Kôkô Kyôshi (2003) | 高校教師

C’est un peu par hasard qu’il y a quelques mois, je suis tombée sur le synopsis de Kôkô Kyôshi. Le trouvant différent et assez osé, je me suis dit qu’il serait bien pour débuter l’année. Il ne sera aujourd’hui question que de la version datant de 2003. Il existe effectivement deux autres renzoku, un de 1974 et un autre de 1993 ainsi qu’un film, de 1993 toujours. Le premier renzoku est introuvable (ou alors il est bien caché) mais le second est disponible au moins en VOSTA. Pour une fois je fais les choses à l’envers en débutant par le plus récent mais j’envisage de tester la version de 1993 un de ces jours. Ce ne sont ni des suites, ni des remakes. Ils prennent juste place dans le même lycée. Le titre se prononce kôkô kyôshi (bien qu’on le trouve surtout transcrit koukou kyoushi) et signifie approximativement le professeur du lycée. Kôkô Kyôshi (2003) fut diffusé sur TBS entre janvier et mars 2003 et comporte onze épisodes. Les premier et dernier durent cinq minutes de plus que les 45 habituelles. C’est Nojima Shinji qui est au scénario, celui-même qui s’est occupé par la suite de Love Shuffle, de Pride ou encore de Bara no nai Hanaya. Aucun spoiler.

Machida Hina est une jolie jeune fille allant dans un lycée pour filles. Assez banale, elle souffre de mener une vie aussi plate et dénuée d’intérêt. Afin de pimenter son existence, elle s’approche de Kudô Beniko, une autre lycéenne ayant déjà été renvoyée temporairement et qui a de nombreuses connaissances masculines. Un soir, Hina rencontre un jeune homme avec qui elle sympathise immédiatement. Se faisant passer pour une styliste de vingt ans, elle accepte d’aller chez lui y passer la nuit… Le lendemain matin, elle quitte l’appartement en catimini et retourne à l’école. Quelle n’est pas sa surprise en découvrant que cet homme, Koga Ikumi, n’est autre que son nouveau professeur de mathématiques ! Si au départ celui-ci fait semblant de ne pas la reconnaître, il finit par craquer et les deux se rapprochent. Ce que Hina ne sait pas c’est que Koga est malade. Souffrant d’une tumeur au cerveau, il ne lui resterait plus que quelques mois à vivre. Suite à un concours de circonstances et quelques quiproquos, Hina croit comprendre que c’est elle, qui a une tumeur et qui va mourir ! Plutôt que de lui expliquer en bonne et due forme la situation, Koga ne la corrige pas et tente de l’aider à accepter cette terrible fausse épreuve.

Pensez donc tumeur au cerveau, abus sexuel sur mineurs, suicides, viols, prostitution de mineures, persécutions, manipulations, mensonges éhontés, chantages, perversité… voilà, vous situez plus ou moins le contexte de Kôkô Kyôshi (2003). Et encore, vous êtes sûrement en-dessous de la réalité. C’est en visionnant ce genre de séries que l’on se dit que plus les années passent et moins le Japon ose. Bien que la tendance commence enfin à s’inverser, ce n’est toutefois pas à l’heure actuelle que l’on verrait une production de ce style à la télé. Ce renzoku est très dur et met extrêmement mal à l’aise tout au long de ses épisodes. Les thématiques abordées sont, tout simplement, perturbantes. Le comble de l’horreur est tel que l’on se met parfois à trouver mignon le couple que forment Hina et Koga, l’élève et le prof ! Hina est jouée par Ueto Aya que je n’avais jamais eu l’occasion de voir dans un film ou une série (eh oui !). L’actrice apporte beaucoup de fraîcheur et de candeur à la série. C’est elle la vraie bouffée d’oxygène permettant de ne pas avoir envie d’emprunter une corde quelque part. C’est elle aussi qui donne la possibilité à Koga de supporter ses propres mensonges et de relativiser quelque peu le fait qu’il va bientôt mourir. Ce dernier est incarné par un Fujiki Naohito (Shiawase ni Narô yo, Ichi Rittoru no Namida) tout à fait correct et extrêmement sobre. Bien que ce professeur soit abominable à faire croire à une ado qu’elle est en train de mourir, à ressentir des sentiments auxquels il ne devrait même pas penser, il est presque ici, compréhensible. Sans pour autant ne pas condamner ses actions, on ne peut qu’avoir pitié pour lui, lui qui a une peur bleue de la solitude. Le fait de voir qu’il passe de quelqu’un qui se laisse abattre et d’extrêmement apathique à quelqu’un de plus vif, davantage optimiste et impliqué est également imputable à Hina et son énergie positive. Hina et Koga s’aiment-ils vraiment ou n’ont-ils pas juste besoin l’un de l’autre ? Ne tombe-t-on pas d’abord amoureux avant de plus pouvoir se passer de l’autre ou est-ce l’inverse ? La série propose quelques pistes de réflexion intéressantes sur la notion de dépendance à l’autre, sur l’amour et sur des concepts plus abstraits comme le transfert et le contre-transfert psychanalytique. Notre conscience a donc beau nous crier que tout cela est mal, sale et nous donner envie d’éteindre la télé, il n’en demeure pas moins qu’ils sont touchants. Le pire étant qu’ils sont les personnages les moins abîmés de l’ensemble de la série.

Outre la relation interdite entre un professeur et son élève, Kôkô Kyôshi (2003) met en avant quelques autres protagonistes ayant d’énormes problèmes psychologiques. Pensons par exemple à un autre professeur, Fujimura Tomoki, joué par Kyômoto Masaki (Garo) et son horrible coupe de cheveux. D’abord présenté comme un fanfaron, vantard et pétri d’orgueil, il prend sous son aile Koga comme s’il s’agissait d’un concurrent au concours de popularité des profs. Se comportant d’une manière étrange avec les femmes, il est régulièrement perturbé par des souvenirs qui remontent à la surface. Il en devient alors violent et hors de contrôle. Ces flashbacks prennent une dimension malheureusement prévisible mais qui reste plus que dérangeante. L’amie de Hina, Kudô Beniko, partant à la dérive à cause d’un host calculateur, il essaye de la sauver. En vain. Beniko est quant à elle une adolescente naïve et crédule portant les traits de la jolie chanteuse Sonim. Son comportement frise parfois la stupidité tant elle semble n’apprendre de ses erreurs. Amoureuse de Kamiya Yûji, un host, elle fait tout pour lui quitte à y laisser ses valeurs et sa dignité. S’il y a bien un personnage encore plus perturbé que les autres, c’est Yûji. Aucune de ses relations n’est réelle car il joue avec tout le monde. Ne se salissant jamais les mains, il pousse les autres à commettre des crimes pour lui et va très loin. Très, très, loin. C’est Narimiya Hiroki (Stand Up!!, Bloody Monday, Gokusen, Innocent Love, Orange Days…) qui l’incarne et s’il a un peu trop tendance à forcer le trait, il est indiscutable que ce Yûji est doté d’une cruauté à toutes épreuves. Dans le même genre, la lycéenne Ezawa Mami, incarnée par Aoi Yû (Tiger & Dragon, Ao to Shiro de Mizuiro) repère les êtres fragiles et tente de les détruire. Une de ses cibles de choix n’est autre que Koga. N’oublions pas non plus le médecin s’occupant du professeur de maths, Tachibana Yuriko, qui entre dans le mensonge de son patient en allant jusqu’à donner des vitamines à Hina, lui faisant croire qu’il s’agit de médicaments pour la soigner !
Dans des rôles plus tertiaires, certains reconnaîtront Saitô Shôta (Byakkotai, Jotei) ou encore Ôkura Kôji (Shiawase ni Narô Yo).

Kôkô Kyôshi (2003) est par conséquent une série difficile et ne lésinant pas sur les sujets délicats. Si au final, le traitement évite le mélodrame et le pathos, il a toutefois tendance à tomber dans la surenchère. Les personnages semblent presque tous psychologiquement instables et le pessimisme est alors de rigueur. La fin est toutefois plus réussie à ce niveau car elle laisse au téléspectateur le soin d’imaginer ce qu’il désire. Il peut donc très bien envisager la suite dans le même registre que les autres épisodes ou au contraire, penser que le personnage de Hina a réussi à faire pencher la balance de son côté, c’est-à-dire, dans le positif. Bien que le scénario soit donc à ranger dans le rayon des torturés et torturant, il est difficile de se sentir réellement impliqué par ce qui s’y déroule. D’un côté, ce n’est pas plus mal tant voir des personnages que l’on aurait pu apprécier être traités de la sorte aurait été psychologiquement éprouvant. Mais de l’autre, on se fiche un peu de ce qui leur arrive. Il en ressort ici surtout un côté presque blasé et froid. De toute manière, l’histoire donne surtout l’impression d’être cousue de fil blanc. Après tout, on pourrait plus ou moins comprendre qu’un prof fasse croire à son élève qu’elle va mourir. Par contre, qu’en est-il des parents de l’adolescente ? Ne les prévient-elle pas ? Ne trouve-t-elle pas bizarre de ne pas aller à l’hôpital passer quelques examens ? Non, rien de tout ça. Les figures paternelles sont évoquées mais sont toujours ramenées au fait qu’elles ne servent pas à grand-chose et qu’elles sont, de toute manière, dysfonctionnelles. Malgré tout cela, la série demeure plus que correcte grâce à une écriture solide et une interprétation efficace. Les protagonistes, aussi brisés qu’ils soient tous, sont finalement tous gouvernés par l’amour et y répondent de manière totalement différente et personnelle. La musique de Senju Akira (Suna no Utsuwa) fait quant à elle tout le reste. On ne peut pas non plus dire que les épisodes soient soporifiques, même si le rythme est lent. Il a plutôt tendance à être lénifiant, un comble lorsque l’on réalise à quel point la série peut être un gouffre sans fin. Accessoirement parlant, il y a une mention de la France et de la supposée habitude de ses habitants à dormir tout nus.

Au final, Kôkô Kyôshi (2003) est assurément une série malsaine et mettant mal à l’aise. Repoussant les limites, elle n’hésite pas à multiplier les perversités et faire souffrir ses personnages. Étrangement, le renzoku n’est en réalité pas aussi difficile à regarder que ce que l’on pourrait croire. En cela, il est assez décevant car il montre que rien ne sert d’exagérer ses propos si les émotions ne suivent pas derrière. De plus, le scénario comporte trop d’incohérences et manque par conséquent en crédibilité. L’atmosphère un brin désabusée, les thématiques de dépendance et de solitude, le rythme tranquille ainsi que l’interprétation de plusieurs acteurs comme Fujiki Naohito sont toutefois quelques uns de ses atouts. Si l’on apprécie les ambiances différentes ainsi que les séries sombres, le j-drama peut dès lors être intéressant puisqu’il permet notamment de voir un style différent des séries habituelles, mais il n’en est pas pour autant indispensable.

Par |2017-05-01T14:00:16+02:00février 23rd, 2012|Kôkô Kyôshi (2003), Séries japonaises|9 Commentaires

Shiroi Haru | 白い春

À l’instar de l’année dernière, xfire a demandé un j-drama avec Abe Hiroshi dans le cadre de cette animation de Noël.

Il n’y a pas si longtemps que ça, alors que je regardais un film où Abe Hiroshi a un tout petit rôle (Densen Uta), je me suis dit qu’il était vraiment temps que je creuse davantage ce dans quoi il avait joué. Comme les coïncidences sont parfois bien faites, je me suis donc penchée récemment sur une série japonaise assez récente où il a le premier rôle. Shiroi Haru, dont le titre signifie printemps blanc, est un renzoku de onze épisodes diffusés entre avril et juin 2009 sur Fuji TV. Seul le premier épisode est plus long que la moyenne puisqu’il dure 53 minutes au lieu des 45 habituelles. Aucun spoiler.

Sakura Haruo est un homme d’une quarantaine d’années qui vient de sortir de prison. Enfermé pendant neuf ans pour meurtre, il se retrouve certes à l’air libre mais il se fait rapidement voler ses quelques maigres économies. Totalement déconnecté de la réalité, il a perdu toute faculté sociale et ne connaît pas grand-chose aux nouvelles avancées technologiques. Avant tout, il cherche à entrer en contact avec son ami de l’époque, Yasuoka Tatsuya. Dix ans auparavant, tous deux étaient alors yakuzas mais ont depuis quitté ce monde dangereux. De toute manière, Haruo, s’il a été un yakuza, n’a jamais été un véritable malfaiteur. Il suffit de voir de quelle manière il perpètre son crime pour s’en rendre compte. Yasuoka lui apporte une mauvaise nouvelle, sa compagne, Takakura Mariko, est décédée des suites de sa maladie très peu de temps après son arrivée en prison. Le choc est d’autant plus massif pour Haruo car s’il s’est chargé de l’assassinat d’un yakuza, c’est sous condition que son clan verse une forte somme d’argent à Mariko dans le but de se soigner. Pourquoi cet argent n’a-t-il pas suffi ? L’a-t-elle réellement reçu ? D’après Yasuoka, ce serait le cas. Avant de mourir, elle vécut un certain temps avec un boulanger, Murakami Yasushi. Ce dernier n’a-t-il pas profité d’une femme en situation de faiblesse ? Hors de lui et bien décidé à faire payer à celui qu’il juge coupable de la perte de Mariko, Haruo entre en guerre froide contre ce boulanger. Sans commettre quoi que ce soit de répréhensible, il distille un certain climat de peur ambiante, profitant de son physique assez imposant. Les choses commencent toutefois à changer à partir du moment où il se prend d’affection pour Sachi, la fille de Murakami.

Shiroi Haru a été écrite par le même scénariste que Kekkon Dekinai Otoko, Ozaki Masaya, et cela se sent. Outre la présence d’Abe Hiroshi dans le rôle principal, la série sait surtout rester simple sans pour autant en devenir simpliste. Pourtant, au vu de ses sujets abordés, elle avait tout pour profiter du pathos et de la surenchère. L’écriture de l’histoire est telle qu’elle reste sobre et n’en devient alors que plus touchante. Haruo est un ancien yakuza ayant fait de la prison. Lorsqu’il en sort, il cumule donc les tares aux yeux de la société d’autant plus qu’il boîte suite à son crime. Peu affable, il ne sourit jamais et semble ne plus attendre grand-chose de la vie. Il souhaite juste savoir pourquoi sa compagne est décédée. En entrant dans le milieu carcéral, il n’avait qu’un souhait, qu’elle vive heureuse. Qu’elle l’attende ou pas n’entrait absolument pas en ligne de compte. Il est certes déçu qu’elle ait aussi rapidement trouvé un autre homme mais il ne la blâme pas. Au contact de la petite Sachi, il apprend à s’ouvrir sur le monde. Abe Hiroshi incarne parfaitement Haruo et propose un personnage nuancé, en lutte intérieure. Être un ancien yakuza est difficile, sortir de prison l’est peut-être encore plus ; cumuler les deux statuts complique énormément les choses. Shiroi Haru montre les difficultés liées à la réinsertion, entre l’impossibilité de trouver un emploi correct, les préjugés et la marginalisation ambiante. Haruo est partagé entre son envie de devenir quelqu’un de bien, faire les choses correctement et ce sentiment que de toute manière, quoi qu’il en fasse, personne ne semble vouloir lui donner sa chance. Pourquoi se compliquer ainsi la vie, il pourrait tout aussi bien retourner à ses anciens démons, autrement dit choisir la voie de la simplicité. La série est l’histoire d’un homme qui cherche la rédemption. Si ce désir n’était assurément pas en ligne de mire lors de sa sortie de prison, c’est la rencontre avec une petite fille qui va changer son existence. Il passe du statut d’homme qui se préoccupe uniquement de sa personne à quelqu’un qui réussit à éprouver de l’empathie pour d’autres.

N’ayant pas le sou, il passe sa première nuit hors de prison dans un manga kissa. (Au Japon, il est effectivement possible d’y rester toute une nuit et d’y dormir. Les formules sont bien moins coûteuses que dans un hôtel, il n’y a évidemment pas de lits mais il y a souvent des douches.) C’est là que Haruo rencontre deux jeunes, eux aussi en marge de la société. Contre toute attente, les trois finissent ensuite par squatter ensemble un petit local en haut d’un immeuble. Nishida Shiori et Kojima Yûki sont deux jeunes vivotant de tout et de n’importe quoi. S’étant rencontrés il y a peu de temps, ils se sont liés d’amitié et multiplient les combines afin de se faire de l’argent. Yoshitaka Yuriko (Love Shuffle, Ashita no Kita Yoshio, Tôkyô DOGS) et Endô Yûya (Voice, Churasan, Nodame Cantabile) portent respectivement leurs traits. L’accent est plus particulièrement mis sur Shiori, jolie et un brin ingénue. Elle tire son épingle du jeu grâce à l’interprétation de Yoshita Yuriko, toujours aussi subtile et rafraichissante, ainsi que grâce aux fêlures liées à son passée. Entre les trois se noue une relation presque familiale, les deux jeunes ayant besoin d’une figure adulte pour les guider. Si Haruo bougonne dans son coin et semble n’en avoir rien à faire d’eux, il leur donne toujours des conseils sans avoir l’air de les dispenser. Shiroi Haru traite avec juste mesure les difficultés de nombreux jeunes Japonais qui ne savent que faire de leur vie, sans la possibilité d’être réellement aidés et qui ne parviennent plus à se raccrocher à la société qui ne leur tend pas la main.

Si la réinsertion et le mal-être des jeunes sont présents dans la série, c’est surtout la confrontation entre deux hommes que tout oppose et la relation entre un ancien prisonnier et une petite fille qui sont la figure de proue de Shiroi Haru. Lorsque Haru rencontre Sachi, il ne voit au départ qu’une banale petite fille mais très rapidement, il se prend d’affection pour elle, sans trop savoir pourquoi ; la réciproque est de mise. Bien qu’il soit mal vu de s’attacher à un enfant pour des raisons évidentes, Haruo ne peut s’empêcher de penser à elle tant elle semble lui redonner goût en toutes les petites choses de la vie. La véritable nature de leur relation est très aisément devinable et ce, dès le premier épisode, tout comme les secrets quant au fameux argent, mais cela n’est aucunement dérangeant. Shiroi Haru est de toute manière assez prévisible, notamment parce qu’il est généralement question d’un quotidien ordinaire. Murakami, le père de Sachi, voit d’un très mauvais œil que Haruo soit présent dans la vie de sa fille. Si ses raisons paraissent compréhensibles, d’autres qu’il cache viennent le perturber d’autant plus. Murakami est un boulanger apprécié et qui travaille très dur. La mère de Sachi étant décédée rapidement après la naissance de celle-ci, c’est sa sœur, Takamura Kanako, qui prit le relai et qui veille désormais sur son beau-frère et sa nièce. C’est avec plaisir que l’on retrouve ainsi la toujours aussi sympathique Shiraishi Miho (Orange Days, Asukô March!, Nodame Cantabile). S’il y a une évidente volonté de travailler un minimum le personnage et ses désirs enfouis, il aurait été agréable qu’il soit davantage exploité. Mais ne boudons pas car il y a tout de même du matériel à se mettre sous la dent. A contrario, Murakami, le boulanger, est correctement exploité et finement interprété. Le génial Endô Kenichi (Crows Zero et beaucoup d’autres films de Miike Takashi) lui donne toutes les nuances nécessaires afin d’en faire un père aimant qui serait prêt à tout pour sa fille mais qui est partagé avec ce que sa conscience lui dicte. À force de vouloir être parfait, il finit par passer à côté de certaines choses. Par exemple, en travaillant comme un forcené pour que Sachi ne manque de rien, financièrement parlant, peut-il aller s’amuser avec elle ? La brusque arrivée de Haruo le pousse dans ses retranchements, d’autant plus que Sachi se prend immédiatement d’affection pour cet ancien prisonnier pas si inconnu que ça. Il est assez difficile de parler en profondeur de ce qu’il s’y passe sans dévoiler un point de l’intrigue donc vous m’en voyez désolée si cela est très confus pour qui n’a pas regardé la série. Quoi qu’il en soit, la dynamique qui s’instaure entre Haruo et Murakami est intéressante et évolue au fil des épisodes. Se voyant d’abord comme des ennemis, ils finissent par se comprendre et réalisent que de toute manière, ils partagent le même but, c’est-à-dire le bonheur de Sachi. Cette dernière est âgée de huit ans au début de l’histoire. Plutôt éveillée, elle passe son temps à dessiner et est de nature enjouée. Ohashi Nozomi l’incarne de manière relativement correcte si l’on tient compte de son âge. Elle a davantage de mal dans les scènes où l’émotion prime mais n’est jamais mauvaise. Pour des raisons qu’elle ne s’explique pas, Sachi apprécie la compagnie de Haruo et souhaite toujours lui parler, le voir et le faire participer à sa vie. Leur lien est fort et très joliment reflété à l’écran.

Shiroi Haru pousse une certaine réflexion sur ce qui nous semble juste ou non et sur la nécessité de suivre cette voie ou pas. Sans donner de réponse, probablement parce qu’il n’en existe pas, la série titille l’esprit du téléspectateur qui ne peut demeurer indifférent. La conclusion de cette histoire semble avoir par contre déplu à un certain nombre de personnes, des lettres de mécontentement ayant même été envoyées à la chaîne. Si elle ne peut éviter le côté presque cliché, elle semble dans une certaine mesure logique et amèrement ironique. Personnellement, j’espérais quelque chose de cet acabit.

Il paraît assez clair qu’avec un scénario de cette trempe, le risque est de trop en faire et de ne pas lésiner sur les bons sentiments. Pourtant, Shiroi Haru demeure subtile et trouve le juste milieu. La tristesse dégagée par Haruo et le malheur qui s’est abattu sur lui sont largement contrebalancés par l’humour des deux jeunes et la luminosité de Sachi. Si l’on est touché par ce que l’on voit à l’écran, l’ambiance n’est pas pour autant étouffante ou déprimante. C’est même tout le contraire. Il en ressort dès lors beaucoup de douceur et une certaine nostalgie mêlée au ton doux-amer. Il est vrai que le rythme est lent et qu’il ne s’y passe pas grand-chose mais la série n’est pas plate et sans saveurs. Les personnages évoluent progressivement et l’intrigue avance de manière tranquille mais avec assurance. Comme souvent, Nakanishi Kyô (Tiger & Dragon, Kisarazu Cat’s Eye, Kekkon Dekinai Otoko) propose une jolie bande-son bien qu’elle force peut-être parfois légèrement l’émotion.

Au final, Shiroi Haru est une série délicate et poignante méritant assurément que l’on s’y attarde. Les deux excellents acteurs principaux brossent le portrait de deux hommes différents mais qui n’aspirent qu’au bonheur d’une petite fille. Plutôt que d’opter pour le misérabilisme et la facilité, le j-drama prend un chemin plus difficile en favorisant la subtilité, la douceur et la tendresse teintée d’une dose d’amertume. En dépit d’un rythme assez lent, les épisodes ne sont jamais ennuyants car ils parviennent à insuffler suffisamment de vie et d’humour tout en travaillant plutôt convenablement les protagonistes. Plusieurs d’entre eux auraient tout de même mérité davantage de développement. Tout comme le printemps, le temps vient où les changements se déroulent, permettant à certains personnages de fleurir et de se transcender. Il n’y aucune envie de sensationnalisme, juste un souhait de peindre le quotidien ordinaire bouleversé par un évènement quelque peu extraordinaire. Shiroi Haru favorise la sincérité et l’expression des sentiments. Elle n’a pas à user d’artifices pour devenir incontournable. C’est aussi simple que ça.

Par |2017-05-01T14:00:32+02:00décembre 16th, 2011|Semaine spéciale Noël, Séries japonaises, Shiroi Haru|12 Commentaires