Kodai Shôjo Dogu-chan | 古代少女ドグちゃん

Si les Super Sentai, Kamen Rider et quelques-unes de ces franchises apparentées viennent immédiatement à l’esprit lorsque l’on pense aux tokusatsu, il existe d’autres séries plus discrètes appartenant à cette catégorie fort particulière favorisant les effets spéciaux. Kodai Shôjo Dogu-chan est justement l’une d’entre elles. Cette production réalisée par Iguchi Noboru – notamment connu pour son film horrifique stupidement drôle Kataude Machine Girl – comporte douze épisodes de vingt-trois minutes diffusés sur MBS entre octobre et décembre 2009. Une sorte de suite intitulée Kodai Shôjo-tai Dogun V est sortie en 2010, mais elle ne reprend que le concept et non pas la majorité des personnages évoluant dans la fiction nous concernant aujourd’hui ; je n’envisage pas de la regarder, donc elle ne sera pas traitée sur Luminophore. Aucun spoiler.

Suite à certaines circonstances, un lycéen ressuscite une chasseuse de créatures surnaturelles japonaises et doit l’aider dans sa tâche.

Généralement, qui dit tokusatsu signifie qu’il importe de ne pas se montrer trop critique et de lancer la machine en partant du principe que le kitsch sera assurément de la partie. Sans surprise, Kodai Shôjo Dogu-chan dispose d’un budget anémique et chaque scène ne fait que le prouver. Après tout, cela ne nuit pas forcément à l’intrigue en tant que telle et il peut toujours être possible de s’amuser devant un spectacle assumant ses défauts. Car effectivement, la série ne se prend jamais au sérieux, joue de ses faiblesses, se tourne parfois en dérision et n’hésite pas à multiplier les passages profondément ridicules. Pour ne pas souffrir, il convient par conséquent de regarder les épisodes au minimum au trente-sixième degré, au risque sinon de frôler l’apoplexie. La forme n’arrange pas la situation avec de moches maquillages, des effets spéciaux et trucages en carton-pâte. L’audience visée est clairement différente des j-dramas plus traditionnels puisqu’outre le costume de l’héroïne, les gros plans sur la poitrine féminine et les sous-entendus sexuels pullulent, sans pour autant sombrer dans du vulgaire ou du salace. Tristement, les scènes de combats filmées assez platement se veulent consensuelles et sans une seule goutte de sang ou de violence. En fait, tout y demeure gentillet, probablement histoire de ne pas trop choquer la morale bien pensante. Cependant, ce n’est pas étonnant que la série soit passée dans la nuit, en catimini, à une heure où les stupidités sont davantage tolérables.

Alors qu’il est obligé de suivre son farfelu de père archéologue (Kamikawa Takaya – Warui Yatsura) dans la forêt, Sugihara Makoto met la main sur un curieux objet qui, en le touchant, fait revenir à la vie une chasseuse de yôkai issue de la période Jômon, soit la Préhistoire japonaise. Cette femme nommée Dogu-chan est dotée de pouvoirs spéciaux lui permettant de venir à bout des monstres envahissant régulièrement Tôkyô et manipulant les habitants. Pour cela, elle s’aide d’un dogû, une statuette en terre cuite qui, là aussi, sort de la norme, parle à coup de doki doki, bouge comme une hyperactive et s’avère non dénuée d’un sens de l’humour assez sarcastique. Dogu-chan a la particularité de manger de petites branches d’arbre, d’adorer la boue et d’avoir une forte poitrine qu’elle cache à peine. Naïve et simplette, elle tente de se faire au XXIè siècle et pour cela, elle espère bien être secondée par celui qui l’a ressuscitée, qu’il le veuille ou non. Makoto n’a donc pas le choix de se coltiner cette créature au demeurant bizarre, ce qui n’est peut-être pas un mal étant donné qu’il reste cloîtré chez lui depuis le décès de sa mère. Les voilà qui se lancent ainsi dans une lutte contre les êtres surnaturels du folklore nippon. Chaque épisode se borne à un cas à régler, souvent profondément idiot, et les incohérences se mêlent aux grossières facilités. C’est d’ailleurs l’occasion d’y retrouver quelques acteurs parfois connus et que l’on n’aurait jamais imaginé être de la partie comme, par exemple, Takenaka Naoto (Nodame Cantabile). Le charme innocent de Kodai Shôjo Dogu-chan repose grandement sur ses personnages principaux et la candeur s’en dégageant.

Dans les faits, Dogu-chan aurait tout pour irriter en raison de son absence totale de réflexion et de l’interprétation catastrophique de Yazawa Erika. Contre toute attente, elle finit par amuser et réussit même en fin de parcours à attendrir un peu. La conclusion se révèle effectivement plutôt inattendue et n’hésite pas à associer au reste décalé une tonalité douce-amère agréable. Certes, ne nions pas que voir la jeune femme courir, avec ces gros plans sur les rebondissements de sa poitrine, laisse perplexe – et de marbre quand on n’est pas du tout intéressé par la chose comme moi ! Aux côtés de cette chasseuse insatiable se trouve donc un lycéen incarné par le toujours très sympathique Kubota Masataka (Keitai Sôsakan 7). L’acteur effectue plus que correctement son travail en tant qu’ado un peu dépassé par la situation, souffrant de quelques blessures familiales, mais tombant rapidement sous le charme original de cette fille peu vêtue. Les deux forment une paire mignonne, à défaut d’être exaltante. Les amis du garçon, dont l’un est campé par Emoto Tokio, viennent se mêler à eux et débitent des dialogues tout aussi limités que le reste de la galerie. Ces aventures hautes en couleur se laissent regarder, car elles sont courtes et s’apparentent à des vignettes hautement fantasques même si, sporadiquement, la tonalité n’hésite pas à immiscer quelques relents plus dramatiques

En définitive, Kodai Shôjo Dogu-chan raconte les pérégrinations d’une chasseuse de yôkai en usant d’une tonalité totalement grotesque à même d’effrayer plus d’une personne. Les épisodes se doivent d’être regardés à un rythme très espacé afin de ne pas trop agacer ou ennuyer parce qu’en plus du scénario inexistant, le schéma reste mécanique. Avec son univers improbable choyant les monstres en latex et les costumes sexys mais pas trop, la série n’est qu’à destination d’une infime tranche de la population aimant rigoler devant des stupidités japonaises sortant quelque peu du carcan habituel. Les autres passeront sans regret leur tour puisqu’il faut l’avouer que ce j-drama est profondément idiot, bien qu’un tant soit peu attachant pour tant de naïveté ridicule.

Par |2017-05-01T13:58:27+02:00juillet 3rd, 2015|Kodai Shôjo Dogu-chan, Séries japonaises|0 commentaire

Top Caster | トップキャスター

À défaut de regarder des séries de fraîche date scénarisées par Sakamoto Yûji (Soredemo, Ikite Yuku, Saikô no Rikon, Mother), je me plonge dans ses travaux plus anciens. C’est ainsi que Top Caster est récemment arrivé sur mon écran. Ce getsuku fut diffusé sur Fuji TV entre avril et juin 2006 et comporte onze épisodes ; comme souvent, le premier et le dernier durent quinze minutes additionnelles. Aucun spoiler.

La présentatrice de journal Tsubaki Haruka est de retour à Tôkyô après huit années passées à New York. Elle revient au pays dans un climat assez particulier puisqu’elle l’avait fui suite à une erreur notable. Qu’importe, le directeur des programmes lui propose de prendre les rênes d’une émission télévisée et elle est bien décidée à en sortir victorieuse. Pour l’occasion, elle s’entoure de plusieurs collègues et choisit d’employer une jeune recrue comme assistante personnelle.

Si le Japon prouve régulièrement apprécier immerger son public dans le monde professionnel, l’univers des médias n’est, contre toute attente, pas des plus chéris. Comme son titre l’indique, Top Caster tente d’en faire la part belle, car il se déroule au sein de la rédaction d’un journal télévisé qui, pour être honnête, n’est assurément pas authentique. En fait, la série donne immédiatement le ton et s’apparente à un mélange bancal de plusieurs genres doté d’une réalisation banale et d’une musique poussive composée par un Satô Naoki (Orange Days, H2) que l’on a connu plus inspiré. Sans aucune surprise, le résultat final reste profondément basique et l’on en vient à se demander si le scénariste est vraiment celui qui, quelques années plus tard, est capable d’écrire de vraies pépites de sensibilité et de finesse. Parce qu’il faut l’avouer, ce n’est pas du tout le cas de Top Caster qui, outre ses nombreux écueils, opte pour un humour assez lourd n’hésitant pas à multiplier des blagues sur les flatulences et autres odeurs corpulentes peu ragoûtantes. Les personnages secondaires gravitant autour des héroïnes ne font qu’accentuer cette impression constante d’hystérie collective. Ça hurle un peu trop, ça gesticule dans tous les sens et tous paraissent idiots et incompétents. Naturellement, aucun n’a le droit à un développement satisfaisant et leur utilité semble plus que discutable. Pourtant, plusieurs acteurs sympathiques comme Tamaki Hiroshi (Nodame Cantabile, Guilty), Matsuda Shôta et Namase Katsuhisa (Gokusen) se trouvent dans les parages, mais les individus qu’ils incarnent sont soit insipides, soit irritants. Leurs collègues féminines, à savoir Matsushita Nao (Gegege no Nyôbô) ou encore Sudô Risa (Shinya Shokudô), ne sont pas davantage choyées. De toute manière, même les pièces maîtresses de la fiction ne sont pas exploitées convenablement.

La légende de la télévision Tsubaki Haruka remet les pieds au Japon après l’avoir quitté avec perte et fracas. À l’époque, elle n’a pas perdu que son emploi parce qu’elle a aussi rompu simultanément avec son petit ami, Yûki Masato, devenu depuis un des décisionnaires de CNB Television. Forcément, quand elle retrouve un poste quelque peu similaire et son ex, l’ambiance est assez froide, mais cela ne la dérange vraisemblablement pas. Le directeur paternaliste arrondit les angles et doit sûrement être la caution amusement rigolo de la série pour son calme olympien. Haruka ne brosse personne dans le sens du poil, révolutionne tout sur son passage et instaure ses propres règles. En résumé, si elle revient, c’est pour faire les choses comme elle le souhaite. Sa forte tête est indiscutable et elle démontre à maintes reprises qu’elle sait où elle désire se rendre. Cette femme à poigne impressionnant autrui est incarnée par Amami Yûki (BOSS) à qui ce type de caractérisation va comme un gant. Pour autant, le personnage est rapidement décevant, car il ne tient pas ses promesses sur le long terme. Le premier épisode amène à imaginer une battante vivant pour sa passion et tentant de se détacher du carcan traditionnel japonais. Celle-ci se place presque en moteur en veillant à ouvrir les yeux à celle qu’elle cherche à pousser vers une voie plus active, la candide présentatrice de météo, Asuka Nozomi, qui travaille en attendant de trouver le mari idéal. Top Caster laisse croire à un message féministe pertinent et moderne avant de se prendre les pieds dans le tapis et ne rien développer du tout, préférant asseoir une mécanique répétitive où tout est bon pour multiplier les situations propices au sentimentalisme gratuit.

Chaque épisode repose sur un format similaire où le but est, pour l’équipe de Haruka, de dévoiler une exclusivité avant les concurrents. Impossible de ne pas éclater de rire en découvrant la qualité de ces révélations qui sont surtout très ridicules. Entre une supposée voyante, un médecin ayant commis une erreur médicale ou le suicide d’un homme, il n’y a pas grand-chose de bien trépidant. Cela n’empêche pas la journaliste de se penser investie d’un pouvoir divin et de prouver que la justice prévaut avant tout. Attendez, Haruka bat à plates coutures le meilleur des policiers ! Les espèces d’enquêtes illustrées dans Top Caster ne dégagent rien à part une morale bon marché favorisant les valeurs chères au Japon. Le registre parfois dramatique de ces affaires est souvent ruiné par l’humour douteux et redondant. Quoi qu’il en soit, Haruka décide dès son arrivée au Japon d’embaucher une assistante personnelle et la force à venir vivre chez elle et de la suppléer en tout. Oui, le principe est improbable et ridicule. Qu’importe. Nozomi (Yada Akiko – Last Christmas) est à première vue l’employée nippone typique rêvant au prince charmant. La série oppose constamment ces deux femmes et les fait se disputer, l’idée étant qu’elles cheminent progressivement pour se dépasser. L’amitié entre elles est palpable, mais peine à convaincre pour cause d’un classicisme rébarbatif. L’ajout d’une tonalité romantique avec l’ancien petit ami de Haruka, Masato (Tanihara Shôsuke – Magerarenai Onna, Tsugunai), n’est pas des plus réjouissants non plus. Qui plus est, cet homme change un peu de personnalité à tout moment, reproche qui pourrait presque être émis à l’encontre de bien des personnages. Les derniers épisodes leur mettent des bâtons dans les roues totalement artificiels et prévisibles, probablement afin d’injecter un peu de suspense préfabriqué. Bref, le perpétuel mélange des genres dans cette production donne le sentiment qu’elle se cherche une identité propre, comme si le scénariste ne pouvait choisir entre les affaires journalistiques et les relations entre les protagonistes.

Pour conclure, Top Caster est une série dépourvue d’originalité se contentant de répéter inlassablement un schéma monotone où son héroïne journaliste triomphe des adversités pour supposément dénicher le scoop du siècle. Cette fiction n’est pas profondément mauvaise, mais elle sombre dans les défauts habituels de cette flopée de j-dramas génériques où aucun élément ne réussit à divertir sur une durée convenable. Même les personnages demeurent incolores, voire pénibles, et l’interprétation régulièrement excessive laisse place à une frustration plutôt désagréable. En ne se montrant ni drôle ni touchant, mais plutôt incohérent et stupide, Top Caster ne parvient jamais à intéresser un minimum d’autant plus que tout est bon pour injecter une morale fort consensuelle, cela malgré des prémices encourageantes.

Par |2018-07-06T17:48:29+02:00juin 26th, 2015|Séries japonaises, Top Caster|0 commentaire