Kokoro no Ito | 心の糸

C’est assez amusant d’entendre parler pour la première fois d’une production japonaise à travers un festival francophone. Effectivement, c’est en regardant par curiosité quels étaient les nominés autres que Toilet no Kamisama dans la catégorie téléfilms du 51è festival de Monte Carlo que j’ai découvert Kokoro no Ito. Il s’agit d’un tanpatsu d’un unique épisode de 73 minutes diffusé sur NHK le 27 novembre 2010. Son titre peut être approximativement traduit par les liens du cœur. Aucun spoiler.

Le Japon semble avoir un faible pour toutes ces histoires où un personnage se trouve en situation de handicap ou est atteint d’une grave maladie. Parmi la multitude de thématiques existant, la surdité est plutôt régulièrement à l’honneur et ce ne sont pas les renzoku Orange Days ou encore Aishiteiru to Itte Kure qui diront le contraire. À l’instar de ces deux fictions mais aussi de Hoshi no Kinka écrite par Tatsui Yukari, la même scénariste que pour Kokoro no Ito, ce tanpatsu s’attarde sur la langue des signes et sur la perte totale de l’ouïe.

Nagakura Akihito est un jeune homme habitant avec sa mère depuis le décès de son père alors qu’il n’était qu’enfant. Si cette situation n’est déjà pas aisée à supporter quotidiennement, elle est encore plus complexe dans le sens où sa mère, Reiko, est sourde-muette. Assez renfermée sur elle, elle n’a que peu de proches et vit presque en vase clos, partageant son existence entre son travail parmi les poissons-globes (le fameux fugu) et sa maison. Comme elle ne peut réellement communiquer avec les autres, son fils lui sert toujours d’interprète puisqu’il est évidemment capable d’utiliser la langue des signes. C’est Matsuyuki Yasuko (Mother, Suna no Utsuwa) qui offre ses traits à cette femme effacée et très fade en apparence. L’actrice dispose heureusement d’un jeu suffisamment solide pour transmettre des émotions à travers un simple regard. Bien que beaucoup lui aient asséné qu’elle ne pourrait jamais élever seule Akihito, Reiko ne s’est jamais avouée vaincue. Son fils ne souffrant pas du même handicap qu’elle, elle tient absolument à ce qu’il profite au maximum de ses capacités. Akihito, lui, est en pleine préparation dans le but d’essayer d’intégrer une université de musique prestigieuse où il pourrait étudier sérieusement le piano. Jouant de cet instrument depuis qu’il est tout petit, il paraît ne plus y prendre goût. Las, fatigué de s’entendre dire par ses professeurs qu’il n’a pas l’étoffe d’un pianiste car il manque de passion, il ne supporte plus cette situation dans laquelle il se trouve et blâme en silence sa mère pour l’y avoir mis. En fait, il est perdu, voire frustré, et ne sait plus s’il aime réellement le piano et s’il continue pour plaire à sa mère, ou pour ne pas abandonner quelque chose qui a occupé une grande partie de son existence. De plus, face à Reiko qu’il doit constamment aider, il est tout à fait conscient d’être plus mature que les autres de son âge et de ne peut-être pas profiter innocemment de sa jeunesse.

Kokoro no Ito traite avec beaucoup de retenue de la pression qu’infligent inconsciemment certains parents sur leurs enfants afin qu’ils transcendent les difficultés et aient ce que eux, ils ont échoué à obtenir. Dans ce cas précis, Reiko désire à tout prix voir son fils devenir un grand pianiste. Sans grande surprise, au bout de plusieurs années Akihito ne supporte plus de devoir mettre autant d’énergie à poursuivre le rêve de sa mère. Que fait-il du sien ? Et en a-t-il un, lui qui n’a justement jamais la possibilité de réfléchir à ce qu’il souhaite réellement ? Le tanpatsu illustre leur délicate relation alors qu’elle tend à se déliter progressivement. Entre rancœur, mensonges et secrets, il ne reste plus que peu de place pour quoi que ce soit d’autre. Sans morale, pathos ou sentimentalisme, il est juste question de quelques instants de leur vie se trouvant à un moment charnière. Lorsqu’Akihito rencontre Izumi (Tanimura Mitsuki – Cat Street), une jeune de son âge ayant de nombreux points communs avec lui, il réalise qu’il ne peut perdurer ainsi, surtout qu’il apprend à ce moment-là une nouvelle bouleversante. Un de ses anciens camarades incarné par Sometani Shôta (Jûnen Saki mo Kimi ni Koishite) tend aussi à le pousser dans ses retranchements et à le faire bousculer ses automatismes rassurants. Une chose est sûre, Akihito et Reiko deux doivent s’écouter respectivement de manière à avancer vers un horizon plus calme. Ils s’aiment, cela va s’en dire, et leur lien indéfectible en dépit des adversités est fort et poignant. Bien qu’elle ne puisse jamais entendre ce que joue Akihito, Reiko lui assure qu’elle ressent ses mélodies, notamment parce que leur cœur seront toujours connectés. Cette dynamique est écrite avec beaucoup de pudeur et un minimalisme presque plat. C’est d’ailleurs peut-être pour cela qu’avec un rythme très tranquille, il ne soit pas forcément évident de se sentir émotionnellement impliqué. L’épisode se regarde aisément puisqu’il est très court mais il ne marque malheureusement guère les esprits. Il est également dommage que les scènes au piano soient aussi étranges car on voit bien que ce n’est pas Kamiki Ryûnosuke (Kôkôsei Restaurant), assez correct au demeurant, qui joue vraiment de l’instrument. C’est Kabe Amon (Good Life, Clone Baby) qui interprète Akihito enfant. Sinon, outre l’intimité de cette famille atypique, Kokoro no Ito dépeint également les difficultés auxquelles sont confrontées les personnes malentendantes. Là aussi, plutôt que de faire preuve d’emphase, l’espoir et la sobriété sont de mise. L’atmosphère profite justement du cadre rural pour gagner en humilité et en douceur. Au niveau de la bande-son, il n’est pas rare que le silence soit fait, probablement pour marquer le contraste entre le monde musical d’Akihito et celui sans bruit de sa mère. Ce procédé n’a rien d’original et est souvent repris dans les fictions du genre mais, sans forcément apporter grand-chose à l’ensemble, il ne se révèle pas dérangeant ou maladroit. La musique composée par Senju Akira (Suna no Utsuwa, Kôkô Kyôshi 1993 et 2003, Fûrin Kazan, Toilet no Kamisama, Kimi ga Oshiete Kureta Koto) n’est non plus particulièrement mémorable bien qu’elle fasse son travail convenablement.

En définitive, Kokoro no Ito est un tanpatsu témoignant sans aucune fioriture de la relation entre une mère et son fils. Tandis que l’une veut le meilleur pour le second, ce dernier arrive au bout de sa course effrénée et entend mener ses propres rêves et non pas poursuivre ceux de celle qu’il aime. Bien que la surdité soit également abordée, c’est surtout le cheminement intérieur de ses deux personnages principaux qui prévaut. En s’apparentant à une histoire très simple et menée avec tranquillité, cet épisode se montre alors sincèrement humain. Sans être indispensable ou même particulièrement conseillé, il dégage une certaine humilité touchante qui devrait aisément plaire à ceux recherchant des fictions où la tendresse côtoie la quiétude en dépit de quelques soubresauts naturels.

Par |2017-05-01T13:59:29+02:00avril 18th, 2013|Kokoro no Ito, Séries japonaises, Tanpatsu|2 Commentaires

Kôkô Kyôshi (1993) | 高校教師

Il y a un tout petit plus d’un an, nous parlions sur Luminophore d’une série japonaise de 2003, Kôkô Kyôshi. À l’époque, j’avais expliqué que derrière ce titre se cachaient en réalité un film et trois renzoku. Aucune de ces trois productions n’est un remake ou une réécriture et il est tout à fait possible de les visionner seules, séparément et/ou dans n’importe quel ordre. À ce propos, ayant commencé par la version de 2003, je peux dire qu’aller à reculons se révèle plutôt avantageux. Ce qu’il faut savoir est que les histoires ont juste pour point commun de reposer sur des thématiques similaires, de se dérouler dans un établissement a priori identique et de posséder la même équipe créative, à l’exception du j-drama des années 1970. Par exemple, à l’écriture, c’est Nojima Shinji (Bara no nai Hanaya, Love Shuffle, Pride) qui s’est chargé de tout ça. Il y a donc d’abord eu le premier j-drama, en 1974, et il est introuvable ; celui de 1993 est arrivé en début d’année ; puis, un long-métrage avec Karasawa Toshiaki et Toyama Kyôko est sorti, en novembre 1993 cette fois ; et, en 2003, ce fut au tour d’une autre version avec Fujiki Naohito et Ueto Aya. Le film est désormais disponible (sous-titré en plus !) mais je ne l’ai pas encore testé donc je serai bien incapable de vous en parler.

Aujourd’hui, il sera question du second renzoku, Kôkô Kyôshi (1993). Le titre, également transcrit koukou kyoushi, se traduit approximativement par le professeur du lycée. Composé de onze épisode de quarante-cinq minutes, il fut diffusé sur TBS entre janvier et mars 1993. Sinon, il est possible de récupérer sur Internet le bonus présent sur le DVD et il est intéressant à regarder en raison de commentaires pertinents du producteur, Itô Kazuhiro ; il nous apprend ainsi que Nojima avait écrit tout le scénario avant le tournage, chose qui, à l’époque, était extrêmement rare. À noter que les audiences furent très bonnes, le dernier épisode étant même à 33 % ! Bref, tout cela fait beaucoup de choses à assimiler. En résumé, la série de 1993 peut être débutée sans ne rien connaître à l’univers et il en va de même pour celle de 2003. Les deux ne sont pas non plus redondantes et auraient plus tendance à se compléter. Pour terminer sur les comparaisons, ce renzoku possède une écriture bien moins maladroite que celle de celui qui l’a suivi dix ans plus tard. Aucun spoiler.

Alors qu’elle se rend au lycée, la jeune Ninomiya Mayu se retrouve retardée par un contrôleur ferroviaire qui constate que son abonnement a expiré depuis un certain temps. Pour s’assurer de sa bonne foi, il demande à voir sa carte de lycéenne mais l’adolescente l’a oubliée chez elle. Les minutes passent, elle se met en retard et réalise que cette situation s’annonce sans fin. Par chance, le nouveau professeur Hamura Takao décide de l’aider et se porte garant pour elle. C’est de cette manière que les deux se rencontrent et qu’une relation définitivement ambiguë commence…

     

Forcément, lorsque l’on débute une série ayant vingt longues années au compteur, il est normal de craindre de s’ennuyer face à des thématiques obsolètes ou des vêtements et décors kitschissimes. Kôkô Kyôshi (1993) ne pose absolument aucune difficulté de ce genre. Sur une note technique, la qualité de la vidéo est en plus excellente, ce qui, nous sommes d’accord, ne gâche rien. Au visionnage, si quelques détails font sourire comme le fait de voir les professeurs mesurer la hauteur de la jupe des filles de manière à ce qu’elles ne soient pas trop courtes, il est très facile de ne pas réaliser que l’ensemble est aussi ancien. Sur la forme, la réalisation est classique et en raison de son découpage, elle rappelle forcément des souvenirs à ceux ayant regardé auparavant l’histoire de 2003. La musique composée par Senju Akira (Fûrin Kazan, Suna no Utsuwa, Kôkô Kyôshi 2003, Sengoku Jieitai 2006) est également identique et conquiert facilement par sa ressemblance avec une ritournelle. De même, la chanson de fin, Bokutachi no Shippai, de Morita Dôji réussit encore une fois sans mal à faire son petit effet. Naturellement, ce serait mensonger que d’écrire que l’on peut croire que la fiction soit du XXIè siècle mais certaines plus récentes passent beaucoup moins bien à l’écran. Outre les qualités inhérentes du j-drama, il est agréable d’y retrouver une atmosphère mélancolique et nostalgique maximisée par la voix off, et de constater de quelle façon les mentalités nipponnes évoluent progressivement. Cela dit, précisons que le choc des cultures est à plusieurs moments assez massif. Sans trop entrer dans les détails afin de ne pas dévoiler l’intrigue, il serait possible d’expliquer que la face cachée du Japon – celle honteuse et refoulant des évènements traumatiques pour des raisons extrêmement discutables – gêne, voire irrite. Le silence est d’or pour supposément préserver des victimes, et laisser des criminels en liberté ne paraît pas dérangeant. Ce serait au final un mal pour un bien. Kôkô Kyôshi (1993) reflète avec une précision embarrassante tout le paradoxe de l’archipel. Sinon, et ce constat est valable quasi systématiquement dès que l’on aborde un vieux renzoku, la différence avec ceux des années 2010 est assez flagrante en raison de sa démarche non consensuelle. La série bouscule les fondements et n’hésite pas à aborder des sujets épineux et pas une seule fois, elle n’opte pour le classicisme ou, au contraire, le sensationnalisme. Ce j-drama fut en avance sur son temps et il met clairement en évidence un rétropédalage des scénaristes ou, des dirigeants derrière les productions télévisées japonaises. Ce n’est pas maintenant que l’on verrait une série de ce genre sur TBS dès 22h… Et ce n’est pas non plus parce qu’elle date de 1993 qu’elle perd de sa provocation. Bien au contraire.

À l’instar de la version de 2003 et de Majo no Jôken, Kôkô Kyôshi (1993) aborde un amour interdit entre un professeur et son élève. Fiancé à la fille du chef du laboratoire dans lequel il travaille, Hamura Takao, incarné par un excellent Sanada Hiroyuki (Ring, Tasogare SeibeiLe Samouraï du Crépuscule en VF, Wu Ji), a tout pour mener une existence paisible et reposante. Victime de sa gentillesse, il laisse passer certaines injustices professionnelles et accepte de travailler momentanément dans un lycée et d’y enseigner la biologie bien que cela ne lui plaît absolument pas. Le jour de son arrivée dans l’établissement exclusivement féminin, il y rencontre ses collègues aux personnalités aussi diverses que variées et évidemment, ses élèves aux hormones en ébullition. Fujimura Tomoki, le prof d’anglais, lui explique qu’être un homme dans un lycée de ce genre est compliqué et qu’il convient de ne jamais franchir la ligne interdite en dépit de nombreuses sollicitations des lycéennes. Il faut les voir à toujours tourner autour des professeurs qu’elles admirent, à leur offrir des chocolats à la Saint-Valentin et à leur faire des déclarations enflammées. Assez réservé et timide, Takao n’en tient guère compte et n’est de toute manière pas réellement courtisé ; tout du moins, si l’on exclut la douce et innocente Ninomiya Mayu. Très rapidement, la jeune fille se prend curieusement d’affection pour Takao et prouve à de multiples reprises qu’elle est prête à tout pour le lui montrer. De nature solitaire, elle n’essaye pas de se lier avec ses comparses et passe plus de temps à espionner le nouveau professeur qu’à socialiser avec les autres. C’est la jolie Sakurai Sachiko (Fûrin Kazan, Sekai no Chûshin de, Ai wo Sakebu) qui lui offre ses traits. Bien qu’elle fasse preuve de joie de vivre, d’humour et de légèreté, Mayu insuffle une dimension parfois triste et désespérée qui prendra toute son ampleur au fur et à mesure des épisodes. Convaincue que sa mère désormais décédée l’a détestée, elle vit avec son père étouffant (Minegishi Tôru), un sculpteur réputé aux mœurs tendancieuses. Très rapidement, elle tombe sous le charme de Takao et sans le chercher, elle l’attire par sa naïveté et sa tendresse. Mayu est une héroïne sensible et sincèrement attachante. Il en va de même pour le professeur de biologie bien qu’il dépasse une ligne incommodante. Propre sous tous rapports, il n’élève jamais la voix et suit le chemin qu’on a tracé pour lui, en ne sortant jamais des rangs. Calme et passionné par son domaine d’expertise, il est pourtant jugé comme ennuyant par sa fiancée. Sa vie bascule à la gare, en découvrant Mayu qu’il ne voit au départ que comme une élève quelque peu collante. Plus ses certitudes finissent malheureusement par se déliter et plus sa relation avec son élève prend de l’importance, à tel point qu’il réalise qu’il est amoureux d’elle. C’est avec horreur que le téléspectateur trouve ce duo atypique mignon et attendrissant, eux qui sont quelque peu cabossés et qui s’aiment avec pudeur et authenticité. Bien que cette dynamique soit malsaine, on ne peut s’empêcher de les soutenir dans leurs épreuves. Toutefois, plusieurs scènes mettent clairement mal à l’aise car si elles ne font que suggérer avec poésie, elles en deviennent peut-être encore plus marquantes et dérangeantes. Le point positif de Kôkô Kyôshi (1993) est tout de même de ne pas fantasmer cette relation, de ne jamais tenter de la sublimer, mais de la dévoiler de manière très sobre et sans demi-mesure. Elle en devient alors touchante et la conclusion, extrêmement noire et tragiquement romantique, ne fait qu’accentuer l’originalité et l’unicité de cette fiction hors normes.

C’est la dynamique amoureuse entre Mayu et Takao qui occupe une grande partie des épisodes du j-drama mais les autres éléments de l’histoire ne sont en aucun cas oubliés. Au contraire, l’ensemble prend le temps de développer avec beaucoup de précision la psychologie de ses personnages, leur évolution, les liens se tissant entre eux, de soulever des questionnements ou encore d’aborder de nombreux thèmes. L’écriture du scénariste montre encore une fois sa grande capacité à dresser un portrait d’une société hypocrite et engoncée dans ses principes. Bien que les intrigues n’aient guère de tabous, chose pourtant presque improbable lorsque l’on a conscience de ce que l’on regarde, on n’y sent aucune volonté d’être racoleur en dépit de quelques facilités et de drames omniprésents. Cet écueil se retrouve d’ailleurs également dans la série de 2003 car là aussi, le scénario en faisait parfois trop et tenait à submerger tous les personnages par des problèmes certes crédibles mais trop prégnants. C’est quelque peu dommage puisque cette noirceur et ce quasi fatalisme font perdre de l’impact au tout. Le message ressortant de la série est qu’en définitive, l’être humain est faible et qu’il sera constamment confronté à ses propres démons. Outre un amour interdit, il est ainsi question d’inceste, de viols, d’adultère, de manipulations, de chantage, d’avortement ou encore de prostitution et d’enjo kôsai. Cela fait beaucoup et il n’est jamais nécessaire de charger autant le passé des protagonistes pour les rendre plus agréables. Quoi qu’il en soit, Kôkô Kyôshi (1993) démontre tout de même une appréciable liberté de ton et évoque sans phare, voire avec cynisme, l’homosexualité, les limites du mariage japonais et ose même parler de manière assez crue de sexualité et de l’orgasme féminin. Pour son avant-gardisme, le renzoku en devient par conséquent intriguant.

L’ambiance du j-drama est empreinte de pessimisme et d’une tristesse latente. L’humour est parfois présent mais il demeure quasi transparent et ne permet jamais d’alléger l’ensemble. La noirceur se veut alors lourde et difficile à appréhender quand bien même elle soit toujours contrebalancée par la pureté de son couple phare et de la candeur de la bande-originale. La lumière des épisodes provient de l’amie de Mayu, la pétillante Aizawa Naoko (Mochida Maki). Ayant un grand faible pour le prof d’anglais, elle lui prépare tous les midis de quoi se sustenter et fait tout pour qu’il l’apprécie. Or, derrière le visage angélique de cet enseignant se terre un monstre. Ce personnage, toujours joué par Kyômoto Masaki (GARO), est justement présent dans Kôkô Kyôshi (2003) où il est moins pervers mais tout aussi perturbant. Naoko est toute mignonne, pimpante et son énergie couplée à sa bonne humeur apportent beaucoup de fraîcheur. Elle se rapproche par la suite assez rapidement du prof de sport, le très sympathique Shinjô Akira (Akai Hidekazu – Suna no Utsuwa). Ce dernier est au premier abord rustre et brutal mais il cache surtout une fragilité et un sens du dévouement exemplaire pour son adorable petit garçon. Plus que l’amour tabou entre les deux héros, c’est la délicate relation entre Naoko et ce prof qui est la plus mémorable. Dans le même genre, Takao et Akira font progressivement connaissance dans la salle des profs et commencent à se confier pour devenir de bons amis. Ce lien indéfectible bien que bouleversé par des révélations est également mis en scène avec tendresse, et s’apparente à un des points forts du j-drama. Au final, ce sont plus les à-côtés presque banals de l’intrigue principale qui finissent par plaire réellement, peut-être parce que justement, ils sont ordinaires et touchants.

En définitive, Kôkô Kyôshi (1993) est une fiction pertinente sous plusieurs angles. Pour peu que l’on s’intéresse aux fictions nipponnes dans leur ensemble, elle mérite vraisemblablement le détour. Effectivement, elle s’illustre par son paradoxe avec sa grande sensibilité, sa grâce mélancolique, sa pudeur et son innocence alors qu’elle raconte une histoire humaine tragique controversée ayant eu un fort impact au Japon lors de sa diffusion. Sobre, subtile, parfaitement menée et interprétée, elle ne laisse pas indifférent en dépit d’une propension trop marquée d’être pessimiste et de ne pas réussir à éviter la surenchère de pathos. Cette exagération, probablement présente pour accentuer la tonalité dramatique, empêche le j-drama de se révéler indispensable et c’est donc surtout son avant-gardisme, son courage et son absence de tabous tout simplement inenvisageable à l’heure actuelle qui le font se détacher du lot. La série se doit tout de même être réservée à un public assez averti car elle met mal à l’aise et garde au long cours une atmosphère dérangeante, la morale douteuse en étant probablement le point d’orgue. Dans tous les cas, Kôkô Kyôshi (1993) pourrait facilement faire partie de ces classiques du petit écran japonais qu’il convient de tester dans le but de parfaire sa culture.

Par |2017-05-01T13:59:32+02:00mars 13th, 2013|Kôkô Kyôshi (1993), Séries japonaises|2 Commentaires