Soredemo, Ikite Yuku | それでも、生きてゆく

Puisque cela faisait un petit moment que je n’avais pas regardé quelque chose avec Eita, j’ai eu envie il y a quelques semaines de le retrouver. C’est ainsi que mon choix s’est porté sur Soredemo, Ikite Yuku, déjà repéré dans la sélection des j-dramas de l’été 2011. Ayant lu un peu tout et son contraire concernant cette série, je n’avais aucune idée de ce qu’elle pouvait valoir et j’étais donc plutôt curieuse. Composée de onze épisodes de quarante-cinq minutes à l’exception du premier rallongé de quinze minutes, elle fut diffusée sur Fuji TV entre juillet et septembre 2011. Le scénario a été écrit par Sakamoto Yûji, également derrière d’autres renzoku comme Mother, Last Christmas, Chase ou encore Makete, Katsu, actuellement en cours de diffusion sur NHKSoredemo, Ikite Yuku signifie approximativement en français et pourtant, je dois continuer de vivre. Aucun spoiler.

Par un bel après-midi ensoleillé de 1996, la petite Fukami Aki est assassinée de sang froid par un adolescent, Misaki Fumiya, et laissée pour morte dans un lac environnant. Quinze ans plus tard, les deux familles tentent de continuer de vivre malgré leur difficile passé.

   

Son titre et le synopsis peuvent le laisser croire, Soredemo, Ikite Yuku semble être un mélodrame. On imagine immédiatement des scènes supposées poignantes fabriquées de toutes pièces, des invraisemblances et des excès car c’est bien connu, les héros doivent subir une multitude de drames avant de finir par mourir de la manière la plus tragique qu’il soit. Or, cette série prend totalement à contrepied le téléspectateur car elle est juste un drame universel et ne tombe jamais dans l’univers très codifié des mélodrames. Elle met en avant les émotions, exploite leur essence jusqu’à son maximum, travaille avec une incroyable sensibilité les sentiments humains, fait preuve d’une finesse rarement vue à la télévision japonaise et tout cela, sans jamais verser dans une morale douteuse, des rebondissements éculés ou une facilité déconcertante. Pour être claire et ne pas faire durer inutilement le suspense, Soredemo, Ikite Yuku est un des j-dramas les mieux écrits que je connaisse pour le moment. Rien que ça. Il laisse une très curieuse impression et hante littéralement l’esprit par son atmosphère unique et quasi inqualifiable. Ce n’est pas une série qui se regarde d’une traite mais une série qu’il vaut mieux suivre tranquillement pour mieux s’en imprégner et apprécier sa densité. Et une fois terminée, elle continue de marquer en amenant de nombreuses réflexions sur la vie et sur la manière dont on mène sa propre existence. Rares sont les séries japonaises à posséder un tel magnétisme, JIN étant une autre à ranger dans cette catégorie.

Cela fait quinze ans qu’Aki, la petite sœur de sept ans de Fukami Hiroki, a été tuée à coups de marteau. Au moment des faits, le jeune Hiroki avait préféré aller avec son frère, Kôhei, louer des cassettes vidéo pornographiques au magasin du coin plutôt que de jouer avec Aki. Malgré l’interdiction de sortir de la maison, celle-ci prit son cerf-volant et s’en alla dans la forêt, accompagnée d’un adolescent, Misaki Fumiya, ami de Hiroki. Le soir venu, Aki était introuvable malgré de nombreuses recherches et c’est le lendemain matin qu’on la retrouvât, flottant sur un lac. Les années passèrent, chacune des familles, les Fukami d’un côté et les Misaki de l’autre, vécurent dans leur coin, essayant de composer avec ce passé ressurgissant toujours. Depuis cette tragédie, ils ne se sont plus vus. Hiroki, maintenant âgé de 29 ans, vit désormais avec son père près d’un lac où ils louent des barques / cannes pour des pêcheurs tandis que sa mère a divorcé, s’est remariée et habite avec son nouveau mari, son fils Kôhei et son épouse. Les Fukami donnent par conséquent l’impression d’avoir réussi à faire le deuil de leur fille ou de leur sœur mais ce n’est que façade car aucun d’entre eux n’a tourné la page, si tant est que cela puisse être possible un jour. Ils auraient pu ne jamais recroiser le chemin des Misaki sans l’intervention de l’aînée des filles, Futaba. Depuis le meurtre d’Aki par son grand frère, il ne se passe pas une semaine sans que sa famille ne puisse avoir un semblant de repos. Déménageant sans cesse, ils sont constamment victimes de coups de téléphone anonymes, de menaces déguisées, d’affiches placardées annonçant leur lien avec le Shônen A, l’abominable assassin au marteau. Ils ont beau changer de nom pour Tôyama ou partir sans laisser de traces, rien n’y fait. Faisant amende, ils ne disent rien et fuient à chaque fois, sans savoir qui se cache derrière ces harcèlements. Futaba décide un jour de rencontrer les Fukami pour découvrir s’il s’agit de l’un d’entre eux et ce sont donc dans ces conditions qu’elle se rend chez Hiroki. Ce dont elle ne se doute pas, c’est que cette rencontre quinze ans après la tragédie qui les a réunis, va bouleverser le cours de leur existence à tout jamais. Entre les deux jeunes se lie une relation assez curieuse dès le départ car Hiroki ne sait pas qui elle est tandis qu’elle, si. Une fois la supercherie très rapidement éventée, ils réalisent que contre toute attente, Fumiya a changé d’identité pour devenir Amemiya Kenji, est sorti de son centre pénitentiaire pour jeunes et serait donc libre quelque part… Hiroki est bien décidé à le retrouver pour de multiples raisons et Futaba, elle, aimerait aussi rencontrer son frère qu’elle n’a pas vu depuis quinze ans et dont elle est sans nouvelle.

Soredemo, Ikite Yuku est une série sur la nécessité d’aller de l’avant, sur le travail de deuil, sur la fatalité qui touche à la fois la famille de la victime et celle du criminel, sur une très belle romance pudique, sur la vérité qui n’est jamais manichéenne mais bel et bien teintée d’une multitude de nuances, sur deux familles détruites s’accrochant à la vie de différentes façons et sur tant d’autres thématiques encore. La série est tellement riche qu’il est difficile d’être totalement exhaustif. Quoi qu’il en soit, ce qui marque en premier lieu est probablement son atmosphère et son rythme. C’est d’ailleurs ce point-là qui ne plaira pas à tout le monde et qui est souvent retrouvé dans les critiques négatives lues de-ci de-là. Il est clair que ce ne sont en aucun cas les propos du renzoku qui sont à remettre en cause en raison de leur intelligence. Soredemo, Ikite Yuku est sans conteste une série d’ambiance intimiste. Distillant un climat parfois oppressant et lourd mais jamais glauque ou malsain, elle fascine par son côté désespéré et au final, son incroyable douceur amère. L’histoire avance subrepticement, quelque peu à l’instar de ces barques sur le lac près de chez Hiroki qui ne coulent pas mais qui se laissent calmement glisser sur la surface de l’eau. Les sentiments ont alors le temps de grandir, de mûrir et de toucher le spectateur qui, hypnotisé, ne peut se détacher de ce qu’il voit. Cette extrême tranquillité est parfois entrecoupée de scènes vives qui n’en gagnent que davantage en intensité par leur incroyable violence émotionnelle. Assurément, la série possède de nombreux plans contemplatifs car elle fait preuve d’une certaine virtuosité dans sa mise en scène en n’hésitant pas à être totalement silencieuse lors de longues scènes poignantes, tout en filmant le cadre dans ses moindres détails. La nature a une place de choix et si les personnages se rendent régulièrement à Tôkyô, c’est la campagne environnante qui est à l’honneur. On se retrouve parmi des lacs, des forêts, des champs de fleurs ou des vergers. On en vient presque à imaginer l’odeur de la pluie sur l’herbe ou le goût sucré de ces hyûga-natsu. Et c’est d’ailleurs un des atouts de Soredemo, Ikite Yuku car elle utilise tous les sens pour mieux nous imprégner de son âme. En ça, elle en devient une expérience à part entière pour qui réussit à s’y plonger. Un des réalisateurs, Namiki Michiko, a reçu un prix et au vu des épisodes, il ne semble en aucun cas volé. Il y a donc un réel travail derrière la caméra, qu’il soit lié à la photographie, à la longueur des plans ou au cadrage. La série fait également preuve de métaphores et d’un symbolisme assez prégnant, utilisant de nombreux objets ou même un banal fruit pour en dire long. La scène finale, avec les arbres et les lettres accrochées, est d’ailleurs constituée de non-dits laissés à la libre appréciation du spectateur. Sinon, le générique, soigné et tout simplement magnifique, met immédiatement dans le ton et la tout aussi superbe chanson, Tôkyô no Sora, d’Oda Kazumasa paraît avoir été écrite pour Soredemo, Ikite Yuku. En d’autres termes, il ressort de cet ensemble une poésie et une mélancolie lancinante magnifiées par les sonorités de la série. Le silence habille effectivement de nombreuses séquences, la musique étant très discrète mais lorsqu’elle entre en scène, elle en devient presque obsédante avec l’utilisation majoritaire d’un piano très calme et posé souvent aidé par des cordes nostalgiques. Dire que le tout jeune compositeur, Tsujii Nobuyuki, signe là un de ses premiers travaux (il est né en 1988 !). Ainsi, le j-drama se montre assez atypique par sa forme mais il ne s’arrête pas là car outre les thématiques principales, il apporte un autre éclairage et une certaine critique de la société japonaise.

Fukami Hiroki n’a pas de vie. Son existence s’est arrêtée quand sa sœur a été violemment tuée. Moralement, il semble bien se porter mais quelque chose en lui s’est déchiré le jour où l’on a découvert Aki. Évidemment, la disparition de sa sœur l’a traumatisé mais s’il est autant brisé de l’intérieur, c’est parce qu’il se sent coupable. Il n’en a jamais parlé à qui que ce soit, convaincu que de toute manière, sa mère le blâme en silence. Au lieu de chercher des vidéos pornos, il aurait dû s’occuper d’Aki. Il se répète que s’il avait été là, rien de tout cela ne se serait jamais passé. Ce n’est donc pas étonnant qu’il se soit refusé, consciemment ou non, à fréquenter des filles puis des femmes. Solitaire et bizarrement détaché, il est totalement passif et continue de vivre parce qu’il le faut bien. C’est Eita (Last Friends, Nodame Cantabile, Water Boys, Orange Days, Voice) qui lui offre ses traits. En étant au fait d’un récent élément tragique de la vie personnelle de l’acteur, on peut comprendre son choix de jouer dans un drame même si celui-ci a dû sonner très familier à ses oreilles. Tout simplement, espérons qu’il lui ait servi d’effet cathartique. Hiroki est un être assez antithétique. Il peut tout garder pour lui comme tout déballer, ne sachant plus réellement de quelle manière il faut se comporter en société. Dans sa maison reculée, il est presque semblable à un ermite, ne communiquant qu’à moitié avec son père et parfois avec son frère. Suite à certaines circonstances, il décide de partir à la recherche de Fumiya car il ne peut accepter l’idée de le savoir en liberté. Et de toute manière, a-t-il au moins expié ses crimes ? Se sent-il coupable ? Hiroki cherche alors à retrouver celui qu’il considérait autrefois comme un ami. Il peut pour cela compter sur l’aide de Fujimura Satsuki (Kurashina Kana), dont la mère a été tuée dans d’atroces circonstances, mais surtout sur celle de Futaba, une des petites sœurs de Fumiya. Si Futaba et Hiroki ne devraient rien avoir à se dire, ils se rapprochent, tels des aimants. Leur première rencontre est à leur image, très particulière, et la suite des évènements est dans le même ton. Futaba est tout aussi lunaire et cassée que Hiroki, voire peut-être même davantage en fait. C’est en rencontrant et voyant les Fukami qu’elle réalise enfin la portée du meurtre de son frère. Ce n’est pas du tout qu’elle fût jusque-là sans cœur mais c’est juste que dans ses souvenirs, son propre frère a toujours été gentil avec elle. Comment pourrait-elle le haïr ? Elle est partagée entre l’amour qu’elle ressent pour lui et le déchirement qu’il a apporté à des anciens voisins. Elle croit en lui, ou plutôt, elle veut croire en lui et au fait qu’il doit ne pas se passer un jour sans qu’il ne regrette ses actes. La dynamique entre Hiroki et Futaba est superbe et il s’agit désormais probablement d’un de mes couples préférés de la télévision japonaise. La société japonaise voudrait que Hiroki déteste Futaba mais il ne peut s’y résoudre, lui qui voit en elle quelqu’un capable de le comprendre, de le soutenir et de l’aider à avancer. La réciproque est de mise tant Futaba ne peut tolérer que l’aîné des Fukami se détruise dans sa triste quête qui est de retrouver Fumiya. Ensemble, ils n’ont pas à cacher ce qu’ils ressentent et peuvent être tels qu’ils sont, sans faux semblants. Leur personnalité amène des moments parfois drôles et légers tant ils ne savent pas toujours de quelle manière il est nécessaire d’agir. Ils recherchent donc tous les deux la même chose mais si leurs buts sont différents, ils sont en définitive liés par l’envie de continuer de vivre, comme l’annonce le titre de la série. Malgré la tragédie, malgré tout ce qu’ils ont vécu, ils vont avancer envers et contre tout. Les circonstances ne les abattront pas, ils ne les laisseront plus les arrêter. Impossible de ne pas parler de l’interprétation de Mitsushima Hikari (Bloody Monday 2) qui est ici Futaba. Elle insuffle tout ce qui faut de fragilité, d’abnégation et de force de caractère à son héroïne. En y associant l’écriture du personnage, elle propose le portait d’une jeune femme touchante et inspirante. De nombreuses scènes entre Hiroki et Futaba sont mémorables comme celle parmi les fleurs dans le second épisode, la fin de la journée dans le parc la nuit, dans le dernier épisode, ou encore celle sur la barque dans l’épisode quatre. Il en ressort un romantisme en retenu mais toujours émotionnellement chargé, exacerbé par l’intense alchimie entre ces deux êtres perpétuellement mal à l’aise.

Si le duo phare est sans reproche, c’est aussi le cas des personnages gravitant autour d’eux. Ce qu’il y a de particulièrement admirable dans Soredemo, Ikite Yuku est que personne n’est oublié. Chacun a le droit de raconter la tragédie et ses retombées à sa manière. Par ailleurs, rien n’y fait jamais mécanique ou mis en avant de manière forcée car tout y paraît naturel. On ne les aime pas tous mais ils ont la possibilité de se racheter et de changer car leurs doutes, craintes et actions passées sont mis en avant sans jugement. Parmi les Fukami, c’est sans conteste la mère, Kyôko, incarnée par Ôtake Shinobu, qui marque. Comme elle le dit avec une froideur foudroyante, elle pense ne pas mériter de vivre car elle n’a pas su protéger sa fille. Bien qu’elle tente de faire bonne impression, elle se décompose de l’intérieur et souffre en silence. Au Japon, il faut toujours privilégier les apparences, elle n’a donc pas le droit de s’écrouler, qui plus est lorsque quinze ans se sont écoulés. Elle a juste le droit d’errer comme une morte, elle qui ne veut pas reprendre une vie digne de ce nom et avancer. La société la place par ailleurs quelque peu en coupable, elle qui n’était pas à la maison quand il fallait, laissant dès lors Aki seule. Elle hait les Mizaki du plus profond de son être et ne veut pas qu’ils aient une seule seconde de répit. Peut-on le lui reprocher ? Sans cautionner ses actes et pensées, non. Elle est à l’origine de terribles scènes comme celle de fin de l’épisode cinq où elle dévoile à sa famille son mal-être, ou bien celle de la confrontation dans l’épisode huit. Le renzoku réussit à dépeindre le malaise ambiant et le transmettre au téléspectateur qui se sent physiquement mal, à l’instar des protagonistes. Toujours chez les Fukami, le père de Hiroki est lui aussi semblable à une coquille vide, lui qui jouait au pachinko lorsque sa fille était assassinée. Il est incarné par Emoto Akira qui avait d’ailleurs le rôle du père du personnage de Mitsushima Hikari dans Akunin (Villain), un excellent film au fond aussi tragique que celui de Soredemo, Ikite Yuku. Le second fils, Kôhei, interprété par le sympathique Tanaka Kei (Taiyô no Uta, Spring Story, Byakuyakô, Sekai no Chûshin de, Ai wo Sakebu), a toujours donné le change et mène une situation stable. Il aimerait que son grand frère sorte de sa torpeur mais il sait qu’il ne retrouvera jamais sa personnalité d’autrefois. Veillant sur sa mère depuis le décès d’Aki, il est stupéfait en réalisant qu’elle souffre autant et est au final, blessé, lui qui n’a pas su suffisamment la protéger. Sans le vouloir, il allège souvent certains moments avec ses références à de nombreux personnages de mangas ou d’animes, One Piece ou Doraemon par exemple. Kôhei et Hiroki s’aiment mais d’une certaine façon, il existe une certaine rivalité entre les deux, chacun essayant de sauver leur mère à sa manière. Cette famille décomposée a implosé après le décès d’Aki et n’existe malheureusement plus telle qu’elle était quinze ans auparavant. Bien qu’eux aussi soient encore bloqués en 1996, les Misaki font en revanche toujours preuve d’unité.

Outre Misaki Futaba, l’accent est mis sur son père, sa mère et sa petite sœur. Cette dernière n’était pas encore née lors de la tragédie et doit quand même en subir les conséquences. Elle est jouée par Fukuda Mayuko, la petite Yukiho de Byakuyakô qui a décidément bien grandi. Les parents, Shunsuke (Tokito Saburo – Voice, il a donc déjà joué avec Eita), et Takami (Fubuki Jun – Orange Days) courbent l’échine, s’emploient à s’excuser pour tout, ne bronchent pas face à des insultes, quittent leur travail et leur statut pour vivre dans une minuscule maison et n’hésitent pas à tout plaquer. Encore et encore. Pourquoi ? Parce que la société japonaise veut que la famille d’un criminel soit montrée du doigt, jugée, condamnée tout comme la personne se trouvant derrière les barreaux et qu’elle prenne ses supposées responsabilités. Elle est coupable au même titre que celui partageant son sang. Pour un Occidental, cela est assez difficile à comprendre. C’est bien sûr en partie le cas dans notre culture mais à un niveau heureusement bien moins important. Dans un pays où l’honneur passe avant tout, il faut faire amende jusqu’à la fin de sa vie et ce ne sera jamais assez. Là où Soredemo, Ikite Yuku fait plaisir c’est qu’elle critique cet état de fait en montrant que la famille du coupable peut être une victime. Elle n’y est pas forcément pour quoi que ce soit et voit aussi sa vie changée à jamais. Cette famille a également le droit de ressentir de la haine envers ceux qui ont été victimes. La série va même jusqu’à prouver qu’il est possible d’apprécier voire d’aimer les frères ou sœurs de celui qui a assassiné sa petite sœur alors que la société ne le comprend pas et le critique. Ou plus simplement, sans aller aussi loin, la série met en avant une évacuation du désespoir et de la colère ainsi qu’une sorte de résignation et d’acceptation. Ces gens ne sont pas coupables et n’y sont tout simplement pour rien. On ne peut forcément leur pardonner mais on ne leur souhaite pas des souffrances éternelles. Cela ne fait de bien à personne. Par sa subtilité et toutes les nuances dont elle fait preuve, la série n’hésite pas à bousculer les fondements japonais en expliquant avec simplicité et sans morale que tout est bien plus compliqué que ce que l’on pourrait croire. Rien n’est figé et il convient de ne pas tirer de jugements hâtifs, condamnant des gens au final, aussi innocents que les parents de la victime. Elle pousse la réflexion et demeure sur la totalité de ses épisodes, sans parti pris.
Le scénario met aussi en avant un père qui ne comprend pas pourquoi son fils a massacré une petite fille. Il se souvient encore de certains moments où ils jouaient ensemble et pense qu’il aurait dû faire ceci ou cela. Misaki Shunsuke est une autre figure solide de la série et le voir fait mal au cœur, lui qui est capable de tout pour que son fils monstrueux reprenne le droit chemin. Car évidemment, Fumiya est on ne peut plus présent dans les épisodes. S’il n’est au départ que peu visible, son esprit hante chaque scène tant il est au centre de tous propos par ses actes passés, présents et futurs. C’est le Johnny’s Kazama Shunsuke qui doit entrer dans la peau de cet homme complexe et définitivement ambigu. Il est difficile de savoir ce qu’il pense et ce ne sont que les avancées de l’intrigue et la découverte de quelques éléments qui solidifieront sa caractérisation. Depuis sa sortie de prison pour jeunes, il travaille dans un verger appartenant à un homme incarné par Ono Takehiko dont l’interprétation est malheureusement assez faible, tout comme celle de sa fille, jouée par Satô Eriko (Sengoku Jieitai), mère d’une petite fille de l’âge d’Aki… Pour être plus juste, les autres acteurs sont tellement magnifiques dans leur rôle que ceux étant juste corrects ont tendance à dépareiller, Ono Takehiko a surtout pour principal reproche d’être presque dans le surjeu. Autour de Fumiya, on retrouve sinon des personnages tertiaires joués par Andô Sakura (Shokuzai – c’est la fille d’Okuda Eiji, mariée avec un des fils acteurs d’Emoto Akira présent ici, que j’ai vue pour ma part dans le lent film Kenta to Jun to Kayo-chan no Kuni) ou encore par la charmante Sakai Wakana (Kisarazu Cat’s Eye, Umareru.Waraeru Koi wa Shitakunai). Il y au final assez peu de personnages, la série étant quelque peu en vase clos ce qui accentue la lourdeur que l’on peut parfois ressentir mais qui est toujours atténuée par l’espoir ambiant.

Enfin, concernant la fin, elle est dans la lignée du reste. Elle a apparemment déplu à un certain nombre de personnes ce qui n’est pas du tout mon cas. Elle est plutôt ouverte et évite avec adresse le bonheur éclatant ou au contraire, la tragédie. Que ce soit l’un ou l’autre, ils auraient été malvenus car le j-drama aura toujours été mesuré. Il faut donc un dénouement dans cette veine et il n’est évidemment pas immuable, les personnages ayant toute la possibilité de changer le cours de leur vie une fois la télévision éteinte. Tout au long, on nous aura montré que la vie n’était pas juste et c’est donc sans surprise que l’on se quitte de cette manière.

En conclusion, Soredemo, Ikite Yuku est une série tour à tour gracieuse, humaine, tragique, naturelle, douce-amère, tranquille, bouleversante et mélancolique. Tout en faisant preuve de sobriété et de neutralité ainsi qu’en prenant son temps, elle traite avec une fine intelligence du travail de deuil, du pardon ou encore des difficultés de reconstruction personnelle après un drame ; et, elle n’hésite pas à mettre à pied d’égalité la famille de la victime et celle du coupable. Grâce à son couple lunaire, la complexité de ses personnages, son atmosphère particulière, sa mise en scène soignée, sa double perspective, l’incroyable solidité de sa distribution et la réflexion de son écriture, elle sort totalement des sentiers battus. Si le désespoir et la noirceur de la série peuvent faire à juste titre peur, il ne faut vraiment pas la voir de cette manière tant on y mène surtout un voyage unique permettant de se décharger d’une saine douleur en direction d’un espoir plus lumineux. Le renzoku ne cherche pas la facilité et ne sombre jamais dans les clichés du mélodrame, bien au contraire. Il en ressort surtout une extraordinaire pudeur et une intense impression de triste beauté poétique. En un mot ? Brillant.

By |2017-05-01T13:59:48+02:00septembre 8th, 2012|Séries japonaises, Soredemo Ikite Yuku|20 Comments

Last Christmas | ラストクリスマス

Pour la deuxième journée de la semaine dédiée à Noël sur ce blog, c’est Ageha qui s’est chargée de choisir le sujet. Parlons donc du j-drama Last Christmas.

S’il existe assez peu de séries japonaises possédant un épisode se déroulant à Noël, il est toutefois bon de noter que plusieurs renzoku mettent la fête à l’honneur et ce, tout au long des épisodes le constituant. Quoi de mieux que de regarder des séries de Noël durant l’époque des fêtes ? Le titre de Last Christmas ne fait en tout cas aucun doute quant à son contenu. Diffusée en décembre 2004 sur Fuji TV en tant que getsuku, elle est composée de onze épisodes ; le premier et le dernier épisode sont plus longs que les autres car ils durent respectivement soixante et soixante-dix minutes au lieu des quarante-cinq habituelles. Le scénario a été écrit par Sakamoto Yûji, également à l’origine de Soredemo, Ikite Yuku, Mother, Chase ou encore Makete, Katsu. À noter que la série a eu des audiences assez exceptionnelles puisqu’elles dépassaient presque à chaque fois les 20% ! Aucun spoiler.

Haruki Kenji est le manager du département des sports d’hiver d’une grande compagnie. Lors d’un voyage en Nouvelle-Zélande, il tombe sur Shintani Gorô, son supérieur hiérarchique – et meilleur ami – ainsi que sur sa secrétaire, Aoi Yuki. Celle-ci semble très appréciée puisque les hommes défilent devant la porte de son appartement à toute heure du jour ou de la nuit. C’est donc avec stupeur que Kenji découvre qu’elle est sa nouvelle voisine et qu’ils ont chacun la possibilité d’aller chez l’autre via une porte commune ! Alors qu’il ne voit en elle qu’une femme vénale et cachant sa véritable nature, il réalise grâce à une vidéo qu’elle est peut-être plus que ça… Et pendant ce temps, Sally, son amie d’enfance, lui propose de faire un pari : celui qui tombera amoureux en premier et qui aura une vraie relation stable devra offrir à l’autre un billet d’avion pour Yellow Knife, au Canada, un site réputé pour ses aurores boréales.

   

Les anglophobes ne savent peut-être pas que last Christmas signifie le dernier Noël, ce qui laisse supposer des moments a priori peu réjouissants ou tout du moins, assez amers. Lorsque l’on commence le renzoku, le titre semble alors relativement étrange car le ton est plutôt enlevé et enjoué. Du dernier Noël de qui parle-t-on ? Pourquoi cette personne n’aurait plus qu’un seul Noël ? Heureusement, les réponses à nos questions arrivent très rapidement ce qui permet justement de lancer la série. Sans trop en révéler, un des protagonistes principaux souffre d’une maladie quelconque. Si celle-ci est pour le moment en sommeil en dépit d’une poussée cinq ans plus tôt, il est fort possible qu’elle se manifeste à un moment donné. Le malade en question est par conséquent tout à fait conscient de vivre en sursis. Puisqu’il s’agit d’une série sur Noël, période normalement propice à la joie, mais aussi parce que le scénariste évite généralement habilement les écueils du genre, le j-drama ne sombre pas dans le pathos et le mélodrame facile. S’il est bien évidemment question de maladie et inévitablement de mort, l’ensemble n’est jamais larmoyant. C’est même tout le contraire tant la série peut faire rire jusqu’au éclats alors que les personnages se trouvent à l’hôpital ! Sur certains points on peut ainsi penser à Kisarazu Cat’s Eye qui part également d’une pathologie, en l’occurrence un cancer, mais qui prend toujours le parti de montrer de la bonne humeur. Certes, Last Christmas n’est pas autant déluré si ce n’est qu’il est clair que le but est surtout d’attendrir le téléspectateur, pas de le rendre dépressif. Cela fait du bien, surtout lorsque l’on apprécie peu la surenchère d’émotions faciles, mais aussi parce que si l’on regarde les épisodes durant Noël, on a surtout envie d’avoir le cœur réchauffé, pas brisé en mille morceaux. Un autre point intéressant est de rendre les personnages forts sans qu’il ne leur arrive pas parfois de craquer. Quand bien même leur vie soit loin d’être rose, ils demeurent solides tout en restant humains et résolument authentiques. Si le traitement de la maladie contournant ainsi les défauts habituels du genre fait plaisir, il aurait peut-être appréciable de savoir de quoi il était question. Pas une seule fois le nom de la pathologie est cité et même les symptômes ne donnent pas un semblant de réponse. On ne peut nier que ce soit assez frustrant et que de cette manière, la série facilite sa tâche puisqu’elle n’a pas à essayer d’être crédible à ce niveau. Néanmoins, Last Christmas souhaite peut-être montrer que ce n’est pas la maladie en tant que telle qui importe, ce sont en revanche les personnages et leurs réactions qui comptent. De toute manière, le renzoku ne fait pas du tout partie de ces dramas tire-larmes car il s’agit avant toute chose d’une série romantique. Plusieurs histoires d’amour s’y entrecroisent et si toutes ne sont pas menées avec autant de succès, la principale est plus que bien construite.

Haruki Kenji, incarné par Oda Yûji que je ne connaissais pas du tout, est un homme charmant, amical et assez attentionné. Il est encore marqué par le départ de sa future femme quelque temps avant leur mariage. Passionné de snowboard, il travaille dans leur conception et leur vente. Lorsqu’il rencontre sa nouvelle voisine, Aoi Yuki, il ne peut s’empêcher de voir en elle une femme frivole, cupide et superficielle. Celle-ci est jouée par Yada Akiko (Voice, Aishiteiru to Itte Kure) qui lui insuffle toute son énergie et son côté pétillant. Yuki utilise à première vue les hommes afin d’obtenir tout ce qu’elle désire. Ceux-ci, attirés par elle, n’hésitent pas à la couvrir de cadeaux même si elle ne leur rend jamais la pareille. Naturellement, son attitude assez détestable s’explique par un bagage personnel lourd à porter. En réalité, elle est drôle, amusante, relativement réfléchie, courageuse et extrêmement attachante. Lorsque Yuki et Kenji découvrent qu’ils vivent côte à côte en plus de passer leur temps ensemble au travail, la bonne humeur n’est pas immédiatement au rendez-vous. Le fait que leurs appartements se rejoignent par une porte commune n’est pas non plus là pour leur faire plaisir. Or, nous savons tous que la romance peut se révéler n’importe où et c’est sans surprise que les deux commencent à s’apprécier. Tous les codes de l’histoire romantique se mettent rapidement en place et plutôt que de laisser traîner la relation, le scénario préfère avancer de manière assez rapide ce qui est extrêmement agréable. Si l’on pouvait craindre un triangle amoureux, il n’y en a pas vraiment non plus. Ce duo fonctionne à merveille car leur alchimie est plus que palpable. Bien qu’ils passent beaucoup de temps à se chamailler et se lancer des piques, c’est toujours pour s’embêter gentiment car il s’agit de leur manière de se comporter et c’est ainsi que l’on se retrouve avec des étoiles plein les yeux. Leur bonne humeur est clairement communicative et plus que source de divertissement. Si par la suite le scénario injecte des thématiques dramatiques, le couple garde son entrain et permet de surmonter les épreuves avec beaucoup de tendresse. Sans aucun doute, les sympathiques Kenji et Yuki sont le véritable moteur de Last Christmas

Le couple phare est loin d’être le seul à avoir des papillons dans le ventre puisque la série fait la part belle à tous les autres protagonistes. Il en faut toujours une, la moins intéressante est celle entre Higaki Naoya joué par le toujours très charmant Tamaki Hiroshi (Nodame Cantabile, Guilty, Love Shuffle), et Fujisawa Ritsuko qui porte les traits de la jolie Katase Nana (Yamikin Ushijima-kun, Arakawa Under the Bridge, Bloody Monday). Tous deux artistes, ils manquent légèrement de charisme et à l’exception de quelques scènes avec Yuki par exemple, peinent à véritablement marquer ou impliquer émotionnellement. C’est un petit peu dommage car ils sont vraiment en retrait par rapport aux autres. Le constat est bien moins tranché pour le triangle amoureux que forment le directeur de l’entreprise, Shintani Gorô, interprété par le génial Ihara Tsuyoshi (Jotei, Good Life) et deux de ses employés, Hayama Tappei et Takase Ayaka, respectivement incarnés par le chouette Moriyama Mirai (Water Boys) et Megumi (Pride). Gorô est, en dépit de son statut, le trublion de la série par son côté loufoque et totalement décalé. Souvent ridicule, il ne s’en formalise pas trop parce qu’il ne s’en rend que rarement compte et cherche une femme prête à se marier avec lui. Tappei croit être amoureux d’une hôtesse d’accueil de la compagnie mais a beaucoup de mal à se débarrasser d’Ayaka, bien décidée à profiter du salaire des employés. Le trio n’est pas forcément toujours trépidant mais n’est absolument pas déplaisant en raison du caractère plus que truculent de ses protagonistes. Cependant, ceux essayant d’éviter le surjeu japonais auront peut-être du mal avec Last Christmas… Les autres ne seront pas gênés le moins du monde et apprécieront ces touches d’humour accentuées. Il est vrai que toute cette romance n’évite pas les bons sentiments et les clichés mais la distribution permet de passer outre ces difficultés.
À côté de ça, si le cadre reste généralement limité à la société d’équipements sportifs, il arrive de voir quelques visages différents comme Sally, l’amie d’enfance de Kenji (Ryô – Zeni Geba), un homme bien décidé à demeurer dans la vie de celle-ci (Katsumura Masanobu – Asukô March!, Madonna Verde), la mère de Kenji (Kaga Mariko, la méchante mère de Dômyôji dans Hana Yori Dango) ou encore la femme qu’il souhaitait épouser. Mine de rien, le j-drama possède une sacrée distribution plus que convaincante.
Last Christmas se passant dans une entreprise, ce n’est donc pas étonnant que les relations entre les différents employés soient la figure de proue de la série. Si cela n’est jamais réellement étudié en profondeur, que le tout n’évite pas quelques facilités, il est clair que là n’est pas le but. Pour autant, le drama traite avec légèreté de ces fameuses femmes vénales pompant tout l’argent de leurs collègues et n’hésitant pas à user de leurs charmes pour parvenir à leur besoins. Le point intéressant est qu’il n’y a pas de parti pris et que ces femmes ne sont aucunement jugées.

En dehors de cet aspect romantique, puisque la série se déroule à la période de Noël, elle met la fête plus qu’en avant. Entre les nombreuses décorations parfois presque ostentatoires, les illuminations, les musiques connues, la neige, les déguisements, etc., il y en a pour tous les goûts. La chanson phare, Last Christmas, de Wham! a de grandes chances de vous rester dans la tête de longues heures après avoir regardé les épisodes et il faut dire qu’elle est franchement sympathique malgré sa guimauve débordante. Elle en en plus chantée pour l’occasion par Oda Yûji lors du générique de début ; attention, ça vaut son pesant de cacahuètes grâce à l’accent. D’ailleurs, la bande-son dans son ensemble, composée en grande partie par Kanno Yûgo (Umareru., Innocent Love, Woman’s Island, Engine) outre les nombreuses chansons des années 1980, est plus que réussie. Pour la petite anecdote, il s’agirait du premier travail de l’artiste pour un renzoku. Avec tout ça, si on ne se sent pas dans l’ambiance, c’est que l’on est probablement difficile. Concernant l’esprit de Noël stricto sensu, c’est un petit peu plus compliqué car on ne le retrouve pas vraiment. Cela se comprend quelque peu puisque l’on est au Japon qui n’a pas du tout la même approche qu’en Occident. Toutefois, la fin peut être plus ou moins interprétée comme le miracle de Noël grâce à son positivisme et son ton presque gentiment niais. Il est vrai que l’on ne veut pas regarder une série de Noël pessimiste mais parfois, il faut faire attention à ne pas trop être mignonnet. Enfin bon, ne soyons pas trop blasé, voir des personnages nager dans le bonheur peut faire du bien, surtout lors de cette période.

Last Christmas est en définitive un renzoku à voir pour qui apprécie les jolies histoires romantiques et il est d’autant plus conseillé lors des fêtes de Noël. S’il n’est clairement pas exceptionnel car il utilise légèrement trop de raccourcis, de facilités et que quelques intrigues sont faiblardes en plus d’être clichées, il ne peut que laisser une impression de fraîcheur. Malgré une thématique difficile, à savoir la maladie, il n’est jamais question de drame à outrance mais plutôt d’optimisme. L’humour est en effet présent sans pour autant phagocyter les évènements plus émouvants ce qui fait que l’ensemble réussit à trouver une juste-mesure appréciable. En outre, les personnages, assez âgés et matures pour une fois, sont hauts en couleur et n’en ratent pas une pour amuser, communiquant instantanément leur bonne humeur et leur dynamisme. Et ne le nions pas, l’histoire d’amour entre les héros, Kenji et Yuki, étincelle et illumine les épisodes. L’ensemble est alors divertissant, attendrissant comme il faut et globalement réussi pour se détendre en bonne compagnie.

By |2018-07-05T22:25:09+02:00décembre 20th, 2010|Last Christmas, Semaine spéciale Noël, Séries japonaises|5 Comments