubles de cette période. Le but de la série est en réalité de mettre en avant un important personnage historique de la culture japonaise qui a inspiré et qui inspire toujours la population. Le parti pris est de poser les bases en montrant de quelle manière cet adolescent a fini par devenir celui qui s’est inscrit dans les mythes au même titre qu’un Miyamoto Musashi. Le j-drama ne raconte donc en aucun cas la totalité de l’existence de Tsukaraha puisqu’on le découvre à ses seize ans, lorsqu’il décide de quitter sa famille, et on le laisse plusieurs années plus tard, quand il prend le nom de Bokuden. En somme, il ne s’agit que d’un récit initiatique, la teneur historique étant surtout là pour tenter d’offrir un certain crédit à ce que l’on y voit. De ce fait, si l’on souhaite réellement découvrir la dimension sociopolitique de l’ère Sengoku ou même avoir un aperçu assez complet de la vie de ce personnage, ce jidaigeki se montrera probablement peu satisfaisant. D’ailleurs, les premiers épisodes disposent d’un côté schématique moyennement engageant car ils sont composés de l’avancée de Shinemon dans son voyage avec systématiquement, un combat clôturant cette nouvelle étape. Ces duels manquent très nettement de souffle et ce n’est pas uniquement parce que l’on connaît leur issue. Heureusement, la série évite de faire durer cet aspect linéaire car elle place son personnage face à des difficultés d’un autre ordre que celui de son adversaire de la semaine. Progressivement, le maître d’armes réalise en effet toute la dimension de l’art qu’il pratique et la nécessité d’y allier corps et âme. Ce n’est pas l’action le centre du propos mais plus le parcours de l’état d’esprit de Tsukahara. Le renzoku insuffle une légère dominante religieuse car son don serait directement lié aux divinités vénérées dans un sanctuaire shinto proche de chez lui. Le sabre de Kashima qu’il utilise serait en fait une extension du pouvoir du dieu et il tentera d’entrer en contact avec lui. Sa sœur, interprétée par Kuriyama Chiaki (Hagetaka, Rebound, Ashita no Kita Yoshio) et qui fait aussi la narration, officie au temple en tant que miko auprès d’une prophétesse (?). Shinemon se voit ainsi obligé de traverser de multiples épreuves de différents ordres avant de réussir à s’affranchir de ses propres tourments parasitant la maîtrise de sa discipline. Malgré le nombre incalculable de supposées vérités dont ce personnage est à l’origine, Tsukahara Bokuden prône le classicisme et ne sort jamais des sentiers battus, relatant avec certes tranquillité quelques moments choisis de son héros mais faisant parfois preuve d’une certaine torpeur et d’une absence d’intensité. Il est vrai qu’en sept épisodes, il n’y a guère le temps de s’attarder sur des détails mais le j-drama a parfois tendance à se montrer un tant soit peu surfait.

Au début de la série, Tsukahara Bokuden se fait donc encore appeler Tsukahara Shinemon. Assez naïf, candide et ayant une grande confiance en lui, il est avide de découvertes et désire parcourir le Japon, même si cela signifie qu’il doit quitter sa famille biologique et adoptive. Il a en effet été adopté dans son enfance par le seigneur du château local qui lui transmit son art du combat. Doté de dons dès sa naissance, il devient rapidement un petit phénomène ne semblant avoir guère de limites. Grâce à sa nature bienveillante et du fait de sa volonté pure de propager l’esprit de Kashima, son entourage lui offre dès lors la possibilité de partir à l’aventure. C’est Sakai Masato (Engine) qui lui offre ses traits. Le moins que l’on puisse dire est que cet acteur ne dispose pas d’un éventail très développé d’expressions et malheureusement, ce n’est pas ici que l’on changera d’avis. Qu’il soit content ou en colère, on ne voit guère de différence car il arbore une moue assez constipée tout du long. Il n’est pas aussi irritant que ce que l’on pourrait craindre mais s’il inspire le calme comme ce fut apparemment le cas de Tsukahara, il est loin de transcender les foules ou de déchaîner les passions. C’est un peu dommage d’y voir un héros aussi insipide qui pourtant est supposé charismatique. Son comparse, Samon, est bien plus enjoué et par conséquent, sympathique. Le problème majeur n’est en réalité pas tant l’interprétation de Sakai Masato mais plus le fait que la série ne cherche pas à crédibiliser certains éléments. Lorsque l’on commence l’histoire, le personnage a seize ans et c’est toujours Sakai Masato, né en 1973, qui le joue. À la fin, le maître d’armes a la trentaine tassée et s’approche donc plus de l’âge de son acteur. On a beau nous dire que les années passent, vingt ans s’écoulant apparemment entre le premier et le dernier épisode, on ne s’en rend pas du tout compte malgré un subtil changement de posture du héros. Le temps ne montre pas non plus ses marques sur les autres personnages et y ajouter quelques cheveux blancs ne change en aucun cas ce fait. Le j-drama semble en outre avoir pris un certain nombre de libertés avec la réalité historique. Dans la première partie, Shinemon fait preuve d’un optimisme à toute épreuve, lui qui prend du plaisir à défier et relever n’importe quel défi pour tester ses capacités. C’est à ce moment qu’il rencontre une jeune femme jouée par Kyôno Kotomi (Hakusen Nagashi, Shikei Kijun, Suna no Utsuwa) et qu’il enchaîne les combats. En rentrant chez lui, il est épuisé mentalement car il ne sait plus exactement où il en est, sa dextérité ne lui suffisant plus. Tandis que l’époque est perturbée par de nombreux conflits permanents entre les différents seigneurs et autres vassaux dont un incarné par Matsuda Satoshi (Vampire Host, Keitai Sôsakan 7), Shinemon décide d’opter pour une retraite spirituelle. C’est là que dans un second temps, la série aborde une tonalité davantage mystique.

Puisque Tsukahara Shinemon traverse le Japon, il y rencontre inévitablement plusieurs personnalités comme Yamamoto Kansuke, celui même dont la vie est relatée dans Fûrin Kazan avec Uchino Masaaki dans le rôle-titre. Et peu à peu, la légende commence à se construire. On dit de lui qu’il a mené 37 duels et qu’il n’aurait jamais perdu. Les quelques combats que l’on voit au fil de la série ne sont pas particulièrement spectaculaires mais là n’est de toute manière pas un problème. En revanche, la réalisation aurait mérité de ne pas s’affubler de ralentis coupant totalement l’action dans son élan et faisant plus kitsch qu’autre chose. Il aurait été aussi agréable qu’il y ait davantage de plans d’ensemble afin de montrer la réelle virtuosité de ce fabuleux maître d’armes d’autant plus que Sakai Masato semble assez bien se débrouiller. Malgré ces passages peu inspirés et un filtre blanc quasi omniprésent, la réalisation demeure dans l’ensemble soignée et la photographie étudiée. De même, la musique composée par le célèbre Kawai Kenji est tout particulièrement agréable et à la hauteur de son talent pour ce genre de production.

En définitive, Tsukahara Bokuden est avant toute chose l’histoire d’un homme calme, posé et réel prédécesseur des samouraïs dont on parlera par la suite. Si le j-drama repose sur une figure historique, on y voit surtout un récit initiatique très classique où un combattant cherche sa voie en y menant une réflexion sur son don et la manière dont laquelle il peut et doit l’employer. Ce ne sont pas ses capacités martiales qui priment mais davantage son évolution spirituelle. Malgré une absence de prise de risques et une histoire racontée de manière assez quelconque, la série se laisse agréablement regarder car elle sait notamment rester à sa place et permet une incursion certes très superficielle mais suffisamment divertissante pour le néophyte. Il va de soi que si l’on cherche un véritable chanbara ou une exploration de la féodalité japonaise, ce n’est pas vers celui-ci qu’il faut se tourner mais en étant au fait de ses limites, on ne regrette pas le temps passé devant ces sept petits épisodes.

Par |2017-05-01T13:59:55+02:00août 9th, 2012|Séries japonaises, Tsukahara Bokuden|9 Commentaires