Gisô no Fûfu | 偽装の夫婦

Parcourir les travaux de certains scénaristes japonais me permet aussi de barrer les séries que je repère au fil des saisons, ce qui n’est pas un mal vu tout ce que j’ai en prévision ! Avec Gisô no Fûfu parlant d’un couple camouflé, je fais donc d’une pierre deux coups. Cette fiction écrite par Yukawa Kazuhiko (Magerarenai Onna, GTO) et diffusée sur NTV entre octobre et décembre 2015 se compose de dix épisodes ; en dehors du premier s’approchant d’une heure, les autres durent cinquante minutes, soit un peu plus que d’habitude. Un spoiler, non gênant toutefois et même plutôt pertinent à connaître.

En apparence, Kamon Hiro est la femme japonaise idéale tant elle semble douce, affable et altruiste. Sauf qu’en vérité, elle cache son dédain et son aigreur derrière un sourire obséquieux. Elle déteste tout le monde, probablement à commencer par elle-même. Ce comportement, elle pense le devoir à un ex-petit ami l’ayant quittée il y a plus de deux décennies, quand ils étaient à l’université. Depuis, elle demeure célibataire, seule, et a déjà quarante-cinq ans. Le jour où celui-ci ressurgit dans sa vie et lui demande de se faire passer pour sa compagne, elle croit rêver !

Une fois de plus, Yukawa Kazuhiko ressort sa panoplie de personnages marginaux et répète tout au long des épisodes son message de tolérance et de l’importance d’oser s’affranchir du regard des autres, de s’accepter soi-même pour ce que l’on est et de choyer son estime de soi. Ce n’est bien sûr pas du tout une tare, tant s’en faut. Mais à la longue, cela ne fonctionne que moyennement, car il reprend les mêmes ingrédients et ne change pas grand-chose à sa formule. Pire, il se borne à des ressorts éculés et noie ici son discours anticonformiste dans de bons sentiments vite étouffants. L’écriture de Gisô no Fûfu s’avère effectivement très approximative et rend le visionnage parfois agaçant, surtout qu’en fin de parcours, la tonalité opère un grand écart et plonge l’histoire dans une succession de rebondissements préfabriqués, limite ridicules, incohérents et improbables. Les choix des protagonistes en deviennent discutables, voire incompréhensibles, et laissent sur une note très décevante malgré certaines qualités d’ensemble. Difficile de trop en dire sans dévoiler l’intrigue, mais dans l’idéal, la série aurait dû se terminer après son huitième épisode et aurait ainsi évité de tomber dans plusieurs des clichés redoutés d’emblée, lors de la révélation de ce que cache au monde entier l’ancien compagnon de l’héroïne. En fait, à travers les caractéristiques de ses principales figures la fiction se veut non conventionnelle et plaît initialement pour ça ; or, en plus de ne jamais aller jusqu’au bout des choses et de ne rien expliquer sans ambiguïté, elle se conclut de manière opposée et annihile tout le travail effectué en amont. La production joue malheureusement un peu trop sur tous les tableaux. Elle donne dans un premier temps l’impression de souhaiter se montrer légère et drolatique. La musique assez agréable de Hirai Mamiko participe d’ailleurs à cette ambiance cocasse et possède une jolie mélodie plus émotionnelle. Par moments, la série appuie facticement ses scènes plus éprouvantes, crée du drame là où il n’y en aurait pas besoin et multiplie l’enchaînement de situations absurdes. C’est à se demander si elle a vraiment été écrite par un unique individu et pas par plusieurs ayant ajouté de façon disparate toutes les idées possibles et inimaginables. Même la galerie de personnages ne réussit pas à gagner la sympathie du public, la faute à un traitement poussif et caricatural se supportant d’autant plus mal que le rythme demeure laborieux.

Kamon Hiro ne vit que pour ses livres. Vrai rat de bibliothèque, elle travaille justement dans une et passe le reste de son temps chez elle, entourée de romans. Elle ne se sépare jamais de son visage impassible avec ce fameux sourire figé et semble imperturbable. Pourtant, ses pensées, retranscrites à l’audience avec des sortes de panneaux rappelant ceux des films muets en noir et blanc, s’agitent, tourbillonnent et sont rarement positives. Hiro ne tolère pas les autres et croit se porter mieux seule puisque la présence de qui que ce soit l’agace. Sa posture immuable et dénuée de fantaisie, amplifiée par ses vêtements semblables à un uniforme, n’est qu’une façade. Elle ne se laisse pas approcher, alors encore moins par son supérieur (Tanaka Yôji) en pinçant visiblement pour elle. Amami Yûki (Top Caster) l’incarnant réussit à élever légèrement l’intérêt pour cette femme à la psychologie très clichée et ne provoquant que peu d’empathie. La bibliothécaire n’est pas arrivée là par hasard. Elle ne s’est pas réveillée un beau jour amère et misanthrope. Jadis, elle était joyeuse, optimiste et enjouée. Que s’est-il passé ? Elle, elle se l’explique par l’abandon de celui qu’elle jugeait comme son prince charmant, Himura Chôji, à l’époque où ils étudiaient ensemble. En vérité, elle s’est forgé une carapace depuis une enfance qu’elle assez mal vécue du fait d’un cadre de vie peut-être peu chaleureux. La série aurait pu questionner le poids des normes sociétales, du temps qui file et de l’orientation insidieuse vers une finalité non choisie consciemment. Mais non. Gisô no Fûfu parle beaucoup de la famille, avec notamment celle de Hiro. La tante aride (Kimura Midoriko) fumant cigarette sur cigarette, le cousin immature (Satô Jirô – JIN) se prenant pour un magicien et la cousine (Sakai Maki) étalant son opulence et traînant sa progéniture apathique n’aident probablement pas à se construire un environnement idéal. Les non-dits parasitent ce petit groupe ayant des difficultés à se l’avouer et passant son existence à se chamailler, bien que du côté de Chôji, les choses soient tout aussi compliquées et marquées par des abcès à percer. Le scénario ne rate donc pas l’occasion de jouer la corde dramatique avec des secrets, mystères, mensonges, quiproquos et maints rebondissements convenus. Outre la prévisibilité, l’un des principaux problèmes dans tout ça, c’est que Hiro n’est pas attachante et, malgré ce que semble vouloir prouver le récit avec toutes les interventions de cette femme dans la vie des autres, elle est profondément égoïste. Et elle n’est pas la seule.

Autant l’héroïne garde tout au fond d’elle et ressemble à une certaine hypocrite, autant le capricieux Chôji ne peut se taire et exprime tout haut ce qu’il pense, sans aucun filtre. Logorrhéique, euphorique et agité, ce sous-directeur d’une école maternelle papillonne telle une adolescente fleur bleue et ne comprend pas pourquoi Hiro se comporte de la sorte. En la recroisant par un concours de circonstances, il est étonné de la découvrir aussi austère. Cela ne l’empêche pas de lui demander une sacrée faveur. Depuis qu’il l’a quittée, il n’a fréquenté aucune femme et ne s’est pas marié. Et pour cause, sa relation avec elle lui a ouvert les yeux : il est homosexuel. Hiro tombe des nues en l’apprenant, naturellement, car elle ne s’en doutait pas. Il ne s’arrête pas là et lui explique que sa mère est mourante et qu’elle rêve de le voir la bague au doigt sauf que cela ne se peut, le mariage entre personnes du même sexe étant en sus interdit au Japon. Il ne le précise pas si ce n’est que cela saute au visage, il n’ose pas non plus lui avouer la vérité… Pour la contenter, serait-il possible que tous deux fassent semblant d’être un couple ? Une chose en amenant une autre, Hiro se retrouve pieds et poings liés et les revoilà ensemble, dans une dynamique fort particulière et finalement plutôt ambiguë. C’est qu’en fait, la quarantenaire aime encore son ex cher et tendre. Or lui, il vient de craquer pour le livreur du coin, le jeune Tejimaru Tamotsu (Kudô Asuka) un brin naïf sur les bords. Bref, Gisô no Fûfu capitalise grandement sur l’alchimie unissant ses deux interprètes principaux qui, heureusement, fonctionne correctement. Sawamura Ikki (Doctors) endossant le rôle du fantasque Chôji propose un portrait satisfaisant ne versant pas trop dans la caricature habituelle pour un homme gay. Ses préférences sexuelles ne sont dévoilées qu’au milieu du premier épisode et s’apparentent donc à du spoiler, mais honnêtement, elles donnent davantage envie de lancer la fiction, non ? Ce prétendu couple peine toutefois à fédérer, car si les acteurs sont bons et permettent de délivrer de belles scènes, dont la magnifique et fameuse déclaration, les protagonistes, eux, ne pensent qu’à eux et se comportent de façon peu réfléchie. Curieusement, la question de la sexualité est totalement éludée. Tout au long de la série, Hiro et Chôji se blessent l’un et l’autre, mais aussi ceux les entourant. La maman célibataire en situation de handicap (Uchida Yuki – Big Wing) représente notamment l’un de ces dommages collatéraux. La galerie de personnages est trop importante, de toute manière, avec des développements quasi inexistants et des individus se limitant à la place d’accessoires pour faire avancer les enjeux. L’exubérante mère de Chôji l’illustre trop bien, avec en sus un cabotinage permanent de sa comédienne, Fuji Sumiko.

Pour résumer, l’excessive Gisô no Fûfu ressemble à un certain méli-mélo télévisuel ne paraissant pas trop savoir sur quel pied danser en dehors d’un puzzle de clichés. Bien qu’elle s’annonce comme une comédie romantique légèrement atypique, elle finit par s’étioler compte tenu de son sentimentalisme appuyé et de son absence de réelle prise de risque. Elle a effectivement le mérite de vouloir discuter de l’homosexualité de manière assez frontale sauf qu’elle sombre en toute fin de parcours dans les travers qu’elle veille pourtant à critiquer. Mais même sans évoquer la conclusion laissant un arrière-goût désagréable en bouche, cette série bien trop caricaturale pour se montrer naturelle s’avère d’emblée parasitée par des incohérences, des longueurs, une grande prévisibilité et des facilités scénaristiques gênantes. La solidité de son duo d’acteurs, la sympathie de l’auteur pour les marginaux colorés et son message de tolérance et d’acceptation envers soi-même ne permettent tristement pas de recommander cette fiction se révélant, au contraire, paresseuse, convenue et décidément mal écrite.

By |2018-01-27T22:46:33+02:00janvier 31st, 2018|Gisô no Fûfu, Séries japonaises|2 Comments

Mop Girl | モップガール

À force d’entendre parler en bien de la comédie nippone Mop Girl, il fallait bien que je la récupère il y a de ça un bon paquet d’années. Toujours dans ma quête de tri par le vide de mes dossiers, je lui ai enfin donné sa chance. Elle s’inspire d’une suite de romans du même nom de Katô Miaki et comporte dix épisodes de quarante-cinq minutes chacun qui furent diffusés sur TV Asahi entre octobre et décembre 2007. Aucun spoiler.

Suite à une énième étourderie de sa part, Hasegawa Momoko est transférée à Little Angels, une compagnie de son entreprise s’occupant de services funéraires assez divers. Forcément, comme elle rêve d’organiser des mariages, la douche s’avère froide, mais elle est bien obligée de s’atteler à sa nouvelle tâche. La situation se corse drôlement, car elle possède un curieux pouvoir la forçant à remonter le temps quand elle touche une affaire appartenant à un défunt ayant pour lui une importance significative. Et vu son emploi actuel, elle ne peut guère y échapper ! La jeune femme choisit alors d’essayer de sauver de la mort ses clients ayant déjà un pied dans la tombe.

Malgré des critiques plutôt élogieuses et une distribution alléchante, j’admets que ce Mop Girl ne me disait rien qui vaille. Enfin, non, ce n’est pas tout à fait ça. Je suis persuadée qu’il y a plusieurs années, j’aurais sauté dessus et l’enthousiasme m’aurait envahie. Or, de l’eau a depuis coulé sous les ponts et je suis devenue extrêmement exigeante. Le format épisodique me rebute grandement et l’aspect parfois très codifié des séries japonaises finit par rapidement me fatiguer. Malheureusement, cette production ne sort pas du tout des sentiers battus et se contente de répéter inlassablement une formule éprouvée. Est-ce que cela signifie qu’elle se révèle mauvaise ? Absolument pas. Je crois finalement que je ne me trouve plus dans le public visé et si je n’ai pas du tout souffert au visionnage, j’attends davantage d’une fiction. Je comprends donc parfaitement les louanges puisque la recette fonctionne rondement grâce à un duo attachant et je regrette presque de ne pas l’avoir regardée plus tôt. Tant pis pour moi. Sans surprise, tout s’y veut classique et la réalisation ne le dément pas. La musique de Yoshikawa Kei (Voice) habillement convenablement les images à défaut de se montrer mémorable en dehors d’une mélodie mélancolique très réussie, et la chanson du générique de début, Destination Nowhere de l’actrice Sawajiri Erika, effectue tout aussi correctement son travail. Bref, rien ne vient troubler le cahier des charges habituel.

Chaque épisode se déroule de la même manière. Un individu décède dans des circonstances tantôt mystérieuses, tantôt tragiques ; les employés de Little Angels sont appelés sur les lieux pour nettoyer cette scène de mort. Contre toute attente, cette profession n’a rien de farfelu et existe bel et bien au Japon, pays où les oubliés ne sont pas si rares que ça. Toutefois, ici tout est édulcoré puisque l’idée est de faire rire l’audience, pas de la déprimer. Ne comptez donc pas sur des séquences glauques ou racoleuses. À la place, la fine équipe de bras cassés de cette compagnie classe les papiers, jette des affaires, envoie le cadavre à la morgue, etc., tout cela sans jamais choquer qui que ce soit. L’héroïne finit évidemment par toucher un objet ayant une valeur significative aux yeux du trépassé, entend des bruits stridents et retourne quelques heures, voire jours en arrière. À partir de là, elle décide de tout mettre en œuvre pour sauver la pauvre victime et n’en rate pas une pour cumuler les gaffes, tout en requérant l’aide d’un de ses collègues narcissiques. Ce concept détient plusieurs similitudes avec celui de Tru Calling si ce n’est que l’approche, elle, n’a rien à voir. Mop Girl s’apparente sans conteste à une comédie familiale. Le pouvoir particulier de cette voyageuse malgré elle ne sert que de prétexte pour alimenter les scénarios et n’injecte pas de vraie dimension fantastique. En dépit d’un rebondissement inattendu, la nature et l’origine de cette compétence ne sont que vaguement esquissées, l’accent étant surtout placé sur de la morale facile, du sentimentalisme gratuit et l’alchimie patente des deux protagonistes. Avec ce type d’écriture très schématique, il est logique que les visages familiers s’y multiplient. Notons par exemple la présence de Kubota Masataka, Abe Tsuyoshi, Katagiri Hairi, Sakamoto Makoto…

La petite vingtaine, Hasegawa Momoko est une femme impulsive, maladroite et n’en ratant pas une pour se faire remarquer. Pour autant, elle a très bon fond et n’hésite jamais à donner de sa personne pour venir en aide aux autres. Quand elle est mutée à Little Angels, elle tique parce que cet emploi n’a plus rien à voir avec son rêve d’organiser des mariages. Cette modeste structure la force en plus à composer avec son pouvoir auquel elle n’avait jamais été vraiment confrontée jusqu’à présent. C’est la pétillante Kitagawa Keiko (Buzzer Beat) qui incarne cette héroïne adorable, joviale et fascinée par le culturisme. Ses collègues s’avèrent tout autant bigarrés qu’elle entre son patron bienveillant (Satô Jirô – JIN), la sérieuse à la blouse cachant un tempérament flamboyant (Ikezu Shôko) et deux insipides joués par Takaoka Sôsuke (Saru Lock) et Natsuna (Jun to Ai). Sans oublier l’égocentrique obsédé par les femmes occidentales, le génial Ôtomo Shôtarô campé par un Tanihara Shôsuke (Magerarenai Onna) en très grande forme. Ce dernier et Momoko passent leur temps à se railler et se disputer, mais ils s’affectionnent et semblent au bout du compte grandement s’amuser. Tout au long de la fiction, les deux partenaires se lancent donc dans des missions de sauvetage de défunts, bien que Shôtarô n’ait aucune idée des capacités de sa comparse qu’il juge régulièrement usante, et préfère papillonner, en vrai cœur d’artichaut qu’il est. Elle ne le lui laisse pas le choix de toute manière en le menaçant de révéler ses penchants et mensonges. L’alchimie des acteurs injecte un vent rafraîchissant atténuant les lacunes scénaristiques. Car ne le nions pas, tout ce qui entoure les décédés reste convenu et prévisible, voire niais au possible. Seul le quatrième épisode change un peu la donne avec son ambiance amère et vraiment réussie. S’il ne fallait retenir qu’un unique élément, ce serait cette paire de choc qui dynamite la production à grand renfort d’un comique de répétition souvent drolatique. D’autres figures secondaires, comme la famille envahissante de Momoko et l’inspecteur assistant, participent à l’atmosphère décalée.

Finalement, la comédie Mop Girl repose avant tout sur l’entrain et la personnalité attachante de son héroïne gaffeuse remontant le temps pour venir en aide à des morts. Loin de révolutionner le genre malgré un postulat de base plutôt original, elle se contente de ressasser un canevas narratif similaire ayant de quoi poliment ennuyer. Sauf que le charme de son duo phare, les obsessions truculentes d’un narcissique adorable et la bonne humeur presque perpétuelle finissent par amuser à condition d’y aller par petites doses. L’objectif est par conséquent atteint puisqu’à défaut de provoquer un grand enthousiasme, cette série légère se révèle divertissante, surtout si l’on a un faible pour ces fictions japonaises à l’humour quelque peu stupide et gentillet ne lésinant pas sur les émotions gratuites.

By |2018-07-06T18:00:17+02:00juillet 20th, 2016|Mop Girl, Séries japonaises|0 Comments