Galileo | ガリレオ (saison 1)

Après avoir regardé maintes adaptations d’œuvres du romancier Higashino Keigo, il fallait bien que je me penche sur l’un de ses succès les plus notables, surtout que sa version télévisée dormait dans mes archives depuis plusieurs années. Outre Byakuyakô, Meitantei no Okite, Shukumei et beaucoup d’autres, l’écrivain est surtout connu pour les aventures de Yukawa Manabu narrées dans Galileo. À l’origine se trouve d’abord un livre, Tantei Galileo, publié au Japon en 1998, et il comporte de nombreuses suites et dérivés. D’ailleurs, la fiction dont nous allons discuter aujourd’hui se base justement sur Tantei Galileo, mais également sur Yochimu datant de 2000. Pour l’heure, ne sera traitée que la première saison du j-drama, car évidemment, fort de sa réussite, la chaîne en a profité pour poursuivre les transpositions à l’écran, le petit comme le grand. Le renzoku en question possède dix épisodes diffusés sur Fuji TV entre octobre et décembre 2007 ; le premier et le dernier disposent de quinze minutes additionnelles aux quarante habituelles. Aucun spoiler.

Une jeune inspectrice de police encore plutôt naïve et un brillant physicien excentrique s’associent pour résoudre des affaires criminelles régulièrement fort curieuses.

Pour peu que vous connaissiez Luminophore depuis un moment, vous savez à la découverte de ce synopsis que la série ne part pas vainqueur. Effectivement, je ne suis déjà pas la plus friande qui soit des fictions policières, mais en plus, j’abhorre le format schématique d’un cas par épisode. Or, Galileo c’est tout ça. Pourquoi l’avoir tentée, alors ? Tout d’abord, je tiens à préciser que comme écrit plus haut, je l’ai récupérée il y a longtemps, sûrement presque dès que je me suis penchée sur le monde des j-dramas. À l’époque, je ne faisais pas trop la fine bouche et je tâchais de suivre les recommandations lues de-ci de-là. Lors de son passage, Galileo a explosé les audiences et sur Internet, les critiques s’avèrent généralement très positives. Qui plus est, j’ai beau ne pas être une amatrice d’investigations en tous genres, j’aime beaucoup les thrillers, les mystères, la tension et la science, thématiques chères aux travaux de Higashino Keigo. Certes, je n’ai jamais parcouru une quelconque ligne de ses romans, mais à travers les adaptations déjà vues, je pense connaître un minimum son style et l’ambiance qu’il affectionne. Ceci pour placer le contexte et expliquer mon ressenti global concernant cette série qui, probablement, n’est pas taillée pour me satisfaire de bout en bout. Compte tenu de ce paragraphe de mise en garde, cela n’étonnera pas si je le termine en ajoutant qu’en effet, Galileo ne demeurera pas du tout gravée dans ma mémoire. Pourtant, la production en elle-même n’est pas dénuée d’intérêt, mais elle souffre d’une formule éprouvée rapidement redondante malgré une courte durée de vie. Sa réalisation se veut tout autant basique nonobstant une bande originale de Kanno Yûgo (Fumô Chitai, Innocent Love) relativement correcte et rythmée.

Utsumi Kaoru quitte enfin l’ombre de son mentor, Kusanagi Shunpei (Kitamura Kazuki – Tenchijin, Warui Yatsura), et s’apprête à mener presque seule ses enquêtes. Elle espère être au moins aussi efficace que celui qu’elle remplace, mais elle se doute que la tâche s’annonce ardue. Par chance, ce dernier ne la quitte pas sans lui laisser un cadeau au passage, car il lui divulgue qu’il disposait jusqu’alors d’une botte secrète : le professeur Yukawa Manabu. Grâce à ce génie des sciences, Kusanagi est parvenu à résoudre maintes investigations, sans avertir qui que ce soit qu’il était aidé par un banal quidam. En bref, libre à Kaoru de poursuivre ce chemin, tout du moins si le virtuose en question l’accepte parce qu’il n’est pas des plus commodes. Le concept de Galileo se révèle extrêmement simple et classique. À chaque fois, Kaoru est confrontée à une enquête au demeurant mystérieuse, voire supposément envahie par des éléments fantastiques ou ésotériques. L’inspectrice se sent dépassée par la situation, part toquer à la porte de Yukawa qui refuse d’emblée avant que des détails croustillants titillent furieusement sa curiosité. Il ne faut jamais lui dire que c’est impossible. De là, le professeur se lance avec pugnacité dans ce qui s’apparente à un crime surnaturel et, bien sûr, à l’aide de formules mathématiques, il finit par démontrer que tout n’est que poudre aux yeux et que se cache une explication rationnelle. Entre-temps, Kaoru remarque à quel point Yukawa entretient sa musculature et sa virilité à travers maints sports et loisirs, bave presque au passage, s’arrête chez sa collègue médecin légiste amatrice de nourriture (Maya Miki – Zenryoku Rikon Sôdan) et se dispute gentiment avec son binôme pas très futé (le réalisateur Shinagawa Hiroshi). Du côté de Yukawa, son assistant (Watanabe Ikkei) désormais âgé s’irrite de le voir si concerné par ses activités policières aux dépens de son travail universitaire, et les étudiants sous ses ordres lui obéissent au doigt et à l’œil. Le canevas narratif est répété à l’extrême et rien ne vient densifier les personnages ou le scénario à proprement parler.

Après tout, la première saison de Galileo peut souhaiter approfondir ses enquêtes mêlant mystères et science et proposer par la même occasion des récits enlevés riches en suspense. Malheureusement, ce n’est pas réellement le cas. Les intrigues se limitent à un sujet par épisode et se révèlent surtout convenues, parfois moralisatrices et peu enthousiasmantes. Il est compliqué de se sentir impliqué par ce qui s’y déroule et les explications de Yukawa, aussi sympathiques qu’elles puissent être, sont régulièrement tirées par les cheveux et amenées très artificiellement. Il se lance dans des tirades scientifiques, écrit des formules en l’air, sort ses lunettes, fait son petit gimmick avec les doigts et trouve la solution, car il est un génie, rappelons-le. La série ressemble dans une certaine mesure à la passable Numb3rs – que j’ai d’ailleurs très rapidement arrêtée à l’époque. Par chance, l’approche surnaturelle use d’une créativité plutôt appréciable et transpire sous diverses formes. Sans surprise compte tenu de son format et de sa case horaire, Galileo s’offre plusieurs invités de choix comme Karasawa Toshiaki, Hirosue Ryôko, Katori Shingo, Mizuno Miki, Arai Hirofumi, Horikita Maki, Fukada Kyôko… L’écueil inhérent à cette pratique est que l’on se doute systématiquement que ces acteurs plus ou moins réputés sont sûrement les supposés grands méchants devant être emprisonnés. Heureusement, découvrir qui est le coupable n’est pas toujours ce qui importe, mais plus la manière dont ce dernier a œuvré, Yukawa cherchant à prouver que tout peut être expliqué et se fichant royalement de l’être humain. Outre son approche quelque peu laxiste à cause d’une atmosphère peu riche en intensité, Galileo souffre en fait de son registre bancal. Il est très compliqué de prendre au sérieux ce que l’on regarde tant la tonalité alterne entre le drame des crimes et le côté blagueur, presque cocasse, ainsi qu’en raison du personnage de Yukawa et de la dynamique qu’il entretient avec autrui. Le voir débiter des solutions sorties tout droit de son chapeau ruine toute crédibilité et use sensiblement, lui qui semble infaillible. Au bout du compte, le décalage n’est pas assez saisissant pour délivrer un spectacle franchement amusant.

Comme le titre de la série l’indique, le héros hautain n’est autre que Yukawa Manabu, surnommé Galileo par ses anciens confrères de fac plusieurs années auparavant. Acariâtre, asocial, ne supportant pas les enfants, rationnel et condescendant, il ne fait preuve d’aucune fantaisie et prend presque tout au pied de la lettre. Sa rigidité le rend fort particulier et il ne se soucie guère d’être mis de côté. Génie des sciences, il brille par sa culture et son intelligence. Fukuyama Masaharu (Ryôma-den) offre ses traits à ce personnage croqué selon les préceptes du cahier des charges des figures principales des années 2000. Très peu de choses sont révélées sur lui et son caractère reste aussi lisse que possible. Avec sa froideur imperturbable et sa quête de la logique, il finit par agacer à répéter inlassablement le même comportement et ce n’est pas sa camarade de jeu qui permet d’outrepasser cette monotonie rébarbative. En effet, l’inspectrice Utsumi Kaoru est proprement insupportable, notamment parce que Shibasaki Kô (Orange Days, Andô Lloyd) l’incarnant surjoue régulièrement. La jeune femme est impulsive, fait preuve d’un fort sens de la justice et paraît incapable de s’en sortir seule. Au lieu de tenter de mener elle-même ses enquêtes, elle préfère supplier Yukawa afin qu’il lui donne la solution, car il sait tout. À elle de coller les pièces du puzzle. Finalement, elle représente une sorte de faire-valoir humoristique, la série cherchant à s’amuser du contraste entre ses deux protagonistes aux tempéraments radicalement opposés. Qui plus est, sans plonger à l’extrême dans la carte du romantisme, quelques notes apparentées s’immiscent dans les épisodes et accentuent davantage la maladresse de l’ensemble ne parvenant pas à se borner à un unique genre. Dans tous les cas, les rares personnages ne dépassent jamais leur rôle préétabli et déçoivent pour tant de classicisme, bien qu’il s’en dégage une alchimie suffisante.

En définitive, cette première saison de Galileo fait partie de ces fictions mêlant histoires policières basiques et thématiques scientifiques en se contentant d’utiliser une méthode certes didactique, mais profondément redondante. Son duo de héros se veut tout aussi peu original avec cette confrontation entre un individu cartésien et une femme intuitive. Malgré une certaine inventivité dans ses enquêtes criminelles, l’écriture se montre surtout paresseuse et ne cherche jamais à stimuler l’esprit du téléspectateur qui s’ennuie face à ces affaires invraisemblables où les velléités d’humour amplifient les lacunes. De surcroît, les protagonistes non évolutifs et binaires ne font qu’étayer l’idée que la série s’enfonce progressivement dans un carcan étriqué immuable. Ce serait mentir de dire que cette production s’avère mauvaise, mais elle sonne tellement générique et consensuelle qu’elle ne peut que décevoir ceux demandant plus qu’un banal divertissement routinier dès ses débuts.

Par |2018-07-06T17:47:43+02:00mai 1st, 2015|Galileo, Séries japonaises|2 Commentaires

Tenchijin | 天地人

Tout au long de l’année 2007, il était possible de découvrir sur NHK la vie du bushi Yamamoto Kansuke et son accointance avec le grand seigneur de guerre Takeda Shingen dans le superbe Fûrin Kazan. La chaîne n’a pas rangé cette période trouble longtemps au placard puisque du 4 janvier au 22 novembre 2009 fut diffusé Tenchijin, un autre taiga s’attardant à l’époque Sengoku. Il ne comporte que quarante-sept épisodes au lieu des cinquante habituels, car le mois de décembre fut alors dédié à la production spéciale Saka no Ue no Kumo. Comme souvent, les premiers et derniers d’entre eux sont dotés de trente minutes supplémentaires. Il s’agit d’une adaptation du roman du même nom de Hisaka Masahi, et c’est Komatsu Eriko (Summer Snow, Brother Beat) qui s’est chargée du scénario de cette fiction-fleuve. Aucun spoiler.

Ce 48è taiga se déroulant au XVIè siècle se focalise sur Higuchi Yoroku, un jeune garçon que rien ne prédestine à devenir le samouraï Naoe Kanetsugu. Élevé et éduqué dans l’optique de se comporter en fidèle vassal, il prouve à maintes reprises sa loyauté au clan Uesugi, et plus particulièrement à son ami et futur chef, Kagekatsu. Animé par un sens de la justice implacable, cet individu n’hésite pas à mouvoir des montagnes pour protéger le peuple d’Echigo qu’il chérit grandement, alors que le Japon s’apprête enfin à s’unifier.

C’est en ayant à peine terminé le solide Atsu-hime, mon deuxième taiga, que j’ai décidé d’enchaîner avec le troisième que j’avais en stock depuis un petit moment. Comme je suis amatrice de ce type de séries et que Fûrin Kazan m’avait grandement enthousiasmée, j’étais ravie en réalisant que Tenchijin se plaçait quelque peu comme une sorte de suite. Effectivement, le j-drama commence en 1564, soit trois ans après la fin de l’illustre rônin, et dresse le portrait d’un vaste pays toujours en proie aux luttes intestines sanglantes. La grande dissemblance réside surtout dans le choix des héros puisque les Takeda sont mis de côté pour privilégier les Uesugi. Il s’avère d’ailleurs plutôt amusant de retrouver des noms et autres figures interprétés par des acteurs différents. Ceci pour expliquer que je partais en terrain désormais plus ou moins familier, l’époque Sengoku me devenant progressivement moins nébuleuse, et que je pensais être de nouveau divertie intelligemment et émotionnellement. La tournure de ce paragraphe laisse sûrement comprendre que le résultat ne fut pas à la hauteur de mes espérances. Et pour cause, Tenchijin respire la médiocrité de bout en bout.

Au sein d’une biographie, qui plus est une s’installant dans une durée conséquente, il importe de posséder une figure principale charismatique. Personne ne lui demande d’être parfaite ou singulièrement sympathique, mais celle-ci se doit d’intriguer et de donner envie d’en savoir davantage. Malheureusement, ce n’est pas du tout le cas du héros de ce taiga tant il se révèle peu naturel et la plupart du temps irritant. Pourtant, lui qui privilégie l’amour et la paix à la guerre a de quoi fortement susciter la curiosité. Au départ, Higuchi Yoroku est un petit garçon vivant dans sa famille de samouraïs, dans la province d’Echigo, alors qu’Uesugi Kenshin vient de s’arroger les pleins pouvoirs. Suite à certaines circonstances, la belle-sœur (Takashima Reiko – Kekkon Dekinai Otoko) de ce dernier demande à ce que Yoroku étudie dans un temple pour transcender sa condition et devenir tout d’abord le page de son fils unique, Kagekatsu, récemment adopté par Kenshin lui-même. Les années passent, le braillard enfant mûrit, gagne sensiblement en assurance, mais ne se départ jamais de sa grande loyauté envers son clan. Comme souvent à cette période, il change à plusieurs reprises de nom pour finir par évoluer en tant que Naoe Kanetsugu, intitulé que nous allons utiliser tout au long du billet pour minimiser au maximum la confusion. En effet, Tenchijin a de quoi perdre le public néophyte en raison de sa large galerie de protagonistes, d’alliances et autres dynamiques en vigueur à l’époque Sengoku, ce fameux âge des provinces en guerre. Heureusement, l’immersion est assez aisée grâce à la voix off académique explicitant ce qu’il faut connaître. Dans tous les cas, le taiga illustre le parcours du samouraï de sa jeunesse à sa mort. Le principal problème, c’est que Kanetsugu dispose d’une caractérisation peu subtile et qu’il n’est pas aidé par l’interprétation de Tsumabuki Satoshi (Orange Days). Habituellement, l’acteur sait être assez convaincant, mais en l’occurrence, il ne possède pas ici le bagage nécessaire pour asseoir son héros. Au départ, Kanetsugu passe la majeure partie de ses journées à pleurnicher. Plus tard, il époustoufle tout le monde grâce à son honnêteté et sa pureté candide. C’est très simple, là où il navigue, les cœurs se délient et se voient charmés. Gentil, plutôt naïf et profondément loyal, il semble avoir tout pour fédérer et plaire. Cela ne suffit pas du tout pour créer un personnage intéressant. Au contraire, ce manichéisme primaire finit par rapidement agacer, d’autant plus que Tenchijin en fait sa marque de fabrique au long cours.

Naoe Kanetsugu dédie l’intégralité de son existence à Uesugi Kagekatsu, le neveu de Kenshin et futur dirigeant du clan. Taciturne, réservé et très froid, celui-ci se laisse difficilement approcher et ne paraît pas disposer du rayonnement adéquat pour haranguer les foules. Grâce à son fidèle vassal en qui il a une confiance totale et qui officie comme la Grande Ourse, la constellation qui le guide, il réussit à s’imposer dans son entourage et à se distinguer. Kitamura Kazuki (Shukumei 1969-2010, Warui Yatsura) lui offrant ses traits ne se montre pas davantage convaincant que son compère, notamment en raison d’une écriture tout aussi artificielle et sans relief l’apparentant à un homme perpétuellement constipé. La dynamique entre Kanetsugu et Kagekatsu ne parvient pas non plus à intriguer malgré quelques jolis moments fort rares. Cette relation fusionnelle ayant sûrement de quoi attirer les amateurs de sous-entendus homosexuels est bien trop fade pour laisser des traces chez un public plongeant peu à peu dans la torpeur. De toute manière, la grande majorité des personnes et des liens les unissant souffrent d’une psychologie incohérente, de cheminements brutaux et d’une absence de développement suffisant. Pire, d’aucuns comme Hideyoshi sombrent même dans une ridicule attitude outrancière. L’accent est donc placé sur le clan des Uesugi et le scénario ne se montre pas avare en compliments. Dépeints comme des individus profondément altruistes, courageux, honnêtes et intelligents, ils semblent disposer de toutes les qualités possibles et inimaginables. À croire qu’ils sont les seuls à être respectables d’autant plus que leur naïveté et leur foi en l’humain les plongent régulièrement dans l’embarras, ce qui n’enraye en rien leur entrain positif. Le moralisateur Kenshin, incarné par Abe Hiroshi (Kekkon Dekinai Otoko, Shiroi Haru), est proprement décevant ; aussi ubuesque que cela puisse paraître, la version de Gackt dans Fûrin Kazan se révèle nettement supérieure pour sa prestance et son magnétisme. Tout au long de Tenchijin, les Uesugi sont gouvernés par leur volonté de faire survivre leur nom et de sauver les leurs, car en dehors de leur province tant chérie joliment dépeinte, la bataille est rude.

La période Sengoku est, comme son intitulé l’indique, celle des guerres. Tous les daimyô cherchent à envahir leurs voisins et s’en suivent des conflits aux vastes ramifications. Cette ère est propice à moult productions stimulantes et enivrantes susceptibles de disposer d’un souffle épique et d’une tension létale. Ce n’est pas le cas de ce taiga. La série se divise en plusieurs parties assez distinctes, mais rapidement, outre l’amour du clan Uesugi, le fil conducteur découvre ses traits. En effet, le thème de l’ensemble est celui de l’unification d’un pays encore morcelé, parasité par des dissensions l’affaiblissant plus que de raison. Avant d’entrer dans le vif du sujet, le scénario place ses pions sur l’échiquier en dépeignant les difficultés liées à la succession d’Uesugi Kenshin, et de comment ses deux fils adoptifs, Kagekatsu d’un côté, Kagetora (Tamayama Tetsuji – Massan, BOSS) de l’autre, se déchirent alors qu’ils sont animés par un même dessein : celui de faire rayonner leur famille. Le premier est renfermé, le second séduit la foule. C’est l’occasion d’y retrouver le clan au grand complet, dont la douce sœur de Kagekatsu (Aibu Saki). Tenchijin injecte une dimension romantique à son atmosphère plus guerrière et essaye de ne pas oublier les femmes, bien que le peu de finesse global fasse encore une fois défaut. L’époque veut que ces dernières soient régulièrement vues comme de la vulgaire marchandise et quelques épisodes l’illustrent tristement. La maîtresse du thé Oryô (Kimura Yoshino – Hatsukoi) figure parmi les réussites pour son intelligence et sa grâce subtile. De même, Osen, l’épouse de Kanetsugu campée par la pétillante Tokiwa Takako (Long Love LetterAishiteiru to Itte Kure), illumine les téléspectateurs par son allant et sa bonhomie ; ce mariage n’est pas dénué d’alchimie, mais il était sûrement légitime d’attendre davantage de paillettes et de papillons dans le ventre. Quoi qu’il en soit, la toile de fond n’est par conséquent que celle de la quête d’une homogénéité nippone qui, naturellement, naît lentement et dans une douleur parfois sourde. Oda Nobunaga, Toyotomi Hideyoshi, Tokugawa Ieyasu, Ishida Mitsunari et les Uesugi se confrontent à maintes reprises et naviguent à vue dans une lutte sans merci.

La rivalité liant Oda Nobunaga (Kikkawa Kôji) à Uesugi Kenshin alimente les mémoires depuis des siècles. Le premier est souvent dépeint comme un démon, un homme psychologiquement instable prêt à tout pour atteindre son but. La production en fait beaucoup trop à ce niveau et devient par la même occasion plus que poussive. Certes, ce seigneur n’est pas vecteur de vertus, mais cela ne sert strictement à rien de charger la mule en le croquant sous un jour peu commode pour nous le faire comprendre. En revanche, la mystérieuse Hatsune, la jeune shinobi l’entourant, provoque une franche sympathie bien qu’elle soit jouée par la généralement médiocre Nagasawa Masami (Bunshin, Last Friends) ; ici, elle demeure supportable, ce qui s’avère presque spectaculaire. Sa relation ambiguë avec Kanetsugu où s’entremêlent amitié, amour et respect offre de bien jolis moments. Son frère, Sanada Yukimura (Shirota Yû – Samurai High School), est tout aussi agréable. Pour en revenir à Nobunaga, l’arc lui étant consacré en devient profondément rébarbatif, même s’il a le mérite de lancer la série sur ses rails. En effet, ce personnage explicite l’expression ten no toki, chi no ri, hito no wa – très grossièrement traduite en la bénédiction des cieux, les bienfaits de la terre et l’harmonie entre les peuples – et l’importance de posséder ces trois éléments pour gouverner durablement et efficacement tout pays. Sans l’un d’entre eux, cela n’est pas possible et c’est d’ailleurs pour cela qu’il échoue, car l’humanité lui fait défaut, au contraire de la force militaire. Le deuxième grand seigneur unificateur à s’installer dans la série est Toyotomi Hideyoshi. En dépit de sa condition de samouraï, il n’en maîtrise guère les codes et est obnubilé par l’argent. Son pouvoir réside en sa capacité à manipuler discrètement et adroitement son public. Sasano Takashi l’interprétant surjoue la majeure partie du temps et il est alors compliqué d’adhérer à ce protagoniste aux diverses facettes, surtout que son entourage familial ne se veut pas davantage pertinent. Par exemple, l’horripilante Fukada Kyôko (Kamisama Mô Sukoshi Dake) endosse le costume d’une de ses concubines. Toutefois, le bras droit du daimyô, Ishida Mitsunari, transcende chaque passage par sa simple présence et fait penser qu’une série le mettant à l’honneur aurait clairement eu davantage d’intérêt.

Une fois la menace Oda Nobunaga écartée, Tenchijin poursuit la quête de l’unification avec l’illustre bataille de Sekigahara. Malgré toutes les lacunes de la fiction, l’épisode entier lui étant dédié se révèle palpitant, peut-être parce que l’on sait d’avance que celui étant dépeint ici comme le gentil perd et se voit traîner dans la boue. Ishida Mitsunari est, à l’instar de Kanetsugu, au départ qu’un simple page. Grimpant au fur et à mesure les échelons, il gagne en puissance et ne se départ jamais de sa mission qui est de rallier tout l’archipel sous un même étendard. Passionné, n’hésitant pas à tout braver pour aller jusqu’au bout de ses convictions, il réussit en quelque temps à provoquer une forte empathie alors que le héros n’y parvient jamais en un an de diffusion télévisée. L’interprétation ciselée d’Oguri Shun n’y est peut-être pas pour rien. Le samouraï sobre, pugnace et austère entretient une agréable dynamique avec son comparse Uesugi. C’est l’occasion pour les épisodes de démontrer les difficultés inhérentes à l’unification, de la nécessité de ne jamais oublier au passage le peuple, des tentatives d’envahir la Chine et la Corée, et d’amorcer les racines du futur fonctionnement militaire avec, notamment, le shogun. Tristement, ces nombreuses pistes de développement restent à l’état embryonnaire. Dans les faits, la paix est le but ultime, mais doit-on tout sacrifier pour elle ? Mitsunari se révèle attachant pour son sens de l’honneur et des valeurs propres au samouraï. Son amour envers sa nation transpire à travers ses actions, ce qui n’est pas du tout le cas du troisième et dernier unificateur, le terrible et désagréable Tokugawa Ieyasu. Il faut dire que le jeu emprunté et profondément maniéré de Matsukata Hiroki n’aide pas. Amateur de manipulations et fomentant dans son coin, cet homme n’inspire que du dégoût et prouve de nouveau l’unidimensionnalité de Tenchijin. Pourtant, son endurance et son aptitude à patienter avant d’atteindre les sommets pouvaient pimenter le scénario tout en densifiant sa caractérisation. En revanche, l’ambivalent Date Masamune capable du pire s’impose sans difficultés, notamment grâce à l’interprétation solide de Matsuda Ryûhei (Ashita no Kita Yoshio, Hagetaka). Il n’empêche que pour la énième fois, la série se veut donc surtout brusque et non fluide.

Le taiga racontant toute la vie de Naoe Kanetsugu, de nombreuses années défilent au compteur. Or, ce temps qui passe est très mal retranscrit à l’écran. Le rythme souffre au passage, car plusieurs évènements avancent bien trop rapidement tandis que d’autres traînent en longueur. Avouons par ailleurs que le canevas narratif devient redondant et schématique entre les manigances, coups fourrés, alliances et la foi religieuse omniprésente. Les séquences dans la grotte à l’honneur de Bishamonten ont de quoi rendre littéralement fou. Ajoutons-y moult flashbacks inutiles diluant l’intrigue et Tenchijin finit par décidément endormir son public. Les figures tertiaires comme les vassaux des Uesugi ne servent que de faire-valoir. Seul subsiste le plaisir de retrouver maints visages connus : Azuma Mikihisa, Higa Manami, Kamiji Yûsuke, Kichise Michiko, Yamamoto Kei… Le cinéaste Miike Takashi (Keitai Sôsakan 7, QP) se trouve également dans les parages puisqu’à l’époque, il tenait à approfondir le monde des jidaigeki, car il travaillait sur son sublime Jûsannin no Shikaku (13 Assassins). Le frère cadet de Kanetsugu (Koizumi Kôtarô – Namonaki Doku) mérite d’être évoqué plus longuement en raison de sa douceur, de sa pondération et de son sens du dévouement, lui qui ne peut sortir de l’ombre provoquée par son aîné trop lumineux. Il est clair qu’un taiga n’est pas une superproduction au budget incroyable permettant des folies, dont des batailles dignes d’un blockbuster. Cela ne doit pas l’empêcher de posséder plus de vie et d’originalité parce qu’ici, tout se veut extrêmement conventionnel, voire kitsch. La réalisation à proprement parler demeure tolérable, mais les postiches sont bien visibles et décrédibilisent encore plus la série. Les moustaches sont sûrement les caractéristiques les plus risibles, suivies de près par le vieillissement improbable des personnages ainsi que la voix supposément mature que les acteurs prennent. Quid de la musique d’Ôshima Michiru (Gokusen) ? Pompeuse et peu inspirée, elle s’oublie vite. Au risque de répéter le même discours, l’aspect bancal et peu heureux gouverne de toute manière la production. Outre une absence de franc impact émotionnel digne de ce nom malgré des litres de larmes artificielles au début et une propension à dépeindre l’importance de l’amour envers son prochain, les épisodes s’emmêlent régulièrement dans des velléités d’humour ridicule peu spontané. Alléger les scènes est une excellente idée, personne ne le niera, mais il convient d’agir avec tact et talent afin de ne pas y aller avec ses gros sabots. Le registre pittoresque parvient tout de même à amuser de temps en temps, ce qui est toujours ça de gagné. La nostalgie finale s’avère également satisfaisante dans ce récit intimiste favorisant l’existence personnelle de ses figures trop naïves.

Pour conclure, alors que Tenchijin se devait de narrer avec force et intensité les aventures humaines d’un garçon devenant l’un des éléments de l’unification du pays, ce taiga mécanique abdique toute imagination et tout souffle pour faire place à de l’ennui. Son candide héros est d’une platitude déconcertante et les quelques belles relations qu’il entretient avec des personnages bien plus secondaires ne sauvent pas cet ensemble manichéen, superficiel et sentimental. Le rythme douloureusement trop rapide ou étiré, le manque d’empathie et les moult incohérences dans la caractérisation des protagonistes ne font qu’accentuer les lacunes de cette série approximative et peu inspirée. Certes, de très jolis moments permettent parfois de faire oublier la déception, mais ils ne sont pas suffisants pour rendre le visionnage indispensable. En d’autres termes, si l’on désire découvrir ce type de production ou l’époque Sengoku, ce n’est pas vers le fade Tenchijin qu’il faut se diriger. Fûrin Kazan, par contre…

Par |2018-07-06T17:48:10+02:00mars 20th, 2015|Séries japonaises, Tenchijin|2 Commentaires