Doctor Who – Last Christmas (Christmas Special 2014)

Incroyable, mais vrai, je suis enfin totalement à jour concernant Doctor Who – tout du moins, si l’on exclut la neuvième saison actuellement en cours. Comme d’habitude, le dernier Noël ne fut pas oublié par la série puisque la BBC et Steven Moffat nous ont offert un bonus d’une heure intitulé, justement, Last Christmas, et diffusé le 25 décembre 2014. Aucun spoiler.

Clara se réveille en entendant de curieux bruits sur le toit de son immeuble. Quelle n’est pas sa surprise en y découvrant le… père Noël ! Elle n’a pas le temps de tergiverser que voilà le Docteur qui surgit, lui ordonne de monter dans son TARDIS et, quelques instants plus tard, ils se retrouvent tous piégés au pôle Nord avec une équipe de scientifiques. Que se passe-t-il et que sont ces créatures en forme de crabe ?

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le synopsis de cette aventure spéciale n’est pas limpide. Et pour cause, la première moitié de l’épisode part dans tous les sens et laisse pantois le téléspectateur qui ne comprend pas trop ce qui se trame. Le visionnage ne se révèle en aucun cas déplaisant, mais plutôt amusant, car le récit accumule un tas d’éléments hautement improbables non dénués d’un humour pétillant. L’atmosphère commence par une touche féérique avec l’irruption de ce bon vieux barbu, incarné par Nick Frost, de ses elfes – dont l’un d’entre eux est joué par Nathan McMullen (Misfits) –, les rennes et tout ce qui entre dans le folklore de Noël. Le personnage en lui-même est attachant et s’il met les pieds en plein dans les clichés habituels, cela ne se veut absolument pas gênant, bien au contraire. D’ailleurs, cette approche démontre encore une fois la propension du scénariste à favoriser l’univers des contes merveilleux. Or, en cours de route, l’ambiance change du tout au tout et plonge dans un climat mélancolique, angoissant, voire horrifique, et pas forcément adapté au contexte des fêtes familiales de fin d’année. L’équilibre du ton se montre légèrement précaire d’autant plus que l’écriture se perd dans des complications inutiles pour une histoire qui, au bout du compte, n’est qu’un prétexte à la réunification du Docteur et de Clara. En plus, le dernier rebondissement avant la conclusion se résout un tantinet trop abruptement, accentuant dès lors cette absence de fluidité narrative.

La saison précédente se terminait par les adieux des deux compagnons de voyage. L’un disait avoir enfin trouvé sa planète d’origine tandis que l’autre se targuait de vivre des moments réjouissants avec son amoureux. Naturellement, les deux mentaient. L’épisode met assez vite les points sur les i les concernant, dans le but de les faire avancer et, pourquoi pas, reprendre un bout de chemin ensemble. Clara réalise rapidement que le TARDIS et ses pérégrinations lui ont manqué. Le Docteur, lui, ne pipe mot, mais son attitude pousse à penser qu’il est plus qu’heureux d’être accompagné de la jolie brunette. Ce qui est un petit peu dommage avec The Last Christmas, c’est que malgré de très bonnes idées, il se contente de tout survoler pour arriver à son épilogue qui est donc de savoir si, oui ou non, Clara et le Seigneur du Temps vont repartir pour des aventures inédites. Bien sûr, le spécial s’y adonne avec un certain talent, l’ascenseur émotionnel des cinq dernières minutes est incroyablement intense et l’on quitte finalement cette heure avec des étoiles plein les yeux, mais cet unitaire laisse en arrière-plan un goût de trop peu, en plus de ne pas suffisamment immerger son audience dans l’esprit de Noël. En dépit de répliques enlevées et d’une iconographie indiscutable mettant du baume au cœur et s’approchant presque de la guimauve, ce sont plutôt les rêves et des sortes de crabes qui prédominent ce récit assez maladroit.

Pour une raison totalement inconnue, Clara, le Docteur, le père Noël et ses compères ainsi qu’un groupe de scientifiques sont au pôle Nord. La situation est plus que corsée puisque quelques-uns des membres de cette base ont été parasités par des créatures extraterrestres en forme de crabe. Celles-ci sont d’autant plus dangereuses qu’elles plongent leurs victimes dans un rêve, tout en se délectant tranquillement de leur cerveau. Il n’y a pas de doute, le ton n’est pas à la rigolade ou à la dégustation d’une bonne bûche de saison. L’atmosphère est funeste avec la mort, le fantôme d’un être cher récemment disparu et cette possibilité de ne jamais réussir à se dépêtrer de ce dédale onirique. L’histoire s’amuse grandement d’influences cinématographiques dont la franchise Alien, mais aussi Inception, avec un résultat très satisfaisant et bien amené. De même, l’idée de la représentation des songes est proprement séduisante et intrigante, sauf que Last Christmas se prend légèrement les pieds dans plusieurs incohérences, trous scénaristiques et oublie d’apporter une vraie densité à ses personnages secondaires, dont une employée de la structure campée par Faye Marsay (The White Queen). Ce serait mentir de dire que ces écueils s’avèrent rédhibitoires à l’appréciation de ce spécial où l’imaginaire possède une place de choix, mais ils empêchent d’en ressortir pleinement convaincu.

Pour conclure, avec Last Christmas Doctor Who n’offre pas là son meilleur épisode de Noël, mais s’il n’est pas dénué de défauts, le visionnage laisse tout de même sur une jolie note après un tourbillon émotionnel rude pour les nerfs. Malgré un registre parfois trop sombre pour cette période de l’année et une audience généralement familiale, cette histoire au concept improbable réussit à proposer une sorte de conte ambivalent où le mythique père Noël détient l’occasion de rayonner avec moult sentiments. Bien que le scénario se donne sûrement encore une fois de grands airs pour un résultat hasardeux, les retrouvailles du sympathique duo que forment Clara et le Docteur suffisent peut-être à tolérer toutes les lacunes, surtout quand résonnent quelques répliques de la jeune femme sur le rôle que joue, à ses yeux, le Seigneur du Temps.

Par |2017-07-28T15:09:37+02:00novembre 10th, 2015|Doctor Who, Séries britanniques|0 commentaire

Plebs (saison 2)

Probablement parce que je suis masochiste sur les bords, psychorigide dans ma manière de visionner des séries et passionnée d’Antiquité, je n’ai pas pu m’empêcher de continuer la fiction britannique Plebs après des débuts compliqués. C’est donc ainsi que j’ai regardé dernièrement sa deuxième saison, constituée de huit épisodes diffusés sur ITV2 entre septembre et novembre 2014. Une suite est d’ores et déjà prévue pour l’année prochaine. Aucun spoiler.

En 2013, j’expliquais que la comédie Plebs n’était pas du tout faite pour moi malgré ma grande appétence pour son cadre historique. J’ai beau être férue de péplums, je suis très peu réceptive aux blagues graveleuses et, de toute manière, c’est un secret pour personne, le format des sitcoms ne me convient guère. Pour faire simple, je sais pertinemment ne pas me trouver dans la cible de cette production qui, en dépit de son univers, se révèle moyennement originale. Comme précisé dans le premier paragraphe, je n’ai pas pu m’empêcher de tester ces aventures inédites. Que voulez-vous, je suis également une éternelle optimiste en matière de télévision et je demeure persuadée qu’il est toujours possible d’être agréablement surpris. Eh bien, contre toute attente, mes propos d’aujourd’hui ne seront pas aussi péremptoires qu’il y a deux ans. Est-ce que cela signifie que la qualité de cette saison est supérieure à la précédente ? Ce n’est pas sûr. Craignant tellement le pire avant de commencer, je ne pouvais qu’en ressortir moins effarée. Ou alors, à force de côtoyer cette bande d’ahuris, j’ai fini par m’y attacher. Dans tous les cas, la formule de Plebs n’a aucunement changé et, ça, c’est certain !

Cette nouvelle salve d’épisodes repose sur la recette déjà employée jusqu’alors, mais elle dispose dorénavant d’un aspect feuilletonnant plus consistant en dehors des histoires accessoires habituelles. Naturellement, Marcus, Stylax et l’esclave Grumio sont toujours autant en marge de la société bien qu’ils fassent tout ce qu’ils peuvent pour s’y intégrer. Enfin, non, ce serait mensonger concernant le dernier, car lui semble se ficher un peu de tout tant il ne parvient pas à connecter simultanément plus de deux neurones ; il préfère essayer de recoller des phallus géants avec du foie gras. Marcus cherche encore une fois à séduire la voisine Cynthia qui, visiblement, ne répondra jamais à ses sollicitations peu subtiles, pendant que l’intraitable Metella, elle, se moque ouvertement du blondinet repoussé. Stylax choisit d’emprunter la voie des auriges puisqu’il est persuadé que conduire des chars attirera dans ses filets de jolies demoiselles. Pardon ? Il a peur des chevaux, vous dites ? Ce n’est pas ça qui l’arrêtera ! À leurs côtés, leur collègue Aurelius se ridiculise systématiquement devant la patronne condescendante qui n’en rate pas une pour tenter de se débarrasser de ses employés, le propriétaire de leur appartement n’oublie pas de contourner plus ou moins discrètement la loi, et quelques personnages récurrents s’ajoutent au passage pour constituer des péripéties assez rocambolesques. La recette est donc strictement identique à celle de la première saison, les principales figures n’évoluent pas d’un iota et la tonalité ne dépareille nullement.

Encore une fois, l’écriture favorise l’absurde, la caricature assumée, les gags régulièrement idiots et n’hésite pas à multiplier les anachronismes tout en adaptant des problèmes actuels aux situations que vivent les héros. Ceux-ci n’ont de cesse que de se lancer dans des mésaventures souvent méritées et induites par leur ignorance, en grands benêts obsédés par les femmes qu’ils sont. Leur amitié est communicative, avouons-le. C’est dès lors l’occasion de se frotter aux sans-papiers et à l’immigration, aux élections, aux difficultés d’élever un bébé, à l’irruption d’une prostituée campée par Lauren Socha (Misfits), à l’avancée du progrès qui finit parfois par enterrer des professions, et à plusieurs autres petits clins d’œil faisant plaisir. Plebs prouve par conséquent une certaine créativité et a pour elle de continuer d’utiliser les codes visuels des péplums et de posséder un ton plutôt irrévérencieux s’amusant des contrastes et du contre-pied. Qui plus est, la forme parvient à tirer profit de son budget anémique et divertit avec ses musiques connotées reggae. Il est dommage que l’humour demeure toutefois aussi poussif et sombre par moments dans des plaisanteries sexuelles ou scatophiles de très mauvais goût. Par chance, certains épisodes en sont davantage dépourvus et démontrent que la fiction pourrait très bien s’en affranchir afin de gagner en qualité.

Au final, la deuxième saison de Plebs s’appuie sur des ressorts scénaristiques analogues à ceux des aventures précédentes. Elle ne raconte donc pas grand-chose de palpitant bien qu’elle cherche, cette fois, à instaurer une sorte de fil conducteur. La finesse n’est clairement pas son moteur comme le prouvent des blagues trop régulièrement plus que douteuses, mais la sympathie relative de ses hurluberlus allumés, le rythme enlevé et le décalage ambiant s’amusant des anachronismes permettent de ne pas se montrer trop critique même si, comme moi, on ne se trouve assurément pas dans le public visé. Il paraît évident que pour peu que l’on ait grandement apprécié les débuts de la série, la suite a toutes les chances de satisfaire de la sorte.

Par |2017-05-01T13:58:29+02:00juin 16th, 2015|Plebs, Séries britanniques|0 commentaire