Sleepy Hollow (saison 1)

The Legend of Sleepy Hollow, la fameuse légende du cavalier sans tête, a probablement été révélée au grand public à travers l’adaptation cinématographique de Tim Burton datant de 1999. Pourtant, cette nouvelle fantastique existe depuis un certain temps puisqu’elle fut publiée pour la première fois par Washington Irving en 1820. Quand Fox annonça mettre en chantier une série télévisée s’inspirant de cette histoire folklorique, il faut avouer que beaucoup s’en sont amusé et ont montré leur perplexité. Contre toute attente, cette nouvelle mouture sobrement intitulée Sleepy Hollow fut l’un des succès de 2013 ; ce n’est donc guère étonnant qu’une suite fût rapidement commandée. Aujourd’hui, nous allons nous attarder sur sa première saison composée de treize épisodes diffusés sur la chaîne entre septembre 2013 et janvier 2014. Aucun spoiler.

En 1781, en plein durant la guerre d’Indépendance, Ichabod Crane espionne pour le compte de George Washington. Tandis qu’il tente de venir à bout d’un cavalier redoutable, il reçoit un coup fatal et décède. Deux siècles plus tard, il se réveille subitement et découvre le monde moderne. Toutefois, il n’est pas le seul à revenir d’entre les morts, car son meurtrier l’a suivi et semble prêt à bouleverser le quotidien tranquille de la ville de Sleepy Hollow. L’inspectrice de police Abbie Mills réalise alors avec stupeur que ce qu’elle s’est toujours refusé de croire existe bel et bien… Apocalypse, sorcellerie et autres créatures mystiques figurent désormais sur son agenda !

Forcément, l’amatrice de forces démoniaques et d’ambiance ésotérique que je suis n’allait pas laisser passer l’opportunité de regarder Sleepy Hollow. Mes souvenirs du long-métrage avec Johnny Depp s’avérant ténus, je me suis dit qu’au moins, je ne risquais pas de comparer quoi que ce soit. De toute façon, cette série étasunienne modernise grandement le récit d’origine en installant son cadre à notre époque, tout en effectuant un pont avec son contexte princeps. Pour cela, elle utilise le voyage temporel et intègre moult flashbacks, propulsant par la même occasion le téléspectateur au XVIIIè siècle où des évènements véridiques sont détournés sous un jour moins cartésien. En fait, cette saison une emploie plusieurs genres et propose une sorte de patchwork familier du fantastique, sans pour autant se révéler rébarbative ou redondante. Effectivement, avouons que depuis quelques années, les fins du monde et autres se sont multipliées sur le petit comme le grand écran. Horreur, références bibliques, chronique historique, amitié sincère, affaires policières, disputes fraternelles et romance s’entremêlent pour former une épopée décoiffante et clairement rafraîchissante. Nonobstant un mécanisme classique, la fiction détient une vraie identité. Sur le papier, le synopsis a de quoi provoquer des interrogations et le fait que le pilote annonce d’emblée ses aspirations en évoquant sept années peut amener des rires moqueurs. Si la série s’avère ambitieuse, elle n’en devient aucunement pompeuse ou prétentieuse. Ce serait même tout le contraire tant elle assume parfaitement ses limites, en joue et s’amuse de son ton gothique sérieusement excentrique. Son naturel excessif divertit et fait sourire, surtout que les répliques délicieuses fusent. La réalisation soignée, les décors envoûtants, le générique mystérieux et la musique de Brian Tyler (Children of Dune) prolongent également l’immersion. Contre toute attente, alors que le format laisse craindre une structure rigide où les héros combattent chaque semaine un monstre différent, ce n’est pas du tout le cas. Certains arcs sont moins réussis que d’autres, des situations et des dialogues sont trop faciles, mais la saison se contente d’un nombre restreint d’épisodes et injecte un rythme enlevé où la mythologie prend rapidement forme. Derrière des enquêtes parfois triviales, tout semble en réalité lié et les éléments s’imbriquent logiquement les uns dans les autres. Avec son registre alternant séquences rigolotes et passages émotionnellement chargés, la série fait mouche d’autant plus qu’outre ses rebondissements efficaces, elle dispose d’un duo de choc.

Aristocrate anglais issu d’une bonne famille, Ichabod Crane est marié à Katrina (Katia Winter), une belle sorcière dont il ne connaît pourtant pas les activités secrètes. Lui aussi mène une double vie puisqu’il n’est pas qu’un simple militaire. Non, il combat les forces obscures et aide George Washington, le futur premier président des États-Unis. Durant une lutte contre un soldat ennemi fort coriace, il est méchamment assommé et décède peu après. Son destin aurait pu et dû s’arrêter là, mais c’était sans compter sur les pouvoirs de sa femme, elle qui trahit son sabbat en permettant à Ichabod de ressusciter plus tard. Et c’est ainsi qu’il sort de son cercueil dans les années 2010. Il ne peut trop s’attarder sur sa condition, car le cavalier responsable de son malheur le pourchasse ; et il n’a toujours pas sa tête ! Forcément, tous prennent cet homme accoutré d’une chemise à jabot pour un illuminé. Seule l’inspectrice Abbie Mills envisage de lui laisser le bénéfice du doute pour diverses raisons, dont une liée à son mentor et supérieur, le shérif August Corbin (Clancy Brown – Carnivàle). Les deux choisissent alors de s’allier, mais ils sont loin de s’imaginer qu’il ne s’agit que des prémices d’une très longue route sinueuse. L’apocalypse est aux portes du monde et il faut à tout prix l’arrêter et vaincre les êtres surnaturels arrivant en trombe dans la petite ville, sorte d’aimant à abomination. L’association de ces deux individus que tout oppose et qui ne se seraient jamais rencontrés en temps normal est tout simplement excellente. Indissociables de leur mission commune, ils ne peuvent s’en détacher et décident de se serrer les coudes, envers et contre tout. Progressivement, le scénario distille une atmosphère de franche camaraderie et de respect mutuel où chacun veille sur l’autre. Qui plus est, l’écriture fait extrêmement plaisir en n’instaurant pas une quelconque ambiguïté romantique entre eux. Ils sont amis et c’est suffisant. Ensemble, ils forment par conséquent une dynamique attachante, ce qui ne les empêche nullement de se montrer tout aussi convaincants lorsqu’ils restent seuls.

Cultivé et ancien professeur d’histoire, Ichabod Crane ne se laisse pas décourager par son arrivée au XXIè siècle, même si son univers n’existe plus et qu’il doit composer avec le fait que sa femme se trouve dans un lieu peu banal : le purgatoire. Avec une légère pointe d’arrogance, le personnage en tant que tel est savoureux. L’interprétation et l’accent de Tom Mison ne sont pas étrangers à cette sympathie, ne le nions pas. Ichabod découvre le monde contemporain et c’est l’occasion d’illustrer quelques-uns de nos objets, manières de vivre et manies avec un soupçon satirique piquant. La série n’hésite effectivement pas à railler le consumérisme ambiant derrière le décalage qu’offre ce voyage temporel. D’ailleurs, sous le couvert de ses intrigues presque loufoques, elle se montre plutôt différente de la masse en employant, par exemple, des minorités ethniques dans des rôles principaux. Quoi qu’il en soit, les observations d’Ichabod, son discours théâtral et son attitude légèrement outrée le rendent adorable. Abbie (Nicole Beharie) n’est pas en reste. Courageuse, forte et intelligente, elle n’a pas un cheminement personnel aisé, mais l’écriture ne cherche pas à la prendre en pitié. Plus posée que son nouvel acolyte, elle essaye de garder les pieds sur terre malgré les bizarreries omniprésentes. Elle aussi semble poursuivie par un destin farceur et sa sœur, Jenny (Lyndie Greenwood – Nikita), en aurait subi directement les frais parce qu’aux dernières nouvelles, elle est internée dans un hôpital psychiatrique. À leurs côtés gravite une galerie de figures secondaires assez limitée. Orlando Jones incarne un chef de police agréable bien que son histoire familiale ne mérite pas autant de développement. Le vieil homme aux ressources étonnantes campé par John Noble (Fringe) représente l’un des éléments les plus positivement surprenants de la fin de parcours. Sinon, il est possible de noter la présence d’acteurs comme John Cho (FlashForward) en chouette collègue amusant d’Abbie, James Frain (The Tudors, The White Queen), Craig Parker (Legend of the Seeker, Spartacus), Neil Jackson (Blade: The Series), Victor Garber (Alias) et Nicholas Gonzalez (Mental).

Au final, la première saison de Sleepy Hollow est une franche réussite parvenant à s’offrir rapidement une identité. À travers les aventures presque extravagantes de deux individus dissemblables, elle plonge son audience dans un univers surnaturel bien plus dense qu’il ne le laisse paraître. Fantastique, horreur, folklore, chasse aux objets fabuleux et faits historiques s’associent pour alimenter maints rebondissements exubérants. Grâce à l’efficacité de son écriture, aux notes d’humour et à la fraîcheur de son ton, ses épisodes délivrent alors un spectacle parfaitement assumé et décomplexé. Certes, l’ensemble n’est pas dénué de défauts, mais ces derniers participent justement au charme presque innocent de cette fiction colorée. Ajoutons-y un duo adorablement farfelu et tous les éléments sont réunis pour proposer un divertissement rondement mené. Vivement la suite !

Par |2017-05-01T13:58:39+02:00mars 10th, 2015|Séries étasuniennes, Sleepy Hollow|0 commentaire

New Amsterdam (série complète)

De tout temps, l’immortalité a été une thématique alimentant l’imagination des êtres humains et à l’origine d’une multitude de fictions. New Amsterdam est justement l’une d’entre elles. Cette série américaine de seulement huit épisodes d’une petite quarantaine de minutes fut diffusée sur Fox en mars et avril 2008. Sans grande surprise compte tenu des audiences, la chaîne a rapidement annulé sa production qui ne possède donc pas de fin en bonne et due forme. Aucun spoiler.

En apparence, John Amsterdam est un inspecteur à la brigade criminelle de New York. S’il est certes plutôt brillant, il semble malgré tout relativement banal. Pourtant, il a en réalité plus de 400 ans et attend depuis plusieurs siècles la femme de sa vie, celle capable de lui rendre la mortalité.

Passée totalement sous mes radars lors de son arrivée en catimini aux États-Unis, je n’ai découvert l’existence de New Amsterdam qu’il y a un ou deux ans, en regardant ce dans quoi Nikolaj Coster-Waldau (Game of Thrones, Virtuality) avait déjà eu l’occasion de jouer. Ici, il n’est autre que le héros de cette série, ne prenant pas d’âge et ressuscitant dès que le besoin s’en fait sentir. Il y a longtemps, en 1642, cet homme est un simple soldat hollandais fraîchement arrivé sur ce que l’on appelle alors le Nouveau Monde, dans le but de participer à sa colonisation. Son existence est profondément bouleversée lorsqu’il sauve des griffes de ses compatriotes une femme appartenant à une tribu amérindienne. Mortellement blessé, il aurait ainsi pu terminer là son existence mais grâce à un mystérieux sort proféré par la jeune rescapée, il se voit offrir une incroyable opportunité. Plus que de le ramener parmi les vivants, elle le rend immortel. Cette situation ne s’inversera qu’à partir du moment où il rencontrera le grand et véritable amour. Dès lors, John n’a pas d’autre choix que de traverser les années, puis les siècles, en ne changeant jamais physiquement. Si naturellement cette condition peut faire rêver, elle montre très rapidement ses faiblesses et plonge l’ancien soldat dans un certain cynisme. Ne vieillissant pas, il ne parvient et n’est pas forcément capable de s’attacher à qui que ce soit, d’autant plus que chacun finit inexorablement par le quitter. Tour à tour menuisier, peintre, médecin ou encore avocat, il arrive au XXIè siècle en tant qu’inspecteur de police. Affublé d’une nouvelle équipière, Eva Marquez (Zuleikha Robinson – Lost, Rome), il résout des enquêtes criminelles aussi diverses que variées. Si pour lui tout finit plus ou moins par devenir extrêmement routinier, la roue paraît vouloir changer de sens car il rencontre par hasard une doctoresse, Sara Millay Dillane (Alexie Gilmore) ; pour plusieurs raisons, il est persuadé qu’elle est la femme de la bénédiction. Grâce à elle, la tendance devrait par conséquent s’inverser et il pourrait enfin vieillir, et mourir peut-être à ses côtés.

Sur le papier, New Amsterdam s’annonce agréable et propice à une exploration humaine intéressante. Entre la psychologie du personnage principal, les incroyables vies qu’il a dû mener, le romantisme ambiant et les mystères entourant ce don atypique, la série semble armée pour proposer huit épisodes sympathiques. Malheureusement, elle montre très rapidement ses limites et ne parvient jamais à convaincre ou même divertir convenablement. En réalité, il s’agit ni plus ni moins que d’une énième fiction policière ; certes, elle possède un unique élément original afin d’essayer de sortir du lot, mais il n’est pas trop développé pour ne pas perdre le public cible. En d’autres termes, cette production est totalement bancale puisqu’elle se cherche sur plusieurs registres sans réussir à approfondir l’un d’entre eux. En plus, l’aspect policier est malheureusement le plus important et profite de la narration schématique d’un cas par épisode. Pour peu que l’on n’apprécie guère ce format procédural, New Amsterdam ne se résume assurément pas à la série capable de renverser la tendance. Ainsi, John se retrouve confronté à un crime et doit le résoudre, à sa manière. Ce qu’il y a d’assez agréable est que pour une fois, les méthodes d’investigation sont classiques et reposent sur de la vraie recherche – en interrogeant l’entourage, par exemple. La police scientifique et les moyens technologiques sont plus ou moins oubliés. C’est plutôt à propos dans le sens où le personnage principal est régulièrement en avance sur quiconque tant il a appris à décoder les gens. Il ne possède pas de don supérieur à la norme, il a seulement eu l’opportunité d’apprendre et de développer ses connaissances au cours des siècles. Quoi qu’il en soit, ces histoires ne sont pas du tout palpitantes et permettent uniquement d’y retrouver des visages désormais connus comme Bridget Regan (Legend of the Seeker), Chris Bauer (True Blood) ou encore Kristine Sutherland (Buffy the Vampire Slayer). La coéquipière, Eva, n’a aucun développement digne de ce nom et accumule les clichés avec sa famille policière et ses inimitiés avec son père. Que la partie policière soit peu enthousiasmante pourrait ne pas être une véritable nuisance si quelques autres éléments positifs venaient les contrebalancer. Or, là aussi, le résultat est tout aussi mitigé.

Tout au long des épisodes, le fil de l’histoire est entrecoupé de flashbacks extrêmement mal intégrés. Ils se rapportent systématiquement à des passages de la vie de John, de ses choix parfois amers, de ses difficultés à traverser les années, de sa volonté de définitivement en finir, de ses morts ou encore, de ses femmes et enfants. Car effectivement, il n’est pas resté célibataire durant plus de quatre siècles et s’est construit plusieurs familles. Justement, il vit avec l’un de ses enfants qui est étrangement bien plus âgé que lui. Cette situation inédite et atypique n’est pas non plus réellement détaillée mais il est possible que la suite s’en serait chargée. Techniquement, ces vignettes du passé doivent favoriser l’attachement pour le héros et mettre en exergue toute sa complexité. Toutefois, ce n’est guère le cas puisqu’une absence d’impact émotionnel et de souffle l’en empêche, rendant cette figure insipide. Nikolaj Coster-Waldau n’est pas à blâmer mais davantage l’écriture paresseuse de l’ensemble. John demeure attaché à New York et n’a jamais vécu ailleurs, d’où le titre de la série. Outre les enquêtes policières et les retours sur la longue existence de son héros, New Amsterdam se dote sinon d’une romance sirupeuse et niaise à souhait. C’est peut-être ce point le plus irritant au cours des épisodes d’autant plus que l’alchimie entre John et la supposée femme de sa vie, l’antipathique Sara, est inexistante. Persuadé qu’elle est son âme sœur, il cherche à tout prix à la séduire et, comme par hasard, il tombe régulièrement sur elle à chaque coin de rue et elle est immédiatement sous son charme. S’il est aussi sûr de lui ce n’est pas parce qu’il a eu le coup de foudre ou qu’il a appris à connaître la doctoresse, mais uniquement parce qu’il a été victime d’une crise cardiaque en la rencontrant pour la première fois. Autrement dit, pour le romantisme et le développement des sentiments, ce n’est pas ici que la satisfaction sera présente. Pire, la vitesse à laquelle la dynamique avance et les platitudes assénées à tour de bras finissent par ennuyer, voire agacer. De toute manière, John ne souhaite pas tomber amoureux mais mourir, chose que devrait enfin lui permettre la femme de sa destinée. Autrement, l’action, l’humour ou bien le rythme ne sont présents qu’en filigrane. La désolation est peut-être encore plus nette parce que le joli générique stylisé, le pilote somme toute alléchant et l’intéressante musique composée par Mychael Danna (Camelot, Dollhouse) donnent une première impression globalement positive.

En conclusion, New Amsterdam fait partie de ces nouveautés très rapidement annulées et pour lesquelles on ne peut que comprendre pourquoi. Si cette fiction n’est pas foncièrement mauvaise ou difficile à regarder, elle ne mérite en aucun cas un quelconque investissement. Effectivement, son scénario de base illustrant un homme immortel cherchant l’amour de sa vie se noie dans des enquêtes routinières et convenues. Même l’âge très avancé du héros et tout ce qu’il a vécu ne captivent pas une seule seconde. Le tout possédait pourtant un potentiel intéressant si ce n’est que la production ne s’est pas donné les moyens d’en tirer parti. C’est pourquoi, il en résulte une série vide et sans âme. Dommage.

Par |2017-05-01T13:59:22+02:00juin 2nd, 2013|New Amsterdam, Séries étasuniennes|2 Commentaires