Shôta no Sushi | 将太の寿司

Il est assez étrange de constater que malgré l’important nombre de séries japonaises dont il a été question ici, pas une seule n’est à ranger dans la catégorie des food dramas. Cette erreur est désormais réparée grâce à Shôta no Sushi. Comme son l’appellation le suggère, un food drama est une série mettant à l’honneur la nourriture. Les Japonais en sont d’ailleurs assez friands. Shôta no Sushi, soit les sushis de Shôta en français, est une série japonaise composée de dix-sept épisodes de quarante-cinq minutes qui furent diffusés sur Fuji TV entre avril et septembre 1996. Il s’agit d’une adaptation du shônen manga du même nom de Terasawa Daisuke, publié entre 1992 et 1997 et comportant 27 tomes. À noter qu’il n’est pas disponible en France. Aucun spoiler.

Sekiguchi Shôta vit à Otaru, sur Hokkaidô. Afin de sauver le restaurant de sushis de son père, affaibli suite au décès de son épouse et aux manigances d’un concurrent, Shôta décide d’aller à Tôkyô comme apprenti chez Ôtori Sushi. Son but est simple, il souhaite devenir le numéro un du Japon. Nippon ichi !

Côté histoire, il est difficile de faire beaucoup plus succinct que Shôta no Sushi. En plus d’être une série sur la nourriture, celle-ci est surtout une série sur un métier. S’apparentant à un récit initiatique, elle met en avant l’évolution de Shôta et de ses compétences dans l’art de préparer des sushis. Il est assez rare que la caméra quitte l’enceinte du sushiya et quand c’est le cas, c’est généralement pour aller dans un autre restaurant ou pour concourir à des concours. De quoi ? De sushis pardi ! Pour s’intéresser à la série, il n’est pas forcément nécessaire d’avoir un faible pour la nourriture japonaise bien que cela aide afin de rester calmement devant les dix-sept épisodes. Le format du j-drama est effectivement peu habituel puisque peu de renzoku dépassent la douzaine d’épisodes. Soyons honnête, Shôta no Sushi aurait facilement pu se limiter aux standards car le scénario devient rapidement redondant. Shôta veut devenir le numéro du du Japon. Il apprend de nouvelles techniques, à couper son poisson comme il faut, à choisir la meilleure qualité possible, à bien cuire son riz, à faire attention à ses clients et à leurs goûts, etc. Repoussant toujours ses propres limites, il est en compétition avec les autres mais surtout avec lui-même. Fondamentalement, la série n’est pas du tout désagréable mais ses défauts finissent à la longue par user et il aurait été agréable qu’elle développe d’autres aspects et ne soit pas aussi consensuelle.

Chaque épisode débute par quelques minutes s’apparentant à un documentaire où l’on voit un élément important à prendre en compte dans la préparation des sushis. Shôta no Sushi est une perle pour quiconque souhaite apprendre l’art du sushi. Il va de soi que ceux qui attendent des informations pointues seront probablement déçus mais pour ceux qui désirent en savoir un peu plus afin de comprendre le cheminement de ces sushiman, la série est un bon aperçu. Ne le nions pas, ces food dramas ont la réputation de donner l’eau à la bouche et celui-ci ne déroge pas à la règle malgré la qualité somme toute relative des vidéos. Que ce soit les nigirizushi, les makizushi, le thon, le maquereau, le poulpe, etc., il y en a pour tous les palais. On en vient même à penser qu’en fait, on pourrait essayer d’appliquer tous ces conseils et ces indications pour les mettre en pratique et bien évidemment, déguster le fruit de notre dur labeur (ou au contraire, tout recracher les larmes aux yeux). En dix-sept épisodes, de nombreux points sont dès lors passés en revue. Il y a des chances que si jamais on a l’opportunité de regarder un sushiman travailler, on l’observe désormais d’un autre regard.

Sekiguchi Shôta a la petite vingtaine et n’est pas particulièrement intéressé par les sushis. Du moins, c’est ce qu’il se tue à répéter à qui veut l’entendre. Pourtant, c’est totalement faux. S’il critique autant cette nourriture c’est parce que son père, incarné par Natsuyagi Isao, se laisse aller depuis le décès de sa femme et se fiche royalement d’avoir des clients dans son restaurant. Shôta se souvient de l’ancienne époque où tout allait bien. Suite à un concours de circonstances, il se retrouve à concourir pour sauver l’honneur de son restaurant et s’il ne gagne pas, il réalise à quel point les sushis sont toute sa vie. Le voilà alors embarqué à Tôkyô dans un sushiya familial réputé dirigé par Ôtori Seigorô, joué par Ryû Raita (Bloody Monday, H2). Shôta a laissé son père à Otaru, requinqué, et c’est sa petite sœur, Miharu, interprétée par Hirosue Ryôko, qui veille sur lui en attendant le retour du prodigieux frère. Car oui, Shôta, est talentueux. Il lui faut très peu de temps pour maîtriser certaines techniques. Son aisance couplée à sa ténacité et à son perfectionnisme font qu’il a toutes les possibilités de devenir un grand maître dans l’art du sushi. Et forcément, ces qualités ne plaisent pas à l’apprenti d’Ôtori Sushi, bien plus âgé et en poste depuis plus de cinq ans. Saji, joué par Sugimoto Tetta (Inu wo Kau to Iu Koto, H2, Kurosagi), n’apprécie en effet pas du tout l’arrivée de ce petit jeune optimiste, altruiste et se mêlant toujours de ce qui ne le regarde pas. C’est là où Shôta no Sushi devient embêtante car le personnage de Saji n’évolue presque pas. Dans quasiment tous les épisodes il fait des coups en douce afin de mettre Shôta dans l’embarras, il hurle et personne ne lui dit rien alors que tous les employés sont au courant. C’est d’ailleurs un problème que l’on voit dans plusieurs j-dramas. On laisse le héros encaisser de manière à montrer qu’il est fort et prêt à tout mais nous, devant notre écran, on ne peut qu’être agacé par tant d’injustice et cette absence de réaction. Observer ça dans quelques épisodes n’est pas trop dérangeant mais durant plus d’une dizaine, on en a un peu marre. Il aurait fallu nuancer davantage des propos et des attitudes ou encore développer le personnage de Saji de manière progressive. Shôta voit en lui son principal rival, la réciproque étant évidemment de mise, et les deux passent toute la série à concourir l’un contre l’autre, officiellement ou pas.

Bien que Saji soit certes un personnage assez détestable, Shôta no Sushi ne cherche pourtant absolument pas à le montrer comme étant abject ou critiquable. Ce n’est pas le cas de la chaîne de sushiya Sasa, maintenue par Sasaki Torao (Ishida Tarô) et son fils qui cherchent à s’accaparer tous les restaurants d’Otaru puis de Tôkyô. Cruels, manipulateurs et n’hésitant pas à payer des juges lors de concours ou à utiliser des méthodes violentes, ils semblent prêts à tout. La série n’évite ainsi malheureusement pas le manichéisme et les clichés puisque les méchants sont très méchants et les gentils très gentils, serviables, et tout ce que l’on veut. On tient à nous montrer que dans le sushi, ce qui compte c’est le cœur à l’ouvrage. Tout cela devient donc assez niais voire ridicule. Ajoutons-y un surjeu assez incroyable de la quasi totalité de la distribution.

Néanmoins, malgré tous ces défauts, les personnages secondaires sont sympathiques comme tout en dépit d’être relativement peu développés. Shôta est joué par un Kashiwabara Takashi (Itazura na Kiss, Hakusen Nagashi, Gotaisetsu, Big Wing, Hachimitsu to Clover, Byakuyakô, Shikei Kijun) attachant mais n’évitant pas quelques périodes de flottement dans son interprétation. Le jeune apprenti est entouré de personnes l’appréciant et souhaitant l’aider. Si Saji lui met des bâtons dans les roues, ce n’est pas le cas de ses senpai, Hidesama (Imada Kôji) et Seiji (Kanie Keizô), tous deux amoureux des sushis et plus que talentueux. En les observant et en les écoutant, Shôta tente de maîtriser aussi bien qu’eux les techniques requises pour satisfaire le client. Un autre élève, Shingo (Kitahara Masaki), et une serveuse accrochée à son appareil photo, Masako (Hinagata Akiko) complètent la fine équipe. Ces protagonistes hauts en couleur sont plutôt plaisants bien que certains de leurs traits soient parfois caricaturaux. On pourra aussi noter la présence de Kaneko Ken (Gokusen, Xmas Nante Daikirai) en tant qu’excellent sélectionneur de poisson ou, dans les derniers épisodes, du génial Matsushige Yutaka (Bloody Monday, Clone Baby, Natsu no Koi wa Nijiiro ni Kagayaku) avec une coupe de cheveux à faire peur. Il y joue un extraordinaire sushiman.

Bien que Shôta no Sushi parle quasi exclusivement de sushis et de l’apprentissage d’un jeune apprenti, la série s’attarde plus superficiellement sur d’autres thématiques. C’est surtout la famille qui est au centre du propos, famille au sens strict du terme ou non. Les bons sentiments sont inévitablement de la partie, l’entraide et le travail sont des valeurs sûres et respectées et le résultat est forcément bien sous tous rapports. L’humour allège grandement l’ensemble et permet de regarder les épisodes sans souffrir d’autant plus que l’ambiance est fraîche, la musique de Hattori Takayuki (Nodame Cantabile) entraînante et que le rythme ne fait que rarement défaut en dépit de l’aspect répétitif des intrigues. Il y a une volonté d’insuffler une légère dose de romance avec Watanabe, restée à Otaru, et qui fait battre le cœur du Shôta. Or à Tôkyô, la fille Ôtori, Saori, incarnée par Kimura Yoshino, aimerait bien ne faire qu’une bouchée de ce cher benêt attachant de Hokkaidô.

Shôta no Sushi est en définitive une série inoffensive. Véhiculant des valeurs chères au Japon, elle s’avère être surtout un récit initiatique prévisible, à savoir celui d’un jeune venant du nord bien décidé à devenir le numéro un de son pays dans l’art du sushi. En raison de son format plus long que la moyenne, le j-drama n’évite malheureusement pas la répétition et il est nécessaire d’espacer sa diffusion de manière à ne pas subir de plein fouet son côté rébarbatif. Shôta no Sushi n’a rien de mauvais mais en dépit de sa bonne humeur, de son humour, de son ambiance quelque peu décalée et de personnages pour la plupart agréables, le renzoku ne convainc pas et se révèle dispensable. En revanche, ceux ayant envie d’en apprendre davantage sur les sushis devraient probablement au moins l’essayer car elle a de nombreuses choses à apporter.

Par |2017-05-01T14:00:01+02:00juin 16th, 2012|Séries japonaises, Shôta no Sushi|2 Commentaires

Kisarazu Cat’s Eye : Nihon Series | 木更津キャッツアイ : 日本シリーズ (film)

Histoire de mettre de l’ordre dans tout ce qui traîne dans mes dossiers, j’ai enfin décidé de clôturer l’aventure Kisarazu Cat’s Eye ; ou tout du moins, de commencer à la terminer. Après le renzoku diffusé durant l’hiver 2002, deux films ont été réalisés à plusieurs années d’intervalle. Aujourd’hui, il ne sera question que de Kisarazu Cat’s Eye : Nihon Series, le suivant sera traité plus tard en 2012. Sorti en salles au Japon en novembre 2003, il a bien évidemment été écrit par Kudô Kankurô et dure un peu plus de deux heures. Aucun spoiler.

Si l’on se fie au diagnostic des médecins, Bussan devrait être mort. Sauf qu’il est toujours bel et bien en vie et il aurait apparemment le droit à six mois supplémentaires ! Avec ses amis il décide donc de continuer à profiter de la vie et s’emploie à organiser un Fuji(mi) Rock Festival avec les Kishidan tout en cherchant le grand amour. Forcément, on se doute bien que ce n’est pas gagné et que les bêtises risquent de s’accumuler.

C’est avec un immense plaisir que je me suis replongée dans l’univers déjanté, très haut en couleur et totalement débridé de Kisarazu Cat’s Eye. C’est fou comme cette bande de copains m’avait manqué. Il est évident qu’il faut visionner ce film après la série, d’autant plus qu’il la suit directement. Bussan, toujours sous les traits du génial Okada Junichi (Tiger & Dragon), a un sursis. Pas encore mort, il a le droit à six mois supplémentaires et cela ne le réjouit pas. Du tout. Attendez, comment peut-on se préparer à sa mort si elle est à chaque fois repoussée ? Et puis franchement, plus personne ne le prend au sérieux. Il est vraiment mourant au fait ? Le ton du film est toujours plus ou moins similaire à celui emprunté par le renzoku. Bien que l’on parle de cancer, de phase terminale et de décès, l’humour est toujours omniprésent et si de tristes émotions réussissent généralement à se frayer un chemin, elles sont à chaque fois contrebalancées par les blagues et les délires en tous genres. Le souci est que justement, les aspects désaxé et survolté sont poussés un peu trop loin. On s’amuse certes mais plusieurs intrigues sont un poil poussives ce qui empêche de pleinement profiter de cette expérience cinématographique.

Le film débute en 2033 avec les copains qui sont toujours réunis chez Master (Satô Ryûta – Ikebukuro West Gate Park, JIN 2, Pride…), attendant une pizza livrée par le sosie de Bussan avant qu’il ne meure trente ans plus tôt. Les acteurs choisis pour incarner les vieux potes sont bien trouvés et parviennent à imiter parfaitement leurs jeunes homologues. On y reconnaît notamment Watanabe Ikkei, habitué des seconds rôles qui interprétait le père d’Uchi dans la série, ou encore Watanabe Tetsu. Bref, rien n’a changé de leurs côtés si ce n’est qu’ils ont désormais mal partout, que certains ont grossi et ont des rides. Suite à un concours de circonstances, on retourne dans le passé et nous revoilà face aux visages connus. La totalité du film suit le même mode de fonctionnement que celui de la série. En d’autres termes, l’intrigue n’est absolument pas linéaire et les fameux rembobinages sont plus que présents. Cette marque de fabrique de Kisarazu Cat’s Eye fonctionne toujours correctement bien qu’elle soit parfois frustrante.

Globalement, Nihon Series suit deux fils rouges distincts qui finissent par se rejoindre. Le long-métrage est marqué par le retour d’un mort pas vraiment mort ou peut-être pas finalement qui se met à fabriquer des faux billets. Évidemment, les amis s’y retrouvent mêlés et ont du mal à se dépêtrer de cette situation. Entre temps, ils organisent un festival de rock avec les Kishidan de retour pour l’occasion. Aikawa Shô (Kurosagi) est de la partie pour se montrer en tant qu’acteur / yakuza super cool qui fait toujours rêver Bussan. Le père de ce dernier fricote encore avec Rose, Nekota fait sa souris et plonge dans l’exotisme offerts par les Sud-Coréennes, etc. Kisarazu et ses habitants n’ont donc absolument pas changé et si l’on navigue désormais en terrain connu, les rebondissements sont tellement ahurissants que l’on ne peut les prédire. Ajoutons la musique entraînante, la bonne humeur et le surjeu parfaitement dosé des acteurs toujours aussi sympathiques ainsi que les gimmicks et nous voilà face à un sympathique moment. Cependant, que l’on ne se leurre pas. Si on s’amuse, la recette ne fonctionne plus aussi bien qu’autrefois. Le film souffre de longueurs et de surenchère. Quoi qu’on puisse dire, la série est une succession de n’importe quoi mais parfaitement écrite et dirigée. Pour faire simple, c’est une pagaille organisée. Ici, c’est malheureusement moins le cas. En cela, on ne peut qu’être un peu déçu.

Bien sûr que l’on est extrêmement heureux de retrouver Kisarazu Cat’s Eye. La bande d’amis est tellement vivifiante, unie et adorable que l’on ne peut que fondre. De même, tous les autres personnages secondaires contribuent à rendre ces deux heures plutôt agréables. Si l’humour déjanté et la dingue ambiance forment une formule intéressante, la recette prend moins bien dans ce Nihon Series. Passer d’un épisode d’une quarantaine de minutes à un film de deux heures n’est pas chose évidente, le rythme en pâtit ainsi ici. Le délire est également poussé un peu trop à son extrême, ce qui est un comble lorsque l’on sait à quelle série on a à faire. Au final, comme souvent, ce long-métrage n’est pas dispensable, il sert juste à prolonger l’expérience du renzoku et se veut être un divertissement honnête mais d’un niveau inférieur. Prochaine étape, le World Series !

Par |2017-05-01T14:00:24+02:00janvier 18th, 2012|Films, Kisarazu Cat's Eye, Séries japonaises|6 Commentaires