Prehistoric Park (mini-série/docu-fiction)

Si beaucoup ont découvert le concept de faire venir des animaux préhistoriques au XXIè siècle avec la passable série britannique Primeval, celle-ci n’a en réalité rien inventé. Effectivement, elle s’est fortement inspirée de la mini-série Prehistoric Park provenant de la même société de production, mais s’apparentant plutôt à un docu-fiction. Celle-ci, constituée de six épisodes de quarante-cinq minutes chacun, fut diffusée sur ITV en juillet et août 2006. Aucun spoiler.

Avec son équipe, le présentateur et zoologiste Nigel Marven utilise une machine à remonter le temps afin de ramener à notre époque des espèces animales éteintes depuis des millions d’années. Son but est justement de les sauver de l’extinction et de leur offrir une nouvelle vie dans une réserve privée, le Prehistoric Park.

Pour une raison qui m’est inconnue, je n’avais regardé que les quatre premières parties de cette courte série lors de son passage sur M6, fin 2006. Depuis lors, je me disais qu’il faudrait bien que je trouve la suite. Et me voici dix ans plus tard, enfin prête à la conclure. Histoire de rafraîchir mes souvenirs et une opinion somme toute correcte, j’ai bien sûr décidé de recommencer à zéro. Malheureusement, le constat s’avère dorénavant nettement moins positif tant ce Prehistoric Park ne rime pas à grand-chose et peine à la fois en tant que travail pédagogique et comme simple divertissement ludique. Son âge maintenant avancé ne joue pas forcément en sa faveur, car l’omniprésence de médiocres incrustations numériques détonne et empêche de se plonger dans cet univers improbable, bien que susceptible de mettre des étoiles dans les yeux. Effectivement, qui n’a jamais rêvé un jour de côtoyer des dinosaures, imaginer qu’ils pourraient, par le plus grand des hasards, être ressuscités ? La franchise cinématographique Jurassic Park témoigne elle-même de ce désir presque collectif. L’angle d’approche de ce docu-fiction a donc de quoi piquer la curiosité, à condition d’accepter d’emblée son postulat de départ irréaliste puisque pas une seule fois, le scénario n’explique le fonctionnement de cette machine à remonter le temps. Non, le protagoniste s’en va à l’aventure de manière assez inconsciente, traverse les millénaires et retourne à notre époque accompagné de diverses créatures qu’il entasse ensuite dans son parc situé quelque part sur la planète. Ses choix initiaux paraissent obscurs et s’il se prend pour un sauveur, il s’y adonne fort étrangement et presque stupidement. Par exemple, pourquoi décider de récupérer un des derniers mammouths encore en vie, mal en point, plutôt qu’un autre à une période moins délétère pour son espèce ? Bonne question. De même, l’équipe de scientifiques semble très pressée, comme si une course contre la montre se jouait, alors qu’ils détiennent les clés du voyage dans le temps ! Bref, oui, Prehistoric Park ressemble à un vaste condensé d’idées abstraites jetées à la sauvette, sans réelle réflexion appuyant l’ensemble. Au moins, les décors naturels se révèlent souvent éblouissants.

Si Nigel Marven est assez inconnu en France, il possède dans son pays, en Angleterre, une certaine cote de popularité. Il incarne ici son propre rôle et se transforme pour l’occasion en aventurier de l’espace-temps pas une seule seconde crédible, incompétent et guère charismatique. Depuis plusieurs mois, ses collègues se dépêchent de construire des enclos pour les futurs habitants de la réserve. Les personnages en question se contentent de la place de faire-valoir et servent surtout à lancer des répliques artificielles, mais plus ou moins éclairées, sur les soins vétérinaires ou la sécurité. La présentatrice de documentaires animaliers Saba Douglas-Hamilton y apparaît aussi en tant que spécialiste des félins. L’interprétation générale n’a rien d’extraordinaire et s’approche parfois d’un vrai surjeu. Au départ, Nigel Marven sait qu’il doit taire ses ambitions, car s’il a le désir d’élever diverses espèces, il faut d’abord les récupérer. Et c’est ainsi que dans le premier épisode, il active sa machine en direction de l’actuel Montana, aux États-Unis, à la recherche d’un Tyrannosaurus rex vivant il y a plus de soixante-cinq millions d’années. Cette mini-série a l’excellente idée de ne pas se contenter des créatures les plus populaires. La caméra s’envole aux quatre coins du monde, montre des insectes, des petits dinosaures, des mammouths, etc. Sans surprise, le protagoniste est rapidement confronté à moult imprévus et, face au danger des situations dans lesquelles il se trouve, il ne revient pas forcément toujours à notre époque avec le passager qu’il souhaite… Ces six parties manquent tout de même cruellement d’une dimension didactique et technique en raison d’erreurs, approximations et divers propos sujets à discussion. Le héros se montre trop sûr de lui, du bien-fondé de sa démarche et ne se remet guère en question. À la rigueur, cela pourrait se tolérer s’il en ressortait un souffle aventurier et émotionnel, une envie de sauter dans cette machine et de partir en direction du Crétacé, du Jurassique ou de toute période propice à l’émerveillement ; or, ce n’est pas le cas.

Pour conclure, Prehistoric Park a beau se laisser regarder si l’on apprécie un minimum les dinosaures et autres créatures préhistoriques, sauf qu’il passe allègrement à côté de son potentiel et cumule les incohérences. Le côté documentaire s’associe ici difficilement à l’aspect plus fictionnel et vient s’ajouter aux nombreux défauts de cette production illogique. Avec son intrigue cousue de fil blanc, sa caution scientifique limitée et parfois presque inexistante, son présentateur falot, ses images de synthèse peu engageantes et la platitude de son ambiance, cette mini-série ne mérite pas de s’y intéresser. Malgré une absence de valeur éducationnelle, les enfants parviendront peut-être à y adhérer et tolérer ces faiblesses, mais les plus exigeants ne réussiront qu’à se contenter de paysages terrestres de toute beauté avant de se tourner à bon escient vers le solide Planet Dinosaur. Finalement, au regard de ces épisodes laborieux, que Primeval ait été aussi ratée n’étonne pas !

Planet Dinosaur (série documentaire complète)

Une fois n’est pas coutume, aujourd’hui nous n’allons pas discuter d’une série télévisée au sens où la majorité l’entend, mais d’un documentaire. Il m’arrive effectivement d’en visionner de temps en temps sauf que jusqu’à maintenant, je n’en avais jamais parlé ici. Pourtant, eux aussi ont leur place sur Luminophore à partir du moment où ils comportent plusieurs parties. Cette erreur est dorénavant réparée grâce à Planet Dinosaur, un programme constitué de six épisodes de trente minutes chacun qui fut diffusé entre septembre et octobre 2011 sur BBC One. La BBC n’a pas volé sa réputation d’excellence culturelle et tend à le prouver chaque année avec ses émissions. Évidemment, tout n’est pas parfait, mais la société de production fait des efforts. Aucun spoiler : les dinosaures meurent tous.

Comme un grand nombre de personnes, les dinosaures me fascinent depuis que je suis haute comme trois pommes. À une époque, j’envisageais même de devenir paléontologue, c’est pour dire. Vu que je ne le suis visiblement pas et que je suis un peu tard pour me reconvertir (quoique…), il faut bien assouvir son intérêt d’une autre manière. Dès que j’en ai la possibilité, je ne rechigne jamais à l’idée de visionner une fiction les employant. C’est d’ailleurs principalement pour cette raison que je me suis infligé durant cinq années Primeval. Plus récemment, nous avons parlé ici de Dinotopia et dans un registre assez apparenté, notons l’existence de Prehistoric Park d’ITV ainsi que de Walking with Dinosaurs bien que concernant ce dernier, je n’aie encore jamais pris le temps de le tester. Quoi qu’il en soit, pour peu que l’on soit passionné par ce sujet, il y a de quoi se mettre sous la dent chez les Anglais et ce n’est pas moi qui m’en plaindrais.

Planet Dinosaur commence en expliquant d’emblée le but de sa démarche. Il semble possible de considérer que depuis plusieurs années, nous vivons l’âge d’or des découvertes sur ces créatures fascinantes, phénomène amplifié par les technologies actuelles. Sans aller jusqu’à dire que chaque jour apporte son lot de surprises et de nouveautés, les scientifiques apprennent régulièrement grâce aux fossiles une quantité importante d’informations permettant de combler certaines lacunes. Au fil de son avancée, le programme s’attarde sur de multiples espèces de dinosaures aussi diverses que variées. Il traite des géants herbivores comme le Diplodocus ou l’Argentinosaurus et montre qu’ils sont liés de manière réciproque aux impressionnants prédateurs carnassiers tels que l’Allosaurus ou le Carcharodontosaurus. Sauropodes et théropodes sont les principaux acteurs de cette série, mais ils ne sont pas les seuls à être mis en avant. Planet Dinosaur fait effectivement la part belle à de nombreuses races différentes comme les dinosaures à plumes, ceux qui volaient, qui nageaient, mais également les minuscules ne dépassant pas la taille d’un pigeon. Loin de se cantonner à une zone bien spécifique, les épisodes voyagent en allant de l’Afrique à l’Amérique, en faisant un détour en Asie, en Europe ou encore en Arctique. Chaque partie est généralement dédiée à un thème, mais le fil rouge est plus ou moins similaire tant il est sempiternellement question de l’extinction de ces vertébrés. Globalement, le documentaire se focalise majoritairement sur le Crétacé, mais il n’oublie pas le Jurassique. Il est souvent sympathique de voir autre chose que des T-Rex et maints dinosaures médiatiquement connus et dont on commence plus ou moins à faire le tour. Rassurez-vous, ils sont quand même présents. En outre, la production axe ses propos sur des faits récents et n’hésite pas à mettre en avant des découvertes de 2010, ce qui fait toujours plaisir lorsque l’on recherche des informations actuelles. Tout cela amène donc à affirmer qu’au niveau du contenu, il n’y a vraiment pas grand-chose à redire parce que la fidélité et la richesse y transpirent.

Sur la forme, Planet Dinosaur est relativement maîtrisé. Un documentaire ne pourra être agréable si sa voix n’est pas convaincante. Avec John Hurt (Merlin -BBC- et tellement d’autres choses) derrière le micro, le résultat mérite sans surprise le détour. La musique se veut également tout à fait convenable et sait se faire discrète ou plus présente lorsque la scène le requiert. Il est vrai par contre que l’animation et les images de synthèse peinent un peu, mais pour une série de la BBC et non pas un blockbuster, le niveau demeure plutôt solide. Certaines séquences sont d’ailleurs assez stupéfiantes de réalisme. Ce qui fait la force de Planet Dinosaur, c’est son rythme dynamique et son aspect didactique. Les épisodes ne donnent pas du tout l’impression de sortir tout droit d’une encyclopédie, car le ton ne se révèle ni académique ni scolaire, bien au contraire. De manière régulière, les dinosaures et les endroits du globe sont montrés selon une brève animation avec toujours une explication par rapport aux fossiles découverts et la façon dont les scientifiques sont parvenus à certaines hypothèses. Avec des parties de trente minutes, l’ennui n’est jamais présent, d’autant plus qu’aussi incroyable que cela puisse paraître, on peut facilement être touché, voire quasi effrayé par ce qui se passe à l’écran.

Au final, Planet Dinosaur s’apparente à un très sympathique documentaire informatif, actualisé et plutôt fascinant. La voix de John Hurt associée à l’esthétique satisfaisante, à la solide bande originale et au petit souffle presque épique font tout le reste. En raison de sa courte durée, il va directement à l’essentiel, ce qui est une qualité comme un défaut. Il aurait effectivement gagné à être davantage approfondi sans prendre pour autant le risque de perdre au passage de son dynamisme ou de son intérêt. Sa principale lacune est par conséquent d’être trop bref, ce qui est bien peu de chose. Ne boudons donc pas notre plaisir devant ce genre de productions, surtout lorsqu’elles sont si bien faites.
Bonus : la bande-annonce, la voix off n’est pas celle de John Hurt

Par |2017-05-01T14:00:10+02:00avril 14th, 2012|Planet Dinosaur, Séries britanniques, Séries documentaires|0 commentaire