Profit (série complète)

Avant Dexter Morgan, Gamagôri Fûtarô, Sylar et autres individus à la personnalité très déviante, il y a eu Jim Profit. C’est quelque peu honteux pour quelqu’un se disant sériephile car il aura fallu attendre 2012 pour que je parte à la rencontre du perfide arriviste ayant choqué les États-Unis lors de son passage à la télévision. C’est d’autant plus malheureux que le sujet me donnait envie depuis des années et que l’équipe créative m’est plus que sympathique. Rattrapons donc cette erreur en mettant en avant Profit, créée par John McNamara (Prime Suspect, In Plain Sight) et David Greenwalt. Ce dernier est forcément connu des fans de Buffy the Vampire Slayer et d’Angel, mais il s’est aussi occupé de Miracles, Jake 2.0, Kidnapped, et travaille actuellement sur Grimm. Bien que Profit soit composé de huit épisodes dont un double, seuls quatre d’entre eux furent diffusés sur Fox en avril 1996. En raison des audiences faméliques et des nombreuses plaintes de téléspectateurs, la chaîne a finalement annulé la série et n’a même pas pris la peine de passer à l’antenne tout ce qui avait déjà été tourné. Il n’existe donc pas de fin en bonne et due forme. Pour la petite anecdote, dans une interview, Greenwalt a précisé qu’il aurait aimé que Jim Profit vienne faire un tour du côté de chez Wolfram & Hart, le cabinet d’avocats personnifiant le mal incarné dans Angel ; il va de soi que ce cher Profit y aurait eu toute sa place… Malheureusement, cela n’a pas pu se faire pour de multiples raisons. Aucun spoiler.

Grâce au décès inopiné de l’ancien directeur adjoint aux Acquisitions de chez Gracen & Gracen, Jim Profit obtient le poste désormais vacant et met ainsi les pieds dans cette multinationale à l’éthique discutable. Cela ne le dérange d’ailleurs nullement puisqu’il n’hésite pas à utiliser tous les moyens à sa disposition afin de gravir les échelons et parvenir au sommet.

Regarder Profit en 2012 et non pas en 1996 lui fait forcément perdre de sa substance corrosive. Il est assez important de replacer la série dans son contexte et de ne pas s’attendre à des épisodes bien plus subversifs que ceux dont on peut avoir l’habitude de voir actuellement. Ils le sont, là n’est pas la question, mais ils ne choquent pas de la même façon. La nudité et la sexualité sont par exemple bien plus suggérées que ce que l’on aurait pu penser. En 1996, l’écriture était alors tellement révolutionnaire et non consensuelle pour l’époque que beaucoup se sont dit outrés. Il faut savoir que le premier épisode est connu pour avoir vu son audience chuter en masse suite à une scène où le héros, après avoir embrassé passionnément une femme, lui lance un « hi, mom » ; scène immédiatement suivie d’une coupure de publicité. Sans grande surprise, cette réplique fut la goutte d’eau scandalisant définitivement la société américaine et la faisant éteindre sa télévision. Bien évidemment, en 2012 nous avons déjà assisté à de multiples productions n’hésitant pas à plonger leur public dans les abîmes de la noirceur humaine. De même, les mentalités ont également évolué entre temps. On peut se plaire à penser que si Profit était arrivée sept ou huit ans plus tard, elle serait restée davantage à l’antenne. Là, elle semblait en avance sur son temps et s’apparente quelque peu à la mère de toutes les séries jouant avec l’éthique et autres valeurs morales. C’est donc en sachant cela qu’il est probablement préférable de lancer ces épisodes. Sans ressentir l’effet extraordinaire que ce fut probablement en 1996, Profit garde toujours son côté impertinent très appréciable et au final, son âge assez avancé ne joue pas en sa défaveur. Des personnages comme Dexter de la série du même nom n’apparaissent alors que comme des avatars bien plus lisses ne faisant que continuer avec plus ou moins de succès ce que Jim Profit a amorcé. En revanche, il est indéniable que la forme est marquée par ses seize années. Malgré une ambiance en clair-obscur, la réalisation très typée années 1990, la photographie moyennement inspirée, les vêtements peu flatteurs, les décors dorénavant assez kitsch et la musique – composée par Mike Post (Law & Order, Law & Order : Special Victims Unit, Law & Order : Criminal Intent) et Walter Murphy (Family Guy) – tout aussi caractéristique de cette décennie ne jouent clairement pas en sa faveur. L’interface informatique en 3D style Les Sims avec laquelle Profit s’amuse pour symboliser ses cartes à abattre est un autre exemple donnant parfois l’impression de regarder une relique de la télévision. Pourtant, cet emballage daté ne gêne aucunement le visionnage et lui offre même un certain charme suranné ; il serait par conséquent dommage de ne pas oser se lancer pour cette raison. Après tout, lorsque l’écriture fait preuve de solidité, le reste importe peu. Profit le prouve sans aucune difficulté tout au long de sa trop courte existence.

     

Aux yeux de tous, Jim Profit est un jeune golden boy venant tout juste d’intégrer la grande entreprise Gracen & Gracen. Propre sur lui, plutôt charmant, souriant, à l’écoute des autres et réfléchi, il semble fiable et honnête. Enfin, pour un homme d’affaires. Sauf qu’en réalité, tel un Richard III dévoré par l’ambition, Profit a assassiné celui dont il voulait le poste et continue de manigancer dans son coin de manière à diriger le plus rapidement possible la multinationale. Avant de parvenir au sommet, il doit par conséquent décimer ses adversaires les uns après les autres. Machiavélique, il ne cherche aucunement la réputation ou à se faire connaître de tous. Non, il œuvre discrètement dans l’ombre, met en place des machinations finement organisées et tout ça, l’air de rien. Il est loin d’être psychotique et sait pertinemment ce qu’il prépare, si ce n’est que tout lui glisse dessus, comme si rien n’avait d’importance. Ne prônant aucunement la violence, il fait au contraire preuve d’une grande politesse voire même, d’une certaine délicatesse. S’il se fiche totalement de ce qui peut arriver aux personnes qu’il côtoie régulièrement ou à d’illustres inconnus ne lui ayant rien fait, il tient à ce que tout cela ne perturbe pas le calme ambiant. Irréprochable aux yeux des autres, Profit s’est en réalité construit un visage acceptable dans le but de passer le plus inaperçu possible. En d’autres termes, compte tenu de son absence totale de remords, de culpabilité ou d’empathie ainsi qu’en raison de sa propension à répéter des actes moralement et légalement répréhensibles, il possède sans conteste une personnalité antisociale. Cette sociopathie s’explique en grande partie par son enfance abusée où, son père, l’enfermait dans un carton avec un unique trou afin de pouvoir regarder et être éduqué par la télévision. Cette maison très particulière portait le logo de chez Gracen et Gracen, la fameuse entreprise intéressant grandement Profit. Le shérif, interprété par le regretté Don S. Davis (Stargate SG-1), permet d’en apprendre davantage sur le passé de cet opportuniste. Les épisodes mettent en avant l’ascension accélérée de cet arriviste de première catégorie ayant toujours plusieurs coups d’avance. Changeant de masque selon la personne qu’il fréquente, il est fin psychologue et sait généralement lire les autres, ce qui est sans aucun doute une excellente qualité pour arriver à ses fins. Le pilote le montre s’amusant ouvertement en expliquant à son nouveau patron qu’au contraire de tous ses nouveaux collègues, il serait bien le seul à ne pas être mêlé à la disparition tragique de l’ancien directeur adjoint des Acquisitions ; après tout, il n’était alors pas présent et ne connaissait personne, qui irait donc le suspecter ?! Ce qu’il y a d’assez jouissif à voir à l’écran est qu’il trouve régulièrement le moyen de se faire passer pour le gentil, le désintéressé et serviable alors qu’en réalité, c’est lui qui mène tout le monde à la baguette. Bien que Profit n’ait aucune véritable conscience, il fait honneur à certaines valeurs qu’il juge importantes comme celles concernant la famille et l’accomplissement du travail. Au final, cet homme est assez complexe et plus que déstabilisant. En tant que téléspectateur, nous savons tous à quel point il n’est qu’un être détestable mais il est difficile de ne pas être attiré par lui comme un papillon l’est avec la lumière. Au fur et à mesure de sa progression, il rencontre de nombreux obstacles, réussit à en tourner peut-être trop à son avantage, et contre toute attente, c’est lui que l’on soutient et non pas d’autres incarnant davantage l’ordre moral. Pour cette raison, Profit distille un climat mettant quelque peu mal à l’aise car la série amène à faire réfléchir sur ses propres valeurs et le rapport que l’on entretient avec elles.

Tout au long de ses épisodes, Profit met en avant les procédés employés par son anti-héros dont le patronyme, méticuleusement choisi par ses soins, lui sied parfaitement. S’il arrive dans sa nouvelle entreprise en commettant un meurtre, il n’emploie heureusement pas ce genre de procédés, trop faciles scénaristiquement parlant, par la suite. À la place, il ne lésine pas sur le chantage, l’extorsion, la corruption, les menaces déguisées, le sexe, les kidnappings, l’hypocrisie, les complots et autres coups bas. Ses relations avec les autres ne sont jamais superflues puisqu’il ne se rapproche que de ceux pouvant l’aider à atteindre ses objectifs. Aussi incroyable que cela puisse paraître, il n’a aucune envie de ruiner Gracen & Gracen mais il désire tout simplement que celle-ci garde son unité familiale car, lui-même, se sent appartenir à cette famille plus qu’atypique. D’ailleurs, la dernière phrase de la série, When the smoke clears, and you get right down to it, only three things really matter : your faith, your fortitude, and your family. Good night., le résume parfaitement. Bien que l’écriture manque parfois un tout petit peu de finesse et que certains passages soient accommodants – le businessman connaissant par exemple tout sur tout le monde on ne sait comment – ses manipulations demeurent extrêmement exaltantes à suivre. Avec son calme olympien et son incroyable assurance, il ne peut que fasciner malgré le dégoût antithétique qu’il inspire. Les dialogues scandaleux très acérés sont en plus un régal. Il faut dire que son interprète, Adrian Pasdar (Heroes), aide beaucoup et ne commet aucune erreur avec une interprétation sobre et minimaliste évitant la caricature. Voir Profit jouer à l’homme admirable dans ses bureaux et le retrouver ensuite, chez lui, derrière son ordinateur, nu comme un ver et les cheveux en bataille, est plus qu’amusant. Il officie en tant que narrateur et d’une voix feutrée non dénuée d’humour noir, il explique son point de vue particulier sur la vie et nous donne des leçons avec un ton suffisant caustique à souhait. La série possède un registre très libéré et cette immoralité a toutes les chances de troubler. En nous partageant ses moindres pensées, il nous place alors en tant que complices et voyeurs et cette position privilégiée se montre parfois très inconfortable. Profit est d’autant plus pervers qu’il embrigade certains personnages dans ses malversations et les manœuvre pour leur faire croire que leurs propres actes ne viennent que d’eux. Il utilise sa secrétaire, Gail Koner, jouée par Lisa Darr (Life As We Know It, Popular), à qui il fait croire qu’en définitive, elle compte pour lui et qu’il ne ferait jamais rien pour la mettre en danger. Ce qui est naturellement, totalement faux. Il n’empêche que la dynamique entre les deux est plus que sympathique. Avec Nora Gracen (Allison Hossack), l’épouse de Pete (Jack Gwaltney), il pousse la manipulation jusqu’à lui faire croire qu’il est amoureux d’elle mais qu’il est totalement incapable de l’aimer comme elle le mériterait étant donné qu’elle est mariée. Ce rapprochement lui permet de diriger Pete et plus indirectement, Charles Henry Gracen (Keith Szarabajka), dit Chaz, le CEO de la multinationale. Progressivement, Profit se rend indispensable et réussit par son talent à tourner n’importe quelle situation à son avantage, en paraissant le plus humble possible. Il va de soi que Chaz apprécie ce jeune homme d’affaire l’aidant parfois même lorsqu’il lui demande de dépasser le cadre de la loi… Tout ce petit monde ne voit par conséquent que du feu et ne réalise aucunement qu’ils ne sont que la proie d’un vil prédateur ayant les dents raclant le parquet. Pourtant, quelques autres de leurs collègues cherchent à les prévenir du danger.

Jim Profit ne montre son vrai jour que devant sa belle-mère, Bobbi Stakowski (Lisa Blount), avec qui le complexe d’Œdipe n’est jamais très loin. Toxicomane, elle est parfaitement au courant de ce que son fils adoptif fabrique et n’en a cure, à la condition qu’il l’entretienne et passe ses caprices. À vrai dire, elle est également une manipulatrice patentée, ce qu’elle prouvera à de nombreuses reprises et plus particulièrement avec Chaz et sa femme, incarnée par Teryl Rothery (Stargate SG-1, Caprica, Kyle XY). Outre le caractère vicieux de son personnage principal, Profit distille une ambiance très sulfureuse par la relation aux limites incestueuses entre les membres de cette famille éclatée. Deux collègues de Profit ne sont pas aveuglés et cherchent, pour des raisons parfois douteuses, à le faire tomber. Joanne Meltzer (Lisa Zane – Dinotopia), chargée de la sécurité interne, est sans aucun doute la plus virulente d’entre eux. Elle sait se trouver en face d’un monstre, le définit comme étant the sickest son of a bitch on the face of the earth, n’hésite pas à le lui asséner et évidemment, elle peine à se faire entendre d’autant plus que Profit use de méthodes radicales influant sur son équilibre psychologique. Rapidement, elle décide de faire équipe avec Jeffrey Sykes (Sherman Augustus) dont les motivations sont troubles. En fait, il n’est pas rare que les différents protagonistes soient bien plus denses qu’à première vue et tous semblent être dotés d’au moins un élément peu recommandable. Chacun a ses propres secrets, cache des squelettes dans son placard et personne n’est donc innocent. De quoi maximiser à son plein potentiel le malaise perpétuel et s’approcher d’un certain nihilisme.

Par son personnage principal réussissant tout ce qu’il entreprend d’une main de maître dans le monde des affaires, malgré – ou grâce à – son absence totale d’éthique morale et de compassion envers autrui, Profit critique assez habilement le capitalisme féroce durant une période où il n’est pas encore trop montré du doigt. Preuve que la violence psychologique, des relations sociales préfabriquées et non sincères ne gênent en rien l’ascension professionnelle, voire la favorisent grandement. Les épisodes, écrits pourtant en 1996, font toujours échos à des situations actuelles, à une époque où l’individualisme est roi et où de grandes sociétés cherchent par tous les moyens à obtenir le plus d’informations sur les autres, quitte à franchir des limites sans que l’individu en tant que tel ne puisse y faire grand-chose. De même, avec son sociopathe éduqué à la télévision, il est évident que le poids écrasant que celle-ci est capable de jouer sur la vie de n’importe qui et, dans un sens plus élargi, sur la société en général, est blâmé. Visiblement, ce média a toutes les cartes en main afin de pénétrer les esprits, les modeler, imposer ses propres lois et… les aliéner. La psychologie de Profit a beau être assez irréaliste tant le personnage symbolise de trop le « parfait » sociopathe, elle s’avère crédible et dans tous les cas, elle amène certains éléments de réflexion intéressants. Fondamentalement, le but de cet ensemble n’est pas aussi profond qu’on pourrait se l’imaginer et s’apparente surtout à un jeu d’échecs grandeur nature où seul un seul des participants sait qu’il joue une partie, partie qui plus est, éminemment dangereuse. On ne peut savoir de quelle manière la série aurait évolué mais cette fin qu’elle propose n’est pas dérangeante et permet de partir la tête haute, sans ne jamais avoir vraiment faibli. L’article de Wikipedia détaille quelques débuts d’intrigues qui auraient dû être développées dans les épisodes suivants.

Au final, Profit fut, en dépit d’une unique saison ridiculement raccourcie, une série innovante et incisive apportant un vent rafraîchissant inspirant par la suite bien d’autres productions. Tout en reprenant les codes d’une tragédie shakespearienne avec son héros cruel et pervers usant et abusant de tous les moyens pour arriver à ses fins, le scénario fait preuve d’une ironie cynique, d’une verve sarcastique et d’une noirceur indescriptible. La gêne que ressent le téléspectateur est d’autant plus oppressante qu’il est compliqué de ne pas se prendre de tendre affection pour ce sociopathe placide et poli prêt à tout pour atteindre son but sans ne jamais faire de vagues démonstratives. Incarné d’une main de maître, Jim Profit possède ainsi une brillante personnalité complexe et viciée qu’il tourne à son avantage en corrompant toutes les personnes autour de lui. Il est indiscutablement un prédateur contagieux dénué de scrupules n’hésitant pas à injecter une tonalité humoristique forcément malvenue mais délicieusement corrosive. Malgré son âge, une forme assez datée, de légères facilités et un scénario somme toute basique, le fond de cette production se révèle très solide, assurément efficace et terriblement addictif. En somme, cette série aura su marquer les esprits par son féroce diabolisme et par sa fascinante quête de pouvoir absolu au détriment des hommes. Elle est assurément à regarder, pour toutes ses qualités mais aussi pour son influence notable sur les séries ayant suivi et qui sont, pour certaines, toujours à l’antenne.

Par |2018-07-06T18:03:40+02:00décembre 16th, 2012|Profit, Séries étasuniennes|6 Commentaires

Dead Like Me (série complète)

Ayant décidé de consacrer 2011 au rattrapage de toutes les séries que j’avais en cours, j’ai ainsi terminé assez récemment la série canado-américaine Dead Like Me. Il me semble l’avoir débutée vers 2005. Créée par Bryan Fuller (Pushing Daisies, Wonderfalls), elle est composée de deux saisons, la première comportant quatorze épisodes et la seconde quinze. Elle fut diffusée entre 2003 et 2004 sur Showtime. Ayant été annulée plusieurs mois après l’écriture du season series finale, elle n’a pas de fin réelle. Toutefois, un film est sorti directement en DVD en 2007 et sera traité sur Luminophore en 2012. Fuller a quitté la série au cours de la première saison. Aucun spoiler.

Comme je l’ai écrit dans le premier paragraphe, je pense avoir commencé Dead Like Me aux alentours de 2005. Possédant le coffret DVD, je sais avoir regardé la saison une au moins à deux reprises. Si j’ai attendu environ six ans pour terminer la série cela n’est absolument pas lié à l’appréciation que j’en avais / j’en ai. Je gardais en mémoire des épisodes sympathiques mais je n’étais pas si pressée que ça d’en venir à bout. J’aurais pu regarder à nouveau cette saison histoire de rafraîchir mes idées mais je ne l’ai pas fait. Par conséquent, je serai réellement incapable de parler d’elle et de ce qu’elle vaut. Tout ce que je peux dire, c’est qu’en débutant cette année la saison deux, je me suis immédiatement rappelée pourquoi j’avais autant apprécié l’univers de Dead Like Me jusque-là. Il paraît que la qualité de cette ultime saison est inférieure à la précédente, c’est bien possible mais cela ne l’empêche nullement d’être une petite pépite.

Dead Like Me débute par la mort tragique et en même temps comique de Georgia ‘George’ Lass. Venant d’avoir 18 ans, elle décide de plaquer ses études et met ainsi les pieds dans le monde du travail. Pas motivée pour un sou, sarcastique et insolente, elle n’est pas facile et le sait. Cela ne l’empêche pas de faire peu d’effort pour tenter de s’intégrer dans la société. Un jour, elle est percutée par une lunette de toilette de la station Mir et elle meurt. Généralement, lorsque le héros d’une série décède, on arrive à la fin, ici c’est justement le début de l’histoire. Si aux yeux de tous Georgia Lass est enterrée et commence une lente putréfaction, elle se balade toutefois toujours dans les rues de Seattle. Elle est juste devenue une de nombreuses faucheuses que comporte la planète. La chose étant bien faite, son visage a totalement changé. George est donc là sans être vraiment là. Elle découvre dès lors en même temps que nous le monde des faucheurs et plus particulièrement celui d’un petit groupe dirigé par Rube. Il paraît cependant évident que lorsque l’on vient de trépasser, on n’a pas spécialement envie de se réjouir et de passer à autre chose. George doit composer avec sa nouvelle situation et tout laisser en arrière. En théorie. Si Dead Like Me narre les aventures de George la faucheuse, elle n’oublie jamais la famille de l’héroïne. Si un des leurs les a quittés, leur vie ne s’est pas arrêtée et la série montre de quelle manière ils tentent de s’en sortir, chacun réagissant à sa propre façon.

Dans la série, les faucheurs ne tuent qui que ce soit, ils récoltent tout simplement l’âme de certaines personnes avant qu’elles ne meurent. Les faucheurs sont tous des personnes déjà mortes et qui naviguent donc entre les deux mondes, celui des vivants et celui des décédés. Ils n’appartiennent par conséquent à aucun d’entre eux et ne peuvent vivre une vie normale. Tous les matins, Rube distribue ainsi à sa petite équipe des post-it avec le nom du futur décédé, l’adresse où le trouver et l’heure fatidique. Le faucheur doit donc être présent à ce moment précis et le toucher afin de récupérer son âme. De cette manière, il pourra ensuite partir on ne sait où faire on ne sait quoi. Les petites saletés qui tuent indirectement, en enlevant une bouche d’égout par exemple, en déplaçant de quelques millimètres une planche, etc., sont les Gravelings, des espèces de bestioles bêtes et méchantes. Les faucheurs n’ont aucun contrôle sur eux et n’ont pas à se poser de questions. Qui dirige tout ça ? Comment Rube écrit-il ses post-it ? Malheureusement, la série demeure assez vague là-dessus. C’est comme ça, c’est tout. Cependant, notamment dans la saison deux, on découvre d’autres types de faucheurs comme un enfant interprété par Spencer Achtymichuk (The Dead Zone) qui se consacre aux animaux. Alors que beaucoup auraient intégré une certaine dose religieuse / métaphysique, la série ne le fait pas du tout et cela est franchement agréable de ce point de vue. Évidement, les croyances sont de temps en temps de la partie, ce qui est normal, mais elles ne sont jamais le principal moteur.

Un des points forts de Dead Like Me est sa galerie de personnages hauts en couleur et très attachants. Du fait de leur nature de faucheurs, ils ne peuvent réellement frayer avec les autres et sont donc unis, qu’ils le veuillent ou non. Au final, on se retrouve face à une petite famille atypique et sacrément dysfonctionnelle. La plus jeune en âge mais aussi la dernière à être morte, George, incarnée par l’excellente Ellen Muth -que l’on ne voit malheureusement plus-, est caustique, insolente et bornée. Elle officie en tant que narrateur mais ses discours ne sont jamais ennuyants ou faciles. Elle fait preuve de pas mal d’auto-dérision et en dépit de la situation, ne se laisse pas abattre. Si faucheur pourrait être associé à un métier, il ne paye toutefois pas. George doit donc trouver un boulot et retrouve son poste très fraichement acquis dans une société portant le doux nom de Happy Time. Elle s’y présente sous un faux nom, évidemment. Elle est ainsi devenue Millie. À Happy Time, George suit les ordres de la géniale Delores Herbig jouée par la toute aussi géniale Christine Willes (Smallville). Delores est pointilleuse, inflexible mais a un cœur gros comme ça. Elle se prend assez rapidement d’affection pour Millie et en fait sa confidente. Elle est aussi convaincue que son employée est une ex-alcoolique, ex-droguée et tout ce qui va avec. Eh oui, George doit bien inventer des excuses pour partir n’importe quand récolter des âmes ! Happy Time comporte quelques autres figures truculentes comme Crystal, la réceptionniste qui ne parle pas mais qui ne rate jamais rien.

Du côté des faucheurs, George rencontre d’abord Rube qui fait clairement office de père au fil des épisodes. Tout le monde se repose sur lui et suit ses ordres même s’il faut d’abord ronchonner avant. Interprété par Mandy Patinkin (Criminal Minds), toujours aussi excellent, Rube paraît presque acariâtre et ne sourit jamais. Cela n’est qu’une façade car s’il peut être méchant et froid par moment, il aime sa petite famille de plus vraiment morts et apprécie le travail bien fait. La moins intéressante est peut-être Roxy, cynique et autoritaire. Très proche de la loi, elle fait tout pour l’appliquer comme il faut. Avec Rube, elle est celle qui est la plus fiable du groupe. Elle est très sympathique elle aussi mais elle est moins développée que les autres. Toujours chez les femmes, Betty, jouée par Rebecca Gayheart n’est présente que lors de la première saison et j’avoue ne plus très bien me souvenir de son passé et de sa personnalité. La sylphide Daisy Adair, incarnée par Laura Harris (The Dead Zone), prend sa place et semble sûre d’elle, de sa beauté et de son charme mais montre à plusieurs reprises de nombreuses cassures. Et n’oublions évidemment pas l’incroyable et le charismatique Mason joué par Callum Blue (Smallville). Né avec un poil dans la main, drogué depuis toujours et peut-être encore plus depuis sa mort, amateur de rock, vulgaire et Anglais, Mason est le mouton noir du groupe. Jamais fichu de faire correctement ce qu’on lui demande, il se met souvent Rube à dos. Ils se détestent cordialement. Semblant presque amoral car volant les morts, Mason est drôle et adorable. Oui, c’est mon personnage favori. Bref, tout ce petit monde se marche parfois sur les pieds, se dispute souvent mais entre certains se développe une réelle amitié voire même davantage. Ils se retrouvent à chaque fois à Der Waffle Haus où Kiffany leur sert toujours à manger tout en écoutant de manière stoïque leurs discussions et les remarques souvent sorties de nulle part de Mason.

Comme écrit plus haut, la série s’attarde sur les morts, sur ceux qui le sont mais plus trop mais aussi sur les vivants. Elle montre effectivement la famille de George, composée de la mère psychorigide et névrosée, Joy, incarnée par Cynthia Stevenson, du père, Clancy, qui trompe sa femme avec une de ses étudiantes, de Reggie, la petite sœur et de JD, le golden retriever. Clancy est un peu moins visible que les deux femmes de la maison. La relation entre Joy et Reggie est tout particulièrement mise en valeur et est vraiment belle. Reggie est une jeune fille qui entre dans l’adolescence. Toujours ignorée par George de son vivant, elle vit mal la perte de sa sœur et tente de calquer ses habitudes sur les siennes. Persuadée qu’elle n’est pas réellement morte, Reggie se met à tenir des propos délirants pour ses parents. Assez renfermée, elle parle peu et laisse sa mère gigoter dans tous les sens. Si George est supposée aller de l’avant, elle ne peut toutefois s’empêcher de veiller sur eux à sa manière.
La série parvient à chaque fois à trouver le bon ton et un rythme convaincant entre la nouvelle vie de George et ce qu’il se passe dorénavant chez les Lass.

Comme souvent avec certaines séries qui commencent à dater, on peut reconnaître plusieurs acteurs dans des rôles plus ou moins conséquents. Notons par exemple la présence de Teryl Rothery (Stargate SG-1, Kyle XY), Eric McCormack (Will & Grace), Nicki Clyne (Battlestar Galactica), Tom McBeath (Stargate SG-1), Samantha Smith (Supernatural), Katie Stuart (The Crow : Stairway to Heaven) et de plein d’habitués des séries tournées à Vancouver.

Bien que le sujet principal de Dead Like Me soit la mort, la série n’est absolument pas morbide ou déprimante. Au contraire, elle est pleine de vie, d’entrain et d’une certaine malice. L’humour est décapant, parfois féroce et s’insère à merveille parmi des thématiques variées. La musique assez atypique réussit à amplifier le côté parfois presque burlesque de certaines situations. Cet aspect humoristique est sublimé par des répliques ciselées. Si la comédie est plus que présente, les épisodes ne sont jamais dénués d’émotion et de compassion. Ils trouvent généralement le bon angle d’approche, sont plus profonds qu’ils n’en ont l’air et ne manquent pas d’intérêt. Les deux saisons s’attardent essentiellement sur ses protagonistes et les développent à bon escient. Quelques épisodes sont moins réussis que d’autres, il est parfois dommage que des questions restent en suspens mais c’est bien peu de choses face au bonheur et au divertissement procurés. La série célèbre la vie et fait réfléchir sur la mort. En dépit d’un sujet incroyable, on peut se dire que pourquoi pas… ces faucheurs pourraient bien exister, non ?

Dead Like Me est l’histoire d’un groupe d’individus comme il en existe des milliers sur la planète. Ils se lèvent comme tout le monde, travaillent, composent avec leurs connaissances et rentrent chez eux. La seule différence est qu’ici, ils ont une occupation étrange : ils sont des faucheurs. Bien que tout ceci paraisse irréaliste et que les histoires soient résolument décalées, la série a tout de même sacrément les pieds sur terre et met en avant une mini société avec ses mœurs, ses habitudes et ses méthodes. Elle en devient presque perturbante. C’est ainsi leur quotidien que l’on suit au cours de ces deux petites saisons, accompagné d’une jeune femme qui vient de mourir. La série est brillamment écrite, interprétée par des acteurs investissant leurs rôles comme il faut et possédant une grande alchimie entre eux. Alors qu’elle parle de la mort, elle fait tout simplement honneur à la vie. Si le series finale n’en est pas vraiment un, il se termine correctement et le film doit sûrement apporter du neuf. Les personnages sont attachants, majoritairement blasés et possèdent un petit grain de folie très appréciable cachant une tristesse parfois profonde. Au final, Dead Like Me est une série cynique, caustique, satirique, à l’humour noir provocateur, souvent débridée et non dénuée de sentiments. Elle se place dès lors comme un petit délice à consommer sans modération.
Bonus : l’excellent générique

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=rbEKFVcGhjc

Par |2017-05-01T14:00:35+02:00décembre 4th, 2011|Dead Like Me, Séries canadiennes, Séries étasuniennes|4 Commentaires