Tôkyô Tower (2007) | 東京タワー

Si, si, je vais bien finir par terminer le tri par le vide de mes dossiers. En tout cas, je m’y emploie sérieusement et avec ce billet, je prouve m’atteler à des vieilleries y traînant depuis trop longtemps. Bien qu’en France, Lily Franky ne soit pas du tout connu, sa popularité se veut plutôt flagrante dans son propre pays. D’ailleurs, s’il multiplie les casquettes, il s’invite assez régulièrement au sein du petit écran. L’artiste aux divers talents ne joue pas dans la production du jour, mais a écrit l’histoire qui, apparemment, s’avère autobiographique. Tôkyô Tower est à l’origine un roman, un best-seller même, ayant déjà été utilisé dans un tanpatsu en 2006 et dans un film avec Odagiri Joe datant de 2007. Ce long-métrage est sorti peu après la conclusion de la série télé puisqu’elle dut diffusée entre janvier et mars 2007 sur Fuji TV pendant onze épisodes. Seul le premier dispose de quinze minutes additionnelles. Aucun spoiler.

Janvier 1989, dans la région de Chikuhô, à Fukuoka. L’adolescent Nakagawa Masaya vit avec sa mère dans un ancien hôpital de campagne. Malgré leur absence de grande richesse, il ne manque de rien tant il est couvé par sa maman quelque peu étouffante, mais très altruiste et extravertie. Elle l’aime plus que tout et sans aucune surprise, à force de s’occuper de tout à sa place, il ne sait pas faire grand-chose de ses dix doigts. Le jeune garçon n’a pas encore osé lui révéler qu’il souhaite partir pour Tôkyô dès la fin du lycée pour y commencer une nouvelle vie, loin d’elle. Mais même s’il cherche toujours à mettre de la distance entre eux, il finit systématiquement par retourner vers elle. Car après tout, une maman, on en a qu’une et il importe d’en profiter avant qu’elle ne disparaisse.

Pour être honnête, Tôkyô Tower ne me donnait pas du tout envie. Je n’avais aucune idée de son sujet et je crois l’avoir uniquement récupérée pour son acteur principal qui, depuis maintenant longtemps, me laisse indifférente. Je serai bien incapable de préciser la fidélité de cette adaptation ou de comparer avec les autres déjà existantes. C’est donc moyennement enchantée que j’ai lancé les épisodes et sans renier les qualités d’ensemble, rien ne m’a ici surprise. Cette fiction sait appuyer sur les bons boutons et ne nécessite pas d’être fustigée, mais elle ne s’écarte pas des sentiers battus et répond scolairement au cahier des charges habituel des séries télévisées nippones. Ceux attendant plus qu’une énième production calibrée n’auront pas suffisamment de matière pour en ressortir convaincus. En revanche, pour peu que l’on apprécie les récits légèrement mélodramatiques prônant les valeurs familiales, celui-ci mérite peut-être un certain investissement. Malgré une narration parfois éclatée nourrie par divers flashbacks, la majorité de la forme se révèle tout aussi basique que le reste et ne marque pas plus que de raison. Seule la musique un peu trop envahissante de Sawano Hiroyuki (Marumo no Okite) demeure en mémoire tant, justement, elle force les émotions avec ses envolées de violons et son emphase perpétuelle. C’est d’ailleurs cette absence de réelle subtilité qui entrave Tôkyô Tower parce qu’en dépit de ses défauts, elle propose de jolis moments et un message fédérateur ne laissant pas indifférent.

Dès l’âge de huit ans, Masaya est obligé de perdre ses habitudes d’enfant pour déménager avec sa mère, Eiko, à la campagne dans la préfecture de Fukuoka. Ses parents n’ont pas vraiment divorcé, mais ils ne vivent plus ensemble pour des raisons au demeurant obscures. Il semblerait toutefois que l’alcoolisme paternel (Izumiya Shigeru – Sanbiki no Ossan) soit le principal moteur de ce départ presque précipité. Le petit garçon peine à se faire à sa nouvelle vie, s’accroche littéralement à sa maman et souffre de sa timidité quasiment maladive. Les années défilent et il finit enfin par se faire deux amis, dont Yamada Kôhei (Emoto Tasuku – Osozaki no Himawari) qui voit en lui un modèle. Le surnommé Ma-kun est maintenant un adolescent et commence à se sentir asphyxié par sa mère qu’il appelle Okan – un diminutif pour okâ-san, maman en japonais. La série suit le parcours de cet adulte en devenir essayant tant bien que mal de se créer une identité, un futur. Entre le début et la fin du programme se déroulent plus de dix longues années où survient naturellement tout un tas d’évènements, mais où persiste envers et contre tout une grande simplicité. Le protagoniste termine l’école, part à Tôkyô étudier, multiplie les erreurs, ne se sépare jamais de sa maman et entretient avec elle une riche relation non dénuée d’accrocs, mais toujours bienveillante et pétrie d’amour. Les téléspectateurs attendant des rebondissements extraordinaires peuvent passer leur tour, car le scénario promeut la tranquillité et le calme, quitte à sombrer parfois dans une certaine torpeur. La production aurait mérité un bon raccourcissement et se perd dans des redondances dispensables. Avec ce sentiment de redite, les émotions finissent alors par se tarir légèrement surtout que plusieurs scènes normalement dramatiques s’étirent aussi à l’extrême. Dommage également que le héros s’avère si peu attachant même s’il est contrebalancé par son adorable mère.

Comme tout enfant, Ma-kun a besoin de se détacher d’Okan qui tend à le surprotéger. Cette femme s’apparente à un vrai rayon de lumière. Boute-en-train, solaire, énergique et dévouée, elle se plie en quatre pour les autres, quitte à devoir s’échiner tous les jours au travail. L’interprétation enjouée de Baishô Mitsuko offre ses lettres de noblesse à ce personnage apportant beaucoup de dynamisme à la série. Elle n’en rate jamais une pour se grimer, amuser la galerie et se mettre en avant, ce qui embarrasse et gêne considérablement son fils. De son côté, il se montre insouciant, assez ingrat et se complaît dans l’oisiveté. Son égoïsme et ses caprices se comprennent quelque peu compte tenu de la situation, mais ce protagoniste peine à provoquer une franche sympathie, le jeu limité de Hayami Mokomichi n’atténuant en plus pas les écueils du fond. Cet illustrateur en devenir est en définitive jaloux de sa propre mère qui attire tous les regards, mais avouons qu’il fait bien pâle figure à côté d’elle. Au fil des années, il gagne en expérience, se prend d’affection pour une étudiante incarnée par Kashii Yû (Meitantei no Okite) et mûrit par la force des choses, car la tendance se retourne. En effet, plusieurs drames s’abattent sur ses proches et il doit veiller sur sa maman, les rôles finissant enfin presque par s’inverser. Le défilement du temps n’est pas toujours perceptible alors qu’apparemment, une décennie s’écoule entre le début et la fin. Bien que Tôkyô Tower s’attarde sur plusieurs personnages se bornant à des archétypes avec les voisins marginaux aux divers problèmes, elle tourne systématiquement ses propos autour de l’importance de la famille et plus particulièrement de la mère. Les bons sentiments pullulent et l’approche souffre d’un ton larmoyant amplifié par la redite narrative, mais la grande majorité de l’audience réussit forcément à se sentir concerné devant cette relation phare rondement croquée où l’humour s’offre aussi une place notable. La fiction en profite en prime pour présenter quelques réflexions sur la maladie et les capacités de résilience.

Au final, à travers ses onze épisodes non dénués d’un léger soupçon amusant, Tôkyô Tower délivre une belle ode à l’amour maternel. Si la série ne manque pas de défauts avec son classique registre gentillet, sa lenteur légèrement ennuyante, son scénario presque répétitif, sa musique forçant les émotions et son protagoniste moyennement engageant, elle reste susceptible de plaire par son aspect fédérateur et sa dynamique maîtresse mêlant tendrement empathie et irritation. Son absence d’idéalisation parvient à globalement compenser la mièvrerie d’ensemble d’autant plus que le script veille à choyer la simplicité et la sincérité malgré des ressorts parfois stéréotypés et des éléments annexes peu concluants. En d’autres termes, la production ne s’apparente absolument pas à un indispensable du petit écran, notamment car elle se contente d’utiliser consciencieusement la méthode la plus à même de satisfaire le public japonais en oubliant toute vraie personnalité, mais elle s’y applique suffisamment correctement pour dépeindre un honnête récit.

By |2018-07-06T17:48:21+01:00octobre 26th, 2016|Séries japonaises, Tôkyô Tower (2007)|0 Comments

Kamen Rider OOO | 仮面ライダーオーズ/OOO

Si le kitsch vous effraye et que nous n’êtes pas en mesure de mettre de côté vos préjugés, évitez ce billet, car vous risquez de frôler l’apoplexie. Fin 2011, j’expliquais penser continuer mon exploration des tokusatsu et, plus particulièrement de la franchise Kamen Rider, en testant une seconde fiction de cette trempe. Effectivement, à l’époque j’avais donné sa chance à Kamen Rider Den-Ô. Comme je n’y connais pas grand-chose, je ne savais absolument pas pour laquelle opter, mais j’ai suivi les conseils d’un de l’entre vous en jetant mon dévolu sur la vingt et unième du genre : Kamen Rider OOO ; le OOO se prononce ôzu. Elle comporte quarante-huit épisodes d’une petite vingtaine de minutes et dispose également de quelques films dont nous parlerons plus tard. Pour l’heure, il est uniquement question de la série à proprement parler, diffusée entre septembre 2010 et août 2011 sur TV Asahi. Aucun spoiler.

Après plus de huit siècles de sommeil, des créatures monstrueuses appelées les Greeeds se réveillent et s’apprêtent à détruire l’humanité en se nourrissant des désirs des habitants de la planète. Seul un banal jeune individu se laissant porter par ses pas, Hino Eiji, paraît capable de les stopper. Grâce à une ceinture fort particulière dotée de trois médailles lui ayant été prêtée par Anhk, un Greeed incomplet en marge de ses congénères, il peut se transformer en Kamen Rider OOO.

Avant toute chose, évoquons la partie esthétique qui a de quoi donner des sueurs froides à la très grande majorité du public âgé de plus de dix ans. Kamen Rider OOO est un tokusatsu et s’adonne donc plus que de raison aux effets spéciaux, mais aussi aux personnages dans des costumes souvent farfelus, colorés et semblant sortir tout droit d’un ridicule bestiaire vieillot. Il convient de ne pas trop se focaliser sur cet aspect afin d’y adhérer un minimum. D’ailleurs, personnellement, je n’ai eu aucune difficulté pour être convaincue par ce que je voyais et je me demande si ce n’est pas parce que j’avais déjà testé auparavant Kamen Rider Den-Ô. En d’autres termes, je savais à quoi m’attendre et que je ne devais pas espérer un résultat digne de la dernière superproduction américaine. Pour autant, ce côté éminemment kitsch offre un charme suranné non désagréable à cet ensemble et démontre que, peu importe l’emballage, tant que l’histoire et les protagonistes se montrent suffisamment persuasifs, les écueils liés à la forme passent en arrière-plan. Il faut en plus admettre que la créativité et l’inventivité dont font preuve les designers se révèlent assez stimulantes puisqu’ils réussissent à régulièrement se renouveler. En bref, oui, Kamen Rider OOO n’est pas la série la plus à la pointe de la technologie. Les trucages numériques, les parures monstrueuses et les grosses ficelles ont de quoi faire ricaner, mais à condition d’y mettre un peu de bonne volonté, il est facile d’en faire abstraction. La musique rythmée et entraînante composée par Nakagawa Kôtarô aide d’ailleurs à s’immerger dans cet univers fantasque plus profond qu’à première vue.

Hino Eiji est de retour au Japon après avoir traversé plusieurs pays. Profondément affable et souriant, il se lie rapidement d’amitié avec les personnes qu’il côtoie sur son chemin. Pourtant, derrière sa bonne humeur se cachent plusieurs meurtrissures, notamment car il a vu les ravages de la guerre et n’a pu que constater son impuissance face à la barbarie humaine. Tandis qu’il arpente la région avec ses vêtements singuliers, il effectue des petits emplois dans l’espoir de renflouer un peu ses caisses. Il ne se fait guère de soucis à partir de l’instant où il a au moins des sous-vêtements propres pour le lendemain. Ce sont dans ces conditions qu’il rencontre pour la première fois Ankh, un Greeed morcelé ne disposant plus que d’un bras, mais étant capable d’investir le corps de n’importe quel quidam. Contre toute attente, cet être particulier ne fraye pas avec les siens et décide, pour diverses raisons, de pactiser avec Eiji. En lui délivrant une ceinture originale, il lui offre ainsi l’opportunité de se transformer en OOO. Grâce à ses pouvoirs récemment acquis, Eiji se lance dans une vaste bataille contre les Greeeds dont l’unique objectif est de s’alimenter des désirs des humains, tout en semant la panique sur leur passage. La relation entre Ankh et Eiji est le point d’ancrage de toutes ces aventures et les deux ont beau être, techniquement, des ennemis, ils s’allient pour atteindre leurs buts ultimes. Cela dit, celui du premier reste pour l’instant fort mystérieux… La situation se complique davantage quand Ankh choisit de manipuler le corps d’Izumi Shingo, un policier sérieusement blessé par un Yummy – une créature mineure initiée par les Greeeds – et de ne pas s’en séparer tant qu’il n’aura pas retrouvé le sien. À leurs côtés s’ajoutent principalement la sœur dudit homme de loi, l’ambiguë fondation Kôgami aux maintes ressources et la sympathique propriétaire (Kai Marie) du restaurant CousCoussier apportant une grande touche de fraîcheur avec les décorations exotiques de son établissement.

Comme souvent avec des séries de cette trempe, Kamen Rider OOO ressemble sur le papier à un univers complexe à appréhender. Puisqu’elle est à destination des enfants, il est évident que la réalité diffère. En effet, le principe de cette production est simple et repose sur un schéma mécanique. Les épisodes fonctionnent par paire et racontent à eux deux une même histoire plus ou moins indépendante. Toutefois, progressivement s’installent plusieurs éléments étayant une sorte de fil conducteur en lien avec Ankh et les autres Greeeds. La fiction joue beaucoup sur son format répétitif pour asseoir une comédie de situation ayant, certes, assez rapidement ses limites, mais ne se révélant pas réellement irritante. De même, l’aspect redondant des intrigues parallèles ne se veut pas foncièrement ennuyant, peut-être parce que les personnages et les relations les unissant sont en mesure de contrebalancer ces défauts typiques des Kamen Rider. Tout de même, plusieurs aventures sont totalement dispensables, n’apportent rien du tout et voir les grands ennemis être battus à plates coutures à maintes reprises n’aide pas à les prendre au sérieux. Le scénario ne s’embarrasse pas des facilités, des hasards arrangeants et des coïncidences ridicules, ce qui symbolise également une marque de fabrique de la franchise. À partir du moment où l’on connaît un tant soit peu les tokusatsu, des caractéristiques communes sautent aux yeux et c’est à la production d’utiliser ces codes attendus, tout en les détournant ou s’en amusant sensiblement pour étonner et divertir le téléspectateur. À noter que Kamen Rider OOO fête en milieu de parcours le millième épisode de Kamen Rider et offre une sorte de rigolote mise en abîme totalement excessive rendant hommage aux combattants décimés depuis le début. La série illustre sans mal qu’elle ne se prend jamais au sérieux et assume totalement ses faiblesses, ce qui empêche de se montrer trop virulent à son égard.

Il est toujours agréable de constater qu’en dépit du jeune public qu’ils visent, les récits Kamen Rider cherchent à alimenter un univers foncièrement riche, avec une mythologie en bonne et due forme. Si les ressorts scénaristiques de base souffrent d’une simplification extrême et n’hésitent pas à choyer une morale sentimentale bienveillante, le ton demeure suffisamment pédagogue et enlevé pour être tolérable. Dans tous les cas, ici, les propos se focalisent sur les Greeeds – comme greed en anglais signifiant cupidité –, des individus dangereux reposant à l’origine sur une coquille vide, ce qui explique leur appétence à se nourrir des envies et de la convoitise des autres. Ils sont constitués de milliers de médailles et peuvent revêtir une apparence humaine. Mine de rien, la série aborde de manière assez pertinente des thématiques presque philosophiques comme l’importance du désir, des rêves, de savoir ce que l’on souhaite au plus profond de soi-même et de ce qui fait que l’on est doué d’esprit et non pas un contenant banal et sans saveurs. Un juste milieu doit être trouvé afin de ne pas être insipide ou cupide. Au nombre de cinq, les Greeeds possèdent tous une personnalité propre et se montrent pour certains finement croqués. Pour être honnête, c’est plutôt Ankh qui tire sans aucun doute possible son épingle du jeu, mais d’autres comme le manipulateur Kazari (Hashimoto Taito) ou la maternelle Mezool (Miki Honoka – Itazura na Kiss 2013) ne sont pas dénués d’intérêt. Uva est trop caricatural et a le malheur d’être incarné par le médiocre Yamada Yûsuke (TEIÔ), et Gamel (Matsumoto Hiroyuki) souffre de son absence d’intelligence. Ils représentent surtout les antagonistes à abattre, fomentent dans leur coin et mettent quelques bâtons dans les roues d’Eiji et de ses amis. Ces Greeeds ont la particularité de créer des Yummys, d’autres monstres chargés de collectionner des médailles, sortes de cellules permettant de densifier l’enveloppe corporelle, car rappelons qu’après leur long sommeil et ce qui les a amenés à hiberner durant presque un millénaire, les Greeeds ne disposent plus de leurs pleins pouvoirs. Les médailles forment le nerf de la guerre de Kamen Rider OOO. Ce sont elles qui alimentent les batailles et, plus particulièrement, ce sont les médailles noyaux qui transforment l’humain Eiji en Kamen Rider OOO.

Le OOO, évoquant le signe de l’infini, est le nom de la ceinture qu’arbore Eiji. Pour utiliser ses facultés, le jeune homme doit y insérer trois médailles noyaux correspondant à la tête, au torse et aux bras, et aux jambes. Ces espèces de pièces sont colorées et appartiennent aux Greeeds. Par exemple, Kazari a les jaunes, Ankh les rouges, etc., et ils cherchent tous à récupérer les dix leur étant propres. La quête de ces médailles s’apparente à la lutte la plus évidente de Kamen Rider OOO et il n’est pas rare que celles-ci tournent régulièrement au sein des différents groupes. Dans tous les cas, Eiji les emploie et, pour faire fonctionner sa ceinture, il jouit de diverses combinaisons lui offrant des habiletés plus ou moins redoutables. C’est l’occasion de voir des chorégraphies et de retrouver des gimmicks du style TaToBa, ToraTah… Les médailles peuvent se mélanger entre elles, mais quand OOO utilise trois d’une même couleur, il dispose alors de pouvoirs surpuissants requérant une incroyable énergie susceptible de l’épuiser. Pour s’aider, le Kamen Rider détient également des petits gadgets et une moto, propriétés de la fondation Kôgami. Cette société menée par un homme amateur de gâteaux d’anniversaire (Ukaji Takashi) joue le mystère et soulève progressivement ses cartes. Quelques-uns de ses membres comme le très sérieux Gotô (Kimijima Asaya) investi par son envie de sauver le monde, la pétillante assistante du directeur (Arisue Mayuko) ou le docteur Maki (Kamio Yû) ne se séparant jamais de sa poupée chauve figurent parmi les principaux personnages de la série. Au sujet de ce dernier, il faut avouer qu’il est profondément ridicule et ses réactions dès qu’il perd sa babiole reposant perpétuellement sur son épaule ont de quoi laisser plus que perplexe. Malgré une caractérisation parfois branlante, le scénario essaye à plusieurs reprises de pallier ses faiblesses. Le boute-en-train Date Akira (Iwanaga Hiroaki) revêtant le costume de Kamen Rider Birth est également un élément non négligeable. Les charmants Gotô et lui proposent d’agréables passages favorisant l’amitié et le respect mutuel. C’est que, mine de rien, la série sait injecter un souffle presque épique avec ces combattants contre les forces ennemies ! Pour l’anecdote, l’adorable Suzuki Fuku (Marumo no Okite) fait une minuscule apparition dans le dixième épisode. Une chose est en tout cas certaine, c’est que Kamen Rider OOO réussit à se montrer un minimum distrayante grâce à la dynamique instaurée entre Eiji et le Greeed Ankh.

Dès le départ, Kamen Rider OOO introduit une relation ambivalente entre ses deux personnages principaux. Eiji (Watanabe Shû) a le cœur sur la main et n’hésite pas à mettre sa vie en danger pour sauver la planète entière. De l’autre côté, Ankh est une créature égoïste soupe au lait capable de tout pour parvenir à ses fins. Malheureusement pour lui, il doit se contenter pour l’heure de son bras puisque le reste de son corps est aux abonnés absents. Il choisit donc d’emprunter celui d’un policier tombé dans le coma. Eiji l’autorise momentanément à agir de la sorte, parce qu’il sait que c’est un mal pour un bien, mais est bien décidé à renverser la situation aussi vite que possible. Après tout, le représentant de la loi a bien le droit de retrouver son existence et sa petite sœur, Hina (Takada Riho). Cette dernière comprend rapidement ce qui se déroule et fait partie intégrante de la lutte contre les Greeeds subsistants. Sans être une figure franchement enthousiasmante, cette jeune fille dotée étrangement d’une force surhumaine plaît par sa ténacité et le fait qu’elle n’hésite pas à se mettre en danger. La fiction instaure un climat légèrement romantique entre elle et Eiji, mais il importe de ne pas attendre quelque chose de plus que de rares séquences connotées. En fait, Kamen Rider OOO propose une jolie histoire amicale qui, bien que non dénuée des poncifs habituels, fait mouche grâce au charme et à l’alchimie des principaux concernés. Tout y demeure profondément classique, mais la recette pourtant éprouvée fonctionne efficacement et permet de passer de très chouettes moments. Ajoutons-y les scènes d’action, l’univers assez étoffé, l’humour perpétuel, de fréquentes doses d’émotions et il y a de quoi avoir envie de suivre Ankh et Eiji. Les deux sont régulièrement en conflit, surtout du fait du caractère tempétueux du Greeed amateur de glaces, mais progressivement, le public sent bien que naissent des sentiments positifs beaucoup plus fins. Miura Ryôsuke interprétant Ankh effectue un travail délicieusement décalé en jouant la carte du poseur à l’eye-liner n’hésitant pas à lancer des piques toutes les secondes. Sous le couvert de ses critiques acerbes incessantes et de son attitude nonchalante, le Greeed chemine pour s’humaniser au passage tandis que l’adorable Eiji voit son cœur s’apaiser. Les deux forment une paire absolument jouissive représentant indéniablement le maillon fort de l’ensemble.

En définitive, Kamen Rider OOO utilise la formule typique des productions de la franchise en proposant un monde fourmillant de détails et un monstre à abattre chaque semaine. S’il s’avère indiscutable que cette série ne manque pas de défauts avec son format mécanique, ses incohérences et facilités scénaristiques, la dilution de son fil conducteur, moult moments de pur remplissage, des développements basiques et une forme ayant de quoi favoriser la moquerie, elle bénéficie d’un humour latent sympathique, d’une exploration pertinente du désir et des rêves, d’un duo phare charismatique et d’un rythme relativement enlevé. Avec l’humilité dont elle se dote et son sens de l’autodérision, elle se laisse donc assez aisément regarder. Bien sûr, à moins de vouloir approfondir sa culture sur le sujet ou d’être un aficionado du genre, elle n’est pas conseillée à la majeure partie des téléspectateurs, mais elle détient des atouts suffisamment solides pour agréablement surprendre. Quant à ceux souhaitant pénétrer dans le monde de Kamen Rider, cette fiction est suffisamment accessible pour être une bonne porte d’entrée. Pour être honnête, je suis presque persuadée qu’enfant ou adolescente, je l’aurais adorée !

By |2017-05-01T13:58:29+01:00juin 5th, 2015|Kamen Rider OOO, Séries japonaises|6 Comments