Tiger & Dragon | タイガー&ドラゴン

Dites donc, il s’agit d’une semaine très japonaise sur Luminophore ; vous m’en voyez désolée pour ceux que ça ennuie, je tâcherai d’alterner davantage avec l’Occident prochainement. Après avoir parlé fin août du générique de Tiger & Dragon, il est plus que temps de traiter la série dans son intégralité. Bien qu’on pourrait le croire, ce j-drama n’a absolument aucun rapport avec l’excellent film de 2000 réalisé par Ang Lee, Wo Hu Cang Long (Tigre et Dragon). Il s’agit d’une production japonaise sur un sujet typiquement de chez eux, à savoir le rakugo. Ne vous inquiétez pas, nous allons expliquer de quoi il en retourne d’ici quelques lignes. Composé de onze épisodes, le renzoku fut diffusé sur TBS entre avril et juin 2005. Le premier d’entre eux dure une heure tandis que les autres disposent des quarante-cinq minutes habituelles. Attention toutefois, il existe aussi un épisode spécial – un tanpatsu – passé sur la chaîne le 9 janvier de la même année. D’une durée de 90 minutes, il est à regarder avant le renzoku. Eh oui, c’est rare puisque d’habitude, les SP se trouvent après la série en tant que telle mais pas cette fois. Il est tout à fait possible de ne pas le visionner car le premier épisode replace le contexte si ce n’est que ce serait vraiment dommage de s’en passer. À noter que le j-drama a reçu de nombreux prix lors de sa diffusion. Tiger & Dragon a été scénarisé par l’excellent Kudô Kankurô, à l’origine de séries comme Ikebukuro West Gate Park, Kisarazu Cat’s Eye, Ganges Gawa de Butterfly, Manhattan Love Story, Unubore Deka, Ryûsei no Kizuna ou encore Mirai Koshi Meguru. Aucun spoiler.

   

Lorsque Yanaka Ryûji décide de s’éloigner de la maison familiale et de son père, artiste pratiquant et enseignant le rakugo, il laisse derrière lui de nombreuses dettes. Un jour, alors que Yamazaki Toraji, un yakuza chargé de recruter l’argent se rend chez les Yanaka, c’est le coup de foudre. Découvrant le rakugo, il devient fasciné par cette forme de théâtre très particulière et décide d’apprendre à le pratiquer. Pour cela, il n’a pas de choix s’il veut devenir excellent, il doit devenir l’élève du père de Ryûji qu’il vient de délester de tous ces billets de banque. C’est ainsi qu’une sorte de marché se met en place : Toraji apprend une nouvelle histoire de rakugo, il paye son maître qui lui rend immédiatement l’argent pour rembourser ses dettes !

Naturellement, à moins de connaître auparavant le rakugo, le synopsis paraît peut-être assez obscur pour qui n’a aucune idée de quoi il s’agit. Le terme en lui-même signifie histoire qui se termine avec une chute drôle. Le principe est en fait très simple car il s’agit d’une sorte de spectacle humoristique japonais utilisant quelques codes bien spécifiques. Le conteur (rakugoka) se tient ainsi assis selon la position à genoux habituelle (seiza) sur la scène et est vêtu d’un kimono. Il possède parfois en plus des accessoires tels qu’un éventail mais ceux-ci demeurent très limités. Avec, il est a priori capable de suggérer n’importe quel objet. Sans se lever, il raconte alors une histoire humoristique plus ou moins longue suivant un découpage en trois parties. Cet art daterait du début de l’époque Edo, soit vers le XVIIè siècle. Dit de cette manière, il est facile de s’imaginer que cette forme de théâtre très particulière ne doit pas être franchement enthousiasmante. Si le conteur est mauvais, il est certain que le temps doit être long. En revanche, s’il est doué, le fait qu’il soit assis, seul, devant un décor neutre, n’est pas du tout un problème. Comme tout spectacle se respectant, il y a l’art et la manière de le pratiquer. Grâce à la tonalité de sa voix, les différentes intonations qu’il peut donc prendre selon les personnages incarnés, le rythme ou tant d’autres caractéristiques, l’ensemble peut se révéler plus que sympathique voire totalement hilarant. En revanche, si assister à du rakugo dans une salle de théâtre a des chances d’être agréable, le voir à la télévision est une autre paire de manches. Tigre & Dragon se déroule effectivement au moins la moitié de son temps dans l’établissement où se produit souvent le père de Ryûji, Yanaka Shôkichi, connu sous son nom de scène comme Hayashiatei Donbei. Presque tous les personnages se consacrent à cet art et les discussions tournent régulièrement autour de ce sujet. Contre toute attente, le résultat n’est ici pas du tout rébarbatif et se montre plus que convaincant grâce à une mise en scène élaborée assez originale et une ambiance décalée. Si l’on voit le conteur dans son environnement, la caméra en profite pour illustrer son histoire telle qu’on pourrait l’imaginer dans sa tête. Forcément, ces transpositions amènent des reconstitutions désopilantes, qu’elles aient pour cadre l’époque féodale ou les années hippies. La série suit une méthode de fonctionnement quasi mécanique afin d’accentuer son comique de répétition. Chaque épisode débute ainsi par l’annonce, sorte de prologue où le conteur annonce le récit et lance un Tiger & Dragon avec l’accent de son choix suivi du générique de début. Ensuite, l’histoire se développe et c’est l’occasion de voir les protagonistes en-dehors du théâtre. Il faut savoir que dans le rakugo, la narration est absente et le conteur s’attarde surtout sur les dialogues. Le scénario utilise alors de nombreuses ellipses pour donner un côté quelque peu haché très rythmé. Et pour terminer, le j-drama place l’épilogue avec le retournement de situation, la fameuse chute changeant totalement la donne et appuyant définitivement l’effet humoristique recherché. En fait, par sa construction schématique, Tiger & Dragon suit scrupuleusement les trois parties du rakugo traditionnel. Comme la série est courte, on ne ressent pas le côté laborieux de ces répétitions touchant à la fois le concept mais aussi les nombreuses blagues et gimmicks. Bien au contraire, on attend généralement avec impatience les derniers instants car on se doute que ce sera encore une fois amusant. En dépit de nombreux clichés voire d’aspects caricaturaux en plus d’une histoire simple et très classique, la mise en scène et la forme subtile permettent de ne pas en tenir rigueur tant tout y paraît maîtrisé. La réalisation est par conséquent plutôt originale puisqu’elle ne suit pas forcément la chronologie. Quant à la musique, que dire si ce n’est qu’elle est aussi délicieuse que le fond ? Composée par Nakanishi Kyô (Kisarazu Cat’s Eye, Kekkon Dekinai Otoko, Shiroi Haru, Clone Baby), elle utilise plusieurs instruments classiques de la culture japonaise. Au total, cette bande-originale est vivifiante par ces sons très typiques et rythmés.

Ce qu’il y a de particulièrement intéressant est que le yakuza, surnommé Kotora, apprend toujours une nouvelle histoire traditionnelle résonnant parfaitement avec ce que lui ou son entourage vit. Il est alors facile de faire des parallèles et de multiplier les scènes très marrantes. Son maître lui apprend un classique du rakugo et lui, il y ajoute des éléments contemporains comme si elle se déroulait dans la vie réelle. À l’écran, nous voyons donc les deux points de vue, d’un côté l’époque Edo et de l’autre, le Japon du XXIè siècle – et Tiger & Dragon oppose les deux générations que sont l’ancienne n’utilisant que les classiques et la nouvelle, s’attardant surtout sur les récits modernisés. Si le concept paraît confus, il ne l’est pas en regardant les épisodes, rassurez-vous. Sans aucun doute, un des gros points forts de ce spectacle est sa grande richesse linguistique ; mais, c’est aussi elle qui pourra perdre de nombreux téléspectateurs occidentaux. Ce n’est pas tant l’approche atypique qui soit le facteur pouvant rebuter certains mais plus le fait que le rakugo repose sur les jeux de mots, les doubles sens, les calembours, les incompréhensions dues à la langue mais aussi sur les quiproquos. Difficile de le nier, en ne comprenant pas le japonais, on passe certainement à côté de beaucoup de choses, qu’elles soient liées aux blagues mais aussi à des conjonctions d’évènements. L’humour du rakugo s’amuse effectivement du comique de situation avec tous les malentendus qui peuvent en découler. Associé à la plume enlevée de Kukô Kankurô, toujours aussi habile lorsqu’il faut passer d’un registre de pure comédie à d’autres plus dramatiques, le résultat s’avère délicieux et théâtral. Au final, le simple fait de baigner dans l’ambiance est déjà un vecteur humoristique en soit et si l’on ne comprend pas toutes les subtilités, on ne s’en rend probablement pas réellement compte tellement les zygomatiques travaillent. Les répliques fusent dans tous les sens, les dialogues sont très soignés et l’humour fait preuve de beaucoup de finesse dans cette folie ambiante. Les personnages participent totalement à cette atmosphère décontractée et comme presque toujours avec ce scénariste, chacun apporte sa pierre à l’édifice et même les plus secondaires ne sont aucunement oubliés.

Une série comme Tiger & Dragon ne serait jamais ce qu’elle est sans sa galerie de protagonistes. Hauts en couleur et interprétés par d’excellents acteurs donnant l’impression d’être ravis de se trouver là, ils transmettent immédiatement leur bonne humeur. Kukô Kankurô étant en plus quelqu’un appréciant recycler ses comédiens fétiches, il est facile d’en reconnaître énormément pour peu que l’on connaisse son univers. Une chose est certaine, c’est que chaque épisode emploie au moins un ou plusieurs invités prestigieux. Les deux têtes d’affiche sont le yakuza Yamazaki Toraji et le fils voulant couper les ponts avec le rakugo, Yanaka Ryûji. Tous deux sont joués par des Johnny’s, à savoir par les excellents Nagase Tomoya et Okada Junichi (Kisarazu Cat’s Eye, Niji wo Kakeru Ôhi). Entre l’alchimie dont ils font preuve ensemble comme séparément, l’amitié finissant par se développer entre eux mettant du baume au cœur, les scènes quelque peu vachardes, il paraît évident que tous les éléments sont présents pour en faire un duo extraordinaire. Toraji obtient comme nom de scène Kotora – tora signifie tigre en japonais. Yakuza depuis toujours, pas foncièrement brillant car un peu lent au démarrage, impulsif, il s’ennuie presque au quotidien jusqu’à ce qu’il découvre le rakugo. Et là, c’est le début de l’obsession, ou du drame parce qu’il n’a pas de sens de l’humour ! Souhaitant à tout prix apprendre à raconter des histoires avec talent, il décide d’employer le conteur dont il extorque tout son argent et l’aide plus ou moins au final à rembourser ses dettes. C’est là où on sent toute la patte de Kudô Kankurô avec cette situation ubuesque où le maître reçoit de l’argent et le rend immédiatement au yakuza à qui il donne des leçons. Kotora a tout pour faire peur avec sa grande carrure, sa manière de parler avec ses R roulés comme le yakuza qu’il est, et son tic de langue irrésistible mais évidemment, il n’est en réalité pas méchant pour un sou même s’il ne faut pas trop le chercher. Il s’incruste par conséquent chez les Yanaka et finit par se faire une jolie place dans ce monde excentrique où tout tourne autour du rakugo.

Tandis que Kotora cherche à se rapprocher de ce spectacle traditionnel japonais, ce n’est pas du tout le cas de Ryûji. Ne pouvant plus voir en peinture le rakugo, voilà un moment qu’il a coupé les ponts avec son père et le reste de sa famille. Se prenant pour un super designer, il créé des vêtements horribles qu’il vend avec Risa, jouée par Aoi Yû (Ao to Shiro de Mizuiro, Kôkô Kyôshi 2003), avec qui il s’entend comme chien et chat. La traitant de busu (mocheté) à tour de bras, il a tout pour la faire fuir. Comme les opposés s’attirent, il ne peut plus se détacher de Kotora et les deux passent donc beaucoup de temps ensemble, avec d’autres figures comme Chibi-T et ses t-shirts trop courts portant les traits du chouette Kiritani Kenta (Waraeru Koi wa Shitakunai, JIN), ou bien les yakuzas aux dents longues. Rangeons la crédibilité au placard puisque ces mafieux sont vus d’un point de vue humoristique. On y découvre le chef (Shôfukutei Tsurube – Karei Naru Ichizoku) de Kotora, le bras-droit tranchant des télévisions en deux et surtout, le fils héritier, Nakatani Ginjirô, suivant Kotora comme son ombre. Tsukamoto Takashi (TEIÔ, 6-jikan Go ni Kimi wa Shinu, Ganges Gawa de Butterfly, Tempest, Kisarazu Cat’s Eye, Kekkon Dekinai Otoko) l’incarnant est plutôt bon et son atroce coiffure vaut son pesant d’or. À tout cela il faut aussi ajouter le clan Yanaka avec évidemment, le patriarche, le génial Donbei joué par un excellent Nishida Toshiyuki (Karei Naru Ichizoku), passionné par son art et dépité que son propre fils lui tourne le dos. Cela dit, Ryûji n’est pas son unique enfant puisqu’il y a aussi la pile électrique Ryûhei, plus connu sous son nom de scène Hayashiyatei Donta. Totalement hystérique bien qu’il cache une certaine douleur profonde, ce n’est pas étonnant qu’Abe Sadao (Marumo no Okite, Kisarazu Cat’s Eye, Ikebukuro West Gate Park, Fumô Chitai) soit parfait dans ce rôle. Donbei accompagne de nombreux conteurs en plus de Kotora et tous ont un pseudonyme en don ; il y a donc Donbei, Donta mais aussi Donkichi, Dontsuku, Donburi ou encore… Udon ! La série s’amuse souvent à transformer et jouer avec les prénoms et noms de ses personnages. Alors que toutes ces figures forment déjà un tout très consistant, il y en a encore plein d’autres revenant très régulièrement comme Megumi, la guide touristique délurée papillonnant autour de tous les hommes. D’ailleurs, elle est interprétée par Itô Misaki qui ne m’avait pas du tout fait forte impression dans Densha Otoko mais qui se montre ici absolument géniale tant elle utilise le côté décalé et décomplexé de son personnage. Pas d’inquiétude, si la romance est vue en filigrane à travers les histoires de rakugo, elle n’est qu’un élément parmi d’autres et surtout, elle est légère, piquante et ne plombe absolument rien. Autrement, on pourrait parler de Jumptei Jump, un conteur très étrange incarné par un Arakawa Yoshiyoshi (Ganges Gawa de Butterfly) toujours aussi sympathique. Quant aux invités, citons en vrac l’apparition de Kohinata Fumiyo, Furuta Arata, Morishita Aiko, Takaoka Sôsuke, Yakushimaru Hiroko, Kitamura Kazuki ou encore Omori Nao. Il y en a du monde et incroyable, ils sont tous succulents !

En définitive, Tiger & Dragon part de l’art typiquement japonais qu’est le rakugo pour réussir à y retranscrire à la télévision ses codes, ses spécificités et ses histoires humoristiques privilégiant la comédie de situation et de répétition ainsi que l’humour linguistique. Compte tenu de son originalité et de son héritage culturel, la série pourra ne pas plaire à tout le monde surtout que l’ambiance y est décalée à souhait ; il est d’ailleurs probablement nécessaire de connaître un minimum le Japon avant de s’y lancer, parler la langue étant un plus certainement appréciable. Que cela n’effraye tout de même pas les néophytes car avant tout, ce j-drama est une véritable pépite où la comédie sait laisser sa place aux instants dramatiques et émotionnels en plus de divertir à merveille dans une atmosphère entraînante. Grâce à une mise en scène très dynamique, des dialogues savoureux, un rythme enlevé, une incroyable musique ainsi qu’une immense galerie de personnages attachants et développés, les épisodes se dévorent à toute vitesse et à chaque fois, les jeux de mots, malentendus et autres quiproquos amènent des éclats de rire. C’est typiquement le genre de série possédant une vraie identité et sachant l’exploiter sous toutes ses formes. En d’autres termes, ce petit bijou solidement écrit est une étrangeté efficace férocement addictive.

Par |2018-07-06T18:12:06+02:00octobre 4th, 2009|Séries japonaises, Tiger & Dragon|4 Commentaires

Bara no nai Hanaya | 薔薇のない花屋

Visiblement, outre Oguri Shun et Yamada Takayuki pour qui j’ai un petit faible, Matsuda Shôta semble aussi faire partie de cette catégorie. Ce qu’il y a de chouette en suivant les filmographies d’acteurs, c’est que l’on tombe généralement sur des productions que l’on n’aurait jamais pensé tester autrement. Certes, le risque est également de se retrouver devant des abominations mais dans certains cas, cette curiosité se montre satisfaisante. C’est ainsi que j’ai lancé Bara no nai Hanaya dont je n’avais jamais entendu parler avant de savoir que Shôta y jouait. Et sans lui, je ne suis pas persuadée que le j-drama serait passé aussi rapidement sur mon écran. Composée de onze épisodes, la série fut diffusée entre janvier et mars 2008 sur Fuji TV, dans le fameux créneau horaire du lundi à 21h ; il s’agit donc du getsuku de l’hiver 2008. À l’exception du premier et du dernier épisodes durant une heure, les autres disposent d’une petite quarantaine de minutes. À noter que les audiences furent à l’époque plutôt bonnes, s’approchant effectivement des 20% de moyenne. Son titre signifie approximativement le magasin de fleurs sans roses. Nojima Shinji qui en est le scénariste est sinon à l’origine d’autres j-dramas comme Love Shuffle, Kôkô Kyôshi (1993 et 2003) ou encore Pride. Aucun spoiler.

Shiomi Eiji est un homme veuf, doux, gentil et vivant difficilement le décès de sa jeune femme. Se perdant dans son travail de fleuriste, il s’occupe malgré tout avec grand amour et soin de sa petite fille de huit ans, Shizuku. Lorsqu’il rencontre sur le pas de la porte de son magasin, Shirato Mio, une femme aveugle, il commence enfin à panser les blessures de son cœur meurtri depuis plusieurs années. Cependant, les choses sont généralement bien plus complexes que ce qu’elles ne laissent paraître.

   

Lorsque l’on a surtout regardé des séries japonaises se déroulant à l’école ou dans des environnements presque exceptionnels, Bara no nai Hanaya fait figure d’étrangeté puisque tout y respire la normalité. La série met juste en avant la vie de quelques uns de ses personnages sans jamais chercher à rendre l’ensemble extraordinaire pour la simple et bonne raison que l’ordinaire suffit amplement. En cela, les épisodes se révèlent rafraîchissants, surtout lorsque l’on apprécie de voir des tranches de vie. Naturellement, ce genre ne pourra pas plaire à tout le monde car il faut aimer les rythmes assez lents et les histoires ne cherchant pas la surenchère. Très progressivement et grâce à une allure certes tranquille mais pas forcément plate, le j-drama installe son cadre, ses protagonistes et se permet d’insuffler une ambiance reposante flirtant souvent avec la poésie, la nostalgie et les symboles. Il prend vraiment son temps pour ne brusquer personne et chacun peut alors souffler devant ce joli scénario aux tonalités douces-amères. En raison de rebondissements assez imprévisibles dus à des secrets douloureux, le renzoku surprend parfois mais garde toujours les pieds sur terre et fait preuve d’un véritable réalisme dans ce quotidien banal joliment mis en valeur. Si l’on peut à juste titre craindre le mélodrame compte tenu de certaines thématiques difficiles, il n’en est rien car les exagérations ne sont jamais à l’ordre du jour dans Bara no nai Hanaya. Du point de vue de la forme, le superbe jeu de lumière et la photographie travaillent à privilégier cette approche intimiste par la douceur dont ils font preuve. Le constat est tout autant positif concernant la musique composée par Yoshimata Ryô (Pride, Sora Kara Furu Ichioku no Hoshi, Long Love Letter) qui se veut élégante et définitivement paisible par ses tonalités légères voire romantiques. La chanson du très beau générique de fin sous la neige, Zutto Issho Sa de Yamashita Tatsurô, est elle aussi plutôt agréable.

En plus de l’existence plus ou moins paisible des personnages, la série y injecte contre toute attente une dimension mystérieuse avec une vengeance bien malheureuse et des passés éprouvants. Loin de révéler de but en blanc de quoi il s’agit, les épisodes distillent petit à petit les clés de décryptage et ce n’est qu’à la toute fin que le puzzle se termine, permettant dès lors de comprendre l’ensemble des motivations et la personnalité de chacun. Ces éléments associés à la sérénité du reste offrent un aspect légèrement plus trépidant au j-drama et donnent assurément envie d’en savoir toujours plus et par conséquent, de regarder la suite. Difficile de trop en parler sans en dévoiler les principales lignes, ce qui serait fort dommage, donc plutôt que de ruiner le plaisir de quiconque aspirant à se lancer dans le visionnage, il vaut mieux demeurer laconique. De plus, plusieurs thématiques familières sont développées comme la confiance en l’autre, la maltraitance, la culpabilité, l’exclusion, etc. Quoi qu’il en soit, en dépit d’une ambiance reposante et mélancolique, le j-drama n’aurait pas cette portée sans sa galerie de personnages travaillés et finement complexes.

Un autre point positif de Bara no nai Hanaya est que pour une fois, l’accent n’est aucunement mis sur des adolescents mais sur des jeunes adultes ou d’autres plus âgés. Le héros, Shiomi Eiji, est un fleuriste d’une trentaine d’années. S’il a tout pour agacer en raison de son calme olympien et de son côté taiseux, ce n’est pas réellement le cas car sous cette façade très gentille se cache un être endolori ne supportant son existence que pour sa fille, Shizuku. Depuis la mort de son épouse, il laisse tout couler et ne prend plus goût à rien. Pourtant, il est bien entouré avec la fidèle vieille femme s’occupant de lui (Ikeuchi Junko) ou encore le gérant du bar d’à côté, l’amusant Master (Terajima Susumu – TROUBLEMAN) faisant les yeux doux à l’institutrice attentive de Shizuku (Shaku Yumiko – Stand Up!!), visiblement peu inspirée par ce dur au cœur gros comme ça. D’ailleurs, ces personnages ayant leur importance au fil des épisodes permettent de distiller quelques soupçons plus légers et humoristiques, ce qui fait beaucoup de bien à l’intrigue. Eiji a par conséquent enfermé son cœur dans un mur de glace et ne veut pas qu’il fonde. Il commence enfin à changer et à reprendre goût aux sentiments autres que ceux dédiés à Shizuku lorsqu’il rencontre la jeune aveugle, Shirato Mio. Douce et diamétralement dure à la fois, elle sait apaiser ce dernier et surtout, tout comme sa femme décédée, elle aime tout particulièrement les roses qu’il a définitivement bannies de son magasin de fleurs. Elle réussit rapidement à s’attirer la sympathie de la précoce Shizuku et alors, le trio s’attache les uns aux autres. Bara no nai Hanaya met en avant la reconstruction d’un homme, le dévoilement de ce qui le rongeait lui et certains proches mais c’est aussi une belle histoire d’amour à l’image de la tonalité du reste de la série. Le Johnny’s Katori Shingo (Shiawase ni Narô yo) et Takeuchi Yûko (Pride, Natsu no Koi wa Nijiiro ni Kagayaku) interprétant respectivement Eiji et Mio font preuve d’une certaine alchimie. Ils réussissent tous deux à créer de jolis moments romantiques toujours en retenue comme savent si bien le faire les Japonais. Impossible de ne pas non plus parler de la subtile composition de Yagi Yûki, la très jeune actrice incarnant Shizuku qui n’avait alors que sept-huit ans lors du tournage. C’est tellement rare d’être aussi bon chez les enfants qu’il faut absolument le souligner – même si au Japon, ceux dirigeant les castings savent souvent choisir avec soin. Autrement, quelques autres personnages gravitent autour de ce petit ensemble tels que l’opportuniste Kudô Naoya (Matsuda Shôta) dont Eiji s’occupera malgré sa propension à se mêler de ce qui ne le regarde pas et de se retrouver dans des situations discutables. Bien qu’il soit difficile à cerner en raison de sa personnalité assez ambivalente, Naoya sera à l’origine de scènes émouvantes et aura le mérite d’évoluer. N’oublions pas non plus Anzai Teruo, le médecin portant les traits de Miura Tomokazu (Sekai no Chûshin de, Ai wo Sakebu) ayant une grande importance dans l’intrigue, ou encore l’ancien ami d’Eiji revenant pour le pire comme pour le meilleur joué par Tamayama Tetsuji (BOSS, Wild Life).

En conclusion, Bara no nai Hanaya relate le quotidien de plusieurs personnages ayant une existence au final toujours plus compliquée que ce que l’on pourrait croire au premier abord. Pour cela, la série ne cherche pas à faire preuve de sensationnalisme ou de mélodrame mais préfère employer une pudique retenue associée à une ambiance nostalgique. Avec son rythme paisible ou encore ses protagonistes creusés et évolutifs, elle s’apparente à une belle promenade douce-amère touchant en plein cœur. Si en définitive, son histoire pouvait demeurer classique et n’être qu’une banale romance, elle sort quelque peu des sentiers battus grâce à d’intrigantes énigmes entremêlées et l’élégance dont elle fait preuve avec une belle photographie et une superbe musique. Pour sa finesse, sa mesure et son naturel authentique, Bara no nai Hanaya mérite alors plus que le détour si l’on apprécie les délicates productions sachant allier à bon escient tendresse, émotions, drames et humour.

Par |2018-07-06T17:57:38+02:00août 23rd, 2009|Bara no nai Hanaya, Séries japonaises|3 Commentaires