Celeb to Binbô Tarô | セレブと貧乏太郎

Serait-ce une comédie romantique sur Luminophore ? La précédente remonte à… à quand d’ailleurs ?! Tout du moins, Celeb to Binbô Tarô s’annonce comme telle sur le papier, mais cela ne signifie pas pour autant que cette série réponde réellement aux critères du genre. Constituée de onze épisodes, elle fut diffusée sur Fuji TV entre octobre et décembre 2008 ; le premier et le dernier disposent d’une dizaine de minutes additionnelles. Aucun spoiler.

Depuis qu’il est veuf, Satô Tarô peine à joindre les deux bouts et vit avec ses trois enfants dans une misère assez désolante. Malgré tout, il ne se laisse jamais abattre et peut compter sur le soutien indéfectible de ses proches. Quand on lui propose un emploi en or, il saute sur l’occasion, même si cela signifie devoir côtoyer une jeune célébrité richissime n’ayant vraisemblablement jamais été confrontée aux soucis typiques du petit peuple.

Le choix de cette comédie romantique plutôt qu’une autre peut paraître très curieux tant elle s’avère assez méconnue et désormais presque ancienne. En fait, je l’ai récupérée il y a un moment, pour l’unique présence de Kashiwabara Takashi pour qui j’ai un faible. Puisque je suis en train d’essayer de vider mes stocks, j’ai enfin décidé de lui donner sa chance, même si elle ne me tentait pas particulièrement. Le scénario ne me disait rien qui vaille et je craignais les stéréotypes, la morale bon marché et l’interprétation moyennement heureuse. Sans surprise, mes doutes ne furent en aucun cas enrayés et, pire que ça, maints écueils se sont rajoutés à la liste. Pourtant, Celeb to Binbô Tarô commence d’une manière tout à fait correcte, mais en cours de route, la série change littéralement de visage et oublie sa romance classique pour plutôt se diriger vers une comédie outrancière où les rebondissements ridicules et les incohérences se multiplient. La réalisation et la musique composée par Yamashita Kôsuke (Hana Yori Dango) restent sobres, bien que non mémorables. Il n’empêche, qu’est-il arrivé pour un tel revirement ? À croire que toute l’équipe créative a été modifiée dans la conclusion tant on a l’impression d’être face à deux œuvres différentes.

C’est bien connu, les contraires s’attirent et de nombreuses fictions adorent s’amuser des contrastes pour mieux les mettre en valeur. Comme son titre l’indique, Celeb to Binbô Tarô oppose une célébrité au pauvre Tarô. Satô Tarô a la trentaine et vit de petits boulots en espérant récupérer un maigre pécule à la fin de la journée. Son lieu d’habitation ressemble à une sorte de taudis amélioré et, avec ses trois enfants, il se contente d’un œuf pondu par leur poule et de lamelles de tranches de mie de pain en guise de nourriture. Par chance, il arrive parfois à mettre un sou de côté pour pouvoir, par exemple, payer la facture d’électricité dans les temps avant de se retrouver dans le noir complet. Sa progéniture ne fait pas cas de cette situation et, de son côté, il ne baisse pas non plus les bras. Ce cadre moribond pourrait faire pleurer dans les chaumières, mais le j-drama ne favorise jamais le pathos. Ce serait même tout le contraire tant les adversités sont tournées en dérision. Il faut dire que l’interprétation survoltée de Kamiji Yûsuke (Tôbô Bengoshi) en Tarô donne immédiatement le ton. Le veuf en question s’avère assez irritant, car il paraît surtout idiot, naïvement altruiste et cumulant les maladresses. À la longue, il fatigue d’autant plus que son cheminement personnel se veut peu inspiré. Qui plus est, sa relation avec l’héroïne, la styliste Mitazono Alice, ne dégage aucune alchimie et il devient donc plus que difficile d’y adhérer.

Pour tenir la route, une des conditions des comédies romantiques est de créer un pont émotionnel avec ses téléspectateurs. En d’autres termes, il importe de crédibiliser la dynamique maîtresse. Ici, ce n’est jamais le cas et l’on vient même à espérer que les deux protagonistes ne finissent pas ensemble parce qu’ils n’ont absolument rien en commun. Outre le stupide surexcité Tarô, la série s’attarde sur Alice. Cette héritière d’une famille cossue navigue dans le luxe et la volupté depuis son plus jeune âge. Passionnée par la mode, elle a lancé sa propre compagnie, Love Alice, et est admirée dans tout l’archipel. En apparence superficielle et méprisante, elle se révèle plus fine qu’elle n’en a l’air, bien que sa caractérisation change vers la fin du tout au tout pour redevenir fort caricaturale. Quoi qu’il en soit, Alice cherche un jour un chauffeur et, suite à certaines circonstances, décide d’employer Tarô. Entre eux deux, les étincelles fusent, mais ils ne peuvent s’empêcher de se retrouver envers et contre tout. Que voulez-vous, l’amour ne se commande pas. C’est la jolie Ueto Aya (Jûnen Saki mo Kimi ni Koishite, Nagareboshi) qui offre ses traits à l’héroïne et elle en profite pour arborer plusieurs perruques différentes par épisode. Derrière ce visage angélique se cachent en réalité des meurtrissures, car la jeune femme souffre de l’attitude de sa belle-mère étouffante, l’horripilante Makiko (Wakamura Mayumi) à la postiche blonde. Celeb to Binbô Tarô ne s’embarrasse pas des clichés, c’est certain. Ah, ajoutons aussi qu’Alice a pour animal de compagnie un… lionceau. Oui.

Tout au long de la série, Alice et Tarô se tournent autour et il convient de ne pas attendre quoi que ce soit de cette romance étant donné qu’elle ne débouche pas sur grand-chose de consistant. Bien sûr, tous les ressorts scénaristiques habituels sont de la partie, dont les rivaux. Contre toute attente, ils se révèlent nettement plus pertinents. La grande amie de l’épouse décédée de Tarô, Yasuda Sachiko, est très rafraîchissante, peut-être parce que Kuninaka Ryôko (Churasan, Madonna Verde) prouve de nouveau sa capacité à délivrer un jeu naturellement attachant. Toute son intrigue est douloureusement prévisible, mais cela ne gêne pas de trop compte tenu des défauts environnants. Effectivement, comme par hasard, elle s’est entichée de ce benêt de Tarô, mais il ne voit rien de rien. L’autre rival est représenté par l’ancien amour d’Alice, Gotôda Tsukasa, revenu au pays après plusieurs années d’absence. Le charmant Kashiwabara Takashi (Hakusen Nagashi, Hachimitsu to Clover) insuffle à son personnage une certaine classe malgré la psychologie ridicule et le développement ubuesque de fin de série. Dans tous les cas, les épisodes se multiplient et le scénario ne bouge guère, d’autant plus qu’en milieu de parcours, la production décide de changer totalement d’atmosphère en injectant une tonalité loufoque et rocambolesque sortie de nulle part.

Que l’ensemble soit conventionnel pourrait être tolérable à condition que le divertissement soit présent. Après tout, personne ne demande une comédie romantique se détachant de l’ordinaire, mais plutôt un spectacle mettant du baume au cœur et des étoiles dans les yeux. Le début des aventures de Tarô et d’Alice demeure classique et se regarde assez aisément malgré un canevas mécanique et des ressorts éculés. Jusque-là, les personnages tertiaires ne prennent pas trop de place et savent donc rester en retrait. Pour on ne sait quel motif, l’histoire décide de leur donner la parole et c’est en partie là que tout part dans un bric-à-brac grand-guignolesque. Tarô réside dans un petit quartier, avec ses figures locales hautes en couleur se réunissant dans le restaurant du père de Sachiko. Coiffeur, poissonnier, gérant de bains publics, tous s’y retrouvent pour boire, manger et discuter plus ou moins gaiement. Du côté d’Alice, ses employés n’hésitent pas non plus à s’imposer plus qu’il n’en faut. Dans la seconde partie de la série, ces deux groupes se rejoignent et se lancent dans des délires ineptes où il est question de chasse au trésor, de lutte pour un ticket d’entrée à un mariage, etc. Tout est bon pour illustrer la morale bon marché. Ce n’est ni drôle ni agréable à regarder, mais plutôt déplaisant. Les multiréférences à Barack Obama et à des fictions américaines ne font que jeter de l’huile sur le feu de cette espèce de parodie poussive.

Au final, Celeb to Binbô Tarô symbolise à juste titre les défauts excessifs souvent pointés du doigt par les détracteurs des travaux nippons. Au lieu de proposer une comédie romantique digne de ce nom comme elle semblait le faire de prime abord, elle se lance vers la fin dans un parcours improbable où tous les ingrédients sont permis pour accentuer au maximum la blague vaseuse, quitte à accumuler les incohérences. En plus d’être surjouée à l’extrême et de s’engouffrer dans le sentimentalisme gratuit, la série ne parvient même pas à amuser ou crédibiliser son duo de supposés amoureux qui ne dégagent rien ensemble comme séparément. Résultat, cette production clichée s’apparente alors à une parodie ratée où le bon sens et la finesse manquent à l’appel.

Par |2017-05-01T13:58:37+02:00avril 3rd, 2015|Celeb to Binbô Tarô, Séries japonaises|0 commentaire

Kaneko Misuzu Monogatari | 金子みすゞ物語

Certains traducteurs effectuant un travail d’orfèvre, il est presque normal de surveiller leurs choix en matière de séries. C’est justement pour cette raison que Kaneko Misuzu Monogatari s’est retrouvé sur mon écran. Sans la caution de la EarthBuri Team, je n’aurais peut-être jamais eu vent de ce tanpatsu. Composé d’un unique épisode de deux heures, il fut diffusé sur TBS le 9 juillet 2012. Aucun spoiler.

Printemps 1920, Kaneko Teru, dix-sept ans, vient de terminer le lycée. Passionnée de poésie, elle espère un jour pouvoir publier quelques-uns de ses travaux dans un magazine. En attendant, elle se plaît à rêver. Elle est loin de se douter que son souhait se verra réalisé, mais qu’elle finira par progressivement s’étioler…

À la lecture de son titre signifiant l’histoire de Kaneko Misuzu, les plus cultivés d’entre vous auront peut-être immédiatement compris quelle était la thématique de ce tanpatsu. Effectivement, il ne s’agit ni plus ni moins que d’une biographie puisque Kaneko Misuzu a réellement existé et, d’ailleurs, a marqué un grand nombre de personnes. Ce n’est pas la première fois que sa vie est transposée de la sorte ; le film Misuzu sorti en 2001 – avec Tanaka Misato, Kase Ryô et Terajima Susumu – et l’unitaire Akarui hô e Akarui hô e de 2008 – avec, cette fois, Matsu Takako, Miyake Ken et Watabe Atsurô – s’en sont également occupée par le passé. Lorsque l’épisode débute, elle n’est encore qu’une adolescente innocente. Tout en écrivant des poèmes dont elle n’ose pourtant parler à qui que ce soit, elle réside chez sa grand-mère qu’elle chérit grandement. Son cousin, Masasuke (le Johnny’s Imai Tsubasa), lui rend régulièrement visite et semble éprouver des sentiments amoureux pour elle. Il convient de préciser qu’au Japon, le mariage entre cousins est toléré. Or, en réalité, ce dernier n’est pas le fils de son oncle comme il en est persuadé. Il n’est autre que le propre frère de Teru. Tout le monde le lui cache et continue comme si de rien n’était, supposément pour le préserver. La vérité est sensiblement différente. Si Masasuke n’a aucune idée de ce qui se trame, c’est surtout parce que son père adoptif, Ueyama Matsuzô (Saigô Teruhiko), souhaite que sa librairie perdure envers et contre tout. Pour cela, il lui faut un héritier. Il a décidé, ce sera Masasuke, qu’il le désire ou non. Il contraint ses proches au silence, précisant qu’il lèvera le voile sur ce mensonge lorsque le temps sera opportun. Sauf que ce fameux moment ne semble jamais arriver… La situation est d’autant plus malsaine que la mère de ces deux enfants, Michi (Takashima Reiko – Kekkon Dekinai Otoko, Atashinchi no Danshi), a justement épousé en secondes noces cet homme à la mort de sa sœur, la femme que Masasuke prend pour compagne. Ce mélimélo confus donnerait presque l’impression de sortir tout droit d’un mélodrame sirupeux, ce qui ne serait donc pas du tout le cas.

Que l’acariâtre et totalitaire Matsuzô impose sa loi à tout le monde aurait pu être tolérable si ce lourd secret familial n’était pas venu littéralement pulvériser les principaux concernés. Teru sait que Masasuke est son frère, mais elle n’a pas le droit de le lui révéler. Elle se comporte avec lui comme s’il était un proche cousin et tente de réfréner au maximum ses ardeurs. En effet, le jeune homme aime sincèrement Teru et imagine déjà l’existence qu’il pourrait mener auprès d’elle, lorsqu’ils seront plus âgés. Son père, se doutant immédiatement de la situation, cherche par tous les moyens à les séparer et, pour cela, il n’hésite pas à les utiliser tels des pions. Cet individu n’est pas foncièrement mauvais ; il ne comprend pas sur le moment ce qui est important à ses yeux, et est aveuglé par son désir de voir son entreprise prospérer des années après sa mort. Quoi qu’il en soit, à cause de ce climat fort complexe, Teru finit par se retrouver pieds et poings liés, obligée de suivre un chemin douloureux. Débuter Kaneko Misuzu Monogatari en n’ayant aucune idée de la trame scénaristique fait grandement peur compte tenu de cette famille empêtrée dans les mensonges proches de la surenchère. Heureusement, le traitement du tanpatsu est tout autre. Le but n’est absolument pas de dépeindre une romance incestueuse. Même si la dynamique entre Teru et Masasuke est prépondérante, elle se veut pudique, innocente et à l’image de ce frère et de sa sœur emportés dans un maelström incontrôlable. Non, il est principalement question de l’héroïne, de son amour pour la poésie et de ce désir de liberté qu’elle ne pourra jamais obtenir. À noter que le tanpatsu insère à plusieurs reprises le texte des œuvres de Misuzu, ce qui lui confère une légitimité appréciable.

Interprétée par la jolie Ueto Aya (Jûnen Saki mo Kimi ni Koishite, Kôkô Kyôshi (2003), Nagareboshi), Teru est pétillante, enjouée et passe tout son temps libre à écrire des poèmes, puisant son inspiration dans les paysages maritimes de la préfecture de Yamaguchi. Plutôt que d’utiliser son prénom, Teru, elle opte pour un pseudonyme, Misuzu. Derrière ce visage souriant se cache néanmoins une certaine sensibilité qui sera mise à rude épreuve tout au long du tanpatsu. Quoi qu’il advienne, elle fait du mieux qu’il peut et n’hésite pas à tout risquer pour garder les siens en sécurité. C’est un joli portrait évolutif d’une femme attachante que Kaneko Misuzu Monogatari propose. L’épisode souligne avec tristesse et mélancolie la condition du supposé sexe faible à cette époque, ainsi que toutes les lois ridicules en vigueur, comme le fait qu’en cas de divorce, l’homme obtenait forcément le droit de garde des enfants s’il le souhaitait. Nonobstant le malheureux parcours de cette artiste, le ton n’est jamais au pathos. Au contraire, la fiction garde une atmosphère assez sereine, presque optimiste, proche de la coloration douce-amère régulièrement employée dans les œuvres nippones. Il est un tant soit peu dommage que l’écriture par moments maladroite ne permette pas d’être pleinement emporté par ce récit, d’autant plus que l’interprétation générale souffre d’une approximation. Cependant, en dépit de l’enchaînement assez rapide des évènements, le rythme tranquille laisse justement à l’ensemble le soin de s’avérer globalement convaincant. Enfin, sur la forme, la musique demeure discrète et la réalisation somme toute classique ; la reconstitution du début du siècle se limite au minimum, surtout que la plupart des scènes se déroulent à l’intérieur.

En définitive, Kaneko Misuzu Monogatari illustre la vie fort cruelle d’une poétesse japonaise qui ne demandait qu’à profiter de sa passion et conserver sa vivacité d’esprit. Un lourd secret familial et des choix dictés par la morale bouleversent son existence et l’empêchent de déployer ses ailes comme elle le mérite. Bien que le tanpatsu n’ait pas toute la portée émotionnelle qu’il aurait pu posséder – notamment parce que l’interprétation s’avère parfois assez empruntée –, il effectue correctement son travail qui est de divertir tout en enrichissant son public. Avec son ambiance mélancolique, son héroïne cheminant progressivement et ne baissant pas les bras malgré les nombreux obstacles, il offre deux heures intimistes et touchantes prônant l’importance de concrétiser ses rêves.

Par |2017-05-01T13:58:49+02:00décembre 3rd, 2014|Kaneko Misuzu Monogatari, Séries japonaises, Tanpatsu|0 commentaire