Koishite Akuma | 恋して悪魔

Ah, l’appel des créatures aux dents pointues… Je n’y peux rien, je n’y résiste jamais ! C’est donc tout naturel que la production japonaise Koishite Akuma se soit retrouvée comme par enchantement dans mes dossiers. Cette série dont le titre peut être approximativement traduit par le démon aimant comporte dix épisodes de quarante-cinq minutes diffusés sur KTV entre juillet et septembre 2009 ; seul le premier dispose d’un quart d’heure additionnel. Aucun spoiler.

À première vue, Ruka est un adolescent de dix-sept ans tout ce qu’il y a de plus banal. En réalité, il est un vampire en devenir cherchant la femme qui lui est destinée pour boire son sang et, de la sorte, embrasser totalement sa condition. C’est pourquoi il intègre un lycée et, là bas, il y rencontre sa professeure qui, visiblement, ne le laisse pas indifférent. Serait-il en train de tomber amoureux d’une mortelle ? Et pourquoi celle-ci trouve-t-elle son nouvel élève étonnamment familier ?

Mon appétence pour les histoires fantastiques de cette trempe m’a régulièrement joué de mauvais tours, je l’admets. Pourtant, je suis toujours partante pour en tester une de ce genre même si ce que j’y vois me paraît plus que médiocre. Koishite Akuma ne me disait rien qui vaille et, sans aucune surprise, elle n’a pas réussi à me convaincre. Pire, elle s’est avérée encore plus déplorable que ce que j’imaginais. La réalisation banale et sans saveur, la musique jolie bien que très générique de Kanno Yûgo (Last Christmas, Engine) ou les ridicules effets de style vampire avec les lentilles rouges pourraient presque demeurer tolérables. Effectivement, il s’agit là d’une série japonaise à petit budget et l’on se doute en la démarrant qu’elle ne révolutionnera pas quoi que ce soit. En revanche, cela n’excuse pas le rythme soporifique ainsi que les grossières lacunes au niveau de l’histoire qui se révèle proprement inepte.

Quand Kuromiya Ruka arrive dans son nouvel établissement, toutes les filles craquent pour lui. Avec son physique assez séduisant et son attitude détachée, il plaît immédiatement à la gent féminine. Pourtant, il ne fait clairement rien pour attirer qui que ce soit, car en plus d’arborer sempiternellement un gilet à capuche enfoncé sur la tête, il ne sait que garder un visage fermé fort peu affable. Ajoutons-y des remarques assez assassines sur les êtres humains et le portrait de ce garçon ne détient pas de solides atouts pour inspirer de la sympathie. Mais attention, ceci s’explique par le fait qu’il s’apprête à devenir un vampire. Pour l’instant, ses canines ne se sont pas encore développées. Quand il aura trouvé la femme lui appartenant, elles sortiront et lui permettront de s’abreuver au cou de sa victime. À partir de cette date, il sera alors éternel. Il n’empêche que présentement, Ruka ne parvient guère à mettre la main sur cet individu indispensable à sa survie. En effet, il ne lui reste que quelques semaines parce qu’au-delà d’un certain temps, il se transformera en poussière. Son mentor et créateur, Kaito (Kondô Masahiko), le presse et ne comprend pas pourquoi il tergiverse de la sorte. Malgré ses propos condescendants et méprisants envers les humains, le fier Ruka ne réussit pas à se résoudre à mordre quelqu’un. Sa situation se complique d’autant plus au contact de son enseignante, Natsukawa Makoto.

Koishite Akuma s’apparente surtout à une romance s’installant dans un cadre scolaire. Ruka, le protagoniste, est un adolescent proprement horripilant venant directement de Roumanie. L’interprétation monolithique du Johnny’s Nakayama Yûma (Piece) n’arrange sûrement rien, mais pour sa défense, il n’est pas gâté par une écriture très approximative. Le vampire passe tous les épisodes à faire la tête, cacher ses crocs lorsqu’ils surgissent, bouder et lancer des regards noirs. En plus de n’avoir aucun charisme, il ne donne pas du tout envie de s’y attacher. Pourtant, la fiction cherche à injecter une tonalité tragique avec cette histoire à la Roméo et Juliette où deux personnes ne sont pas en mesure de vivre leur amour au grand jour. Les êtres surnaturels que sont les créatures aux dents acérées ne représentent qu’un prétexte pour fabriquer du mélodrame. La prof en question, Makoto, est étonnée la première fois qu’elle voit Ruka, car il est le parfait sosie de son ancien béguin d’adolescente, mort il y a dix ans en sauvant un jeune garçon en pleine mer. Le développement de cette intrigue poussive est aussi prévisible et laborieux en raison de ressorts scénaristiques totalement ressassés comme le rival changeant de caractère en deux secondes (Kyô Nobuo – Hanazakari no Kimitachi e), la lycéenne aux yeux larmoyants jouée par la mauvaise Sakuraba Nanami (Futatsu no Spica), et une famille vectrice de bons sentiments sirupeux. Rien ne vient bousculer les clichés proprement alignés les uns à la suite des autres, et surtout pas la supposée trame romantique.

Les épisodes dépeignent donc l’évolution compliquée de la dynamique entre le taiseux Ruka et Makoto dans un univers scolaire extrêmement classique. Il est clair qu’ils sont faits l’un pour l’autre sauf qu’en plus de leur nature différente, dix ans les séparent. La série n’a rien de subversif et ne cherche nullement à vanter les relations entre un professeur et son élève. Que l’on se rassure, tout y demeure très lisse et consensuel comme le figure la morale dégoulinante de guimauve. Les deux héros ne possèdent aucune alchimie ensemble ou individuellement. L’interprétation de Katô Rosa (Jotei, Oh! My Girl!!) en enseignante dépassée par la situation est d’une incroyable platitude. La fiction se perd dans des longueurs interminables fort redondantes et les vampires sont à peine esquissés ; comme par hasard, ils peuvent sortir le jour et sont uniquement un peu effrayés par l’ail et les croix. Les dialogues ridicules accentuent la niaiserie latente et le fait que, bien sûr, Ruka s’humanise, ne signifie absolument pas que la finesse des sentiments soit palpable. Même le supposé humour du début censé jouer sur le contraste de Ruka avec les mortels n’égaye pas la production. En vérité, seul Handa Hiroto (Nakajima Kento – Umareru.), le garçon boute-en-train et jovial, amuse un tant soit peu par sa bonne humeur perpétuelle.

Pour conclure, Koishite Akuma illustre l’amour impossible entre une professeure humaine et un élève vampire. Condamnés dès le départ à devoir surmonter maints obstacles, ils font surtout souffrir les téléspectateurs qui s’ennuient mortellement devant ce scénario indigent multipliant les stéréotypes et autres poncifs éculés. L’approche n’est nullement fantastique, mais s’apparente à un mélange approximatif entre romance, drame et milieu scolaire. Avec l’interprétation calamiteuse, l’absence de réelles émotions et les stupides personnages ne disposant pas d’un quelconque développement cohérent, cette série prévisible cumule les tares. Ni drôle ni touchante ou divertissante, elle ne possède décidément pas un seul argument motivant le visionnage.

Par |2017-05-01T13:58:18+02:00novembre 20th, 2015|Koishite Akuma, Séries japonaises|2 Commentaires

Barairo no Seisen | バラ色の聖戦

Le milieu du mannequinat est assez peu dépeint dans les séries télévisées et ce n’est clairement pas le Japon qui démentira ce fait. Par conséquent, découvrir un j-drama le mettant en avant a de quoi intriguer, qui plus est lorsque l’angle d’approche est sensiblement différent de ce que à quoi l’on pourrait s’attendre. Avec ses six épisodes de quarante-cinq minutes, Barairo no Seisen fut diffusé sur TV Asahi entre septembre et octobre 2011 et plonge le public dans le monde féroce des top-models. Son titre signifie très approximativement la croisade rose. Il s’agit d’une adaptation du josei manga du même nom de Koyama Yukari, encore en cours de publication, et composé de onze volumes à l’heure à laquelle ce billet est posté. Aucun spoiler.

À 30 ans, Miki Makoto est la femme au foyer nippone idéale. S’occupant consciencieusement de ses deux jeunes enfants et veillant toujours à ce que son époux ne manque de rien, elle remplit admirablement les missions qui lui ont été confiées. Alors qu’elle est supposée s’accommoder de cette vie rangée, elle est pourtant peu épanouie. C’est pourquoi, quand elle apprend que son cher et tendre l’a trompée, elle décide de se reprendre en main afin de le reconquérir. Pour cela, malgré son âge désormais avancé et sa situation familiale, elle envisage de devenir mannequin. À travers les embûches qu’elle rencontre sur son chemin, elle réalise progressivement l’importance de s’accomplir.

     

La lecture du synopsis de Barairo no Seisen laisse imaginer un éclairage intéressant sur la place de la femme dans la société japonaise, sur les difficultés à mener de front son rôle de mère et de femme, ou encore sur la nécessité de suivre un chemin enrichissant. Autrement dit, pour peu que l’on soit amateur de récits initiatiques illustrant un changement d’existence, cette série semble posséder de nombreux atouts. Or, bien qu’elle souhaite visiblement démontrer la possibilité d’allier carrière et famille tout en faisant évoluer à sa manière les mentalités, la fiction n’évite pas du tout les écueils attendus et se permet en plus de s’embourber dans les stéréotypes et la caricature. Ainsi, Makoto, l’héroïne incarnée par Fukiishi Kazue (Kôkôsei Restaurant), dépérit à petit feu. Passant toutes ses journées avec ses enfants et ne sortant que pour les envoyer au parc ou pour s’occuper des courses, elle s’ennuie et rêve de discussions d’adultes. Malheureusement, la seule personne susceptible de lui apporter un minimum d’intérêt, à savoir son mari, ne le fait pas. Atsushi (Hasegawa Tomoharu – Yume wo Kanaeru Zô) se borne effectivement à mettre les pieds sous la table et à s’abrutir devant la télévision, sans qu’aucun contact ne puisse être établi. Mine de rien, Makoto se donne du mal et s’efforce d’entretenir une vraie relation avec lui, mais cela lui est égal, surtout qu’il ne la voit de toute manière pas en tant qu’individu. Quand elle découvre par hasard qu’il la trompe avec l’une de ses subordonnées et qu’il a le toupet d’exiger d’elle une faveur humiliante, elle choisit de garder la tête haute quoi qu’il advienne et de récupérer sa gloire d’antan. Pour cela, suite à certaines circonstances, elle se retrouve en lice pour devenir mannequin. L’opportunité est extraordinaire puisqu’à ses yeux, en étant apprêtée et amincie, son mari retombera amoureux d’elle et tout redeviendra parfait. Naturellement, dans un pays favorisant la femme au foyer, les valeurs maternelles et la soumission à son conjoint, rien ne se passe comme prévu.

Outre d’autres défauts liés au milieu du mannequinat, ce sont les objectifs de Makoto et l’aspect paternaliste de l’ensemble qui déçoivent grandement, voire irritent. Effectivement, le j-drama explique tout simplement que si Makoto a été trompée, c’est parce qu’elle a arrêté d’être une femme et qu’elle s’est limitée à demeurer une mère. La phase de séduction ayant été oubliée, il serait compréhensible que son époux se soit désintéressé d’elle. Comment dire ? Ah oui, c’est consternant. Certes, voir le personnage principal quérir l’aval de celui qu’elle aime et espérer obtenir de lui une véritable relation se comprend plus ou moins au départ – bien que malgré tout, cela énerve –, si ce n’est qu’il est attendu qu’au fur et à mesure des épisodes, Makoto chemine et constate que, non, son mari est un goujat de la pire espèce et qu’elle doit avant tout penser à elle. Sauf que ce n’est pas réellement le cas. Ne nions pas que la trentenaire soulève quelques thématiques pertinentes et prouve qu’une femme, en se mariant, a le droit de chercher d’autres moyens de satisfaction en-dehors de son foyer familial. Or, ces rares idées sont noyées dans la masse et parasitées par un entourage presque rétrograde et horripilant toute fibre féminine. En effet, en dépit des horreurs que son mari lui assène et la place restreinte qu’il souhaite qu’elle garde à tout prix, Makoto continue de l’aimer et de l’excuser. Pire, elle va jusqu’à remercier la maîtresse d’Atsushi de lui avoir ouvert les yeux sur la déliquescence de son propre mariage ! Digne et fière, Makoto symbolise à elle seule toutes les valeurs d’un pays. C’est juste aberrant et non explicable – ou justifiable – uniquement par une différence culturelle ou de mentalité. De surcroit, le scénario donne raison à cet homme volage en montrant cette mère abandonner ses enfants, les laisser hurler, tout simplement parce qu’elle souhaite aller pavaner sur les podiums. La conclusion de la série est d’ailleurs somme toute très mitigée et n’apporte pas de réelle réponse à la situation future de Makoto. Sous couvert de se présenter moderne et féministe, Barairo no Seisen ne l’est finalement pas du tout et en devient peut-être davantage agaçant que s’il s’était affiché dès le départ honnête avec son public.

C’est en voyant dans un magazine une annonce pour participer à une sorte de concours de modèle pour une célèbre marque de cosmétiques que Makoto envisage de tenter sa chance. La gagnante aura le droit de prendre part à une séance photo avec une superbe mannequin incarnée par la très sympathique Takizawa Saori (Marumo no Okite, Guilty, Jotei). Avant d’atteindre le Graal, la société requiert que chaque candidate perde du poids. Celle ayant le plus fondu figurera parmi les favorites. Au-delà du discours patriarcal, ajoutons au j-drama une apologie des régimes avec des produits soi-disant miraculeux. Quoi qu’il en soit, Makoto monte plus régulièrement les escaliers, ingère la boisson en question et fond comme neige au soleil. Si son mari conçoit qu’elle est plus jolie, il se fiche encore d’elle. Après tout, son rôle est d’être la mère de ses enfants et sa femme. Pour cela, elle peut ressembler à rien que ça ne changerait pas grand-chose. Dans un souci de rébellion et en dépit des propos décourageants de ses parents, l’héroïne s’acharne et débute pour elle une carrière délicate dans le monde des mannequins. Si elle se retrouve confrontée à de nombreux obstacles, elle est surtout mise à mal par Nakanishi Sara, une jeune femme rencontrée peu de temps auparavant et pour qui elle s’était prise d’affection. Sara cache au départ finement son jeu et se révèle être une vraie furie psychologiquement instable prête à tout pour devenir une mannequin réputée. Manipulant son monde, n’hésitant pas non plus à avoir des relations sexuelles pour avancer, elle incarne par conséquent la perfidie et l’orgueil. Cela étant, ce n’est pas de sa faute mais celle de sa mère l’ayant martyrisée et moquée lorsqu’elle était jeune. Tout s’explique. Le fait qu’Ashina Sei (Saru Lock, Bloody Monday, Tsugunai, Stand Up!!) lui offrant ses traits y est encore plus médiocre que d’habitude n’aide en rien et accentue cette caricature ambiante franchement désagréable. Sara met des bâtons dans les roues de Makoto, n’hésite jamais à l’humilier mais la mère au foyer encaisse, se transforme en battante et apprend de ses erreurs au contact de ses collègues qui pourtant, au début, la méprisaient. Naturellement, elle découvre que derrière ces beaux visages se cachent aussi parfois des fêlures et qu’être mannequin n’est pas de tout repos. Par la force de son caractère, elle s’intègre au petit groupe de tops et beaucoup l’admirent pour son courage et son abnégation. Ce succès, Makoto le doit en grande partie au soutien sans failles d’un photographe joué par Kaname Jun (Atashinchi no Danshi, Ashita no Kita Yoshio, Sweet Room, Taiyô no Uta) et de la directrice d’une agence à première vue sévère mais en réalité adorable.

La série n’est donc qu’une accumulation de poncifs et demeure caricaturale jusqu’au bout. De surcroît, malgré sa très courte durée de vie, elle manque de rythme et repose bien trop souvent sur un schéma identique où Makoto est au pied du mur en raison de sa double vie, de l’ombre menaçante de la terrible Sara et du chantage affectif de mari qui lui ordonne d’arrêter son cirque et de rentrer à la maison. Il est vrai, les premiers épisodes se regardent assez aisément d’autant plus qu’ils laissent encore planer le doute d’une amélioration, et d’une exposition intéressante sur la fierté d’être une femme. En revanche, la seconde moitié du renzoku patine sérieusement. La réalisation extrêmement banale, l’absence de mise en scène, les vêtements peu enthousiasmants pour une série sur la mode et l’unique passable chanson, Rainbow de Katô Miliyah, passée en boucle, ne sont d’aucun support.

Pour conclure, Barairo no Seisen se veut être une sorte d’étendard des valeurs de la femme au foyer qui mérite plus que de se limiter à se consacrer aux siens corps et âme. Avec le récit initiatique et cette quête d’identité de Makoto, une mère et épouse fidèle et aimante, la fiction essaye effectivement d’illustrer l’importance de s’épanouir dans sa vie personnelle. Malheureusement, les épisodes se perdent dans des maladresses d’écriture donnant surtout l’impression d’être plus consensuels qu’autre chose. Pour cela, il est notamment légitime de blâmer l’insupportable extrémiste époux n’oubliant jamais de répéter ad nauseam son point de vue sur la position du supposé sexe faible dans le couple et dans la société. Qui plus est, le j-drama se ridiculise en beauté avec cette histoire de mannequinat où les clichés sont de vigueur et empêchent totalement de se prendre au jeu tant tout y résonne factice. Alors que l’ensemble aurait pu être résolument moderne, frais et pétillant, il s’avère être lourd, répétitif, poussif et définitivement dispensable.

Par |2017-05-01T13:59:15+02:00août 4th, 2013|Barairo no Seisen, Séries japonaises|0 commentaire