Vikings (saison 1)

C’est sans grande surprise que Luminophore finit par s’attarder sur la dernière création en date de Michael Hirst : Vikings. Cette série canado-irlandaise comporte à l’heure actuelle une unique saison de dix épisodes diffusés sur History en mars et avril 2013. Une suite est d’ores et déjà prévue et devrait arriver à l’antenne courant 2014. Quid de la France ? La fiction est passée sur Canal+ dès le mois de juin 2013. Aucun spoiler.

VIIIè siècle, Scandinavie. Ragnar Lothbrok est un jeune Viking avide de découvertes espérant plus que tout parcourir les mers afin de conquérir les territoires inconnus de l’Ouest. Toutefois, il se doit de réfréner ce désir en raison de la politique plus sage et sécuritaire du chef local, lui qui impose de se contenter d’explorer l’Est et ses lieux parfois désolés et sans richesse. Or, bravant l’interdit, Ragnar décide malgré tout de quitter son confort personnel et de désobéir ouvertement aux ordres. Découvrant l’Angleterre et commençant des pillages, il se lance dans un conflit aux multiples ramifications.

Les fidèles lecteurs de ce blog doivent probablement connaître depuis le temps mon appétence pour les fictions historiques, les légendes scandinaves et l’ambiance moyenâgeuse. Qui plus est, j’ai déjà eu l’occasion par le passé d’exprimer ma grande sympathie pour le travail de Michael Hirst (The Tudors, Camelot). Si, en plus, Vikings s’équipe d’une bande originale composée par Trevor Morris (The Tudors, The Borgias, The Pillars of the Earth, Moonlight, Kings, Mental) dont j’ai vanté les louanges à de multiples reprises, il paraît clair que je n’allais pas la mettre de côté. Pourtant, malgré tous ses points gagnés d’avance, j’étais assez dubitative en la démarrant, la faute à son acteur principal et à la terrible impression qu’il m’avait laissée quelques années auparavant. Le héros de Vikings, le grand et imposant Ragnar Lothbrok, est effectivement incarné par Travis Fimmel qui, dans mes souvenirs, était un bellâtre plus que fade ne dénotant pas face aux qualités transparentes du médiocre Tarzan. En d’autres termes, je craignais d’être irritée par son interprétation et qu’il me gâche les possibles atouts de la série. C’est avec surprise que j’ai presque envie d’écrire que cette première saison doit beaucoup à celui-ci !

Les Vikings, issus de peuples germaniques et scandinaves, ont de tout temps eu la réputation de s’apparenter à des créatures assoiffées d’hémoglobine, sans limites et ne reculant devant rien. Arrivant sur leurs drakkars capables de naviguer à la fois en eaux douces comme en pleine mer, ils s’attaquaient à tous dans le but de piller leurs richesses. Ne faisant que peu de survivants, ils n’hésitaient pas non plus à tuer, violer, brutaliser et torturer quiconque croisait leur chemin ensanglanté. Dans ces lieux victimes de leur piraterie, ils offusquaient d’autant plus par leur culture atypique, leur paganisme et leurs rites sacrificiels. Il est par conséquent assez amusant de réaliser qu’avec Vikings, le point de vue du téléspectateur se situe pour une fois dans le camp des supposés ennemis et non pas parmi ceux normalement davantage susceptibles d’attirer la sympathie. Si les premiers épisodes ne choquent pas réellement, c’est lorsque les personnages commencent réellement à laisser des traces barbares sur leur passage, et cela sans aucun remords, que le malaise s’installe insidieusement, tout en en gardant tout de même une grande once de fascination. Cette première saison de Vikings parvient ainsi à insuffler une tonalité finement nuancée et non manichéenne faisant grandement plaisir. Brouillant les cartes, elle illustre des individus ciselés en perpétuel mouvement capables d’inspirer simultanément de la crainte, de l’émotion, de l’horreur ou encore de la tendresse.

La première saison de Vikings repose sur deux arcs totalement classiques qui pourraient se révéler rébarbatifs et convenus, mais qui finissent rapidement par divertir et convaincre. La conquête de l’Ouest est le principal fil rouge de ces neuf épisodes. La caméra montre alors les préparatifs des Vikings, leurs doutes quant à l’existence de ces fameux territoires inconnus, leurs difficultés à s’y rendre et, surtout, leurs réactions quand ils y mettent enfin pied. Les autochtones, les Anglo-Saxons donc, ne sont aucunement oubliés, eux qui sont les témoins d’une évangélisation de plus en plus présente et qui peinent face à des colosses du Nord ne parlant pas leur langue et se battant tels des démons. Afin d’établir une sorte de pont entre les Anglais – et le public, finalement – et les Nordiques, le scénario ajoute la figure du moine Athelstan (George Blagden) à laquelle il est aisé de s’identifier. Si la bataille fait ainsi rage entre deux peuples que tout oppose, il en va de même également parmi les Vikings. L’ambition de Ragnar déplaît au chef local, Earl Haraldson joué par Gabriel Byrne (In Treatment), et permet à l’ensemble de se doter d’une lutte de pouvoir somme toute basique où l’ego de l’un est malmené par celui de l’autre. Bien que les Vikings vivent au sein d’une société assez libertaire, ils se doivent ici de répondre à une certaine hiérarchie qui porte les traits de cet Haraldson. Assez âgé, profondément meurtri par le destin funeste de deux de ses fils, il se retrouve rapidement confronté à l’appétit insatiable de Ragnar le blessant dans sa vanité et l’obligeant à le mater s’il souhaite garder son assise sur ce peuple préférant toujours l’action aux paroles. La saison croque la rivalité entre ces deux hommes au fort tempérament qui, en dépit de leurs divergences, se respectent mutuellement. Leurs congénères y sont tout aussi impliqués et les relations se complexifient, se densifient et offrent l’opportunité de redistribuer régulièrement les cartes dans ce qui s’apparente à un conflit d’orgueil. La galerie est justement plutôt fouillée et recèle de faciès intéressants et, parfois même, intimidants.

L’étendard viking, Ragnar Lothbrok, est la figure de proue de cette fiction tant il y est magnétique, glaçant, stupéfiant et sans aucun doute, totalement mégalomaniaque. Intelligent, fin stratège, excellent observateur, il n’élève jamais la voix et inspire une crainte létale, surtout lorsqu’il arbore un petit sourire narquois en coin et que son regard s’allume d’une fureur contrôlée. Découvrir que le personnage a véritablement existé lui donne une dimension d’autant plus impressionnante et appréciable, là où la légende se mêle au factuel. Quoi qu’il en soit, il est loin d’être le seul méritant un concert de louanges. Son épouse, la superbe guerrière redoutable Lagertha (Katheryn Winnick) n’a pas à rougir et dispose d’une caractérisation affirmée. Tout aussi implacable et téméraire que son mari, elle représente toutes les valeurs des femmes scandinaves de cette période où les exploits des Valkyries étaient encore glorifiés. Elle sonne donc résolument moderne parce qu’à l’époque, le sexe dit faible ne l’était clairement pas. La dynamique entre Ragnar et Lagertha est tout simplement excellente et plaît par son naturel et par l’osmose sensuelle dont elle s’arme. De plus, leur fils, Bjorn (Nathan O’Toole), est sympathique et dispose de moments méritant le détour. Le constat est moins positif pour le frère de Ragnar, Rollo (Clive Standen — Camelot, Robin Hood), lui aussi inspiré de faits réels. S’il finit par prendre son envol, ses premiers pas sont légèrement trop clichés pour convaincre. Gouverné par l’amour et la loyauté qu’il ressent pour celui avec qui il partage son sang, il ne peut s’empêcher de le jalouser, de voir d’un mauvais œil sa rapide ascension et être de surcroît attiré par Lagertha. Il va de soi que leur relation complexe s’annonce parsemée de multiples embûches. Autrement, parmi les Vikings, Floki (Gustaf Skarsgård ; oui, oui, l’un des nombreux fils de Stellan – et donc, un petit frère d’Alexander) est probablement celui qui tire le plus son épingle du jeu grâce à son excentricité, ses mimiques, son talent pour les nouveautés technologiques, son rire et sa marginalité. Pour l’anecdote, il est possible d’y découvrir Jessalyn Gilsig (Nip/Tuck, Glee) dans le rôle de Siggy, la femme d’Earl Haraldson aux ressources étonnantes.

En profitant pleinement de son cadre et de l’exotisme apportés par le peuple viking, cette saison une parvient à se montrer pédagogique et éclairée de manière convenable et non académique. Effectivement, tout en demeurant divertissante et musclée, elle s’attarde au cours de chaque épisode sur une thématique spécifique et dépeint le mode de vie de ces Nordiques. D’ailleurs, l’homme de religion qu’est Athelstan permet de renseigner sur cette existence souvent rude et empreinte de mysticisme tant, lui, a tout à découvrir et à comprendre. Le choc des croyances y est également retranscrit grâce à ce personnage. History, la chaîne diffusant la série aux États-Unis n’est pas anodine et reflète parfaitement cette envie que d’inculquer quelques fondements de la culture viking. Entre leurs multiples dieux, les rites d’initiation, leurs us et coutumes, les diverses fêtes, l’influence des oracles ou encore l’allégeance au souverain, les connaissances y sont pléthores ; si l’on ne peut nier que l’écriture fait parfois sensiblement preuve de maladresse, le résultat est satisfaisant pour l’effort instauré et la contribution plutôt passionnante, surtout pour qui a toujours eu un faible pour les peuples nordiques. En revanche, le rythme n’est pas aussi trépidant que ce que l’on aurait pu imaginer. Les premiers épisodes s’accordent du temps pour dresser la situation et il est nécessaire d’attendre la moitié de saison pour que l’allure soit plus soutenue. Il ne s’agit aucunement d’un reproche bien que ce parti pris puisse déstabiliser ou déplaire à quelques-uns désirant avant tout de l’action vive et sans relâche.

Quoi qu’il en soit, outre ce cadre dont Michael Hirst cherche à pleinement tirer profit, la forme de l’ensemble tente elle aussi de communiquer toutes ses forces. Le fait que la production essaye d’éviter au maximum les incrustations numériques et qu’à la place, elle utilise ses spectaculaires paysages – elle a majoritairement été tournée en Irlande –, qu’elle ne se borne pas à présenter ses personnages dans des intérieurs et qu’elle illustre moult batailles constitue l’un de ses multiples et solides atouts malgré des figurants discrets. Aux frileux du sanguinaire, qu’ils ne s’inquiètent pas de trop, car la barbarie est généralement surtout suggérée ; de même, les scènes de sexe désormais habituelles à ces fictions sont assez rares. Naturellement, les caractéristiques propres aux séries de cet acabit comme les costumes, armes, coiffures et autres méritent d’être passées au crible et pour le néophyte, le résultat est saisissant par son authenticité. Ajoutons-y des visages burinés, des acteurs très grands et des accents franchement particuliers et l’immersion se voit facilitée. Qui plus est, Trevor Morris compose encore une fois une bande originale percutante par sa beauté et sa capacité à alterner les registres. Enfin, la production peut se targuer de disposer d’un générique léché empreint d’un mysticisme latent et d’une lourde ambiance distinguant les épisodes. Valhalla, le paradis viking, est toujours proche et l’atmosphère se charge en mystères où le brouillard n’hésite jamais à tout recouvrir pour mieux dissimuler les dangers. D’un point de vue technique, le seul point noir se trouve peut-être dans la langue, car les Vikings parlent évidemment anglais dans la série, ce qui n’est pas foncièrement dérangeant. A contrario, cela se complique sérieusement lorsqu’ils rencontrent justement des étrangers – qui eux vont, par exemple, employer du saxon – et qu’ils se mettent à utiliser du vieux norrois, pour revenir ensuite à l’anglais. La situation devient ainsi paradoxale et moyennement heureuse.

En définitive, la première saison de Vikings représente une réussite plutôt enthousiasmante pour quiconque étant attiré par ces fictions mâtinées d’historique. Entremêlant les légendes, la petite et la grande Histoire, elle plonge ses héros ambivalents dans un tourbillon empreint d’une rage tempétueuse tandis qu’ils cherchent à profiter des richesses voisines et combler leurs nombreux désirs redoutables. À grand renfort de décors naturels parfaitement mis en valeur dans une ambiance parfois pétrifiante, elle immortalise avec un soin consciencieux une société finalement assez méconnue à travers ses traditions, superstitions, coutumes locales et sa vie quotidienne. Bien sûr, les intrigues et rebondissements gardent une certaine prévisibilité et se veulent très classiques, voire stéréotypés, mais l’identité et l’authenticité de la production, le charisme des protagonistes, le souffle d’aventures épiques et la puissance insufflée permettent aisément de passer outre cet aspect plus convenu. En se dotant d’un potentiel évident, les efficaces débuts de Vikings augurent ainsi d’un futur éminemment excitant. Vivement la suite !
Bonus : une courte bande-annonce

Par |2018-07-06T17:57:57+02:00septembre 24th, 2013|Séries canadiennes, Séries irlandaises, Vikings|0 commentaire

Grey’s Anatomy (saison 9)

Alors que Grey’s Anatomy entamera dès la rentrée sa dixième année, discutons tout d’abord de la neuvième, composée de vingt-quatre épisodes diffusés sur ABC entre septembre 2012 et mai 2013. Aucun spoiler.

C’est un secret pour personne, Shonda Rhimes aime les histoires tragiques où le pathos fait la loi. Ses fins de saison en sont des preuves absolues et ce n’est clairement pas le season finale de 2012 qui viendra démentir cette affirmation. Après avoir échappé à une bombe, un fou furieux armé et autres évènements dramatiques, une grande partie de l’équipe de l’hôpital s’écrasait en plein milieu d’une forêt avec leur avion. Sévèrement blessés pour la plupart, seuls au monde et se sentant abandonnés, ils n’avaient presque plus espoir de survivre. Naturellement, en tant que téléspectateur nous savions que les secours les ramèneraient à bon port, mais, dans quel état ? Contre toute attente, la saison neuf ne commence pas là où nous nous étions arrêtés puisqu’elle procède à une ellipse de trois mois. Si ce parti pris peut paraître à première vue assez étrange, il est au contraire parfaitement tourné et permet à Grey’s Anatomy de davantage accentuer les difficultés qu’ont les rescapés à retrouver leurs anciens repères. Le second bon point, c’est que ce qu’ils ont traversé n’est aucunement oublié et illustré à travers des flashbacks globalement bien intégrés à l’ensemble. De plus, ce procédé apporte un éclairage pertinent et, souvent, émotionnellement chargé. Lexie est bel et bien morte et si son absence ne se fait pas forcément ressentir au cours de cette année, la jeune femme demeure régulièrement présente en toile de fond. Il en va de même pour un autre personnage disparaissant dès le début, qui dispose d’ailleurs d’une très jolie fin. Quoi qu’il en soit, l’accident d’avion a marqué au fer rouge Meredith, Derek et leurs comparses. La première partie de la saison s’attarde sur les conséquences psychologiques de cette tragédie tandis que la seconde se focalise davantage sur les changements matériels qu’il induit. Effectivement, il est tout naturel que cette catastrophe oblige les responsables à payer. Or, tout d’abord, qui sont-ils ? Et surtout, l’hôpital sera-t-il impliqué ?

Les résidents se sont transformés en titulaires pour la plupart. Beaucoup d’entre eux ont accepté des postes aux quatre coins du pays, mais l’épreuve qu’ils ont vécue dans les bois a bouleversé leurs plans. De toute manière, il était légitime de se douter que les principaux personnages finiraient à un moment donné par se rejoindre et revenir à Seattle. Ce n’est pas tout de suite le cas et le scénario parvient à gérer son éclatement du cadre avec une certaine ingéniosité, notamment grâce à de nombreux parallèles. Les aventures frisquettes de Cristina en sont un exemple concret. Si son association avec le chef de chirurgie incarné par Steven Culp (Ally McBeal, Desperate Housewives) n’est pas foncièrement passionnante, la dynamique instaurée avec Craig Thomas (William Daniels), le médecin vétéran se prenant d’affection pour elle, est rafraîchissante comme tout outre sa réflexion intéressante sur le vieillissement et la mise à jour des connaissances. Quoi qu’il en soit, Meredith, Cristina, Alex et les nouveaux titulaires ont pour mission prédominante d’enseigner leur spécialité aux internes. Encore une fois, Grey’s Anatomy insère en effet des visages inédits. Jusqu’à présent, le pari n’était pas toujours réussi, mais, cette fois, en dépit d’un ou deux disposant moins de temps d’antenne, et étant donc moins à même de rayonner, ces jeunes professionnels se révèlent plutôt agréables. C’est l’occasion d’y rencontrer des acteurs tels que Gaius Charles (Friday Night Lights) en Shane Ross rêvant d’être le bras droit de Derek, ou encore Tina Majorino (Veronica Mars) comme Heather Brooks, une interne assez excentrique extrêmement pétillante. Celle sur laquelle l’accent est le plus mis, Jo Wilson (Camilla Luddington), partage au départ une dynamique assez originale avec Alex, mais, malheureusement, la suite s’annonce convenue et moyennement engageante malgré quelques idées pertinentes. Elle a au moins le mérite de symboliser l’évolution positive d’Alex qui continue de cheminer à son rythme. Ces médecins en devenir permettent aux titulaires d’endosser avec plus d’aisance leurs rôles et offrent simultanément une bonne dose d’humour et de légèreté. Ils rappellent à merveille Meredith et les autres quand ils étaient internes et cet aperçu dans le rétroviseur est assez plaisant. Cela n’empêche en revanche pas la saison d’être bancale.

Assimiler Miranda à un élément comique durant la majorité des épisodes est presque en somme un crime. Dès la création de la série, la chirurgienne n’a jamais eu le droit à une véritable exposition. Par conséquent, l’entendre uniquement débiter des blagues quasi poussives peine, voire irrite. C’est d’autant plus vrai que cette année souffre indiscutablement de son ton maladroit. Grey’s Anatomy a de toujours été une fiction alternant entre des moments presque mélodramatiques et un humour latent. Ce n’est clairement pas maintenant qu’elle va changer. Toutefois, elle arrivait généralement à proposer un juste milieu favorisant un passage fluide d’un registre à l’autre. Si l’on remarque une amélioration progressive, les débuts sont très approximatifs et deviennent usants par tant de lourdeur. Pour en revenir au nazi qui se voit doté d’un nouveau surnom moins cool, elle gagne en importance vers la fin et les capacités de son interprète amendent cet arc peu inspiré. Il faut avouer que les intrigues personnelles n’aident pas à passionner les foules. Le pire se trouve sans conteste avec April. Cette femme est désormais insupportable à suivre en raison de son comportement immature et plus que répétitif. Oui, elle aime Dieu et se sent honteuse à l’idée d’avoir perdu sa virginité. Ça, on l’a compris. La regarder s’empêtrer dans un jeu du chat et à la souris avec Jackson agace et ce n’est pas le secouriste insipide (Justin Bruening) qui va modifier quoi que ce soit, à part assommer via un vent d’ennui mortel. Concernant le jeune Avery, il est fort sympathique et son petit rebondissement lui donne l’opportunité de changer de fusil d’épaule, mais, là aussi, le scénario le replace par la suite dans un rôle bien rangé. En fait, la saison souffre de sa routine et ne parvient que de façon sporadique à contrebalancer son schéma impeccablement huilé. Résultat, sans que les épisodes ne soient mauvais, ils ne sont guère mémorables et il devient compliqué de se souvenir de ce qui s’y est passé une fois la télévision éteinte. Que les patients se ressemblent, d’accord, que les personnages principaux tournent en rond, c’est un autre problème bien plus grave.

Heureusement, quelques valeurs sûres améliorent le visionnage par leur simple présence. Le couple que forment Owen et Cristina en est tout naturellement le meilleur représentant. Depuis leurs débuts, les deux possèdent une alchimie palpable. Séparés bien qu’ils s’aiment, ils finissent par éclaircir leur situation si ce n’est que la question des enfants se présente telle une épée de Damoclès au-dessus de leur tête. Cette dynamique est superbement retranscrite à l’écran grâce aux talents des deux acteurs et pour toute la sensibilité et le réalisme dont elle s’arme. Qui plus est, ils sont individuellement tout aussi stimulants, apaisés et attachants. Dommage que tous les protagonistes de la série n’aient pas un dixième de leurs compétences. Cristina a énormément évolué en très peu de temps et même si elle conserve son côté détaché, elle commence presque à s’humaniser et à s’intéresser à ses patients en tant que personne à part entière. Ce changement se fait subtil et progressif, ce qui est juste parfait. Son amour pour la chirurgie est clairement passionné et communicatif. Sinon, bien évidemment sa relation avec Meredith continue sur sa lancée et garde de sa saveur, neuf ans après leurs débuts. Concernant celle-ci, elle persévère en se montrant somme toute agréable et son mariage avec Derek intègre désormais le rang des stabilités appréciables. Leur union est tranquille et, dans ce cas, ce n’est pas un défaut. Après tout ce qu’ils ont traversé, il ne s’avère pas nécessaire de maximiser la surenchère. Avant d’être une série médicale, Grey’s Anatomy s’aventure sur le terrain romantique et ce n’est donc pas surprenant que la saison joue de nouveau aux bouleversements sentimentaux au cours de ses épisodes. Outre Cristina et Owen, Callie et Arizona sont confrontées à leur première grande épreuve en raison d’un handicap survenu entre elles. Les deux femmes sont avenantes, c’est une évidence. Pourtant, leur traitement n’est pas toujours très heureux cette année et ce n’est pas l’arrivée du personnage campé par Hilarie Burton (One Tree Hill) qui améliore la situation. Bien au contraire. Arizona donne l’impression d’avancer pour mieux reculer et se cacher derrière une excuse assez lamentable. Enfin, pour l’anecdote notons l’apparition d’invités comme Miguel Sandoval (Medium), Roma Maffia (Nip/Tuck), Neve Campbell (Party of Five), Constance Zimmer (Entourage), Sarah Chalke (Scrubs), Todd Stashwick (The Riches), Annette O’Toole (Smallville) ou encore Navi Rawat (The O.C.).

Au final, cette neuvième année de Grey’s Anatomy peine à se révéler inspirée. Certes, il semble compréhensible qu’avec un tel âge, les scénarios perdent en fraîcheur et en originalité. Or, cela ne change absolument pas le fait que le visionnage dégage bien trop de fadeur et de prévisibilité pour marquer. Pourtant, la saison essaye tant bien que mal de se renouveler comme elle le prouve avec l’arrivée d’internes assez sympathiques. De même, les modifications liées au crash de l’avion dérèglent totalement l’atmosphère au Seattle Grace et délivrent par la même occasion un arc inédit, bien qu’assez soporifique par moments. Malheureusement, les cas médicaux ne sont pas non plus particulièrement exaltants. En d’autres termes, il est compliqué de reprocher quoi que ce soit à l’ensemble. C’est juste un sentiment de lassitude qui imprègne les épisodes et ne permet pas d’en ressortir franchement satisfait. Se regardant par habitude, la série se suit sans trop jeter de coups d’œil sur sa montre, mais elle n’apporte assurément plus grand-chose de novateur.

Par |2017-05-01T13:59:14+02:00août 19th, 2013|Grey's Anatomy, Séries étasuniennes|7 Commentaires