Big Money! | ビッグマネー!

Lorsque l’on a autant apprécié une série comme Ikebukuro West Gate Park, il est presque évident de chercher à regarder les autres adaptations des romans d’Ishida Ira. Big Money! est justement l’une d’entre elles puisqu’elle s’inspire du livre Nami no Ue no Majutsushi dudit auteur ; à noter qu’il n’existe pas d’édition française de cet ouvrage à l’heure à laquelle ce billet est publié. Le j-drama en question – composé de douze épisodes d’approximativement 45 minutes, à l’exception du premier durant une heure – fut diffusé sur Fuji TV entre avril et juin 2002. Aucun spoiler.

Lorsque Shirato Norimichi rencontre Kozuka Taihei, un vieil homme bien mystérieux, il accumule les petits emplois et n’a pas encore donné de sens à sa vie. Or, en le prenant sous son aile, Kozuka décide de partager avec lui tout ce qu’il connaît des marchés financiers. En apparence affable et calme, il cache pourtant son vrai visage et prépare minutieusement une froide vengeance contre une banque sans scrupules.

Outre l’écrivain derrière cette histoire que je n’ai d’ailleurs pas lue, l’acteur principal est également le même que dans le tout premier renzoku écrit par Kudô Kankurô en 2000. Effectivement, ce n’est autre que Nagase Tomoya qui se charge d’offrir ses traits au héros de Big Money!. Shirato Norimichi a la vingtaine et ne possède rien de plus que la moyenne. Les lois du travail étant impitoyables et manquant probablement de motivation et de connaissances, il peine à obtenir un véritable emploi dans ce dans quoi il a été formé : le milieu bancaire. Résultat, il se retrouve à préparer la nourriture dans une chaîne de restauration rapide. Sans être agacé ou déprimé par sa situation, il apprécierait du changement. En attendant, il peut toujours compter sur sa seule amie, la jolie et pétillante Michiru (Okamoto Aya qui ressemble à Matsumoto Jun lorsqu’elle sourit – si, si), elle qui rêve désespérément de passer à la vitesse supérieure avec lui. L’existence de Norimichi commence à emprunter un nouveau chemin lorsqu’il rencontre par hasard Kozuka Taihei. Contre toute attente, ce dernier lui propose de but en blanc de travailler pour lui. Bien qu’au départ ses missions se bornent à aller au supermarché et faire les courses de son patron placide, Norimichi finit par découvrir les mécanismes en place dans le monde des actions et des banques d’investissement. Ce microcosme l’attire rapidement et il se prend au jeu, embrassant là une vraie passion. Taihei n’a rien d’un vieil homme inoffensif et s’apparente davantage à un génie de la finance. Il envisage de sortir de sa retraite dorée non pas pour retrouver l’adrénaline d’autrefois, mais parce qu’une banque, la Matsuba, commet des fautes honteuses et impardonnables, plongeant de nombreuses personnes âgées dans le désespoir en les trompant effrontément. Au final, Big Money! est une série à mi-chemin entre le récit initiatique, la vendetta, la justice personnelle et la découverte du marché financier.

     

Les douze épisodes constituant cette série illustrent le long apprentissage de son personnage principal. Banal et peu attachant, Norimichi ne convainc pas une seule seconde et ne donne pas envie de s’intéresser à lui. Par ailleurs, il est impossible de comprendre pourquoi Kozuka décide de l’employer. Si l’interprétation de Nagase Tomoya n’est pas mauvaise, l’écriture du héros est tellement sommaire qu’elle empêche d’adhérer à cette histoire et à ce cheminement individuel. Pire, Norimichi n’évolue pas grandement et répète inlassablement certaines erreurs. Ses relations avec les autres ne sont pas davantage creusées et il n’en ressort aucune émotion. C’est vraiment dommage de mettre en avant une telle coquille vide. Dès le départ, le scénario cherche à le placer en concurrence avec un nouvel arrivé à la banque Matsuba. Yamasaki Fumihiko (Harada Taizô) est un homme d’affaires aux dents longues ne reculant devant rien pour parvenir à ses multiples buts. Cruel, manipulateur et profondément malveillant, il ne montre qu’une seule dimension et est un digne représentant d’un symptôme de Big Money!. Effectivement, la série est profondément manichéenne. Il y a d’un côté les grands méchants et de l’autre, les gentils, les faibles et les opprimés. Les banquiers corrompus osent profiter de l’innocence et de la fragilité de personnes âgées en leur faisant contracter des assurances juste bonnes à les ruiner. Le j-drama est frustrant comme il dispose d’un matériel plutôt solide dans cette histoire aux nombreuses facettes et se borne à faire le minimum syndical. Il n’approfondit rien et accumule les clichés, la morale bienveillante et le sentimentalisme gratuit. Ce défaut se transmet à l’ensemble puisque le cadre des marchés financiers n’est pas non plus employé à bon escient. À vrai dire, cet environnement ne semble être présent que parce qu’il en faut un ; n’importe quoi d’autre aurait pu alors être choisi. Les tactiques dévoilées par Kozuka et les rouages concernant les actions sont simplistes et n’apprendront rien aux téléspectateurs. De plus, lorsque l’on a regardé une fiction comme Soratobu Tire dépeignant le combat d’un simple homme contre une immense banque, cette série fait franchement pâle figure. Kozuka et Norimichi se lancent en effet dans une lutte a priori titanesque car leur but est de décimer les tout puissants afin d’obtenir justice. Sauf que, là aussi, celle-ci manque de souffle, de rythme, d’adrénaline et d’une vraie ampleur émotionnelle. À la place, il n’y a que du pathos et un inexorable vide. Une histoire de ce genre se doit de faire preuve d’un minimum de suspense et surprendre le public mais ce n’est malheureusement pas le cas ici. Son ton est plutôt bancal étant donné que l’humour rarement drôle côtoie le drame de façon maladroite. Voir les protagonistes passer par des épreuves douloureuses et échapper à des conclusions radicales quelques minutes plus tard empêche de se sentir concerné. Ne parlons surtout pas de la fin ; ratée, elle est rapidement expédiée et facile. Pour toutes ces raisons, le visionnage en devient parfois laborieux. Contre toute attente, ce ne sont pas les principaux ingrédients qui tiennent éveillés ; la lueur d’espoir vient de tout ce qui est secondaire.

Dans sa quête, Norimichi fait de nombreuses nouvelles connaissances et doit parfois batailler ferme pour mener à terme ses objectifs. En s’associant avec Kozuka, il rencontre Tatsumi Shûji, un chef yakuza original incarné par le toujours très sympathique Kohinata Fumiyo (Ashita no Kita Yoshio, JIN, Kisarazu Cat’s Eye). S’occupant de son chat Kikuyako comme s’il était la huitième merveille du monde, il n’a rien d’un mafieux. Tout du moins, en apparence parce qu’il joue beaucoup avec son physique de gringalet et son air jovial. Bien sûr, tout ceci n’est guère réaliste mais la peinture dépeinte dans la série est tellement grossière que plus rien ne dérange arrivé à ce stade. Le second du criminel, celui surnommé Maki, est tout aussi atypique bien qu’il corresponde parfaitement à l’image que l’on se fait des yakuzas. Grand, costaud et à l’allure peu amène, il a un visage patibulaire et terrorise n’importe qui. Toutefois, il a un cœur d’artichaut et est très sensible. C’est lui la perle de Big Money!. Joué par le génial Matsushige Yutaka (Kodoku no Gourmet, Don Quixote, Fumô Chitai, Natsu no Koi wa Nijiiro ni Kagayaku) qui fait décidément partie de mes acteurs favoris, il s’entiche rapidement de Michiru et veille systématiquement à ce qu’elle ne manque de rien. En effet, la jeune femme s’intègre à la petite bande inhabituelle et les suit tandis qu’ils se lancent dans cette histoire de vengeance. Plutôt que de prendre part à ce qui se passe, elle cuisine et apporte son entrain. La dynamique entre Michiru et Maki est drôle, mignonne et touchante à sa manière. Parmi les autres figures aperçues de-ci de-là, la vieille et grande amie (Yachigusa Kaoru – Byakuyakô) de Taihei n’émeut pas en dépit de la lourde intrigue lui ayant été rattachée, probablement afin d’y injecter un aspect mélodramatique. De même, la jeune femme prête à tout pour aider sa grand-mère victime de la banque Matsuba est d’une tiédeur à effrayer. En fait, Big Money! dispose d’une impressionnante galerie de personnages puisqu’outre tous ceux déjà évoqués, il convient d’y ajouter l’assistante de Yamasaki incarnée par une fort jeune Hasegawa Kyôko (BOSS 2, Karei Naru Ichizoku), qui comprendra rapidement de quelle trempe est forgé son supérieur ; et beaucoup d’autres employés de banque dont deux portés par Aijima Kazuyuki (JIN, Soratobu Tire) et Kondô Yoshimasa. Pour l’anecdote, il est sinon possible d’y voir Kyôno Kotomi en graphiste désillusionnée, elle qui a ainsi retrouvé Nagase Tomoya avec qui elle a partagé l’affiche via la longue production Hakusen Nagashi.

Enfin, sur la forme, Big Money! commence à accuser le poids de ses années. La réalisation n’est pas trop médiocre ; elle est juste très classique. C’est surtout la musique, composée par apparemment Knife Produced by Sin, qui marque pour la simple et bonne raison qu’elle sonne très kitsch. Une des pistes entendues lorsque les évènements commencent à s’imbriquer et qu’un semblant de tension s’amorce est en revanche franchement sympathique. La chanson du générique de fin, Ever Since de Sayaka, est de son côté très belle.

En conclusion, Big Money! n’est qu’un banal j-drama partant de l’apprentissage d’un jeune quelconque dans le monde de la finance pour se terminer sur le registre de la vengeance. En dépit d’un sujet accrocheur, la série demeure fade, naïve et sans saveur. Entre le personnage principal et d’autres figures importantes moyennement attachantes, une unidimensionnalité irritante et une cruelle absence de souffle, les épisodes ne donnent pas envie d’être regardés. Demeurent quelques figures secondaires truculentes et sympathiques – même si elles s’avèrent malgré tout insuffisantes. Cette production souffre en réalité de vouloir trop en faire et ne réussit qu’à se montrer superficielle et surfaite. L’ensemble n’est par conséquent pas mauvais mais juste on ne peut plus dispensable car bien trop générique.

By |2018-07-06T18:12:06+02:00juin 17th, 2013|Big Money!, Séries japonaises|2 Comments

Wagaya no Rekishi | わが家の歴史

Ce qu’il y a de particulièrement sympathique dans les productions télévisées nipponnes, c’est qu’elles n’hésitent jamais à mettre les petits plats dans les grands. Il n’est effectivement pas rare que pour des occasions spéciales, des acteurs connus se retrouvent tous ensemble et que chacun y mette du sien. Le tanpatsu Wagaya no Rekishi est un exemple parmi tant d’autres. Composé de trois épisodes d’une durée variant de deux heures à deux heures et demie, il fut diffusé sur Fuji TV les 9, 10 et 11 avril 2010. Mitani Kôki (Shinsengumi!) s’est occupé du scénario de cette série écrite pour fêter les cinquante ans de la chaîne japonaise. Le titre peut être approximativement traduit par l’histoire de ma famille. À noter que les audiences furent plutôt excellentes avec 20 % de téléspectateurs en moyenne. Aucun spoiler.

Se déroulant sur une trentaine d’années, Wagayaka no Rekishi illustre la vie des Yame, une famille banale et ordinaire comme il y en a eu et aura encore des milliers.

Difficile de ne pas être curieux devant ce tanpatsu quand on voit la distribution. Impressionnante serait l’épithète la qualifiant le mieux, cela va s’en dire. Entre les comédiens plus jeunes mais qui n’ont de cesse de monter, les plus âgés déjà bien installés dans le paysage télévisuel et les vétérans, il y en a pour tous les goûts. Certains acteurs pourtant plutôt connus comme Oguri Shun, Yamada Takyuki, Kohinata Fumiyo dont les dents ont changé momentanément, ne sont parfois là que pour un simple caméo. De ce point de vue, le visionnage est alors extrêmement enthousiasmant lorsque l’on connaît un minimum cet univers. C’est bien simple, à chaque fois qu’un nouveau personnage apparaît à l’écran, il porte le visage d’une personnalité. Le résultat est alors très drôle. Le risque dans ce genre de situation est de s’apparenter à un défilé d’invités et de ne pas approfondir quoi que ce soit. Heureusement, Wagaya no Rekishi ne sombre absolument pas dans ces écueils et tire au contraire parfaitement profit des talents à disposition en proposant une fresque personnelle inextricablement liée à l’Histoire du pays. Fondamentalement, la série ne raconte pas grand-chose d’exceptionnel puisqu’elle ne fait que dépeindre des tranches de vie d’une famille quelconque. Pour autant, elle le fait bien, avec toute une palette d’émotions et de nuances capable de toucher et d’en ressortir charmé.

     

Quand l’histoire commence, le Japon s’apprête à entrer en guerre contre les États-Unis au cours de la Seconde Guerre Mondiale. S’attardant essentiellement sur la période de reconstruction après la fin de la guerre, le tanpatsu se termine en 1964, lorsque le narrateur, Minoru, se trouve dans sa première année de primaire. Tout au long des épisodes, ce personnage – que l’on ne verra qu’enfant – distille ses commentaires sur sa famille et son entourage proche, tout en n’oubliant jamais le contexte socio-historique. En fait, Wagaya no Rekishi met à l’honneur trois générations de la famille Yame. La première est représentée par les grands-parents maternels de Minoru, la seconde par leurs enfants et la troisième par Minoru lui-même, fil conducteur de cette jolie peinture familiale. La véritable héroïne de la série est en réalité la mère du narrateur, Masako (Shibasaki Kô – Orange Days, Sora Kara Furu Ichioku no Hoshi). Courageuse et brave, elle arrête rapidement ses études de manière à aider sa famille qui a beaucoup de mal à joindre les deux bouts. Pour cela, elle multiplie les expériences professionnelles et finit par intégrer un club où elle rencontre le futur père de Minoru, Onizuka Taizô (Satô Kôichi – Pride). Homme d’affaires accompli, il a le malheur d’être marié à une femme interprétée par une classieuse Amama Yûki (BOSS, Fumô Chitai). À partir de cette date, l’existence de Masako change du tout au tout pour de nombreuses raisons et elle entraîne avec elles ses parents ainsi que ses frères et sœurs, tous vivant ensemble pour le meilleur et pour le pire. Ce qu’il y a de particulièrement sympathique dans le tanpatsu est que l’esprit nippon y est parfaitement retranscrit, dans ses principales forces comme dans ses faiblesses.

Masako, en grandissant, continue de veiller grandement sur sa famille qui en a parfois bien besoin quand on sait que le père, joué par un génial Nishida Toshiyuki (Tiger & Dragon, Karei Naru Ichizoku), est un vrai farfelu se lançant toujours dans des entreprises sans queue ni tête. Se prenant presque pour un visionnaire incompris, il accumule les bourdes mais on lui pardonne systématiquement tant il garde une cote de sympathie indiscutable. Son épouse (Fuji Junko) veille au grain, même si elle est loin de pouvoir contrôler son mari, inarrêtable lorsqu’il a des idées excentriques en tête. C’est surtout Masako qui dirige les Yame, notamment parce que c’est elle qui apporte le plus d’argent mais aussi parce qu’elle a vraiment la tête sur les épaules et a commencé dès son plus jeune âge à s’occuper de tout le monde. Cette jeune femme est plutôt attachante et la voir faire preuve d’autant d’abnégation est parfois touchant. Avec ses frères et sœurs, l’ambiance est généralement enlevée et la complicité entre tous est plus que palpable en dépit de frictions logiques. Muneo, incarné par un Satô Ryûta abonné à ce genre de rôles (Ikebukuro West Gate Park, Pride, Fûrin Kazan, Kisarazu Cat’s Eye, JIN 2) est tout aussi fantasque que son père et passe plus de temps à s’amuser qu’à réellement travailler comme il faut. Les deux filles, Namiko (Horikita Maki bizarrement supportable) et Fusako (Eikura Nana – Good Life) aspirent respectivement au journalisme et à une carrière de mangaka. Enfin, le petit dernier, interprété par le Johnny’s Matsumoto Jun (Hana Yori Dango, Natsu no Koi wa Nijiiro ni Kagayaku), est le seul à avoir la chance d’effectuer de longues études et donne le meilleur de lui-même comme il est conscient du sacrifice que tous les autres ont dû faire pour que lui, ait ce qu’il désire. Les Yame sont donc présents en nombre et ils côtoient quelques amis et autres personnages comme l’écrivain défaitiste portant les traits d’un définitivement extra Yamamoto Kôji (Shikei Kijun, Karei Naru Ichizoku, Atashinchi no Danshi), le boute-en-train (Ôizumi Yô – Share House no Koibito) prêt à tout pour décrocher un mariage avec Fusako, et beaucoup d’autres qu’il convient de ne pas dévoiler histoire de laisser un maximum de plaisir à quiconque se lançant dans ce tanpatsu rafraîchissant. D’ailleurs, ce n’est pas tout car si les Yame forment une famille ordinaire, il leur arrive à tous de croiser des personnalités davantage connues et de vivre des évènements ayant marqué le Japon.

Wagaya no Rekishi est tout simplement un hommage aux gens ordinaires n’ayant peut-être pas inscrit leurs noms dans les registres historiques, mais qui ne sont pas pour autant dénués d’intérêt. Si ce joli message est palpable au fil des minutes, il est clairement annoncé à la toute fin. Il faut bien que le commun des mortels construise lui aussi en silence les fondements de la société et ces derniers n’ont pas à rougir de leur supposée simple condition. Rien ne nous dit non plus que la somme des actions de ces personnes ne permet pas des actions plus larges. Au fil des années, les Yame croisent plusieurs illustres figures comme Marilyn Monroe, Kurosawa Akira, Takakura Ken, Tezuka Osamu et de nombreuses autres bien moins connues pour une Française inculte. Naturellement, tout ce beau monde a le droit d’être joué par des acteurs plus ou moins réputés. Il est par exemple possible d’y voir Nakao Akiyoshi, Fujiwara Tatsuya, Wentz Eiji, Aibu Saki, Wakui Emi, Uchino Masaaki, Toda Keiko, etc. À l’aide d’images d’archives, le scénario reprend de nombreux évènements parfois presque triviaux (les huskies de l’expédition de 1957, retracée dernièrement dans Nankyoku Tairiku) mais qui ont à l’époque fait la une des journaux, ou d’autres plus importants comme justement, les guerres. C’est en partie pour cette raison que le tanpatsu est aussi intéressant puisqu’il parvient à trouver une balance optimale entre la vie familiale des Yame, leurs hauts et leurs bas, et tout ce qui compose leur existence et celle de leurs compatriotes. Après tout, la seconde est forcément liée à la première et lorsque les bombes tombent et que les États-Unis s’installent chez soi, rien ne paraît plus comme avant. Cette association permet d’aborder une multitude de thèmes et cela, avec beaucoup de tact et une absence de complaisance. Si le traitement demeure naturellement léger, il est malgré tout suffisant étant donné qu’il ne s’agit là que d’une comédie dramatique et non pas d’une série historique au sens strict du terme. L’accent est tout particulièrement bien mis sur les difficultés qu’ont vécu certains suite à l’occupation étasunienne, sur l’impact que celle-ci a eu sur la culture et la langue nippones, sur la peur d’une perte d’identité et sur la nécessité pour le Japon de recommencer tout à zéro. En ayant fait table rase du passé, plusieurs personnages se voient offrir une nouvelle vie et croient dès lors que tout est possible dans cette ère nouvelle. D’autres, en revanche, sont embrigadés dans le communisme, le capitalisme ou dans des révoltes étudiantes sous fond d’argent. En d’autres termes, Wagaya no Rekishi à travers ses trois épisodes dresse avec beaucoup d’ingéniosité et de talent le contexte d’une riche époque en perpétuel mouvement.

Une des grandes forces de Wagayaka no Rekishi est son atmosphère très douce, affectueuse et son humour latent. Bien que les sujets abordés et que l’environnement soient souvent ardus, la bonne humeur est toujours palpable et l’optimisme prépondère à chaque fois. Cette famille haute en couleur devient très rapidement attachante et il est plus qu’agréable de suivre ces péripéties au fil des années. La reconstitution est d’ailleurs de qualité et c’est sans mal que l’on croit que ce que l’on regarde se déroule dans cette période d’après-guerre où la reconstruction du pays bat son plein. Les costumes, les coiffures et les décors sont tout particulièrement soignés. Pour continuer sur la forme, la réalisation est plutôt solide avec une photographie intéressante, bien que l’ensemble ne marquera pas forcément les esprits. Sinon, la musique composée par Hattori Takayuki (Nodame Cantabile, Karei Naru Ichizoku, Ri Kôran) est très réussie et participe totalement à l’ambiance parfois quasi burlesque et décalée tout en n’oubliant jamais des mélodies plus dramatiques et émouvantes. La superbe chanson du générique de fin, Jidai de Nakajima Miyuki, conclut à merveille les épisodes par son rythme légèrement traînant et le soupçon nostalgique qu’elle insuffle. Quant au format du tanpatsu, il est vrai que trois parties de deux heures peuvent paraître sensiblement longuettes. Pour ma part, j’ai préféré découper mon visionnage en tranches d’une heure, ce qui semble être une bonne solution lorsque l’on a tendance à regarder surtout des épisodes d’une bonne quarantaine de minutes. Néanmoins, en raison de la solidité de l’écriture, le tout doit pouvoir être vu sans déplaisir sur la durée.

En définitive, Wagaya no Rekishi fait partie de ces séries mettant beaucoup de baume au cœur et offrant sans conteste une chaleur appréciable. En racontant le destin des Yame, une famille comme les autres, le tanpatsu lie la petite à la grande Histoire qui sont, comme tout le monde le sait, assurément liées. Avec beaucoup de bonne humeur, un grand soupçon de fraîcheur, des moments émouvants et touchants, les épisodes se montrent définitivement agréables et rappellent l’importance d’avoir des proches sur qui compter. L’impressionnante distribution est bien évidemment un atout considérable d’autant plus que l’interprétation est de très haute qualité. Pour sa douceur, son humour, sa subtilité et son charme, l’ensemble est plus que conseillé.

By |2018-07-06T18:00:11+02:00février 17th, 2013|Séries japonaises, Tanpatsu, Wagaya no Rekishi|6 Comments