Zenkai Girl | 全開ガール

Voir les séries traînant dans mes dossiers depuis trop longtemps fondre comme neige au soleil me ravit au plus haut point. Celle nous concernant aujourd’hui y sommeillait depuis plus de cinq ans ! Zenkai Girl, dont le titre peut être très approximativement traduit par la fille jusqu’au-boutiste, comporte onze épisodes diffusés sur Fuji TV entre juillet et septembre 2011. Comme souvent, le premier d’entre eux dispose de quinze minutes venant s’additionner aux quarante-cinq habituelles. Yoshida Tomoko (Fire Boys, Hataraki Man) s’est chargée du scénario. Aucun spoiler.

Ambitieuse et travailleuse, la jeune avocate internationale Ayukawa Wakaba ne doute pas mener un jour une carrière dont elle n’a pas à rougir. En tout cas, elle ne se laisse pas impressionner et se donne les moyens de réussir. Si elle a pour l’instant mis de côté sa vie personnelle, elle compte bien rattraper le temps perdu et trouver un bon parti susceptible de l’égaler. Par chance, elle parvient à intégrer in extremis un prestigieux cabinet et se voit déjà lancée sur sa destinée. Sauf que sa supérieure ne l’entend pas de cette oreille et lui impose, pour sa période d’essai de trois mois, de garder sa petite fille de cinq ans en plus de répondre aux missions de son poste. Loin de se déclarer vaincue, la jeune femme accepte ce marché et commence à jongler entre ses différentes casquettes. À l’école élémentaire, elle rencontre un père divorcé altruiste se contentant de son statut peu reluisant. Au lieu de l’ignorer, elle ne peut s’empêcher de le mépriser ouvertement, mais ne se cache-t-elle pas ses véritables sentiments ?

Lors de son passage à la télévision, Zenkai Girl a bénéficié de critiques assez élogieuses sur Internet. Pour autant, elle ne me tentait plus vraiment et c’est sûrement en partie pourquoi je ne l’ai pas regardée plus tôt. Sur le papier, elle ressemble à une comédie romantique balisée n’apportant rien au genre. Malheureusement, son début donne le ton et prouve le fondement des craintes initiales. Pire, plus la fiction se développe et plus elle s’engouffre dans tous les poncifs, négligeant au passage d’injecter un soupçon d’originalité, des étoiles dans les yeux ou un minimum de finesse. Ce serait exagéré de la fustiger plus que de raison, car elle ne s’avère pas réellement mauvaise, mais elle ne possède aucun argument digne de ce nom. Sa seule créativité réside dans sa réalisation qui, par chance, finit par se calmer. Effectivement, le premier épisode s’arme d’un montage épileptique, haché et proprement inepte. Ces artifices ridicules et desservant l’ensemble qui n’en a déjà pas besoin disparaissent rapidement et sont remplacés par une forme traditionnelle dénuée de charme, mais bien plus passe-partout. La musique de Face 2 fAKE (Densha Otoko) et la chanson de fin, Tsubusa ni Koi, interprétée par les Kanjani∞, s’oublient tout aussi vite. Malgré des répliques vives et une succession de péripéties, le rythme reste plat et traverse une longue période de disette en milieu de parcours. Une recette aux ressorts éprouvés ne signifie toutefois pas toujours que la sauce ne puisse prendre. Après tout, le sel d’une histoire se situe également dans la caractérisation des personnages, leurs diverses relations et les sentiments véhiculés. Sauf que Zenkai Girl se borne à la facilité et ne cherche jamais à rompre la monotonie patente. Son contenu ressemble curieusement à celui de la vieillissante Yamato Nadeshiko ne méritant pas non plus l’investissement.

Du haut de sa petite vingtaine, Ayukawa Wakaba sait déjà ce qu’elle veut. L’héroïne se révèle au départ antipathique. Condescendante, arrogante et suffisante, elle ne se gêne pas pour asséner ses quatre vérités, quitte à blesser autrui. Son attitude s’explique en partie par son passé, elle qui fut élevée par un père un peu simplet sans le sou, victime constante des yakuzas. Grâce à son intelligence et son sens de la débrouille, elle a réussi à monter les échelons et n’accepte pas de voir des individus rechigner devant l’obstacle ou baisser les bras avant d’avoir commencé. Son indépendance fait toutefois mouche et progressivement, elle enlève ses œillères et constate que le monde n’est pas aussi manichéen que ça. Pour cela, elle doit remercier la mignonne petite fille qu’elle garde, l’éveillée Hinata (Tani Kanon – Namae wo Nakushita Megami). Les enfants détiennent une place importante au sein de la production qui s’approche sur certains points d’une histoire plus familiale que purement romantique, mais ceux-ci souffrent souvent de dialogues peu naturels, car trop adultes. La pugnace Wakaba ne s’avoue ainsi jamais vaincue et se lance dans sa carrière débutante, chapeautée par la bienveillante Sakuragawa Shôko (Yakushimaru Hiroko – Kisarazu Cat’s Eye), la gérante du cabinet d’avocats international et mère divorcée de Hinata. La jeune femme s’inspire de ce modèle féminin et tente de prouver à tous qu’il est possible de mener de front son travail et sa vie personnelle. Les quelques éléments sur la famille monoparentale se révèlent aussi pertinents, bien qu’ils ressemblent surtout à des prétextes scénaristiques. Autrement dit, Zenkai Girl se veut assez rafraîchissante et moderne même si son traitement demeure superficiel. Ce n’est pas la peine d’y attendre une réflexion sociologique ou culturelle, les rebondissements prévisibles étant plutôt préférés.

Comme toute comédie romantique qui se respecte, celle-ci démarre par la confrontation entre deux individus n’ayant apparemment aucun point commun. Le jour où Wakaba rencontre Yamada Sôta, elle le juge incapable et irritant. Profondément bon, cet homme élève seul son fils surnommé Pitarô (Takagi Serai) tout en exerçant dans un petit restaurant sans prétention. Il se contente de peu et se satisfait de cette existence qu’il estime être riche à sa manière. Alors que l’héroïne ne se gêne pas pour le railler et le descendre plus bas que terre, il tombe sous son charme, mais sait ne pas jouer dans la même cour. Quand un rival, l’avocat Shindô Kyôichi (Hirayama Hiroyuki – Namae wo Nakushita Megami) arrive sur le devant de la scène, il s’imagine n’avoir aucune chance. Zenkai Girl illustre ainsi l’éveil des sentiments de ce couple en devenir. Le téléspectateur se doute qu’ils finiront ensemble, la question étant de découvrir leur parcours souvent bousculé par les enfants bien plus lucides sur la situation et veillant à se transformer en Cupidons miniatures. Or, Wakaba et Sôta ne montrent pas une véritable alchimie et se perdent dans une histoire redondante. Les acteurs, Aragaki Yui (My Boss, My Hero) et Nishikido Ryô (Inu wo Kau to Iu Koto, Last Friends), font ce qu’ils peuvent, mais ils ne réussissent pas à se départir de cette écriture dénuée de subtilité ou de profondeur. Ils se lancent dans l’éternel jeu du je t’aime, moi non plus où le temps n’est jamais en leur faveur, hésitent de plus belle et n’avancent pas. Le développement quasiment inexistant de leur attirance manque cruellement de chaleur, d’empathie et ne permet pas d’y adhérer, surtout que le reste s’avère encore plus falot, cliché, voire caricatural.

La romance phare s’engouffre dans les retournements de situation visibles des kilomètres à la ronde avec des triangles amoureux insipides, un ambitieux prêt à tout pour atteindre son but, le retour d’une mère, des facilités scénaristiques consternantes et du sentimentalisme étouffant. Il devient difficile de prendre au sérieux ce qui se déroule tant ce monde semble naviguer dans un univers doucereux où même les plus ambigus sont gentils. Toute tension dramatique est atténuée par de la guimauve et de grossières ficelles narratives, avec une fin précipitée moyennement satisfaisante. L’honnête, timoré et passif Sôta emporte néanmoins la palme dans le genre, car il accepte tout sans broncher, n’élève jamais la voix et ressemble à un véritable masochiste. Et à force de dire oui à tout, il blesse d’autres comme l’assistante Soyoko (Renbutsu Misako – 37.5°C no Namida) qui s’entiche de lui. Les personnages secondaires à l’interprétation aléatoire ne servent que de faire-valoir ou de ressorts humoristiques à la frontière du grotesque. Par exemple, le trio d’amis du protagoniste, dont un incarné par le sympathique Arakawa Yoshiyoshi (Tiger & Dragon), n’apportent rien de probant et ne répondent qu’à une étiquette étriquée. N’évoquons même pas le cas de l’avocat campé par Satô Jirô (Tumbling) se bornant à monologuer dans son coin et dont la présence se révèle hautement incongrue. À l’école, le directeur bourru et sa fille se limitent à quelques répliques accentuant le côté poussif de cette histoire décidément avare en finesse, mais riche en aventures factices.

Pour résumer, avec son intrigue amoureuse se contentant du traditionnel cahier des charges, Zenkai Girl se range dans le panier de ces séries paresseuses ne jouissant pas d’une quelconque once d’originalité. Bien qu’elle dispose de quelques atouts en poche avec son héroïne carriériste battante et trop hautaine, elle n’essaye jamais de sortir du passage clouté et s’embarrasse d’une dimension familiale trop mièvre. Ce classicisme pourrait se tolérer à condition que son couple vedette mette des papillons dans le ventre, mais leur absence de développement ou de charisme ensemble comme séparément ne joue une fois de plus pas en leur faveur. Si en plus les épisodes n’hésitent pas à multiplier les stéréotypes et plusieurs idioties improbables, il ne reste plus grand-chose à quoi se raccrocher en dehors peut-être des enfants, attendrissants malgré une attitude légèrement artificielle. Le visionnage n’en devient pas désagréable à condition d’y aller au compte-gouttes si ce n’est qu’il s’oublie aussitôt la télévision éteinte, preuve du peu d’intérêt de cette production insipide, superficielle et convenue.

Par |2017-05-01T13:57:53+02:00avril 26th, 2017|Séries japonaises, Zenkai Girl|0 commentaire

Kasha | 火車

Depuis de nombreuses années, le polar nippon a la cote et se multiplient chez les libraires les sorties de ce genre. Les œuvres de Matsumoto Seichô et Higashino Keiko doivent probablement figurer parmi les plus adaptées, mais elles ne sont pas les seules à occuper le devant de la scène. Il faut aussi compter sur Miyabe Miyuki. Le roman le plus connu de cette femme est Kasha, édité en 1992 au Japon, et disponible en France sous le titre Une carte en enfer. Il a tout d’abord été transposé sur le petit écran à travers un tanpatsu datant de 1994, mais celui-ci s’avère introuvable. En revanche, ce n’est pas le cas de la production nous intéressant aujourd’hui, toujours un tanpatsu d’un unique épisode, diffusé sur TV Asahi le 5 novembre 2011 et durant 111 minutes. L’intitulé prend toute sa signification au cours du récit et fait référence aux chariots de feu de la mythologie bouddhiste japonaise. À noter que les Sud-Coréens se sont également attaqués au problème en 2012 à travers un film, Hwacha (Helpless). Aucun spoiler.

Blessé suite à l’arrestation musclée d’un malfaiteur, l’inspecteur Honma Shunsuke se repose et s’occupe de sa rééducation. Lorsque le cousin de sa femme lui demande de retrouver sa fiancée ayant brutalement disparu, il décide de mener une enquête officieuse. Contre toute attente, cette affaire se révèle bien plus compliquée qu’au premier abord tant la personne en question paraît insaisissable. En vérité, qui se cache derrière ce visage si avenant ?

     

Après une forte croissance, le Japon fut marqué dans les années 1990 par l’éclatement de la bulle spéculative. L’excellent j-drama Hagetaka illustre tristement les conséquences de cette difficile période où de nombreux foyers subirent de plein fouet l’inexorable dégradation de la situation économique. Kasha se déroule en 1992, alors que le peuple souffre déjà des retombées et peine grandement à se relever. Certains perdent leur entreprise, leur domicile, d’autres n’ont tout simplement plus de quoi vivre. Ce sont dans ces conditions que plusieurs empruntent de l’argent à des organismes peu recommandables, ne pouvant bien évidemment pas rembourser les taux phénoménaux. Sans emphase, pathos ou volonté d’excuser les gestes désespérés perpétrés dans le but de s’en sortir, Kasha dresse un portrait assez sommaire de cette époque où d’aucuns étaient tentés d’enfreindre la loi, quitte à commettre des actes répréhensibles. Il aurait été intéressant que le tanpatsu approfondisse davantage cette question et appuie sensiblement ses propos, mais il se contente à la place de son registre policier. Les personnages ne sont pas non plus réellement creusés et se limitent à de grossiers traits de caractère. Dans les faits, ce n’est pas un défaut surtout qu’il ne dispose que d’un temps restreint, mais avouons que quelques développements supplémentaires n’auraient pas été superflus. Quoi qu’il en soit, cet épisode prône avant toute chose la sobriété et fait honneur à l’intelligence du public en ne lui délivrant pas tout de suite les réponses, et en prenant même le parti de se conclure d’une manière assez frustrante, bien que d’une certaine manière jouissive. La moiteur d’un Tôkyô en plein été participe à l’atmosphère presque lénifiante et étouffante de l’ensemble, allégée par la musique quelque peu truculente par moments. En dépit d’un minimalisme, la réalisation joue parfois avec son cadrage en mettant en évidence une bouche ou un regard, vraisemblablement pour intensifier la nature fugace de l’héroïne qui n’est vue qu’à travers une multitude de pièces rapportées.

Honma Shunsuke a la quarantaine et s’occupe seul de son fils depuis le décès encore récent de son épouse. Ayant reçu une balle dans la jambe, il se trouve en arrêt de travail, mais il continue de rencontrer régulièrement son ami et collègue, l’amusant boute-en-train Ikari Sadao (Terawaki Yasufumi). Honma n’est pas du genre à s’apitoyer sur son sort, même s’il paraît évident qu’il éprouve quelques difficultés à communiquer avec son garçon très moyennement interprété par Yamasaki Ryûtarô (Inu wo Kau to Iu Koto). Par conséquent, dès que l’occasion surgit, il n’hésite pas à se lancer dans une enquête discrète afin de localiser Sekine Shôko, la fiancée du cousin (Sasaki Nozomi). Il ne détient guère d’informations pour débuter, excepté une photo, son nom, le lieu de son ancien emploi, et le fait qu’elle ait disparu de la circulation après révélation qu’elle était interdit bancaire. En interrogeant à droite et à gauche tout en partageant via une voix off ses pensées, Honma découvre rapidement que cette femme n’est pas qui elle dit être. Elle ne s’appelle en tout cas pas Sekine Shôko ! Plus il remonte la piste, plus l’intrigue se corse. Honma donne l’impression de courir après le vent et l’on en vient parfois à se demander si cette fameuse personne existe vraiment. C’est le sympathique – et habitué de ce genre de rôle – Kamikawa Takaya (Warui Yatsura, Kimi ga Oshiete Kureta Koto) qui campe l’inspecteur pugnace, pondéré et fort agréable. Fasciné par la supposée Sekine Shôko, il tient impérativement à lever le voile sur ce mystère se teintant progressivement d’une once inquiétante. Sur sa route, il rencontre plusieurs figures incarnées par Suzuki Kôsuke (LIAR GAME), Takahashi Issei (Fûrin Kazan) et Gori (Churasan). L’enquête s’avère au final peu originale et un tantinet trop lisse, mais elle possède un bon rythme pour convaincre et garder en haleine le téléspectateur. Toutefois, si le suspense est présent, il demeure assez ténu et l’action se veut très en retrait. Il s’agit somme toute d’un récit policier assez lent, peut-être proche de la réalité des années 1990 où il convenait de prendre son temps, d’utiliser un dictionnaire, un annuaire téléphonique ou le service des renseignements ainsi qu’une cabine, etc. Ce côté à l’ancienne s’annonce rafraîchissant et contraste d’ailleurs à merveille avec la chaleur et la transpiration abondante des personnages.

En définitive, Kasha illustre une enquête classique digne d’un polar correctement ficelé où les pièces du puzzle finissent par progressivement s’imbriquer. Sans artifice et se contentant du strict minimum, le tanpatsu parvient malgré tout à demeurer efficace grâce à une recette certes éprouvée, mais rondement menée. La sobriété de l’interprétation, l’atmosphère des années 1990 couplée au contexte de surendettement, et la réalisation plutôt soignée délivrent un moment agréable et intrigant. Ne nions tout de même pas qu’en dehors d’une belle scène émotionnelle, une noirceur plus marquée et un développement davantage prononcé n’auraient pas été refusés. Sans être particulièrement conseillée, cette poursuite d’un fantôme devrait répondre aux attentes des amateurs du genre cherchant une fiction satisfaisante où les rouages de l’investigation sont préférés à l’action pure ou à la psychologie.

Par |2020-04-03T17:53:24+02:00janvier 23rd, 2015|Kasha, Séries japonaises, Tanpatsu|0 commentaire