True Blood (saison 5)

Il est l’heure de retourner du côté de Bon Temps afin de voir ce que True Blood nous a concocté de sympa cette année. Alan Ball ayant décidé de quitter son poste de showrunner à la fin de la saison cinq, celle-ci fut donc la dernière sous ses ordres directs. Il garde toutefois un œil sur la série et pourra donner des conseils si cela lui paraît nécessaire lors de la sixième, prévue au cours de l’été 2013. À l’instar des précédentes, la cinquième est composée de douze épisodes de cinquante minutes à une heure et fut diffusée entre juin et août 2012 sur HBO. Aucun spoiler, sauf sur le devenir de Tara.

Si beaucoup ne semblent pas avoir apprécié la saison quatre, ce ne fut pas du tout mon cas malgré de nombreuses maladresses qui auraient pu être assez facilement évitées. Elle a au moins le mérite de se terminer sur une note extrêmement enthousiasmante laissant augurer du bon pour la suite. Que les choses soient claires dès le départ, la saison cinq de True Blood est la plus mauvaise de la fiction depuis son arrivée sur la chaîne. Honnêtement, je ne me suis pas du tout ennuyée ni vraiment agacée parce que j’ai un énorme capital sympathie pour elle, mais il s’avère évident que les défauts enfoncent totalement l’ensemble. Ce n’est donc pas du tout étonnant que ceux ayant déjà du mal avec la série aient totalement décroché. Pourtant, la saison comporte de nombreuses bonnes idées si ce n’est qu’elle ne réussit pas du tout à les exploiter.

Sans surprise, le season premiere débute immédiatement là où l’on nous avait laissés. Tara vient de se prendre une balle en pleine tête pour sauver Sookie qui, elle, a assassiné de sang-froid Debbie. Pam passant dans les parages à la recherche d’Eric, Sookie et Lafayette lui demandent de transformer leur amie en vampire. La première réaction que l’on peut avoir est l’affliction. Si Tara devient une créature aux dents pointues, elle ne va donc pas mourir ! Quand bien même on peut avoir apprécié le personnage à ses débuts, les scénaristes ont montré depuis qu’ils ne savent pas que faire avec elle. En dépit de son trépas, elle compter rester encore parmi nous ?! Zut, True Blood n’est décidément pas capable de tuer ses figures principales. Contre toute attente, si Pam accepte en effet de concevoir son premier enfant, le résultat s’avère tout particulièrement réjouissant. Tara en vampire est la meilleure chose qui pouvait lui arriver et c’est aussi l’un des arcs les plus sympathiques de la saison. Bien sûr, comme elle déteste sa nouvelle nature, elle tolère au départ mal sa condition, mais elle finit plus ou moins par s’y faire, essentiellement grâce à Pam et, dans une moindre mesure, à Jessica. La dynamique instaurée entre Tara et Pam est plutôt bien écrite et ne manque pas d’étincelles. La fille d’Eric a toujours été exceptionnelle, notamment à travers sa répartie du tonnerre et son détachement, et la saison développe enfin un minimum son personnage en la montrant sous une autre facette. Son histoire et sa rencontre avec Eric sont mises en scène à travers des flashbacks parfois moyennement intégrés, mais leur contenu permet globalement de passer outre et de faire le parallèle avec ce que vit Tara. Quoi qu’il en soit, tout ce qui se déroule à Fangtasia est agréable, car drôle, enlevé, un tant soit peu mélancolique, presque émouvant et plus que correctement mené. La différence est d’autant plus frappante avec le reste tant maintes intrigues ne riment à rien, patinent et manquent cruellement de rythme. Les amateurs de soft porn seront autrement déçus parce que du sexe, il n’y en a presque pas !

Eric et Bill venant de créer leur propre désordre très sanguinolent, ils sont rapidement rattrapés par l’Autorité. Après entendre parler d’elle durant moult saisons, il était temps que la série nous la fasse connaître de l’intérieur. Découvrir les hautes instances vampiriques est généralement vecteur d’intérêt si ce n’est qu’ici, le résultat n’est pas satisfaisant. Le principal problème est d’avoir inclus une dimension fanatique et parfois totalement grand-guignolesque via l’arrivée de Lilith, le vampire originel. L’arc prédominant distille une connotation religieuse avec cette bible vampirique expliquant qu’avant Adam et Eve, Lilith apparut et les deux humains n’auraient été créés qu’en guise de nourriture. Fondamentalement, les thématiques sont pertinentes et mettent le monde de True Blood en ébullition. De nombreux vampires appelés les Sanguinistes croient dès lors que les humains ne sont plus que du bétail bon à sucer jusqu’à la moelle. Plutôt que de s’intégrer à la société comme le veut l’Autorité, ils doivent régner. Il existe donc une véritable dissension dans la hiérarchie et si l’on y ajoute le grandiloquent Russell Edgington venant de s’échapper de sa dalle de béton, il est facile d’imaginer de l’explosif. Or, ce n’est pas du tout le cas parce que tout tourne au ridicule en plus d’être extrêmement prévisible. De nouveaux personnages comme Salome (Valentina Cervi) sont irritants et d’autres tels que Bill sont à la limite de sortir de leur caractérisation. Nora, la petite sœur d’Eric jouée par Lucy Griffiths (Robin Hood), commence fort pour passer la moitié de la saison amorphe, avant de se réveiller dans les derniers épisodes. De même, si voir Christopher Meloni (Law & Order: Special Victims Unit, Oz) en vampire millénaire extrêmement puissant à la tête de l’Autorité est alléchant, il aurait mérité plus d’envergure. En fait, tous les membres ne servent au final à presque rien, ce qui est d’autant plus frustrant qu’ils sont pourtant parfois interprétés par des acteurs éminemment agréables comme Peter Mensah (Spartacus) et Christopher Heyerdahl (Stargate Atlantis, Sanctuary, Hell on Wheels). Même Russel Edgington n’a pas le droit à un traitement de faveur, ce qui est assez honteux puisqu’on prend le temps de le faire revenir. Cela dit, son association avec le très jeune individu qu’il garde sous son aile est franchement délicieuse. À noter la présence de Tina Majorino (Veronica Mars) en sympathique vampire geek.

Le pire dans la saison, c’est qu’elle offre à chaque personnage sa propre intrigue et qu’elle s’éparpille par conséquent absolument partout. Bien sûr qu’on apprécie les habitants truculents de Bon Temps, mais il est nécessaire de condenser tout ça et se limiter. Ce problème est loin d’être nouveau dans True Blood étant donné que la série a toujours été très brouillonne, attendant le dernier moment pour faire rejoindre les différents arcs. Sauf que cette année, ce gloubi-boulga ne parvient jamais à donner un sentiment d’unicité délirant. Franchement, qui en a quelque chose à faire des loups-garous ? Alcide a beau être attachant à sa manière, son passé et ses aventures avec sa meute – qui n’est pas sa meute, mais dont il ne peut se détacher – sont laborieux. Ce n’est pas parce qu’on nous montre que son père est joué par le génial Robert Patrick (The X-Files) que ça change quoi que ce soit. Même constat pour les réminiscences brûlantes de Terry empêtré avec le retour de son camarade incarné par Scott Foley (Felicity, Grey’s Anatomy) et leur Ifrit venu d’Irak. Sam et Luna ont quant à eux la malchance de devoir composer avec un gang d’Obama qui a ses hauts et de nombreux bas. Ajoutons-y la petite fille de Luna, sa grand-mère loup portant les traits de Dale Dickey (My Name is Earl), les déboires amoureux et cosmétiques de Hoyt et l’on a vraiment trop de choses inutiles sous les bras. En revanche, Lafayette n’a rien de particulier à se mettre sous la dent et c’est tant mieux surtout qu’il fait toujours preuve de classe et d’humour à toute épreuve. Le voir est quasi assuré d’en ressortir satisfait. Chaque épisode prend systématiquement le temps de montrer ce qui se déroule chez tout le monde et l’ensemble en devient mécanique et lourd. Le rythme n’arrange rien puisqu’il est très lent. C’est assez incroyable d’arriver aux trois quarts de la saison et de ne pas avoir l’impression qu’elle a vraiment commencé.

Dans tout ça, qu’en est-il de Sookie ? Le point assez étrange est que pour la première fois, la blondinette n’a que très peu de scènes avec Eric et Bill. C’est un soulagement puisque cela permet de laisser de côté un triangle amoureux finissant par s’engluer, mais aussi cela donne la possibilité à l’héroïne de ne pas être vue qu’à travers la romance. D’ailleurs, elle n’est pas la seule, car Eric retrouve enfin de sa superbe après avoir été trop domestiqué précédemment. Finalement, Sookie en a fait du chemin depuis sa première rencontre avec un vampire. Malgré l’omniprésence de son petit côté ingénu, elle est devenue plus que plaisante au fil des années. Au cours de la saison, elle passe beaucoup de temps avec Jason, ce qui est une excellente chose. Les épisodes mettent effectivement en avant leur relation, le font avec tact et juste ce qu’il faut d’amour familial pour la rendre crédible et sincèrement touchante. Jason et Sookie vont ainsi de découverte en découverte concernant la véritable cause de la mort de leurs parents et il semblerait que la suite continue cet arc rapidement amorcé ici. Sinon, Sookie a de nouveau affaire aux fées et à la plus vieille d’entre elles (Erica Gimpel – Veronica Mars, ER), tout comme le fantastique Andy qui se retrouve bien embêté une fois devant un certain fait accompli. Bref, tout ça est catastrophiquement désordonné.

En définitive, la cinquième année de True Blood multiplie les intrigues pour finir par s’en étouffer. Avec un rythme très lent et un arc principal avançant à la vitesse d’un escargot asthmatique, elle manque totalement d’homogénéité et d’intérêt. Forcément, en raison d’une écriture aussi instable, de délires extrémistes, de propos inutiles et de très nombreuses maladresses, voire d’incohérences, l’ensemble paye le prix fort et pas une seule fois, la saison demeure globalement correcte. Les épisodes ne réussissent pas suffisamment à insuffler la folie d’antan qui permettait de camoufler à sa manière le côté brouillon par sa verve et son aspect ironique et presque décadent. Cette saison cinq, en plus d’être très chaste, est bien trop bavarde et, surtout, très plate. Restent quelques passages plus qu’engageants et la sympathie que l’on peut porter à la série, mais il va de soi qu’à ce rythme, cela ne durera pas éternellement…

Par |2017-05-01T13:59:42+02:00novembre 10th, 2012|Séries étasuniennes, True Blood|5 Commentaires

Everwood (saison 2)

Après avoir envisagé de reprendre le chemin vers le Colorado en 2011, ce ne fut que récemment que je me suis enfin remise à Everwood, et plus précisément, à sa seconde saison. Celle-ci, composée de 22 épisodes, fut diffusée sur la désormais défunte The WB entre septembre 2003 et mai 2004. Elle est inédite sur le réseau hertzien français puisque si je ne me trompe pas, elle n’est jamais passée dans son intégralité sur France Télévisions. Un unique spoiler : issue de l’opération de Colin.

En avril 2011 était publié le billet concernant la première saison d’Everwood où je disais recommencer la série très prochainement. Finalement, j’aurai mis plus d’un avant de retourner du côté de cette petite ville tranquille perdue au milieu des États-Unis. Pourquoi ce délai ? Pour être honnête, j’avais peur. Peur de ne plus du tout apprécier cet univers familial, tout simplement. Il faut savoir que je n’avais pas touché à Everwood depuis le milieu des années 2000. Entre-temps, de l’eau a coulé sous les ponts et j’ai pu aiguiser mon sens critique. J’espérais retomber sous le charme mais je craignais d’abîmer mes souvenirs. Et puis finalement, durant cette période je me suis procurée les DVD américains ce qui est nettement plus pratique que ce que je possédais jusque-là. Un petit mot à ce sujet, ces DVD sont certes des Z1 si ce n’est qu’ils sont lisibles sur des lecteurs non-dézonés. Il existe par ailleurs des sous-titres français donc pourquoi se priver ? Par contre, des chansons ont apparemment été modifiées en raison des droits d’auteur.

La saison précédente s’était terminée sur un cliffhanger assez effroyable avec l’opération de Colin Hart. Le docteur Andy Brown a-t-il réussi à lui sauver la vie ou au contraire, a-t-il dû le laisser s’en aller ? Cette nouvelle saison débute sans surprise par une ellipse temporelle de quelques semaines. Malgré les premières images chaleureuses, drôles, légères et typiques de l’été, le téléspectateur sent que la réalité est à mille lieues de ce qu’on lui montre. Effectivement, bien que Colin soit dans les parages, qu’Amy rie à gorge déployée et semble heureuse, la jeune fille ne fait que rêver. L’adolescent est malheureusement décédé sur la table d’opération. C’est ce tragique évènement qui va influencer l’intégralité de la saison et qui bouleversera totalement les personnages et leurs dynamiques. Le premier concerné est tout d’abord Andy qui est mis au ban d’Everwood car il est jugé responsable de la disparition de la coqueluche des habitants. Abattu, il ne cherche aucunement à se défendre et s’enferme dans une bulle où plus personne ne peut pénétrer. Il faudra toute la force de persuasion et les sarcasmes de son fils pour le sortir de ce marasme et lui faire expliquer à la ville entière qu’il n’y est pour rien si Colin est mort. Le jeune homme préférait disparaître plutôt que de n’être qu’un légume, il fallait donc faire un choix en conséquence. Les épisodes évacuent assez rapidement les difficultés psychologiques d’Andy mais aussi professionnelles car ses patients lui font au départ faux bond. En somme, cela est quelque peu dommage d’autant plus que la famille Hart est également très vite balayée de la carte, Laynie disparaissant par exemple en milieu de saison suite à une dispute avec Amy. L’entourage familial de Colin est en fait généralement assimilable à un électrochoc car lorsqu’il revient sur le devant de la scène, c’est pour mieux permettre aux personnages principaux de reprendre le droit chemin. Néanmoins, d’un point de vue global on ne peut guère tenir rigueur que l’impact de la mort de Colin soit aussi vite mis de côté vis-à-vis des Brown ou des Hart. Il subsiste en effet toujours quelques éléments subtils, montrant entre autres que le souvenir de cette opération hantera probablement à tout jamais Andy. En revanche, là où le décès de l’adolescent prend toute son envergure, c’est avec la famille Abott et plus particulièrement avec Amy.

Amy aimait Colin plus que tout. C’était son premier amour, elle a veillé sur lui lors de son long coma, elle ne l’a jamais laissé tomber et a fait tout ce qui était en son pouvoir afin qu’il finisse par se réveiller. Même lorsqu’il perdit la mémoire et devint violent, elle ne lâcha pas prise. Colin a profondément marqué et rythmé sa vie au cours des dernières années. Savoir qu’il n’est plus là et qu’elle se retrouve seule lui est presque fatal. Sans conteste, cette seconde saison est celle des Abbott. Amy traverse une grave crise car elle ne sait plus où elle va, qui elle est et de quelle manière elle peut envisager le futur. Non, elle ne pense même pas à son futur tant elle s’en fiche royalement. Le présent ne lui est d’ailleurs pas plus intéressant. Là où les épisodes sont tout particulièrement intéressants est qu’ils développent le mal-être de l’adolescente au long cours et ne verse jamais dans le sensationnalisme ou le misérabilisme. L’interprétation très juste d’Emily VanCamp associée à des dialogues fins et des situations simples mais efficaces font tout ce qui est nécessaire afin de rendre cet arc sincère et réaliste. La dérive d’Amy touche en plein cœur, elle qui entraîne en plus toute sa famille dans sa chute. Les Abbott subissent de plein fouet leur plus grave coup dur. S’il est indubitable que c’est Amy qui fait éclater le noyau familial, elle n’est en réalité que l’étincelle mettant le feu aux poudres. Les Abbott avaient déjà des soucis et des contentieux à régler entre eux. Amy en est tout simplement le catalyseur et son attitude désabusée et immature ne fait qu’amplifier le phénomène. Tandis que la jeune fille s’enfonce dans un gouffre sans fin en traînant avec un supposé ancien drogué, Tommy Callahan joué par Paul Wesley (alors crédité par son vrai nom nom, Paul Wasilewski | The Vampire DiariesFallen), Harold et Rose se disputent et mettent à mal leur couple. Si Tom Amandes avait déjà montré dans la saison précédente qu’il était absolument extraordinaire, il nous donne cette fois envie d’être encore plus dithyrambique tant son Harold est fabuleux. Toujours condescendant, sûr de lui et orgueilleux, le médecin a du mal à s’avouer que sa fille va mal et lui accepte tout, laissant son entourage de côté. La série développe avec ces épisodes une magnifique relation entre un père et sa fille, relation qui prend généralement une nouvelle tournure à l’adolescence, lorsque la jeune fille se détache quelque peu de son géniteur afin de prendre son envol. Harold lui, veut couver Amy et qu’elle ne souffre pas mais c’est malheureusement trop tard. En essayant tellement de la surprotéger, il finit par accentuer les dissensions au sein de sa propre famille. C’est là où la saison est très bien écrite car si Amy est au cœur du propos, suivie de très près par son père, Rose et Bright ne sont jamais oubliés bien qu’ils soient pourtant laissés sur le bord du chemin par tout le monde. Ces deux personnages se montrent attendrissants, eux qui jouent le rôle de cinquième roue du carrosse. Bright est d’ailleurs une des révélations de la saison car en plus d’être drôle, il sait aussi se montrer un peu plus dense qu’au premier abord. Quoi qu’il en soit, la dépression d’Amy est ainsi à l’origine de plusieurs scènes intenses et touchantes comme celles de fin du 2×10, Unhappy Holidays, avec le monologue d’Amy puis la grande envolée de Rose envers sa mère jouée par Betty White, ou encore l’oubli du 2×13, Forget me not. Résumer cette famille aux souffrances d’un de ses membres serait réducteur car d’autres intrigues entrent également en compte comme celle en lien avec Linda, la sœur d’Harold jouée par Marcia Cross (Desperate Housewives), de retour après avoir passé plusieurs années à exercer la médecine à l’étranger. Cette arrivée sera à l’origine de profonds changements au cœur du cabinet mais aussi au sein des relations entre les différents personnages.

Évidemment, si les Abbott sont au centre de nombreux propos au cours de la saison, ils sont loin d’être les seuls à être sur le devant de la scène. Du côté de chez les Brown, la vie suit son petit cours tranquille. Ephram et Andy apprennent à se parler normalement à et avoir une relation moins conflictuelle et plus ou moins digne de celle liant un père à son fils. Il s’agit là d’une belle évolution, crédible et tranquille mais qui annonce de bien tristes jours dans la saison trois au vu d’une certaine révélation assez facile dans le 2×22, The Day is Done. Andy n’a jamais été le personnage le plus intéressant ou attachant d’Everwood et ce n’est pas encore avec ces épisodes que l’on dira le contraire. Pour autant, il n’est généralement pas désagréable et ce sont surtout ses dynamiques avec les autres qui lui permettent d’être sympathique et d’avoir du matériel. Son épouse étant décédée depuis plusieurs années, il finit par aller de l’avant et ressent des sentiments inédits pour une femme autre que celle qu’il a épousée. Si réussir à allier vie sentimentale avec sa vie familiale assez compliquée ne sera pas aisé pour lui, il sera pourtant confronté à un élément impossible à occulter et rendant cette nouvelle relation encore plus complexe qu’au premier abord. Tout en s’investissant dans une nouvelle fréquentation, il met de côté ses amis comme Nina -quasi transparente au cours des épisodes- et retombe parfois dans ses travers passés. En tout cas, pour notre plus grand plaisir, la saison n’oublie pas le lien atypique entre Harold et Andy, toujours aussi fraîs et drôle bien que ces fameux moments vachards manquent quelque peu à l’appel.
Et Ephram ? Ah pardon, avant qu’on ne l’oublie, et Delia ? La petite fille a beau avoir de jolies réactions bien écrites, son interprète est tellement mauvaise qu’il est difficile de ne pas tiquer. Heureusement, elle est assez peu mise en avant et son absence de talent est contrebalancé par celui de ses confrères. Pour garder sa fille, Andy emploie une nouvelle baby-sitter, Madison, jouée par Sarah Lancaster (What About Brian). Madison a la vingtaine, est belle, étudiante, drôle, intelligente, une superbe voix et un excellent sens de la réparti. Tout le monde est rapidement charmé et elle remet des étincelles dans les yeux de Delia voire dans ceux d’Ephram… Et donc, et lui alors ? Il est loin le garçon bizarre au cheveux violets du tout premier épisode d’Everwood. Plus sûr de lui, légèrement moins sarcastique et moins en rébellion contre la totalité de l’univers, il se pose et construit brique à brique une personnalité solide et bien plus adulte que celle des adolescents de son âge. En raison de la période autodestructrice d’Amy et parce qu’il s’est fait mettre de côté depuis tellement de fois, Ephram ne cherche plus réellement à prendre de ses nouvelles. N’importe quel téléspectateur sait pertinemment qu’ils sont destinés l’un à l’autre mais il est évident qu’ils doivent d’abord régler certaines choses auparavant. Pour la première fois, Ephram a des sentiments pour quelqu’un et ils sont partagés. La saison ne joue par la carte de la facilité avec le choix de cette personne car plusieurs obstacles assez peu communs se mettent entre eux. Ephram grandit et expérimente. Parfois, il en ressort le cœur brisé et l’âme en mille morceaux mais c’est justement ça qui lui permet d’avancer. Bright devenu son meilleur ami l’aide et lui fait profiter de ses conseils parfois dispensables. À ce sujet, l’amitié entre les deux est une excellente idée car s’ils semblent n’avoir rien en commun, ce sont justement leurs différences qui leur permettent de former une paire aussi fantastique.

En résumé, cette seconde saison est celle de l’évolution. Les personnages finissent tous par changer et s’ils semblent pour certains s’enfoncer dans l’obscurité, c’est généralement pour mieux remonter. Ces nouveaux épisodes marquent par cette caractérisation toujours plus poussée et en constant changement ; c’est pourquoi la saison forme un tout cohérent et de qualité constante. Citer un épisode en particulier n’est pas évident car fondamentalement, il ne se passe pas grand-chose. Ce n’est en aucun cas un problème mais tout le contraire tant le rythme tranquille permet de développer comme il se doit les situations et leurs acteurs. Pour ne rien gâcher, les thématiques abordées sont encore une fois simples, à des années lumière des teen shows habituels et leur traitement est d’un grand naturel. On pense aux amours impossibles, à la dépression, à la séropositivité ou tout simplement aux liens familiaux et amicaux. Des moments importants comme la première relation sexuelle sont également mis en avant de plusieurs manières, selon différents points de vue mais gardent toujours pour maître mot la simplicité et la subtilité. Il s’agit sans conteste d’une marque de fabrique d’Everwood qui, si elle insuffle une certaine dose de bienveillance, montre qu’elle est une série dramatique familiale réussie et plus qu’enthousiasmante. Au cours de la saison, les intrigues médicales sont par ailleurs mieux dosées que précédemment et font généralement un parallèle avec des évènements se déroulant dans la vie des protagonistes principaux. De plus, il n’est pas rare que des comparaisons soient également faites entre les différents personnages et ce qu’ils vivent. La saison prouve encore une fois qu’elle sait suivre avec une profondeur égale trois générations, à savoir celle des ados, des parents mais aussi celle des grands-parents.

Sur une note plus triviale, il est possible de retrouver de nombreux visages plus ou moins connus de la télévision. On peut ainsi citer Kristen Bell en cheerleader mécontente de sa petite poitrine, Beau Bridges (Stargate SG-1, My Name is Earl) comme minier rêvant de construire un phare, James Earl Jones (notamment la voix de Darth Vader) en mélomane acariâtre, Kirsten Nelson (Psych) travaillant aussi à la mine, Tamara Taylor (Bones) en médecin, J.K. Simmons (Oz) en supposée oreille directe d’un dieu, Adam Beach en natif-américain, Charlie Webber (Ben dans Buffy the Vampire Slayer) en guitariste pédant, Kelly Carlson (Nip/Tuck) comme vendeuse de fausses cartes d’identité ou encore la désormais regrettée Kathryn Joosten (Desperate Housewives) en baby-sitter. Claudia Christian (Babylon 5) incarne quant à elle une Edna bien plus jeune et ce choix est plus que judicieux tant sa ressemblance avec Debra Mooney est troublante, ne serait-ce qu’au niveau de la voix. Tim DeKay (Carnivàle) est de retour dans le rôle du pasteur malvoyant ; de même pour Dylan Walsh (Nip/Tuck) en tant que mari gay de Nina et Philip Baker Hall (The Loop) en mentor d’Andy. Bref, il y en a du monde !

Au final, cette seconde saison continue sur la lancée initiée par la précédente. Plus grave et aboutie mais toujours aussi juste, elle place ses personnages dans des situations difficiles avec des vérités exposées et des changements inéluctables. La période est par conséquent celle de l’évolution et celle-ci se fait en douceur, en simplicité et avec beaucoup de pudeur et de réalisme. Fort heureusement, si le drame est plus que présent au cours des intrigues, l’humour et la bonne humeur ne dépareillent nullement et c’est toujours un vrai bonheur d’aller à Everwood car on sait que notre cœur sera certes parfois mis à rude épreuve mais sera aussi totalement charmé. Il ne reste plus qu’à espérer que la suite sera tout autant homogène et qu’elle ne subira par les fameux affres de la malédiction de la saison trois.

Par |2018-07-06T18:00:13+02:00juin 13th, 2012|Everwood, Séries étasuniennes|5 Commentaires