Taiyô to Umi no Kyôshitsu | 太陽と海の教室

Visiblement, tous les scénaristes japonais doivent passer au moins une fois dans leur carrière par la case du genre scolaire. Même si cela lui a pris quelques années, Sakamoto Yûji (Mother) n’y a pas échappé comme le prouve Taiyô to Umi no Kyôshitsu. Cette série, dont le titre peut être approximativement traduit par le soleil et la mer de la salle de classe, se compose de dix épisodes diffusés sur Fuji TV entre juillet et septembre 2008 ; le premier et le dernier ont respectivement été allongés de vingt-cinq et quinze minutes. Aucun spoiler.

La direction du lycée Shônan fait tout pour entretenir sa prestigieuse réputation et veille à ce que ses élèves réussissent haut la main les concours d’entrée dans de tout aussi élitaires universités. L’arrivée d’un nouveau professeur, Sakurai Sakutarô, risque toutefois de bousculer les sacrosaintes habitudes tant celui-ci se montre subversif et n’hésite pas à remettre en question l’éducation nippone.

La télévision japonaise est envahie de productions se déroulant à l’école et dans la plupart des cas, elles se ressemblent toutes et utilisent à chaque fois un même canevas narratif. Il paraît donc vite difficile d’y trouver son compte, surtout lorsque l’on a quitté ce monde depuis fort longtemps. C’est en partie pour ça que j’évite maintenant ces travaux très codifiés, mais sachant que je tiens à explorer en bonne et due forme la filmographie de Sakamoto Yûji, je me suis attelée à la tâche – avec peu d’entrain, je l’avoue. Les premiers épisodes de Taiyô to Umi no Kyôshitsu ne viennent absolument pas contredire les craintes initiales. Cette série commence effectivement comme la plupart de ses congénères. Un professeur fort altruiste, au bagage un peu atypique, surgit sur le devant de la scène, prodigue ses conseils à grand renfort de discours emphatiques ; personne ne l’écoute, mais petit à petit, les cœurs s’ouvrent et poussent les personnages à évoluer pour devenir meilleurs. Bref, il n’y a rien de nouveau sous le soleil malgré quelques passages et dialogues un peu plus éclairés que la normale. La réalisation reste tout aussi classique, avec une musique générique de Hattori Takayuki (Nodame Cantabile) et cette reprise peu inspirée de Can’t Take My Eyes Off You par l’acteur principal, Oda Yûji. Sans surprise, la forme narrative se limite également chaque semaine à un récit quasiment indépendant ponctué d’un problème à régler au moyen de grands sentiments. Tout respire donc le réchauffé et l’absence d’identité en dehors d’une atmosphère moins citadine et plus légère qu’à l’accoutumée puisque l’établissement se trouve près d’une plage, que l’été est là et que le protagoniste se montre dynamique et enjoué. Mais tout de même, les histoires n’ont rien de palpitant et se contentent d’employer une formule sérieusement éprouvée, avec des personnages stéréotypés finissant par vanter les nobles valeurs chères au pays. Entraide, dépassement de soi, combativité et sens du groupe figurent ainsi au programme des réjouissances. Alors que l’ennui a déjà pris ses quartiers, la fiction opère en milieu de parcours une transformation radicale de registre qui, à la réflexion, semblait se tramer en coulisses.

Le professeur de japonais Sakurai Sakutarô arrive en plein milieu de l’année scolaire et à peine a-t-il mis les pieds en ville qu’il détonne. Son attitude décontractée et sa manière d’alpaguer les fort studieux élèves changent radicalement du comportement très collet monté de ses comparses. Cet archétype de l’enseignant cool sombrant dans les excès ridicules laisse franchement perplexe. Oda Yûji (Mahiru no Tsuki) s’amuse à jouer cet homme en faisant des tonnes pour s’attirer la sympathie de sa classe qui, elle, n’a cure de lui. Afin de le densifier, le récit lui apporte un passé trouble, difficile, voire dramatique, accentuant par la même occasion la caricature ambiante. Sakurai se prend parfois tel un héros, connaît tout de la vie et résout n’importe quelle situation. Il n’a pas de chance, en plus, puisque l’équipe dirigeante reste campée sur ses positions très strictes et conformistes. Contre toute attente, Taiyô to Umi no Kyôshitsu conteste en filigrane l’éducation japonaise ne comptant que sur les matières scientifiques et sur les études acharnées pour obtenir une place dans une grande université, celle vilipendant tout esprit critique. Le nouveau prof essaye d’éveiller les consciences de ses élèves n’ayant absolument aucun problème dans leur scolarité, mais se révélant formatés. Ils ne pensent qu’à travailler encore et encore. Parce qu’il n’y a pas d’autre choix, parce que la société le requiert. Mais là-dedans, où se situe le libre arbitre ? À quoi cela sert-il de passer ses jours et ses nuits devant ces cours assommants pour décrocher des notes vertigineuses, tandis que toute sa jeunesse défile à vitesse maximale ? Ne faut-il pas opter pour un juste-milieu ? N’oublions jamais la pratique dans cette théorie ! Qui a dit que les arts, l’histoire et les langues nécessitaient d’être méprisées ? Il ne devrait pas exister d’échelle de valeurs entre ces domaines, tout comme entre les filles et les garçons. Sakurai incarne ce mode de pensée libertaire choyant la poursuite des rêves et le président du conseil, joué par Kohinata Fumiyo (Ashita no Kita Yoshio), la version rigide. En dépit de son traitement très approximatif et mièvre, avec notamment des antagonistes manichéens caricaturaux, la série surprend par ses prises de position assez inédites et atypiques dans un pays où la collectivité prévaut. Et en cours de route, elle trouve définitivement l’identité qui lui faisait cruellement défaut jusque-là.

Les premiers épisodes se bornent par conséquent à des situations non dépourvues d’intérêt, mais déjà vues ailleurs. La caméra se focalise sur un petit groupe d’amis se serrant les coudes, se disputant et agissant comme les adolescents qu’ils sont. C’est l’occasion d’y retrouver de nombreux visages connus comme les camarades d’enfance interprétés par Kitano Kii (LIFE) et Okada Masaki (Otomen), les très sérieux et intelligents lycéens n’osant pas s’avouer leurs sentiments (Tomiura Satoshi – Hana Yori Dango ; Tanimura Mitsuki – Cat Street), le grand frère en proie à des difficultés familiales (Yamamoto Yûsuke – Tumbling) et plusieurs autres dans des rôles plus secondaires. Ces figures demeurent cependant cantonnées à des évènements plutôt traditionnels pour le genre et, bien que sympathiques à leurs manières, ne marquent pas plus que ça. Les autres enseignants tels que la fade assistante Enokido Wakaba (Kitagawa Keiko – Mop Girl), l’ombre du chef du conseil (Kichise Michiko – Môsô Shimai) et la directrice bienveillante (Toda Keiko – Umareru.) ne tirent jamais leur épingle du jeu. En revanche, la série sort davantage du lot avec Yashima Akari (Yoshitaka Yuriko – Hanako to Anne) et Tabata Hachirô (Hamada Gaku – Piece Vote). Le second est fou amoureux de la première, mais pense n’avoir aucune chance d’autant qu’elle papillonne avec des hommes. En raison d’une voix off par moments mélancolique, l’audience constate assez rapidement qu’une tragédie s’apprête à s’abattre sur ces élèves encore innocents. Et quand elle arrive, elle choque par son dur réalisme, sa pudeur parfaitement mesurée et son souffle émotionnel. La deuxième moitié de Taiyô to Umi no Kyôshitsu en devient ainsi bien plus naturelle, humaine et touchante. Les défauts ne disparaissent pas tous comme par enchantement, tant s’en faut, mais la balance pèse alors plutôt du côté positif. Le professeur reste en retrait, les lycéens occupent les devants et parlent, se confient, cheminent, sous fond de superbes chansons de Simon and Garfunkel.

En conclusion, la série scolaire Taiyô to Umi no Kyôshitsu prouve que de temps en temps, il n’est pas inutile de s’accrocher, car sa seconde partie relève le niveau et lui permet de s’affranchir de ses maints poncifs pourtant prépondérants. Pour la énième fois, un vaillant enseignant aux méthodes peu orthodoxes souhaite inculquer à ses élèves de grandes leçons de vie. Mais derrière ces maladresses d’écriture, ces situations convenues et ce sentimentaliste un peu étouffant se cache un message prônant l’anticonformisme et la liberté de penser par soi-même. Rien que pour ça, la fiction se détache de cette masse informe et insipide. Alors si en plus ses derniers épisodes favorisent les émotions, des thématiques plus dures et réalistes, elle finit par définitivement étonner et laisser sur une curieuse bonne impression.

Par |2017-09-22T17:45:02+02:00septembre 27th, 2017|Séries japonaises, Taiyô to Umi no Kyôshitsu|0 commentaire

Watashitachi no Kyôkasho | わたしたちの教科書

Si je continue toujours de vider les stocks de séries attendant patiemment sur mes étagères depuis parfois longtemps, je m’amuse de remarquer que sans m’en rendre compte, j’ai récupéré à l’époque beaucoup d’histoires scénarisées par Sakamoto Yûji (Soredemo, Ikite Yuku, Mother). Sachant que ses travaux m’intéressent, il y aurait de quoi croire que je l’ai fait exprès, mais pas du tout. Il ne s’agit que d’une coïncidence tombant à pic. C’est ainsi que j’ai regardé récemment Watashitachi no Kyôkasho dont le titre peut être approximativement traduit par notre cahier de classe. Cette production nippone se constitue de douze épisodes diffusés sur Fuji TV entre avril et juin 2007 ; seul le premier dispose de quinze minutes supplémentaires aux quarante-cinq habituelles. Aucun spoiler.

Une jeune fille est retrouvée morte au pied de son collège. S’est-elle réellement jetée elle-même de sa salle de cours ? L’a-t-on poussée ? Est-ce un accident ? Et si elle s’est suicidée, pourquoi ? Des évènements n’ont-ils pas provoqué sa chute ? Comme par hasard, personne, que ce soit les élèves ou le corps enseignant, ne paraît pouvoir apporter la moindre réponse. Bien que tous l’exhortent à classer l’affaire et à ne pas s’en mêler, une avocate décide de tenter de lever le voile sur ce tragique décès. Cependant, sa démarche n’est en réalité pas si désintéressée que ça…

Watashitachi no Kyôkasho se déroule dans le milieu scolaire, mais se détache totalement de ces séries ayant le même cadre. Pour une fois, l’idée n’est pas de se focaliser sur les amourettes des protagonistes ou de dépeindre les aventures des multiples clubs de l’établissement. Non, le propre de cette production se veut plus sombre et quelque peu atypique, car il est avant tout question du phénomène d’ijime, ces brimades autant physiques que psychologiques excluant volontairement une personne du groupe. Il semble amusant de remarquer que LIFE explore aussi cette thématique et fut justement diffusé quelques semaines après ; les deux diffèrent toutefois grandement, ne serait-ce qu’au niveau du rythme et de l’ambiance. Effectivement, Watashitachi no Kyôkasho progresse lentement, oublie d’injecter un minimum d’énergie, se perd dans d’interminables monologues assez plats, étire son intrigue et, finalement, a de quoi ennuyer son public. Pourtant, cette série ne manque pas d’atouts, possède une musique solide et réussit à brosser divers sujets sociétaux, sans trop s’avérer moralisatrice ou manichéenne. Elle dresse simplement un constat d’une situation somme toute plausible, en montrant que la réalité est toujours plus compliquée qu’à première vue. Outre les persécutions dépeintes a posteriori via des flashbacks, l’écriture s’attarde sur ce qui fait se sentir mère, le suicide, la négligence familiale et éducative, l’envie légitime de conserver des œillères pour ne pas souffrir, la prostitution des adolescentes, etc. Un excellent point est de ne pas opter pour le point de vue des élèves, mais de celui des adultes qui, habituellement, est nettement moins usité. La fiction continue de prouver son originalité en multipliant les genres, car elle se transforme en longue enquête mêlant à la fois l’univers scolaire, le tribunal, le harcèlement et les mystères.

L’idéaliste professeur Kaji Kôhei est arrivé depuis peu dans un nouveau collège. Sa profession s’apparente à un vrai sacerdoce et il tient à cultiver ses étudiants et les aider à grandir du mieux qu’il peut. Quand il voit l’une d’entre eux, Aizawa Asuka (Shida Mirai – Shôkôjo Seira), régulièrement sur la touche, il ne réfléchit pas et cherche à comprendre pourquoi elle sèche aussi souvent les cours. Il découvre une adolescente en proie à de nombreux questionnements existentiels et tombe à sa manière sous son charme. Or, cette jeune fille est victime d’une tragique chute et décède dans la foulée. Cet accident est pour lui étrange et suite à certaines circonstances, il en discute avec l’avocate Tsumiki Tamako qui, sur le coup, ne veut pas en entendre parler. Mais l’idée fait son chemin et celle-ci commence à réaliser que les persécutions auraient pu pousser Asuka au suicide et, pour des raisons qui lui sont propres, elle ne peut l’accepter. Tamako choisit donc d’investiguer sur ce dossier, quitte à se mettre en porte à faux avec son compagnon et collègue, Seri Naoyuki (Tanihara Shôsuke – Tsugunai, Mop Girl), tolérant jusqu’à un certain point. Tout au long de la série, l’héroïne interroge sans relâche les enseignants, la directrice du collège (Fubuki Jun), les élèves – dont trois interprétés par Tanimura Mitsuki, Tomiura Satoshi et Ikeda Junya –, tente de déplacer des montagnes et d’éclaircir cette affaire bien plus compliquée qu’elle le paraît et où les acteurs se révèlent volontairement ou non ambigus. Qui dissimule quoi ? Les secrets de famille, les retournements de situation et le mutisme des individus alimentent et manipulent le scénario aux riches éléments parfois maladroitement illustrés.

Le climat de Watashitachi no Kyôkasho est parfaitement entretenu pour provoquer du suspense et faire douter sur l’intégralité des personnages. Beaucoup cachent leur jeu et, au sein du corps professoral, plusieurs laissent même une impression dérangeante. D’ailleurs, la normalité semble absente parmi ces éducateurs, ce qui est un peu dommage et assez caricatural. Au bout du compte, ils ne servent surtout qu’à créer facticement de la nervosité paranoïaque et, en dehors de quelques traits de caractère, manquent singulièrement d’épaisseur. Les relations les unissant se veulent tout aussi peu travaillées et évoluent de façon brutale, comme le prouve la dynamique entre Kôhei et sa froide collègue psychologiquement instable campée par Maki Yôko que l’on a connue plus concernée. Il est alors compliqué de s’attacher à ces figures assez binaires malgré des visages plutôt familiers dans le monde du petit écran japonais : Mizushima Hiro, Sakai Wakana, Satô Jirô. Seul l’individu joué par Ôkura Kôji réussit à sortir du lot, sûrement parce que son développement chemine progressivement et qu’il ne se borne pas à une succession de clichés. Dommage, car le potentiel répond à l’appel avec cette critique en filigrane des difficultés d’éduquer les élèves, de ne pas avoir à se contenter de pallier les lacunes familiales et de satisfaire simultanément ses propres besoins. Pour en revenir au professeur davantage mis en avant, l’influençable Kôhei, il agace plus que d’inspirer de la sympathie par sa naïveté permanente, sa couardise et l’interprétation exagérée d’Itô Atsushi (Densha Otoko) qui, malheureusement, tend à démontrer qu’il n’est pas un acteur très convaincant. Plusieurs de ses réactions devant sa classe se veulent théâtrales et, espérons-le, non réalistes. Heureusement, l’héroïne et moteur de la série permet de contrebalancer certains écueils.

Tsumiki Tamako travaille comme avocate et mène une existence tranquille avec son compagnon qu’elle doit bientôt épouser. Néanmoins, elle cache un passé assez complexe qu’elle a volontairement refoulé tant il lui est douloureux. Le décès d’Asuka ramène ses souvenirs à la surface et la force à les affronter pour définitivement les enrayer. Kanno Miho (Magerarenai Onna, Guilty) offrant ses traits à cette femme propose un portrait sobre, assez abrasif et de prime abord peu amène. La protagoniste s’attaque effectivement à cette affaire de façon plutôt détachée et indifférente, mais le téléspectateur comprend qu’il s’agit d’une manière de se préserver, émotionnellement parlant. Le fait qu’elle communique aussi peu ses sentiments continue toutefois de freiner l’attachement et la série demeure alors presque impersonnelle. Quoi qu’il en soit, l’avocate doute, trébuche et surmonte les obstacles, quitte à mettre en péril son couple, son emploi et son propre équilibre. Encore une fois, la production veille à dépeindre la notion de bien et de mal. Dans un premier temps, Tamako recueille les informations qu’elle réussit bon gré mal gré à obtenir de ces personnages peu loquaces, voit son cœur brisé en entendant les témoignages d’élèves acceptant d’expliquer leur désarroi, et finit par lancer ce cas de suicide présumé au tribunal. Les épisodes s’y déroulant se veulent un peu trop didactiques et redondants pour divertir convenablement, mais en dépit d’une chute brutale, l’évolution de l’intrigue est assez maîtrisée, avec suffisamment d’atermoiements adolescents et de crédibles rebondissements humains pour ne pas rendre le visionnage foncièrement désagréable, à défaut d’être exaltant.

Pour terminer, à travers l’enquête d’une avocate pugnace, Watashitachi no Kyôkasho cherche à aborder différents thèmes de société et injecter une ambiance mystérieuse propice à la paranoïa. Au lieu de présenter les faits de manière plus traditionnelle avec cette histoire de persécutions, la série tente de brouiller les pistes et faire douter de tous, ce qui symbolise les frontières toujours troubles, notamment celles entre les victimes et leurs supposés bourreaux. Elle lance des questions adéquates et n’apporte pas de réponse préétablie, puisqu’il n’en existe pas. Cependant, si elle ne manque pas de fond et d’ambition, elle peine à pleinement satisfaire en raison d’un rythme très laborieux, de répétitions, d’un récit se perdant inutilement dans des détails, de dialogues parfois trop prolixes et de personnages quelque peu instrumentalisés, voire caricaturaux et stupides pour les professeurs. Après un début pertinent et intelligent favorisant le point de vue adulte, cette production finit donc par quelque peu décevoir et laisse sur un ennuyant sentiment de gâchis, majoré par une absence de réelle empathie.

Par |2018-07-06T17:48:24+02:00mai 11th, 2016|Séries japonaises, Watashitachi no Kyôkasho|0 commentaire