Ranma ½ | らんま ½

Quiconque connaissant un minimum le monde des mangas et des animés japonais a forcément eu vent un jour ou l’autre de Ranma ½ – que l’on prononce ranma nibun no ichi pour la petite anecdote. Derrière ce titre se cache à l’origine un shônen manga de l’illustre Takahashi Rumiko, composé de 38 volumes publiés entre 1987 et 1996 ; l’œuvre a été mal éditée chez Glénat mais il semblerait qu’une réédition plus fidèle soit en projet. Le succès de cet univers est tel qu’il existe plusieurs adaptations, dont un animé de plusieurs saisons diffusé et censuré en France et, surtout, pour ce qui nous concerne aujourd’hui, un tanpatsu. Constitué d’un unique épisode de presque cent minutes, il est passé sur NTV le 2 décembre 2011. Aucun spoiler.

Tendô Akane apprend un jour que son père l’a fiancée à un parfait inconnu, Saotome Ranma, plutôt que de lui permettre d’hériter du dojo familial. Furieuse et vexée, d’autant plus qu’elle maîtrise comme personne les arts martiaux, elle le prend tout naturellement très mal. Contre toute attente, alors qu’elle vient à peine de digérer cette nouvelle sortant de nulle part, son promis apparaît dans les environs. Et quand elle le rencontre, elle tombe décidément des nues car elle se trouve non pas en face d’un garçon, mais d’une fille. En fait, le jeune homme est, à l’instar de son père, victime d’une malédiction. À chaque fois qu’ils sont au contact de l’eau froide, ils se transforment respectivement en fille et en panda. Ils doivent alors s’asperger d’eau chaude pour retrouver leur véritable nature. Désespérés, ils cherchent en vain la fameuse source légendaire susceptible de rompre ce sortilège sacrément embarrassant. Celle-ci se situerait dans l’école d’Akane, d’où le retour des Saotome au Japon après de longues années d’exil en Chine. Toutefois, d’étranges évènements se déroulent parallèlement et il semblerait bien qu’une secte tente également de mettre la main sur cette sorte de fontaine miraculeuse…

     

Forcément, il est logique de se douter que cette transposition à l’écran doit être plus que sommaire puisque le manga se déroule sur près de quarante volumes. Comment condenser une telle histoire en un très court épisode ? N’ayant jamais lu ou regardé une quelconque histoire de Takahashi Rumiko – je sais, c’est fou quand on sait que je baigne depuis moult années dans cet univers –, je serais totalement incapable de comparer quoi que ce soit. D’une certaine manière, ce n’est peut-être pas plus mal car il semblerait que ce Ranma ½ prenne d’assez grandes libertés, occulte des personnages, en ajoute d’autres et transgresse même un certain esprit. Ce petit paragraphe pour placer le contexte et expliquer que c’est en quasi novice que je me suis lancée. Je connaissais uniquement les grosses bases de l’histoire tant la modification corporelle du héros est plus que célèbre. Cette spécificité donne d’emblée le ton et pas une seule seconde le tanpatsu ne se prend au sérieux puisqu’il cultive sa loufoquerie. Entre cabotinage perpétuel, décors en cartons-pâte, transformations stupidement mises en scène, blagues ridicules, effets spéciaux qui n’ont de spéciaux que le nom et qui se veulent surtout kitsch, bruitages et autres perruques, tout y sonne factice. Le but de l’épisode n’est en aucun cas d’être un minimum réaliste et il convient de ne pas attendre autre chose qu’un divertissement pur et dur au risque de finir extrêmement déçu. Comme souvent, les Japonais démontrent qu’ils sont capables de tirer parti d’un budget pourtant famélique et de faire preuve d’une certaine ingéniosité au niveau des chorégraphies des combats. Cela étant, ne nions pas que les lacunes inhérentes à la forme ne permettent jamais de prendre cette histoire au sérieux et de parvenir à réellement s’y immerger. Le scénario en lui-même est d’ailleurs peut-être le principal fautif.

Bizarrement, le personnage principal de ce Ranma ½ n’est pas Ranma mais bel et bien la jolie Akane. Incarnée par Aragaki Yui (My Boss, My Hero), l’adolescente vit avec son père (Namase Katsuhisa – Gokusen, Ashita no Kita Yoshio) et ses deux sœurs, jouées par Hasegawa Kyôko (BOSS 2, Karei Naru Ichizoku, Big Money!) et Nishiyama Maki (Rebound). Possédant un vrai talent pour les arts martiaux, Akane s’entraîne durement et demeure convaincue qu’elle mérite le droit de choisir son existence. Forcément, quand on lui annonce qu’elle est déjà fiancée à un parfait inconnu, elle voit rouge. Surtout qu’en vérité, elle aime secrètement le médecin scolaire, le docteur Ono Tôfû portant les traits du toujours aussi charmant Tanihara Shôsuke (Tsugunai, Tempest, Magerarenai Onna, Love Shuffle). Tous les matins, à cause de Kunô Tatewaki (Nagayama Kento – Asukô March!, Natsu no Koi wa Nijiiro ni Kagayaku), elle doit combattre un de ses nombreux soupirants. Ce dernier oblige effectivement tous ceux espérant un jour décrocher le cœur d’Akane de la défier en duel. Si le prétendant en question parvient à venir à bout de la jeune femme, il obtiendra l’autorisation de lui faire la cour. Sinon, il n’aura plus que ses yeux pour pleurer. La benjamine Tendô étant sans conteste très forte, personne n’est encore arrivé à la vaincre. Pas même ce grandiloquent Kunô qui, convaincu de sa supériorité sur tout le monde, espère naïvement arriver à ses fins un jour. L’élève porté Kanai Yûta (Asukô March!, Guilty) s’amuse de son côté à prendre des photos comme un vrai paparazzi. Quoi qu’il en soit, la première rencontre entre Akane et Ranma est particulière puisque la première croit que le second est une fille. Les quiproquos et autres incompréhensions se multiplient dans ce vaudeville avant que les révélations éclaircissent cette situation plus que particulière. Dès qu’il retrouve son corps de garçon, l’animosité se fraye un chemin et les deux ne peuvent s’empêcher de se disputer pour des raisons la plupart du temps très futiles. Tout comme Akane, Ranma maîtrise les arts martiaux et s’emploie à s’y entraîner depuis sa tendre enfance. Du fait de son changement de sexe, il est incarné par deux acteurs différents, à savoir Kaku Kento (Tumbling, Asukô March!) et Natsuna (Jun to Ai). Les deux versions du personnage concordent assez bien si ce n’est que la dynamique avec Akane ne dégage pas grand-chose. En fait, tout est tristement simpliste dans Ranma ½.

     

À cause d’un terrible sortilège, Ranma et son père (Furuta Arata – Yume wo Kanaeru Zô, Kisarazu Cat’s Eye, Oh! My Girl!!), cherchent désespérément une source d’eau magique a priori en mesure de leur rendre une vie sensiblement normale. Tout en se chamaillant avec Akane, Ranma essaye tant bien que mal de découvrir ce lieu mystérieux mais il se retrouve rapidement confronté à un groupe d’individus mené par un grand méchant stéréotypé et extrêmement pathétique. S’en suivent des combats, des rebondissements éculés, des poncifs à ne plus savoir que faire, d’autres disputes et, rapidement, l’ennui pointe son nez malgré un rythme assez évident. En effet, le scénario linéaire avance à pas de géant et pas une seule fois l’intrigue n’essaye de se densifier un minimum. Tout y demeure par conséquent superficiel en dépit d’un véritable potentiel. L’humour, élément normalement fondamental de ce tanpatsu, est poussif et a de quoi faire lever les yeux au ciel à de très multiples reprises. Avouons néanmoins que l’épisode insuffle une certaine once féministe à ses propos, illustrant que la femme ne se résume pas à suivre la route requise par la famille, le père ou le fiancé. Elle a le droit d’avoir des loisirs dits masculins, de se rouler dans la boue et de ne pas répondre aux critères supposément féminins. Techniquement, c’est sympa si ce n’est que le sentimentalisme et l’aspect moralisateur étouffent rapidement en raison d’un manque de naturel et d’un aspect mécaniquement forcé.

Au final, Ranma ½ part d’une histoire de malédiction assez drôle et propice à nombre de situations improbables dignes d’une bonne comédie de situation, mais elle ne réussit à jamais à se montrer un minimum divertissante. Avec son histoire simpliste et ses personnages se limitant à des caricatures, elle se perd en plus dans un surjeu outrancier, des exagérations à ne plus savoir que faire, une mise en scène factice et une interprétation plus que fluctuante. Au lieu d’être drôle, elle se révèle surtout fade, voire par moments stupidement consternante et lourde, quand bien même on la regarde au minimum au second degré. Heureusement, du fait de sa courte durée, ce tanpatsu se regarde aisément mais il est indéniable qu’il ne marque pas les esprits et ne mérite pas de s’y attarder, à moins d’avoir un faible pour la distribution composée de visages connus dans le petit monde de la télévision nippone.

By |2018-07-06T17:59:34+02:00octobre 15th, 2013|Ranma ½, Séries japonaises, Tanpatsu|2 Comments

Party wa Owatta | パーティーは終わった

Cela faisait un sacré moment que nous ne nous étions pas penchés sur un keitai drama par ici. Pourtant, c’est un format que j’apprécie tester car il offre une approche atypique des séries habituelles. Cette fois, mon choix s’est porté sur Party wa Owatta dont le titre peut être approximativement traduit en la partie est terminée. Sans grande surprise, il s’agit d’une production de BeeTV, le spécialiste de ces fictions pour mobiles. Composée de vingt-cinq épisodes de cinq minutes, elle fut diffusée sur les téléphones portables entre février et avril 2011. La version trouvable sur la Toile est celle issue du DVD ; autrement dit, elle a été condensée afin de proposer cinq parties égales d’une petite vingtaine de minutes. Aucun spoiler.

Toake est une mangaka assez connue malheureuse en amour. Lorsqu’un de ses proches l’invite à une fête donnée en l’honneur de l’un de ses confrères, elle accepte plus ou moins malgré elle. Elle y rencontre cinq hommes pour lesquels elle se plaît à s’imaginer vivre avec chacun d’entre eux une histoire romantique.

Pour peu que l’on ait regardé le sympathique Onnatachi wa Nido Asobu, un autre keitai drama, Party wa Owatta semble extrêmement familier. Les deux séries reposent effectivement sur un principe commun et vont en plus jusqu’à posséder une forme quasi similaire. Ce n’est pas étonnant de constater que la scénariste, Itô Chihiro, est justement la même. Ce j-drama dessine plusieurs vignettes indépendantes bien qu’ayant toutes un fil rouge analogue. En l’occurrence, il s’agit ici de l’héroïne, Toake. Incarnée par Naka Riisa (Shiawase ni Narô yo, Wild Life, Young Black Jack), légèrement trop rigide pour ce rôle, cette jeune femme détient un esprit vagabondant rapidement. La réception à laquelle elle se trouve conviée par son ami (Watabe Gôta – Saru Lock, QP) et où, visiblement, elle s’ennuie, lui permet d’alimenter ses rêves éveillés, mais aussi ses propres productions. En fait, tout au long de la soirée, son regard accroche cinq hommes séduisants. À partir d’un détail ou d’une réflexion, elle créé une sorte de fantasme qu’elle retranscrit immédiatement en dessins. Nous, en tant que téléspectateurs, nous assistons à la transposition à l’écran de son travail. Systématiquement, Toake s’intègre à ses récits et devient l’héroïne partageant des moments d’intimité avec ces mystérieux inconnus. Sa caractérisation se modifie selon les aventures. Bien que ces intermèdes n’aient au final rien à voir les uns avec les autres et que leur ambiance soit parfois radicalement opposée, il en ressort un sentiment d’homogénéité grâce à la jeune femme. Tous comportent le mot désir dans leur titre (désir de peinture, désir de rompre, etc.) et reflètent les envies de la mangaka. Le tout dernier est sensiblement différent des autres puisqu’il associe le fantasme à la réalité, rendant les frontières entre les deux extrêmement floues ; il symbolise d’ailleurs le trouble de Toake, elle qui voit son cœur quelque peu bouleversé par ses hormones.

Au cours de la première partie, la mangaka aperçoit au buffet un homme, Yûbi (Narimiya Hiroki – Bloody Monday, Hachimitsu to Clover, Orange Days, Innocent Love, Gokusen, Kaze no Shônen, Kôkô Kyôshi 2003, Sweet Room), ayant le bas de sa chemise tâché par de la peinture blanche. Il ne lui en faut pas plus pour se l’imaginer peintre maudit, passionné et passant toutes ses nuits parmi ses pinceaux. Cherchant à percer, Yûbi s’amourache de Toake et la choisit pour unique modèle. Cependant, quand une superbe femme (Ashina Sei – Barairo no Seisen, Saru Lock, Tsugunai, Bloody Monday, Stand Up!!) fait irruption dans leur vie, le couple symbiotique commence à montrer des signes de fêlures. Toake réalise alors à quel point elle ne vit qu’à travers son petit-ami. L’alchimie entre les deux acteurs est plutôt réussie et la scène de la peinture est jolie comme tout.
Lors d’un second temps, Toake erre dans les couloirs de la soirée et croise un individu, les larmes aux yeux. Dans son manga, elle est en couple avec Musashi (Nagayama Kento – Natsu no Koi wa Nijiiro ni Kagayaku, Atashinchi no Danshi), un pleurnicheur assez irritant. La jeune femme ne supportant plus son hypersensibilité constante, elle cherche en vain à rompre avec lui, mais il tend à persister et à la coller. Elle finit par lui offrir un ultime rendez-vous où ils se rendent à Hakone et commencent peut-être par réellement se découvrir.
La machine se rembobine, Toake retourne à la réalité et ne peut détacher son regard de celui d’un homme à l’allure inquiétante (Takaoka Sôsuke – Saru Lock). En le croquant, elle le transforme en potentiel criminel ayant braqué une banque et blessé des employés. Elle se retrouve avec lui dans sa voiture, il fait nuit et ils sont perdus au milieu de nulle part. La tension est à son comble et elle se demande si elle sortira vivante de cette situation a priori inextricable. Heureusement, tout ceci n’est que fiction et la voilà de nouveau parmi nous.
Histoire de se rafraîchir les idées, elle sort momentanément prendre l’air du côté du jardin où est donnée la réception. Là, soudainement, la pluie se met à tomber. Contre toute attente, un sans domicile fixe (Hayashi Kento – Arakawa Under the Bridge, QP, Shôkôjo Seira) est avachi par terre et dort comme une souche. Dans l’imagination de Toake, il devient un amnésique qu’elle décide d’emmener chez elle, de prénommer Tony – comme Tony Leung Chiu Wai – et de modeler à son goût en lui faisant croire qu’il est son petit-ami. Évidemment, rien ne se passe comme prévu ; en effet, le passé de Tony cherche progressivement à le recontacter.
Enfin, dans la cinquième partie, Toake côtoie Onigawa (Koide Keisuke – Nodame Cantabile, JIN, Byakuyakô), le mangaka à l’honneur de la fête, qui s’avère cacher son jeu étant donné qu’il serait en réalité un… vampire !

L’avantage et l’inconvénient de ce genre de séries s’approchant d’une anthologie est qu’elles peuvent justement souffler le chaud et le froid. Autant certaines histoires sont réussies, autant la suivante est susceptible d’être totalement ratée. Heureusement, ce n’est pas le cas de Party wa Owatta car dans l’ensemble, les cinq parties sont relativement homogènes, bien qu’il soit naturel d’avoir ses préférences. Malgré une superficialité relative, leur point fort est ainsi de disposer d’une atmosphère dissemblable. La première est par exemple extrêmement mélancolique et nostalgique avec cette romance que l’on pressent rapidement tourner au tragique, en dépit de fugaces instants de bonheur parfait. La troisième, dans la forêt, rappelle les fictions d’horreur où un criminel rôde et s’apprête à assassiner de sang froid une jolie et faible jeune femme. La toute dernière est extrêmement atypique puisqu’elle mélange de nombreux genres, lorgne vers le théâtral et n’hésite pas à injecter un grand soupçon fantastique avec une créature surnaturelle. D’ailleurs, elle se termine sur une danse chorégraphiée absolument hilarante et valant presque à elle seule le déplacement. Quoi qu’il en soit, quand bien même ces récits différent dans leur ambiance et soient parfois irréalistes, ils disposent à chaque fois d’un ton sensiblement décalé, presque truculent autour duquel gravite en toile de fond la romance, l’envie de plaire, la quête d’un compagnon ou, plus trivialement, le contact humain. Il en ressort une complémentarité appréciable et en mesure de concerner un vaste public. Le serveur incarné par Tsuda Kanji (Kaibutsu-kun, Keitai Sôsakan 7) se révèle également un élément truculent fort sympathique par son don de surgir quand on s’y attend le moins. De plus, ajoutons-y une musique discrète s’apparentant à une sorte de ritournelle amusante et la recette fonctionne bien. Autrement, la chanson du générique du début, Yume no Sekai de MONKEY MAJIK, est agréable. Enfin, sur une note technique, le j-drama évite habilement les écueils inhérents au format cellulaire et s’illustre par un montage fluide ne souffrant pas du fait de la durée de ses mini-épisodes ; la réalisation demeure en revanche très basique.

 

Au final, Party wa Owatta est une production relativement intéressante et partant d’un postulat de départ assez rafraîchissant. Avec cette plongée dans l’esprit vivace et fébrile de son héroïne, ces courts instantanés se rapprochant d’un court métrage ne manquent pas de rythme et se révèlent distrayants grâce à leur certaine excentricité, leur humour latent et les divers sentiments les parcourant. Si ce keitai drama n’est clairement pas indispensable en raison d’une absence de densité et d’un côté inachevé habituels dans ce type de productions, il remplit aisément son cahier des charges et se permet en outre de mettre en avant une agréable distribution.

By |2017-05-01T13:59:14+02:00août 22nd, 2013|Keitai dramas, Party wa Owatta, Séries japonaises|2 Comments