Tiger & Dragon | タイガー&ドラゴン

Dites donc, il s’agit d’une semaine très japonaise sur Luminophore ; vous m’en voyez désolée pour ceux que ça ennuie, je tâcherai d’alterner davantage avec l’Occident prochainement. Après avoir parlé fin août du générique de Tiger & Dragon, il est plus que temps de traiter la série dans son intégralité. Bien qu’on pourrait le croire, ce j-drama n’a absolument aucun rapport avec l’excellent film de 2000 réalisé par Ang Lee, Wo Hu Cang Long (Tigre et Dragon). Il s’agit d’une production japonaise sur un sujet typiquement de chez eux, à savoir le rakugo. Ne vous inquiétez pas, nous allons expliquer de quoi il en retourne d’ici quelques lignes. Composé de onze épisodes, le renzoku fut diffusé sur TBS entre avril et juin 2005. Le premier d’entre eux dure une heure tandis que les autres disposent des quarante-cinq minutes habituelles. Attention toutefois, il existe aussi un épisode spécial – un tanpatsu – passé sur la chaîne le 9 janvier de la même année. D’une durée de 90 minutes, il est à regarder avant le renzoku. Eh oui, c’est rare puisque d’habitude, les SP se trouvent après la série en tant que telle mais pas cette fois. Il est tout à fait possible de ne pas le visionner car le premier épisode replace le contexte si ce n’est que ce serait vraiment dommage de s’en passer. À noter que le j-drama a reçu de nombreux prix lors de sa diffusion. Tiger & Dragon a été scénarisé par l’excellent Kudô Kankurô, à l’origine de séries comme Ikebukuro West Gate Park, Kisarazu Cat’s Eye, Ganges Gawa de Butterfly, Manhattan Love Story, Unubore Deka, Ryûsei no Kizuna ou encore Mirai Koshi Meguru. Aucun spoiler.

   

Lorsque Yanaka Ryûji décide de s’éloigner de la maison familiale et de son père, artiste pratiquant et enseignant le rakugo, il laisse derrière lui de nombreuses dettes. Un jour, alors que Yamazaki Toraji, un yakuza chargé de recruter l’argent se rend chez les Yanaka, c’est le coup de foudre. Découvrant le rakugo, il devient fasciné par cette forme de théâtre très particulière et décide d’apprendre à le pratiquer. Pour cela, il n’a pas de choix s’il veut devenir excellent, il doit devenir l’élève du père de Ryûji qu’il vient de délester de tous ces billets de banque. C’est ainsi qu’une sorte de marché se met en place : Toraji apprend une nouvelle histoire de rakugo, il paye son maître qui lui rend immédiatement l’argent pour rembourser ses dettes !

Naturellement, à moins de connaître auparavant le rakugo, le synopsis paraît peut-être assez obscur pour qui n’a aucune idée de quoi il s’agit. Le terme en lui-même signifie histoire qui se termine avec une chute drôle. Le principe est en fait très simple car il s’agit d’une sorte de spectacle humoristique japonais utilisant quelques codes bien spécifiques. Le conteur (rakugoka) se tient ainsi assis selon la position à genoux habituelle (seiza) sur la scène et est vêtu d’un kimono. Il possède parfois en plus des accessoires tels qu’un éventail mais ceux-ci demeurent très limités. Avec, il est a priori capable de suggérer n’importe quel objet. Sans se lever, il raconte alors une histoire humoristique plus ou moins longue suivant un découpage en trois parties. Cet art daterait du début de l’époque Edo, soit vers le XVIIè siècle. Dit de cette manière, il est facile de s’imaginer que cette forme de théâtre très particulière ne doit pas être franchement enthousiasmante. Si le conteur est mauvais, il est certain que le temps doit être long. En revanche, s’il est doué, le fait qu’il soit assis, seul, devant un décor neutre, n’est pas du tout un problème. Comme tout spectacle se respectant, il y a l’art et la manière de le pratiquer. Grâce à la tonalité de sa voix, les différentes intonations qu’il peut donc prendre selon les personnages incarnés, le rythme ou tant d’autres caractéristiques, l’ensemble peut se révéler plus que sympathique voire totalement hilarant. En revanche, si assister à du rakugo dans une salle de théâtre a des chances d’être agréable, le voir à la télévision est une autre paire de manches. Tigre & Dragon se déroule effectivement au moins la moitié de son temps dans l’établissement où se produit souvent le père de Ryûji, Yanaka Shôkichi, connu sous son nom de scène comme Hayashiatei Donbei. Presque tous les personnages se consacrent à cet art et les discussions tournent régulièrement autour de ce sujet. Contre toute attente, le résultat n’est ici pas du tout rébarbatif et se montre plus que convaincant grâce à une mise en scène élaborée assez originale et une ambiance décalée. Si l’on voit le conteur dans son environnement, la caméra en profite pour illustrer son histoire telle qu’on pourrait l’imaginer dans sa tête. Forcément, ces transpositions amènent des reconstitutions désopilantes, qu’elles aient pour cadre l’époque féodale ou les années hippies. La série suit une méthode de fonctionnement quasi mécanique afin d’accentuer son comique de répétition. Chaque épisode débute ainsi par l’annonce, sorte de prologue où le conteur annonce le récit et lance un Tiger & Dragon avec l’accent de son choix suivi du générique de début. Ensuite, l’histoire se développe et c’est l’occasion de voir les protagonistes en-dehors du théâtre. Il faut savoir que dans le rakugo, la narration est absente et le conteur s’attarde surtout sur les dialogues. Le scénario utilise alors de nombreuses ellipses pour donner un côté quelque peu haché très rythmé. Et pour terminer, le j-drama place l’épilogue avec le retournement de situation, la fameuse chute changeant totalement la donne et appuyant définitivement l’effet humoristique recherché. En fait, par sa construction schématique, Tiger & Dragon suit scrupuleusement les trois parties du rakugo traditionnel. Comme la série est courte, on ne ressent pas le côté laborieux de ces répétitions touchant à la fois le concept mais aussi les nombreuses blagues et gimmicks. Bien au contraire, on attend généralement avec impatience les derniers instants car on se doute que ce sera encore une fois amusant. En dépit de nombreux clichés voire d’aspects caricaturaux en plus d’une histoire simple et très classique, la mise en scène et la forme subtile permettent de ne pas en tenir rigueur tant tout y paraît maîtrisé. La réalisation est par conséquent plutôt originale puisqu’elle ne suit pas forcément la chronologie. Quant à la musique, que dire si ce n’est qu’elle est aussi délicieuse que le fond ? Composée par Nakanishi Kyô (Kisarazu Cat’s Eye, Kekkon Dekinai Otoko, Shiroi Haru, Clone Baby), elle utilise plusieurs instruments classiques de la culture japonaise. Au total, cette bande-originale est vivifiante par ces sons très typiques et rythmés.

Ce qu’il y a de particulièrement intéressant est que le yakuza, surnommé Kotora, apprend toujours une nouvelle histoire traditionnelle résonnant parfaitement avec ce que lui ou son entourage vit. Il est alors facile de faire des parallèles et de multiplier les scènes très marrantes. Son maître lui apprend un classique du rakugo et lui, il y ajoute des éléments contemporains comme si elle se déroulait dans la vie réelle. À l’écran, nous voyons donc les deux points de vue, d’un côté l’époque Edo et de l’autre, le Japon du XXIè siècle – et Tiger & Dragon oppose les deux générations que sont l’ancienne n’utilisant que les classiques et la nouvelle, s’attardant surtout sur les récits modernisés. Si le concept paraît confus, il ne l’est pas en regardant les épisodes, rassurez-vous. Sans aucun doute, un des gros points forts de ce spectacle est sa grande richesse linguistique ; mais, c’est aussi elle qui pourra perdre de nombreux téléspectateurs occidentaux. Ce n’est pas tant l’approche atypique qui soit le facteur pouvant rebuter certains mais plus le fait que le rakugo repose sur les jeux de mots, les doubles sens, les calembours, les incompréhensions dues à la langue mais aussi sur les quiproquos. Difficile de le nier, en ne comprenant pas le japonais, on passe certainement à côté de beaucoup de choses, qu’elles soient liées aux blagues mais aussi à des conjonctions d’évènements. L’humour du rakugo s’amuse effectivement du comique de situation avec tous les malentendus qui peuvent en découler. Associé à la plume enlevée de Kukô Kankurô, toujours aussi habile lorsqu’il faut passer d’un registre de pure comédie à d’autres plus dramatiques, le résultat s’avère délicieux et théâtral. Au final, le simple fait de baigner dans l’ambiance est déjà un vecteur humoristique en soit et si l’on ne comprend pas toutes les subtilités, on ne s’en rend probablement pas réellement compte tellement les zygomatiques travaillent. Les répliques fusent dans tous les sens, les dialogues sont très soignés et l’humour fait preuve de beaucoup de finesse dans cette folie ambiante. Les personnages participent totalement à cette atmosphère décontractée et comme presque toujours avec ce scénariste, chacun apporte sa pierre à l’édifice et même les plus secondaires ne sont aucunement oubliés.

Une série comme Tiger & Dragon ne serait jamais ce qu’elle est sans sa galerie de protagonistes. Hauts en couleur et interprétés par d’excellents acteurs donnant l’impression d’être ravis de se trouver là, ils transmettent immédiatement leur bonne humeur. Kukô Kankurô étant en plus quelqu’un appréciant recycler ses comédiens fétiches, il est facile d’en reconnaître énormément pour peu que l’on connaisse son univers. Une chose est certaine, c’est que chaque épisode emploie au moins un ou plusieurs invités prestigieux. Les deux têtes d’affiche sont le yakuza Yamazaki Toraji et le fils voulant couper les ponts avec le rakugo, Yanaka Ryûji. Tous deux sont joués par des Johnny’s, à savoir par les excellents Nagase Tomoya et Okada Junichi (Kisarazu Cat’s Eye, Niji wo Kakeru Ôhi). Entre l’alchimie dont ils font preuve ensemble comme séparément, l’amitié finissant par se développer entre eux mettant du baume au cœur, les scènes quelque peu vachardes, il paraît évident que tous les éléments sont présents pour en faire un duo extraordinaire. Toraji obtient comme nom de scène Kotora – tora signifie tigre en japonais. Yakuza depuis toujours, pas foncièrement brillant car un peu lent au démarrage, impulsif, il s’ennuie presque au quotidien jusqu’à ce qu’il découvre le rakugo. Et là, c’est le début de l’obsession, ou du drame parce qu’il n’a pas de sens de l’humour ! Souhaitant à tout prix apprendre à raconter des histoires avec talent, il décide d’employer le conteur dont il extorque tout son argent et l’aide plus ou moins au final à rembourser ses dettes. C’est là où on sent toute la patte de Kudô Kankurô avec cette situation ubuesque où le maître reçoit de l’argent et le rend immédiatement au yakuza à qui il donne des leçons. Kotora a tout pour faire peur avec sa grande carrure, sa manière de parler avec ses R roulés comme le yakuza qu’il est, et son tic de langue irrésistible mais évidemment, il n’est en réalité pas méchant pour un sou même s’il ne faut pas trop le chercher. Il s’incruste par conséquent chez les Yanaka et finit par se faire une jolie place dans ce monde excentrique où tout tourne autour du rakugo.

Tandis que Kotora cherche à se rapprocher de ce spectacle traditionnel japonais, ce n’est pas du tout le cas de Ryûji. Ne pouvant plus voir en peinture le rakugo, voilà un moment qu’il a coupé les ponts avec son père et le reste de sa famille. Se prenant pour un super designer, il créé des vêtements horribles qu’il vend avec Risa, jouée par Aoi Yû (Ao to Shiro de Mizuiro, Kôkô Kyôshi 2003), avec qui il s’entend comme chien et chat. La traitant de busu (mocheté) à tour de bras, il a tout pour la faire fuir. Comme les opposés s’attirent, il ne peut plus se détacher de Kotora et les deux passent donc beaucoup de temps ensemble, avec d’autres figures comme Chibi-T et ses t-shirts trop courts portant les traits du chouette Kiritani Kenta (Waraeru Koi wa Shitakunai, JIN), ou bien les yakuzas aux dents longues. Rangeons la crédibilité au placard puisque ces mafieux sont vus d’un point de vue humoristique. On y découvre le chef (Shôfukutei Tsurube – Karei Naru Ichizoku) de Kotora, le bras-droit tranchant des télévisions en deux et surtout, le fils héritier, Nakatani Ginjirô, suivant Kotora comme son ombre. Tsukamoto Takashi (TEIÔ, 6-jikan Go ni Kimi wa Shinu, Ganges Gawa de Butterfly, Tempest, Kisarazu Cat’s Eye, Kekkon Dekinai Otoko) l’incarnant est plutôt bon et son atroce coiffure vaut son pesant d’or. À tout cela il faut aussi ajouter le clan Yanaka avec évidemment, le patriarche, le génial Donbei joué par un excellent Nishida Toshiyuki (Karei Naru Ichizoku), passionné par son art et dépité que son propre fils lui tourne le dos. Cela dit, Ryûji n’est pas son unique enfant puisqu’il y a aussi la pile électrique Ryûhei, plus connu sous son nom de scène Hayashiyatei Donta. Totalement hystérique bien qu’il cache une certaine douleur profonde, ce n’est pas étonnant qu’Abe Sadao (Marumo no Okite, Kisarazu Cat’s Eye, Ikebukuro West Gate Park, Fumô Chitai) soit parfait dans ce rôle. Donbei accompagne de nombreux conteurs en plus de Kotora et tous ont un pseudonyme en don ; il y a donc Donbei, Donta mais aussi Donkichi, Dontsuku, Donburi ou encore… Udon ! La série s’amuse souvent à transformer et jouer avec les prénoms et noms de ses personnages. Alors que toutes ces figures forment déjà un tout très consistant, il y en a encore plein d’autres revenant très régulièrement comme Megumi, la guide touristique délurée papillonnant autour de tous les hommes. D’ailleurs, elle est interprétée par Itô Misaki qui ne m’avait pas du tout fait forte impression dans Densha Otoko mais qui se montre ici absolument géniale tant elle utilise le côté décalé et décomplexé de son personnage. Pas d’inquiétude, si la romance est vue en filigrane à travers les histoires de rakugo, elle n’est qu’un élément parmi d’autres et surtout, elle est légère, piquante et ne plombe absolument rien. Autrement, on pourrait parler de Jumptei Jump, un conteur très étrange incarné par un Arakawa Yoshiyoshi (Ganges Gawa de Butterfly) toujours aussi sympathique. Quant aux invités, citons en vrac l’apparition de Kohinata Fumiyo, Furuta Arata, Morishita Aiko, Takaoka Sôsuke, Yakushimaru Hiroko, Kitamura Kazuki ou encore Omori Nao. Il y en a du monde et incroyable, ils sont tous succulents !

En définitive, Tiger & Dragon part de l’art typiquement japonais qu’est le rakugo pour réussir à y retranscrire à la télévision ses codes, ses spécificités et ses histoires humoristiques privilégiant la comédie de situation et de répétition ainsi que l’humour linguistique. Compte tenu de son originalité et de son héritage culturel, la série pourra ne pas plaire à tout le monde surtout que l’ambiance y est décalée à souhait ; il est d’ailleurs probablement nécessaire de connaître un minimum le Japon avant de s’y lancer, parler la langue étant un plus certainement appréciable. Que cela n’effraye tout de même pas les néophytes car avant tout, ce j-drama est une véritable pépite où la comédie sait laisser sa place aux instants dramatiques et émotionnels en plus de divertir à merveille dans une atmosphère entraînante. Grâce à une mise en scène très dynamique, des dialogues savoureux, un rythme enlevé, une incroyable musique ainsi qu’une immense galerie de personnages attachants et développés, les épisodes se dévorent à toute vitesse et à chaque fois, les jeux de mots, malentendus et autres quiproquos amènent des éclats de rire. C’est typiquement le genre de série possédant une vraie identité et sachant l’exploiter sous toutes ses formes. En d’autres termes, ce petit bijou solidement écrit est une étrangeté efficace férocement addictive.

By |2018-07-06T18:12:06+02:00octobre 4th, 2009|Séries japonaises, Tiger & Dragon|4 Comments

Jotei | 女帝

Pour démarrer l’animation de Noël, place à une idée de Haruka. Ai-je envie de la taper maintenant qu’elle m’a fait regarder cette production ?

Il me semble avoir déjà aperçu l’affiche de Jotei sur Internet à un moment donné, mais je ne m’étais pas encore penchée sur la question, car j’avoue, elle ne me disait rien qui vaille. Cette série adapte le seinen manga en vingt-quatre volumes scénarisé par Kurashina Ryô et publié entre 1997 et 2002 ; il est indisponible pour l’heure en France. À noter d’ailleurs que ce mangaka paraît grandement affectionner le monde de la nuit puisque maints de ses travaux s’y consacrent et, pour information, plusieurs comme Yaô et TEIÔ ont aussi été transposés à la télévision. En ce qui nous concerne aujourd’hui, cette fiction japonaise se dote de dix épisodes de quarante-cinq minutes chacun qui furent diffusés sur TV Asahi entre juillet et septembre 2007. Aucun spoiler.

Après le décès de sa mère, la jeune lycéenne Tachibana Ayaka apprend la vérité sur son père qu’elle croyait mort. En réalité, il est bel et bien vivant et mène une carrière politique prometteuse. Persuadée qu’il les a abandonnées pour poursuivre son ambition et blessée par les manigances d’élèves issus de familles fortunées, elle décide de se venger. Elle quitte Kumamoto, à l’ouest de Kyûshû, pour Ôsaka et commence à y exercer comme hôtesse. À terme, elle espère devenir une jotei, autrement dit une impératrice officiant telle une reine des clubs de Ginza, afin de s’élever au rang des plus puissants et leur faire payer ses souffrances. Sa route s’annonce sinueuse et périlleuse, mais elle est prête à tout pour atteindre son but.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il importe de rappeler qu’au Japon, les clubs d’hôtes sont nombreux et ne sortent pas de l’ordinaire, ce qui ne signifie toutefois pas qu’ils ne sont pas pointés du doigt par la majorité. En France, ce genre de commerce serait inconcevable, mais dans le pays du service, pas du tout. Des clients de domaines aussi divers que variés viennent dans ces sortes de bars se divertir et boire. Si ces lieux employaient initialement des femmes pour un public donc masculin, l’inverse s’avère désormais de mise. Naturellement, ces accompagnateurs ne proposent que du vent et font tout pour augmenter les dépenses de leurs pigeons du moment, car ils reçoivent généralement un pourcentage sur les consommations. Le sexe n’est jamais mentionné au sein de ces murs et, à la surface, tout y demeure légal. Il semble évident qu’il peut très bien s’agir là d’une porte d’entrée pour de la prostitution. L’article Wikipédia sur le sujet explique convenablement le phénomène donc n’hésitez pas à le consulter si vous souhaitez en apprendre davantage. Jotei en profite pour illustrer le fonctionnement de cette pratique, mais se veut tout de même plutôt superficielle et, de surcroît, se contente d’une vision certainement idéalisée. Si les coups bas, menaces et autres exactions ne manquent pas, probablement pour appuyer le registre tragique et misérabiliste, le ton reste très lisse et veille à ne froisser personne. Que ce soit les accointances avec les yakuzas, la dimension politique patente ou le fait d’utiliser son corps pour gagner de l’argent, tout s’y s’avère aseptisé. Dommage, car l’occasion aurait justement été de proposer une peinture au vitriol de ce monde quelque peu malsain et factice. Ne parlons pas des scènes de sexe qui sont tellement timorées et consensuelles qu’elles en deviennent idiotes. Non, à la place d’une critique acerbe, la série favorise une vengeance caricaturale alimentée par des rebondissements tout aussi artificiels. La forme prolonge cet aspect préfabriqué en raison de vêtements kitsch au possible, comme toutes les robes et coiffures donnant l’impression de sortir tout droit des années 1980.

Au début de Jotei, l’héroïne, Tachibana Ayaka, est encore au lycée. Elle se fait renvoyer pour des raisons fallacieuses et comme sa mère décède après avoir été maltraitée par de vils sbires d’un puissant homme, elle se retrouve sans rien. Effectivement, la production n’y va pas avec le dos de la cuillère du côté des malheurs. L’adolescente ne baisse pas les bras et déménage en direction d’Ôsaka et se lance dans une carrière d’hôtesse. Ses premiers pas sont durs malgré la bienveillance de la mama, la gérante du club, car une collègue la considère comme une rivale bien trop dangereuse. Tout au long de ses dix épisodes, la fiction emploie un schéma analogue et très redondant. Ayaka arrive dans un nouvel établissement, fait de l’ombre à plusieurs femmes jalouses et cupides, se voit menacée de toutes parts, bataille ferme, l’emporte et devient plus forte. Cette mécanique usée jusqu’à la corde ennuie rapidement et laisse d’autant plus circonspect que les ennemies se révèlent systématiquement stupides et cumulant les clichés. Cerise sur le gâteau, leur interprétation est du même acabit avec un cabotinage disproportionné. Les rires outranciers et yeux globuleux prédominent, illustrant la criante absence de subtilité. À côté de ça, Ayaka plaît aux clients et envoûte maintes personnes évoluant dans le monde de la nuit et des affaires. Qu’a-t-elle de si extraordinaire ? Aucune idée. Partout où elle passe, elle triomphe, mais jamais la série ne montre de quelle manière elle y parvient. La médiocre Katô Rosa (Oh! My Girl!!) incarne cette héroïne peu attachante habitée par une envie de vengeance retranscrite abstraitement à l’écran. Le cheminement intérieur d’Ayaka manque de clarté et beaucoup de ses actes se veulent peu compréhensibles. Quoi qu’il en soit, elle ne recule visiblement devant rien, mais la voir s’agiter de la sorte n’émeut ou ne fascine guère parce qu’il est presque impossible de la prendre au sérieux. Jotei évolue vraisemblablement sur maintes années et cet avancement temporel est très mal mis en scène. Dans sa quête, la protagoniste est soutenue par quelques clients, dont un écrivain (Toyohara Kôsuke – Lady Joker) et un acariâtre homme d’affaires richissime (Izumiya Shigeru – Sanbiki no Ossan), mais aussi par ses patronnes toutes gentilles, une fidèle amie bien trop parfaite pour être crédible au vu du reste et, bien sûr, celui dont elle s’amourache.

Ayaka désire se venger de tous ceux abusant des plus faibles avec cruauté en utilisant leur argent et pouvoir. Pourquoi aller si loin ? Voilà une bonne question qui ne sera jamais traitée. Dans tous les cas, selon son raisonnement, se transformer en une impératrice de la nuit l’aidera. Après tout, pourquoi pas. En sus de son géniteur qu’elle exècre campé par un heureusement sobre Ihara Tsuyoshi (Hatsukoi), elle doit composer avec Hôjô Rina (Sakai Ayana), une ancienne élève de son lycée se croyant distinguée avec ses tenues bourgeoises. Son cliché de père (Morimoto Leo) aspire à un poste à responsabilité dans la politique, complote et s’active avec sa fille pour atteindre les sommets. La grande majorité des rebondissements est liée de près ou de loin à cette jeune castratrice haïssant profondément la jotei en devenir pour un motif jamais esquissé. Sans surprise, cette antagoniste ne dégage rien si ce n’est de la consternation. Consumée par la jalousie, elle n’hésite pas à tout mettre en œuvre pour contrecarrer l’hôtesse qu’elle croise constamment, le Japon étant visiblement minuscule. En attendant, elle manipule à sa guise Sugino Kenichi (Saitô Shôta) qui, de son côté, rêve d’Ayaka jour et nuit. Décidément, Jotei ne s’étouffe pas dans la finesse. La série aime également multiplier les scènes de claque, avec une héroïne serinant qu’il ne faut au grand jamais excéder une femme du pays du feu. Dans sa course, rien n’arrête Ayaka, sauf peut-être Date Naoto, un homme qu’elle croit rencontrer fortuitement. Lui aussi exerce dans un milieu peu commun et veille de loin sur sa protégée pour un motif mystérieux et ajoutant, encore une fois, une bonne dose de mélodrame. Matsuda Shôta l’incarnant s’est montré bien plus convaincant que ça par le passé, mais pour sa défense, les répliques indigentes ne l’aident pas du tout. La caractérisation de son personnage tout autant écrite à la truelle que celles des autres n’améliore pas non plus les problèmes. De toute manière, dans Jotei la crédibilité n’est jamais primée. La romance en filigrane ne touche pas une seule seconde le cœur des téléspectateurs, surtout que cette relation phare se développe abruptement. Le rythme avance de façon branlante, avec des épisodes truffés à foison de péripéties grotesques, et d’autres s’étirant à l’extrême en se bornant à dépeindre des crêpages de chignon présentant souvent une bien piètre image de la femme. Pour la petite anecdote, notons la présence de Hayami Mokomichi en séduisant hôte et en tant que collègues, Takizawa Saori (Marumo no Okite) et Andô Sakura (Shokuzai).

Pour conclure, avec son histoire de froide vengeance manichéenne Jotei propose une plongée dans le toxique microcosme des hôtesses. Si elle offre quelques clés de décryptage de ce monde du divertissement de la nuit, elle ne cherche pas réellement à le critiquer ou délivrer une peinture sociétale pertinente en dépit d’un potentiel évident. Elle préfère mettre en avant le parcours d’une jeune femme prête à tout pour assouvir son besoin de représailles contre des individus puissants faisant preuve de cruauté. Malheureusement, elle ne se donne pas une seule fois les moyens de ses ambitions et malgré une envie de se montrer subversive, elle persiste dans l’édulcoration et le sentimentalisme gratuit. Entre son héroïne imbuvable ne dégageant aucun charisme, l’horreur de l’interprétation générale, des personnages secondaires souvent perfides se limitant à un unique trait de caractère et des rebondissements préfabriqués multipliant les excès, il ne reste plus grand-chose à quoi se raccrocher. Certes, le visionnage demeure tolérable tant l’on vient à se demander jusqu’où le scénario rocambolesque poussera la caricature, mais cela ne suffit clairement pas à rendre convenable cette fiction clichée excessivement mélodramatique.

By |2018-07-06T17:48:27+02:00décembre 22nd, 2008|Jotei, Semaine spéciale Noël, Séries japonaises|2 Comments