Samurai High School | サムライ・ハイスクール

À défaut de nous plonger aujourd’hui dans un jidaigeki, nous allons tout de même nous attarder sur un guerrier japonais assez particulier grâce à Samurai High School. Rapidement évoquée lors de son arrivée à l’antenne, cette série est composée de neuf épisodes diffusés sur NTV entre octobre et décembre 2009. Seul le premier d’entre eux dispose de quinze minutes supplémentaires en plus des quarante-cinq habituelles. La scénariste, Inoue Yumiko, est à l’origine de fictions radicalement différentes comme Engine, Shiawase ni Narô yo, Pandora14 Sai no Haha ou bien Shiroi Kyotô. Aucun spoiler.

Mochizuki Kotarô est un lycéen poltron et gaffeur. Il passe plus de temps à s’apparenter à un idiot paresseux qu’à travailler et tenter de s’améliorer. À la suite d’une visite dans une sorte de librairie très particulière, il découvre qu’il partage le même nom qu’un vigoureux samouraï ayant vécu 400 ans plus tôt, et mort alors qu’il n’était encore qu’un adolescent. Les surprises ne s’arrêtent pas là, car l’esprit de ce fameux combattant est propulsé comme par enchantement dans le corps du chétif Kotarô dès que celui-ci se trouve en mauvaise posture. Forcément, les quiproquos et bêtises en tous genres n’ont pas fini de s’enchaîner !

     

Ayant un faible pour les fictions mettant le passé à l’honneur et celles employant les voyages temporels, Samurai High School se devait d’arriver sur mes écrans un jour ou l’autre. Bien sûr, compte tenu du synopsis et de la tonalité choisie, il est évident que cette série n’envisage pas de chercher un quelconque réalisme. Le but de cette production est probablement de faire rire et de détendre en bonne compagnie. Que le héros soit momentanément possédé par un individu au final assez mystérieux n’est qu’un accessoire utilisé pour maximiser le potentiel comique et moralisateur. Mine de rien, tout en suivant les codes propres au genre extrêmement balisé qu’est celui du monde scolaire, Samurai High School détenait l’opportunité de s’avérer rafraîchissant, décoiffant et définitivement divertissant. Malheureusement, outre l’absence totale d’un quelconque risque scénaristique, cet ensemble se veut la plupart du temps poussif, plat, sans aucune vigueur et très peu drôle. La majorité des acteurs cabotinent à outrance, les clichés s’amoncellent, les répétitions parasitent une intrigue déjà anémique et le sentimentalisme s’offre une place de choix au sein d’épisodes bancals par ce mélange approximatif de blagues et de drames.

Kotarô est un adolescent presque comme les autres, à l’exception que son corps est depuis peu investi par l’esprit d’un samouraï digne de ce titre. Pourtant, lorsque l’on rencontre le lycéen, le moins que l’on puisse dire est qu’il ne donne pas l’impression d’avoir inventé la poudre. Paresseux, jouant volontairement à l’imbécile pour pouvoir encore plus tirer sur la ficelle, il est désespérant. Personne ne lui demande jamais quoi que ce soit puisqu’il est évident que l’on ne peut compter sur lui. Il préfère grimacer, dormir et passer pour le nul de service. Forcément, ce n’est donc pas étonnant qu’il se fasse régulièrement embêter, voire racketter par des filles intraitables. Quant à son futur, il s’en fiche royalement. Pour parfaire son portrait, le scénario le dote d’une naïveté irritante et d’un ton plaintif constant. Miura Haruma lui offrant ses traits n’est pas un acteur que l’on peut qualifier d’exceptionnel et ce n’est pas ici qu’il prouve le contraire. Son Kotarô est extrêmement pénible et n’est jamais attachant. Forcément, le fait que le comédien endosse un autre rôle n’est pas en sa faveur et il peine à se montrer convaincant, bien qu’il soit probablement meilleur en tant que guerrier d’un siècle lointain. Certes, les deux faces de ce corps sont aisément différenciées, ce qui est au moins un point positif non négligeable. D’un côté se situe le modèle branlant et, de l’autre, il y a le séduisant très rigide. À ce sujet, la caractérisation de l’ancêtre est écrite avec aussi peu de finesse que la version moderne, et illustre un jeune homme engoncé dans ses principes moraux. Bref, arrive un jour où l’identité de Kotarô passe en retrait, permettant au samouraï de rayonner. Ses moments de gloire ne sont pas anodins et surgissent dès que le héros se trouve en situation de faiblesse : congénères qui l’embêtent, grand méchant prêt à le taper, etc., les circonstances ne manquent pas dans l’existence de cet adolescent ! Tout est figé dans la roche et la cohabitation forcée ne délivre pas de franche évolution d’un côté comme de l’autre.

Les surprises sont quasi absentes au sein de cette série tant chaque épisode se déroule sur un schéma identique répété ad nauseam. Kotarô traîne ses savates, est confronté à une embûche souvent ridicule et sortie de nulle part, le samouraï décide de montrer son visage, se dote d’une couette irrésistible, résout la situation à coups de balai – forcément, il n’a pas pu transporter son katana dans ce voyage temporel ! –, personne ne comprend pourquoi Kotarô change de psychologie comme de chemise, le guerrier collectionne les réactions peu communes, il croise une fille et, paf, tout revient subitement à la normale. Point. Afin de combler le vide entre son début et sa fin, l’épisode comporte également plusieurs caractéristiques tout aussi redondantes et se limitant à l’ajout de personnages secondaires ne servant strictement à rien, si ce n’est à diluer au maximum le récit. Il faut dire que les clichés présents en masse n’aident pas une seule seconde à intéresser. Par exemple, Nakamura Tsuyoshi, le meilleur ami extrêmement peureux joué par Shirota Yû (Arakawa Under the Bridge, Hanazakari no Kimitachi e), est tellement ridicule qu’il donne envie de lui tordre le cou. Nagasawa Ai, la collègue féminine incarnée par An, est peut-être encore plus agaçante en raison de son côté miss vertu. À côté d’eux gravitent l’ex-voyou devenu policier de quartier et étant surtout simplet (le charmant Kaneko Nobuaki – Buzzer Beat, QP), la sœur cadette critique, mais aussi les profs siphonnés ou pétris de préjugés changeant subitement du tout au tout en fin de parcours. Heureusement subsiste le père du héros (Kishitani Gorô) qui, bien que rêveur, rafraîchit considérablement l’ensemble, notamment grâce à ses petits délires. Acceptant les incohérences de son fils comme si de rien n’était, il participe même à la folie douce ambiante. Sinon, naturellement, la fiction est l’occasion de côtoyer des visages plus ou moins connus dans des rôles moyennement inspirés : Kaku Kento (Asukô March!, Tumbling) en rival caricatural, Yanagishita Tomo (Tumbling) comme élève transparent, Ichikawa Mikako en enseignante vigilante, Hamada Gaku, Wakaba Ryûya… En d’autres termes, il n’y a rien de neuf dans ce Samurai High School.

Ce qui est surtout dommage, finalement, c’est que la série n’utilise pas son rebondissement original et ne tire profit de tout ce que le scénario aurait pu proposer. Plutôt que de multiplier les quiproquos de manière piquante, de privilégier le chemin initiatique de Kotarô en le montrant progresser au fil des embûches, ou d’expliquer le pourquoi de la présence du samouraï, le j-drama s’empêtre dans des histoires vues et revues. Par ailleurs, tout est tellement étiré que chaque scène se transforme en ennui, les dialogues plombant davantage le tout pour leur manque de spontanéité. Condensé, ce renzoku aurait été bien plus efficace et aurait moins souffert de son absence totale d’originalité. La dynamique du trio principal, l’amourette, la déférence inspirée par le samouraï ne sont pas esquissées. En conséquence, l’ensemble donne l’impression de picorer à droite et à gauche et d’être un patchwork de productions du même genre du style de Gokusen et de My Boss, My Hero. Les valeurs si chères aux Japonais que sont l’amitié, le dépassement de soi, le travail, le respect et la fidélité sont appuyées de manière peu subtile, au cas où le téléspectateur ne comprendrait pas que quiconque doit suivre ces principes moraux à la lettre pour mieux s’épanouir. Il est donc plus qu’évident que la série passe à côté de son potentiel et, de surcroît, cumule les écueils inhérents à ce type de fiction phagocytant de trop le monde de la télévision japonaise. La réalisation n’apporte pas non plus une quelconque plus-value étant donné qu’elle se révèle banale. Découvrir des extérieurs déjà vus dans Futatsu no Spica est possiblement le plus amusant. Autrement, la bande-son composée par Kanno Yûgo (Innocent Love, Engine, Last Christmas) est assez sympathique avec son mélange de tonalités anciennes et d’autres plus contemporaines, dont du rock.

En définitive, Samurai High School s’apparente à une énième série se déroulant dans le milieu scolaire et répétant à outrance le même canevas. Malgré son idée de départ plutôt enthousiasmante et propice aux développements absurdes et rigolos, elle préfère s’empêtrer dans une morale douteuse et de bons sentiments à profusion. Où sont la folie, l’extravagance et les séquences imaginatives ? À la place, le héros est stupidement pénible et geignard, son apprentissage n’a pas le droit d’être exploré finement, les personnages ressemblent à des poupées sans âme, les relations entre eux ne sont guère croquées, l’interprétation s’embourbe dans le surjeu et, qui plus est, l’humour est surtout extrêmement lourd ou inexistant. Le j-drama n’est en somme pas fondamentalement mauvais et, à condition d’espacer le visionnage, se regarde sans trop de douleur ; il est surtout insipide et peu divertissant. Il est peut-être à réserver aux amateurs de Miura Haruma puisqu’il y est à son avantage à partir du moment où il endosse le costume du samouraï rigide. Les autres passeront sans aucun regret leur chemin devant cette production convenue.

By |2017-05-01T13:58:55+02:00octobre 10th, 2014|Samurai High School, Séries japonaises|2 Comments

Masters of Horror | Les Maîtres de l’horreur (série complète)

Le dicton ne dit-il pas que tout vient à point à qui sait attendre ? Après avoir débuté en 2006 la première saison de Masters of Horror – connue dans nos contrées sous le titre Les Maîtres de l’horreur –, j’ai enfin repris son chemin fin 2013, pour définitivement conclure la série en 2014. Composée de deux saisons de treize épisodes de cinquante-cinq minutes chacun, cette production canado-américaine fut diffusée sur Showtime entre octobre 2005 et février 2007. À noter que la série Fear Itself, passée en 2008 sur NBC, serait en réalité une sorte de troisième saison de Masters of Horror. Aucun spoiler.

À l’instar d’un Tales from the Crypt, Masters of Horror est une série d’anthologie favorisant l’horreur et le fantastique. Exception faite de leur thématique principale et de la réputation du réalisateur, les histoires sont toutes indépendantes les unes des autres et ne disposent d’aucun point commun. C’est donc sans grande surprise que les épisodes se suivent, ne se ressemblent pas et se révèlent plus ou moins satisfaisants. Appréciant depuis toujours tout ce qui touche au gore, à l’épouvante et aux registres apparentés, il me semblait évident de tester cet ensemble assez atypique à l’heure actuelle. Effectivement, original il l’est tant le genre n’a plus la cote à la télévision et que des productions de cet acabit ne sont guère courantes. Lorsque l’on apprend que des figures telles que Miike Takashi (Tajû Jinkaku Tantei Psycho, QP), John Carpenter, Joe Dante ou encore Tobe Hooper participent à l’aventure, il y a de quoi voir sa curiosité titillée. Les deux uniques saisons sont totalement similaires dans la forme et ne changent pas réellement la donne d’un point de vue qualitatif. Ce serait rébarbatif de passer en revue l’intégralité des histoires, donc ce billet se contentera d’en évoquer quelques-unes.

Malheureusement, la très grande majorité des épisodes est mauvaise. S’il est vrai que le budget anémique n’est pas d’un quelconque secours, il ne doit pas conditionner le scénario en tant que tel ou l’interprétation de la distribution. C’est justement là que le bât blesse. Masters of Horror accumule les récits éculés où les stéréotypes, clichés et la prévisibilité prédominent. Pire, le rythme moribond vient régulièrement parasiter la série, comme si elle ne souffrait déjà suffisamment pas. Ce qui est assez incroyable, c’est qu’elle a beau seulement remonter au milieu des années 2000, elle donne surtout l’impression d’être au minimum dix ans plus vieille. Les abominables effets spéciaux n’arrangent rien, c’est certain. Tout y fait tellement kitsch que le résultat en devient approximatif et peu engageant. À la rigueur, ce côté daté pourrait lui offrir un charme suranné, mais ce n’est bien sûr absolument pas le cas. Le format d’une cinquantaine de minutes suffit largement pour développer les divers chapitres illustrés, bien que certains méritent davantage de temps d’antenne et, d’autres, moins. L’élément le plus dommageable est probablement lié à l’atmosphère générale. Alors que le superbe générique plonge aisément le public dans une tension latente, les épisodes ne parviennent que rarement à concrétiser. Aucun ne fait peur ou ne distille une angoisse oppressante. D’ailleurs, ceux qui essayent de le faire envers et contre tout se montrent ineptes. Il en va de même concernant l’approche fantastique opérée par quelques réalisateurs. Quant au gore, il est choisi par Miike Takashi avec l’épisode 1×13, Imprint, tellement cru et violent que Showtime a préféré ne pas le diffuser. Soporifique, il sombre dans du voyeurisme gratuit plus que malsain et, malgré la propension du cinéaste à favoriser ce style, il n’en demeure pas moins que son travail est ici consternant de bêtise ; la photographie ne le sauve pas du naufrage.

Plutôt que de s’attarder sur les échecs, autant mettre en avant les réussites relatives. Généralement, ce sont ceux encourageant une critique sociétale ou un registre plus léger via un humour féroce et noir qui s’en sortent le mieux. Le principal représentant est le solide 1×06, Homecoming, de Joe Dante, sorte de satire politique pointant ouvertement du doigt le gouvernement de George W. Bush et la guerre en Irak ; les soldats envoyés au front sont de retour au pays, si ce n’est qu’ils sont tous morts et souhaitent… voter. De John Carpenter, le 1×08, Cigarette Burns, avec Norman Reedus (The Walking Dead) dans le premier rôle, s’attarde sur le monde des snuff movies, et injecte une dimension dérangeante mâtinée d’ésotérisme. Le burlesque 2×02, Family, réalisé par John Landis tient également ses promesses en s’amusant avec brio du contraste entre l’apparence proprette des banlieues américaines et de ce que peut se cacher derrière la maison de ces charmants habitants. Lucky McKee, dans le 1×10, Sick Girl, dépeint une relation homosexuelle contrainte à évoluer compte tenu de l’irruption d’un insecte fort inquiétant ; son registre décalé et sa conclusion particulièrement jouissive rappellent des souvenirs nostalgiques de vieux films d’épouvante. Contre toute attente, un des uniques intérêts de la série est de reconnaître tous les visages aperçus de-ci de-là : Ron Pearlman, Jason Priestley, Matt Keeslar, Meredith Monroe, Sean Patrick Flanery, Daniel Gillies, Chris Bauer, Robert Picardo, Steven Weber, Michael Ironside, Robert Englund, etc.

Pour résumer, Masters of Horror souffre du symptôme commun à trop d’anthologies : l’irrégularité. En prime, à part quelques très rares épisodes, la qualité dans son ensemble demeure extrêmement faible et n’offre guère un divertissement convenable. Pourtant, son idée de départ se voulait alléchante puisque la réunion de grands noms du cinéma de l’épouvante et du fantastique était susceptible de réjouir. Que l’on soit amateur du genre ou pas, le visionnage ne se révèle aucunement conseillé. Son superbe générique n’efface pas le fait que cette série inégale s’avère proche de la production de bas étage cumulant une mise en scène frelatée, des histoires poussives et ridicules ainsi qu’une atmosphère plus kitsch qu’horrifique.

By |2018-07-06T18:11:23+02:00septembre 19th, 2014|Masters of Horror, Séries étasuniennes|0 Comments