Mirai Kôshi Meguru | 未来講師めぐる

Après avoir discuté de Manhattan Love Story, une série trop méconnue de Kudô Kankurô (Ikebukuro West Gate Park, Kisarazu Cat’s Eye), j’ai décidé de poursuivre mon exploration en donnant sa chance à une autre de ce scénariste traînant dans mes dossiers depuis Mathusalem : Mirai Kôshi Meguru. Elle comporte dix épisodes de quarante-cinq minutes chacun qui furent diffusés sur TV Asahi entre janvier et mars 2008. Aucun spoiler.

Alors qu’elle vient de fêter son vingt-quatrième anniversaire, une professeure d’anglais se découvre un pouvoir insolite. Quand son estomac est bien rempli, elle peut voir ce qui attend les personnes l’entourant dans vingt ans. Naturellement, les déconvenues sont par moments terribles et la jeune femme est bien tentée d’essayer de changer le futur…

Autant plusieurs travaux de Kudô Kankurô figurent régulièrement dans les chouchous du public, autant certains sont totalement passés inaperçus. Ce constat s’avère d’ailleurs assez curieux, mais parfois, cette absence de lumière s’explique aisément. Ne faisons pas durer le suspense artificiellement, Mirai Kôshi Meguru n’est pas la série la plus réussie du scénariste, tant s’en faut. Qu’elle soit donc négligée par la majorité ne paraît finalement pas une seule seconde étonnant. N’importe qui ayant déjà côtoyé l’univers débridé de cet homme aux nombreux talents se prépare à plonger dans un quotidien excentrique, presque absurde, décalé et sensiblement plus intelligent qu’à première vue. Ses acteurs fétiches s’y multiplient, la structure narrative se révèle souvent originale et le visionnage se transforme en expérience assez fantastique en son genre. Ce serait mensonger d’écrire que les productions de Kudô Kankurô sont dénuées de défauts, mais elles s’en affranchissent facilement grâce à une identité indiscutable et à un certain doigté. Malheureusement, malgré de bonnes idées et de trop rares personnages adorables, ce Mirai Kôshi Meguru ne parvient jamais à convaincre. Son format demeure très classique puisque, outre une réalisation traditionnelle, le récit suit sa trame tranquillement, sans effet de style ou découpage anarchique. La protagoniste se retrouve confrontée toutes les semaines à une affaire qu’elle prend très à cœur et, en dépit d’un fil rouge plus dramatique vers la fin, tout devient répétitif et prévisible. Par chance, la série évite globalement le sentimentalisme gratuit même si l’approche se veut familiale et propice aux fameuses thématiques si chères à la télévision japonaise.

Yoshida Meguru se rend tous les jours dans une petite école préparatoire où elle donne des cours d’anglais à divers élèves. Le corps professoral se limite au flamboyant directeur (Takeda Shinji – Kimi no Te ga Sasayaite Iru) à la perruque changeant d’avis toutes les minutes sur le nom qu’il souhaite offrir à son établissement, un amateur de films érotiques à la coupe au bol (Hoshino Gen) et un homme plus âgé transpirant plus que de raison (Masana Bokuzô). Rapidement, une autre femme à fort accent (Kurokawa Tomoka – Cat Street) intègre leurs rangs. Ce quatuor se serre les coudes, veille sur les étudiants et passe surtout plus de temps à procrastiner et s’agiter dans tous les sens qu’à réellement travailler. L’alchimie entre eux est palpable et l’importance de la camaraderie prévaut. Chacun de ces personnages possède son quart d’heure de gloire, mais ils restent tous traités assez superficiellement en se résumant à une succession de gimmicks. Le comique de répétition représente l’un des ressorts de cette série et, d’ailleurs, quelques figures tertiaires s’y adonnent totalement comme le serveur du restaurant joué par Satô Jirô (Tumbling) complètement déphasé. Que les plaisanteries et gags reviennent plusieurs fois de suite ne dérange pas forcément, sauf lorsque l’écriture fait preuve de paresse et se révèle plus poussive qu’autre chose. Les répliques sont peu inventives, les situations s’empêtrent dans un mélange de genres peu heureux et l’humour ne fait que trop rarement mouche. Dans sa deuxième partie, la production se détache de l’avenir des élèves pour se focaliser sur un arc plus mystérieux et, avouons-le, totalement décousu. Dans tous les cas, Mirai Kôshi Meguru n’est pas suffisamment drôle et ne parvient donc pas à divertir. Pour cela, sa protagoniste et ses moult stéréotypes doivent sûrement être blâmés.

L’héroïne de cette fiction reposant sur un concept improbable, mais normalement propice à des développements amusants, a l’opportunité de découvrir le futur de n’importe qui croisant son regard. À partir de l’instant où elle a mangé jusqu’à satiété, elle voit les personnes telles qu’elles seront vingt ans plus tard. Ce pouvoir n’est pas expliqué dans la série et, de toute façon, là n’est pas la question. Meguru réalise l’étendue de ses capacités lors d’un rendez-vous avec son amoureux. Et pour cause, en retournant des toilettes, elle aperçoit en face d’elle un quarantenaire un peu enrobé perdant ses cheveux (Taguchi Hiromasa) ! La jeune femme réside chez son sympathique grand-père (Chii Takeo) depuis que ses parents loufoques ont divorcé et l’ont abandonnée. Non, le récit ne favorise pas le misérabilisme et préfère tout tourner en dérision. À ce propos, la mère (Sakakibara Ikue) et le père de Meguru (Funakoshi Eiichirô) reviennent souvent à l’antenne et se veulent assez fatigants, car trop clichés. L’oncle (Hashimoto Jun) aux objectifs douteux surgissant en fin de parcours symbolise tous les défauts de cette production excessive cumulant un cabotinage permanent et des réactions idiotes. Quoi qu’il en soit, ce don extrasensoriel n’est pas tombé du ciel, mais paraît héréditaire. Le grand-père en question voit aussi dans le futur et explique à sa petite-fille de quelle façon vivre avec. En effet, Meguru est bien tentée d’essayer de changer l’avenir de ses proches, surtout quand elle remarque que son compagnon se dote d’un physique moins engageant, qu’un élève sera mort dans vingt ans ou qu’elle-même va se retrouver menottes aux mains ! Sauf que, techniquement, elle n’a pas le droit de se mêler de quoi que ce soit… Malgré la folie ambiante et des péripéties rocambolesques, les historiettes se veulent simplistes, mécaniques, de qualité hétérogène et finissent ainsi par ennuyer.

Durant chaque épisode, Meguru s’occupe donc de ce qui la préoccupe sur le moment tout en veillant à se gaver de nourriture. Elle confond parfois même la brosse du tableau noir avec des gâteaux tant elle est obsédée par le fait de manger. En dehors de la caractérisation artificielle de l’héroïne, elle a peut-être pour principale tare d’être incarnée par Fukada Kyôko (Kamisama Mô Sukoshi Dake) qui cherche à être mignonne. Sauf que non, elle devient essentiellement horripilante à minauder de la sorte. Frivole, niaise et puérile, cette prof répète inlassablement de sempiternelles erreurs et agit comme si elle n’avait qu’une dizaine d’années. Son amoureux, Yûki, lui permet de sauver légèrement les meubles parce qu’il se montre stupidement adorable. Katsuji Ryô (Cat Street, Rebound) lui offrant ses traits démontre de nouveau son talent à endosser le rôle de gentil garçon benêt sur les bords. Son personnage est sous le charme le plus complet de Meguru, ne quitte jamais ses rollers et arbore une allure détonnante. Il amuse et rafraîchit grandement l’ambiance quelque peu moribonde tant tourne autour de la jeune femme. Les affaires de Meguru la dirigent vers des situations assez différentes où les liens relationnels passent en priorité. En dépit de la vacuité du scénario, le message global s’avère agréable et assez convenablement mis en scène, l’idée étant de prouver que ce qui importe est de s’accepter soi-même et de ne pas s’occuper de ce que pensent les autres. Certes, tout ceci se veut lisse et conventionnel. Accessoirement, avec ce format schématique de futur à modifier, les invités défilent : Tsukamoto Takashi, Abe Tsuyoshi, Kaneko Ken, Arakawa Yoshiyoshi, etc.

Pour résumer, à travers les pérégrinations d’une sorte de voyante immature, Mirai Kôshi Meguru accumule les clichés et maints stéréotypes. Au lieu d’épater la galerie et de proposer un véritable divertissement débridé, la fiction semble ne pas savoir si elle doit plonger dans une vraie excentricité ou, au contraire, favoriser son ton romantico-familial. En sus d’intrigues faméliques et régulièrement idiotes, le résultat en devient alors bancal, voire incohérent, et l’héroïne agaçante finit par donner envie de couper court au visionnage. Pourtant, de jolis moments ne manquent pas à l’appel et le potentiel de ce récit absurde se révèle palpable, mais la comédie n’atteint que peu son but. Comme quoi, si des séries demeurent parfois tapies dans l’ombre, il convient de les laisser y reposer encore longtemps.

Par |2017-05-01T13:58:11+02:00mars 30th, 2016|Mirai Kôshi Meguru, Séries japonaises|0 commentaire

Kochira Katsushika-ku Kameari Kôen-mae Hashutsujo: The Movie | こちら葛飾区亀有公園前派出所 (film)

Malgré le succès très limité de l’adaptation télévisée du manga Kochira Katsushika-ku Kameari Kôen-mae Hashutsujo, le cupide policier paresseux est revenu sur le devant de la scène deux ans plus tard. Cette fois, il s’attaque au grand écran à travers un film sorti dans les salles nippones le 6 août 2011. D’une durée de cent douze minutes, ce long-métrage comporte le sous-titre Kachidoki Bashi wo Fûsase yo! pouvant être très approximativement traduit par sauvons le pont Kachidoki ! Aucun spoiler.

Alors qu’il vaque à ses occupations habituelles, Ryôtsu Kankichi tombe sur Sawamura Momoko, une de ses anciennes camarades de classe pour qui il avait jadis le béguin. Mère célibataire, elle ne baisse pas les bras et élève sa fille du mieux qu’elle peut. En la retrouvant, le trentenaire toujours aussi manipulateur et intéressé se plaît à penser qu’il pourrait l’épouser. Sauf qu’avant de mettre ses plans à exécution, il doit composer avec un individu s’apprêtant à kidnapper la petite-fille d’un de ses supérieurs.

Sans surprise majeure, le film de Kochikame se dote d’un récit indépendant et ne s’apparente pas à une vraie suite du j-drama. De toute manière, l’intégralité de cet univers n’est que très rarement feuilletonnant et permet donc de s’y immerger à tout moment. C’est d’ailleurs pourquoi il n’est pas nécessaire d’avoir regardé auparavant la fort passable transposition de 2009. Il n’empêche qu’ici, le ton change quelque peu et l’atmosphère surexcitée s’atténue sensiblement. Par exemple, les grimaces de Kankichi sont bien plus en retrait et pour peu que l’on ait souffert avec les épisodes précédents, cette approche différente fait du bien. Certes, l’antihéros continue toujours de cabotiner, de gesticuler et de hurler dans tous les sens, mais il se montre étonnamment plus posé. Est-ce l’effet de l’amour ? Car, oui, il en pince pour une trentenaire et rêve de réussir à décrocher son cœur. Naturellement, le public se doute qu’il risque de ne pas atteindre son but surtout que le scénario prouve que les deux amis d’enfance n’ont pas grand-chose en commun, mais aussi parce que la jeune femme n’a pas fait le deuil du départ de son ex-compagnon. Fukada Kyôko (Kamisama Mô Sukoshi Dake) incarne Momoko et son alchimie avec Katori Shingo ne saute pas aux yeux ; les acteurs des flashbacks vingt ans plus tôt sont bien plus convaincants ensemble. Sur la forme, il semble dommage qu’en obtenant un budget plus important, la fiction oublie ses décors miniaturisés et représente le quartier de la manière la plus traditionnelle qui soit. Ce côté carton-pâte offrait à l’univers une touche amusante et décalée, second degré qui fait défaut à ce film se prenant un peu trop au sérieux. Qui plus est, la durée rallongée accentue les maladresses de l’écriture tant le rythme se veut branlant.

Au moment même où Kankichi rencontre Momoko, il sait qu’elle est celle qui lui plaisait tant quand ils étaient hauts comme trois pommes. Elle avait malheureusement dû quitter les environs et ce n’est que depuis peu qu’elle est de retour. Elle a remis au goût du jour le théâtre de ses parents et le gère d’une main de maître. Probablement en partie pour faire bonne figure, Kankichi décide de lui donner un coup de main et se lance comme acteur, maquilleur et boute-en-train de service. Il apprivoise dans la seconde la fille de Momoko (Kawashima Ririka) qui a beaucoup de difficulté à se faire des amis à l’école malgré les tentatives d’approche d’une élève dont le grand-père n’est autre que l’un des grands pontes de la police. Le récit se corse avec l’ombre d’un homme semblant surveiller de loin tout le monde et ayant vraisemblablement des ambitions maléfiques. Dans un premier temps, la production joue la carte du mystère avec l’identité de cet antagoniste campé par Tanihara Shôsuke (Tsugunai, Love Shuffle), mais il est très facile de savoir de quoi il en retourne. Ensuite, il est l’heure de se focaliser sur une course contre la montre dans le but de sauver la fillette disparue, enlevée par un individu dont l’attitude peut, comme par hasard, presque s’excuser. Le film ne souhaite jamais choquer la morale et se révèle très vertueux en lissant de la sorte la caractérisation et les motivations de ses principales figures. La prévisibilité phagocyte de trop cette histoire très poussive où l’emphase sentimentale est reine. Est-ce que cela signifie que le long-métrage devient douloureux à regarder ? Non, pas forcément, mais il ne divertit que peu avec son registre bancal associant moments supposément riches en émotions et humour tombant souvent à plat. D’ailleurs, les seuls passages les plus comiques sont uniquement dus à Kankichi, les autres personnages récurrents demeurant tous en retrait. Ses collègues, toujours incarnés par Hayami Mokomichi et Karina, sont totalement transparents. Quelques invités sont de la partie comme Sawamura Ikki (Doctors, Hataraki Man) et Hirata Mitsuru.

Pour résumer, Kochikame: The Movie raconte une nouvelle aventure de son policier aux moult défauts alors qu’il cherche à faire la cour à une amie d’enfance. Théâtre traditionnel, kidnapping et retrouvailles sont au programme de ce qui ressemble à un récit très convenu, artificiel et plutôt moralisateur. Le résultat final n’en devient pas foncièrement mauvais, mais il peine à convaincre en s’avérant aussi peu original d’autant plus que les protagonistes sont peu développés et que l’humour ne réussit que rarement à faire mouche. Ce long-métrage est donc dispensable et peut même attrister les amateurs de la série télévisée, car l’esprit déjanté se révèle plus ténu, au bénéfice d’une tonalité familiale sentimentale omniprésente.

Par |2018-07-06T17:48:20+02:00décembre 25th, 2015|Films, Kochira Katsushika-ku Kameari Kôen-mae Hashutsujo|0 commentaire