Young Americans (série complète)

Après Higher Ground il y a quinze jours, place à une autre vieille série désormais difficilement trouvable, car il n’existe pas de DVD. Parlons de Young Americans ! Alors qu’elle était originellement prévue pour le milieu de la saison télévisuelle 1999/2000, feue The WB décida à l’époque de ne pas la diffuser immédiatement, laissant supposer qu’elle finirait dans ses cartons. Or, Coca-Cola se proposa entre-temps comme sponsor et Young Americans fut ainsi ressuscitée. Cela ne lui a tout de même pas permis d’obtenir des aventures supplémentaires ou une prolongation en bonne et due forme. La fiction ne comporte donc qu’une unique petite année au compteur et seuls huit épisodes sur les neuf qui la composent sont passés sur la chaîne étasunienne entre juillet et août 2000. En France, l’intégrale fut diffusée au minimum une fois sur M6. En fait, Young Americans est dérivée de Dawson’s Creek. Elle prit sa place dans le créneau horaire durant la période estivale en attendant son retour dès la rentrée suivante. Un de ses personnages principaux, Will Krudski, y a d’ailleurs été présenté au cours de la troisième saison. Compte tenu du traitement de la série, la fin n’a pas été préparée en avance et n’en est pas du tout une, laissant de nombreuses questions en suspens. Les raisons de son annulation ne sont en tout cas pas très claires ; certaines sources blâment les audiences bien qu’en réalité, elles ne semblassent pas si mauvaises que ça, et d’autres parlent du fait que le créateur, Steven Antin, n’avait sans doute jamais prévu d’écrire une suite. Aucun spoiler.

Will Krudski bénéficie d’une bourse afin d’étudier tout l’été dans la prestigieuse école privée de sa ville, la Rawley Academy. Pour le jeune pauvre qu’il est, il s’agit d’une situation inespérée tant elle lui permet en plus de quitter le foyer familial qu’il ne supporte pas en raison de son père. Il se lie immédiatement d’amitié avec son camarade de chambre, Scout Calhoun, qui, lui, succombe au charme de la jolie Bella Banks. Accompagnés de Jake et Hamilton, deux autres lycéens, ils s’apprêtent tous à passer des vacances inoubliables.

Cela faisait un petit moment que je souhaitais regarder de nouveau Young Americans, mais comme toujours, c’est quand on cherche quelque chose qu’on ne le trouve pas. Je suis tombée sur des vidéos relativement correctes il y a peu ce qui fait que j’ai sauté sur l’occasion pour m’y remettre. J’avais effectivement déjà visionné la série, en VF, vers 2001 si je ne m’abuse. Cette fois, je l’ai testée en VO, mais je n’ai pas pu revoir le dernier épisode, car il n’est jamais passé aux États-Unis. En revanche, j’ai sous le coude en qualité assez désastreuse le pilote non diffusé datant d’avant l’annonce de Coca-Cola. Certaines scènes ont été retournées afin d’y ajouter du placement de produits et quelques acteurs ont changé. Par exemple, Jeremy Sisto (Six Feet Under) y incarne alors le professeur d’aviron et Mark Pellegrino (Lost, Supernatural, Dexter) le père de Bella. Je gardais de plutôt bons souvenirs de la série si ce n’est qu’en la recommençant cette année, je me suis tout de suite rappelé qu’en réalité, énormément de choses m’avaient dérangée et qu’une seule m’avait vraiment plu, à savoir la relation entre Jake et Hamilton. Qu’en est-il de maintenant ? La réponse ci-dessous.

Young Americans est une énième production sur les adolescents ne sortant absolument pas des sentiers battus. Will Krudski vit depuis toujours dans la petite bourgade de New Rawley où la vie s’écoule parfois péniblement. Si les habitants sont tous de modestes gens, ce n’est pas le cas de ses locataires temporaires, ceux étudiant à la Rawley Academy. Pour y entrer, c’est bien simple, il faut que ses parents aient un compte bancaire avec de multiples zéros. Naturellement, tous ces enfants de riches sont pourris gâtés, immatures, vantards et n’hésitent jamais à pavaner dans les rues afin de se la raconter auprès de banals compatriotes. Grâce à une bourse tombée du ciel, ou plutôt discrètement détournée, Will réussit à pénétrer dans le temple du mal et de la perversité qui le fait rêver secrètement depuis qu’il est petit. Durant les deux mois de l’été, il se voit donc offrir la possibilité d’étudier dans cette université avant de normalement continuer sur cette lancée. Parce qu’il est talentueux et cultivé, cette opportunité représente un véritable cadeau d’autant plus qu’il réalise qu’il va enfin pouvoir quitter la maison et, plus spécifiquement, son père violent avec qui il communique difficilement. S’il n’y a pas réellement de personnage principal dans cette série, Will symbolise toutefois son visage. Il fait d’ailleurs office de narrateur et la sérieuse voix off que l’on entend régulièrement au cours des épisodes est quelque peu agaçante, car totalement dispensable et très peu crédible émanant d’un jeune de seize ans. Le fait que l’ado soit incarné par Rodney Scott n’aide pas non plus forcément tant l’acteur n’inspire rien, n’ayant vraiment aucun charisme. En somme, le personnage est extrêmement fade et quasi inintéressant bien que certaines thématiques qui lui sont liées soient pertinentes. En confrontant Will à cette nouvelle société qu’il découvre, les intrigues mettent effectivement en avant les différences entre classes sociales et les difficultés de naviguer de l’une à l’autre. Ainsi, Will craint de révéler à son sympathique meilleur ami, Sean – joué par le toujours très charmant Matt Czuchry (Gilmore Girls) –, qu’il étudie désormais à Rawley. Il se voit comme un traître, lui qui reçoit un passe-droit pour s’aventurer sur le même terrain que les riches tant décriés depuis qu’ils sont enfants. Dans un registre similaire, il s’entiche plus tard de Caroline (Michelle Monaghan – dorénavant surtout visible au cinéma), aux parents fortunés, mais n’ose pas lui avouer à quel point il est pauvre. D’ailleurs, cette intrigue est tout aussi insipide que ceux qu’elle met en scène. Quoi qu’il en soit, si cela reste très superficiel, on peut imaginer que si la série avait duré, elle aurait pu approfondir certains points.

En arrivant à Rawley, Will découvre son camarade de chambre, Scout Calhoun, le fils d’une famille opulente incarné par Mark Famiglietti. Les deux deviennent très rapidement amis et passent alors une grande partie de leur temps ensemble. À l’instar de Will, Scout n’est pas particulièrement enthousiasmant. Sûr de lui et assez fanfaron, il semble cumuler les conquêtes jusqu’à ce qu’il rencontre Bella pour qui il a le coup de foudre. Bella Banks est quant à elle une copine d’enfance de Will et de Sean. Vivant à New Rawley avec son père et son insupportable petite sœur depuis l’abandon de sa mère, elle aide à la station-service familiale dès qu’elle le peut. Jolie, douce, mais avec un caractère assez affirmé, elle tombe elle aussi sous le charme de Scout. Alors que tout leur était favorable, le couple qui n’en est pas encore vraiment un découvre avec stupeur qu’ils posséderaient un lien caché. Durant tous les épisodes, ils passent donc leur temps à se tourner autour sans pouvoir le faire, à se languir l’un de l’autre et à user le téléspectateur qui souffre devant des rebondissements dignes d’un soap opera. Le pire étant qu’il n’y a que peu d’alchimie entre Bella et Scout. Ajoutons-y par-dessus Sean et il en ressort un triangle amoureux bancal et plusieurs scènes de disputes navrantes. Le tout en devient pénible, redondant et sans aucune originalité. Heureusement, Bella est plutôt attachante, notamment parce qu’elle porte les traits de Kate Bosworth, elle aussi désormais connue au cinéma, qui effectue ici du très bon travail. Ces personnages n’ont techniquement que seize ans, bien qu’ils en fassent cinq de plus, donc certains comportements sont typiques de l’adolescence. Cependant, leurs réactions sont souvent disproportionnées ou peu crédibles et très peu améliorées par des dialogues pompeux, voire totalement niais. En d’autres termes, le trio Will/Bella/Scout plombe majoritairement la série et ce ne sont pas les quelques jolies séquences sur le lac qui sauvent le tout.

Quand les jeunes ne sont pas du côté de la station-service de Bella à siroter du Coca à outrance ou près d’un lac environnant, ils sont pour la plupart à l’école. Puisqu’il s’agit d’une session d’été, le rythme semble très tranquille et ils ne donnent pas l’impression d’assister à beaucoup de cours. En fait, on ne les voit que dans les jardins en train de philosopher ou bien lors des séances d’aviron. Rawley Academy est un établissement masculin ; par conséquent, il n’y a techniquement que des garçons. En revanche, parce que quelques pas plus loin se trouve une école féminine, ces derniers peuvent canaliser un minimum toute leur frustration. Un seul prof est visible au cours des épisodes, l’assommant Finn (Ed Quinn – Eureka). Véritable copie de John Keating de Dead Poets Society (Le Cercle des Poètes Disparus), il est très proche de ses étudiants, n’hésite pas à les pousser à la liberté, au non-conformisme et à l’épanouissement de leur personnalité. Bien évidemment, tout cela sonne alléchant, mais encore une fois, la série déçoit. Le prof est exaspérant avec son attitude paternaliste et les quelques éléments tentant de lui offrir une caractérisation sont ridicules et mal amenés. En fait, un des principaux problèmes de ces épisodes est qu’ils sont bien trop naïfs et gentillets, voire manichéens. Les bons sentiments font la loi et lorsqu’un personnage est antipathique, il l’est totalement comme Gregor, le caricatural anglais joué par Charlie Hunnam (Queer As Folk – UK, Sons of Anarchy). Il faut quand même avouer que ce dernier est amusant et permet de faire quelque peu bouger ce qui se passe du côté de Rawley.

Sinon, deux autres figures, Jake et Hamilton, se partagent les rangs des premiers rôles. Il convient d’attendre un sacré moment avant qu’ils s’intègrent au reste de la bande et ce n’est que dans le huitième épisode que l’on peut commencer à les voir comme de vrais camarades. À vrai dire, les dynamiques de la totalité de la série sont moyennement creusées. Il ne suffit pas de dire qu’untel aime l’autre ou qu’ils viennent de devenir amis pour que cela s’avère crédible et naturel. Young Americans ne prend au final pas suffisamment le temps de développer les relations. Ce n’est pas son très court format qui l’excuse, car elle était bel et bien supposée durer dans le temps ; elle pouvait par conséquent y aller progressivement. Seul le lien entre Jake et Hamilton possède un tant soit peu de densité malgré de grosses maladresses et un postulat de base idiot. Effectivement, Jake, ou plutôt Jacqueline, est une fille. Ce n’est pas dévoiler l’intrigue que de l’écrire de but en blanc puisque si l’on sait qu’elle est incarnée par Katherine Moennig (The L Word), on peut s’en douter. Jake est à Rawley qui est une université masculine. Oui. Elle se fait donc passer pour un garçon et comme l’informatique n’a aucun secret pour elle, elle se paye le luxe de posséder sa chambre individuelle. La raison pour laquelle elle se travestit est absurde. Déjà que le tout n’est pas foncièrement plausible, il est évident que l’on peine à croire ce à quoi l’on assiste. Pour autant, grâce à l’entrain de Jake et à son attitude assez féminine parmi tous ces ados, la situation est propice à quelques traits d’humour plus que bienvenus. Progressivement, elle se rapproche de Hamilton, le fils du directeur de l’établissement assez désemparé et très gentil. Celui-ci est interprété par Ian Somerhalder (The Vampire Diaries, Lost) qui, à ce moment, n’écarquillait pas encore ridiculement les yeux. Hamilton réalise qu’il ressent plus que de l’amitié pour Jake et il se pose des questions sur sa propre orientation sexuelle, car il croit que son nouveau camarade est un garçon. Là où la série est intéressante, c’est qu’outre l’alchimie palpable entre ces deux personnages, elle amène quelques réflexions sur le genre et n’hésite pas à critiquer le sexisme. Il est clair que les épisodes sont assez ambitieux si ce n’est que l’ensemble s’essouffle vite et démontre rapidement ses limites.

Young Americans dispose d’une véritable ambiance et, au bout du compte, le fait qu’elle fut diffusée l’été s’apparente à une excellente chose tant elle respire la fraîcheur nuancée d’un soupçon nostalgique. Les personnages sont aussi en vacances bien qu’ils étudient pour certains, passent du bon temps et se divertissent. Les très nombreuses séquences d’avirons sont assez pénibles, mais celles où ils sont rangés au placard et où tout le monde se détend près du lac sont joliment mises en scène, avec une photographie souvent douce et des couleurs chatoyantes. Ce qu’il y a d’assez amusant, c’est que le cadre ne sonne pas réellement années 1990-2000 en raison de la représentation de la ville de New Rawley. On se croirait parfois plutôt dans les années 1950-1960, d’autant plus que les téléphones portables sont totalement absents. Autrement, la musique n’est pas spécialement remarquable en dépit de quelques chansons plus notables et d’un thème récurrent. Concernant le placement de produits avec Coca-Cola, ce n’est pas si dérangeant que ça. On pourrait notamment l’expliquer par l’idée qu’à l’heure actuelle, nous sommes malheureusement habitués à bien pire et limite blasés de régulièrement voir des marques à l’écran. C’est triste à dire, mais c’est ainsi. Par contre, en 2000 cela pouvait être plus que désagréable.

En définitive, Young Americans possède quelques qualités comme son atmosphère plutôt plaisante avec sa légèreté et l’impression de délicate tranquillité qu’elle inspire, mais elle peine à convaincre. Le fait que ses protagonistes principaux ne soient que difficilement attachants et qu’elle manque d’originalité en plus d’être souvent caricaturale et maladroite maximise cette réalité. Outre son sentimentalisme et sa morale bien pensante, l’ensemble sonne surtout très superficiel, mélodramatique et cliché malgré une volonté d’être intelligent. Vu qu’il n’existe pas de fin en bonne et due forme, le visionnage ne se révèle pas spécialement conseillé à moins de vouloir regarder des acteurs désormais plutôt connus dans des rôles qui les ont quelque peu lancés.

Par |2017-05-01T13:59:43+02:00octobre 23rd, 2012|Séries étasuniennes, Young Americans|12 Commentaires

Game of Thrones (saison 1)

Bien, bien, bien. Cela fait plusieurs mois que je repousse l’écriture de ce billet parce que je sais que j’aurai encore une fois du mal à mettre des mots sur ce que je pense. De toute manière, dès que j’apprécie un univers plus que de raison, je suis victime du syndrome de la page blanche. Je veux dire, encore plus que d’habitude. En outre, je suis persuadée que je vais m’étaler en superlatifs ne rimant à rien. Vous êtes prévenus. Vu que la saison deux approche, il est grand temps de me secouer les puces et de discuter de la première de Game of Thrones. Quiconque s’intéressant un minimum aux fictions télévisées en a forcément entendu parler. C’est une des séries de l’année 2011, tout simplement. Sous ce titre se cache l’adaptation du cycle A Song of Ice and Fire (Le Trône de Fer en VF) de George R. R. Martin. Game of Thrones est en réalité l’intitulé du premier volume de la saga. Actuellement composée de cinq romans, celle-ci est sortie sur le marché américain dès 1996. Elle devrait normalement comporter sept parties, mais tout ceci est susceptible d’évoluer et, surtout, il est impossible de dire quand elle sera entièrement publiée. L’édition française existe sous différents formats et je ne saurais que vous conseiller l’intégrale de J’ai Lu, même si le cinquième volet arrivera dans un petit moment. Si jamais vous désirez approfondir l’univers, le site La Garde de Nuit est une véritable pépite sur laquelle il convient de marcher toutefois sur la pointe des pieds. En effet, attention aux spoilers ! Pour information, notez que j’ai lu le premier volume en janvier 2011, soit avant la diffusion de la saison une. Je suis immédiatement tombée sous le charme et j’attendais la série de pied ferme. Depuis, j’ai dévoré les deux suivants, à mon grand désarroi, car j’espérais faire durer le plaisir un minimum. Je souhaite réussir à garder le quatrième intact jusqu’au moins le second semestre 2012. C’est déjà difficile, zut. Tout ceci pour vous dire que, oui, je suis complètement fascinée par A Song of Ice and Fire et je doute avoir envie d’être objective. Je vais quand même essayer d’être un petit peu réfléchie, mais je ne vous promets rien du tout. Je suis aussi vraiment désolée parce que je ne peux pas m’empêcher de parler des romans. Je sais que ça doit agacer certains, je prends donc le risque de vous énerver. Oups.

Game of Thrones est une série américaine dont la première saison, composée de dix épisodes de cinquante à soixante minutes chacun, fut diffusée entre avril et juin 2011 sur HBO. Le 1×08, The Pointy End, a été écrit par George R.R. Martin lui-même qui est très impliqué dans la production. La fiction a depuis reçu plusieurs récompenses. La saison deux est prévue sur la chaîne dès le 1er avril 2012. Aucun spoiler.

L’hiver vient. Après de longues années de printemps, la période du froid et de l’obscurité approche. Des murmures se font par ailleurs entendre. Il semblerait qu’au-delà du Mur, des créatures surnaturelles féroces, les Autres, aient été aperçues de nouveau. Cette muraille de glace est supposée protéger le reste du continent de ces menaces vieilles de milliers d’années. Toutefois, peu de personnes les prennent désormais au sérieux et chacun est davantage envahi par ses désirs propres et cette envie impérieuse que de s’asseoir sur le Trône de fer. Parallèlement, à Westeros, le souverain Robert Baratheon règne sur les Sept Couronnes depuis plusieurs années, suite à la chute d’Aerys II Targaryen, dit, à juste titre, le Fol. Son conseiller principal, la fameuse Main du roi, Jon Arryn, étant décédé, il part avec une grande partie de sa cour dans le Nord, à Winterfell, là où vit son ami de toujours, Eddard Stark. Il l’exhorte alors gentiment à retourner avec lui à Port-Réal afin d’occuper la place de la défunte Main et l’aider à gouverner. Qu’il fasse preuve de méfiance, rois et reines, chevaliers et renégats, menteurs, seigneurs et honnêtes hommes… tous participeront au jeu du trône.

Dans le cadre d’une adaptation, il s’avère systématiquement ardu de satisfaire à la fois les connaisseurs du matériel original et les néophytes. Rares sont les productions étant parvenues à allier les deux avec une réussite presque parfaitement orchestrée. Avant 2011, les amateurs de fantasy pensaient sûrement uniquement aux films de Peter Jackson avec The Lord of The Rings (Le Seigneur des Anneaux). Depuis, à l’exception d’une minuscule minorité, il y a de fortes chances que la plupart y ajoutent la transposition télévisée d’A Song of Ice and Fire. La première saison de Game of Thrones illustre à la lettre le premier volume du cycle. Il est vrai qu’en lisant une œuvre littéraire, chacun s’imagine les choses à sa manière. C’est d’ailleurs en partie pour cela que l’on peut être rapidement déçu en découvrant l’adaptation liée. Quand bien même Game of Thrones ne se calque pas à 100 % sur l’image que l’on aurait pu s’en faire, elle se veut la plus proche possible du roman. Certains dialogues sont identiques, la méthode de narration présente quelques similitudes, les paysages paraissent directement surgir des livres et il en ressort, tout simplement, une impression étrange de voir ce que n’importe qui a pu concevoir. Ceux qui n’avaient jamais entendu parler du cycle papier ou qui n’avaient pas eu le temps/le courage/l’envie/que sais-je de se lancer ne sont pas exclus. Il est toutefois vrai que l’univers est très touffu, qu’il y a une incroyable galerie de personnages, que le scénario est extrêmement ambitieux et qu’il se révèle donc complexe de s’en imprégner de but en blanc. Honnêtement, je serais incapable de spécifier si la fiction est difficile d’accès pour le néophyte. Il est plausible que oui, mais une chose est certaine, c’est qu’au bout de quelques épisodes, les rouages doivent sûrement être perceptibles et une fois les clés bien en main, le plaisir est probablement présent, surtout si l’on a un faible pour la fantasy.

De la fantasy ? Pourtant il y a n’a pas de magie, de créatures surnaturelles ou tout autre élément propice au genre ! Game of Thrones est une série de fantasy médiévale. Les chevaliers ne sont pas sur leur beau destrier blanc, avec leur armure étincelante et le cheveu au vent. Non, ils sont généralement sales, peuvent être extrêmement cruels, de véritables meurtriers sans foi ni loi et n’ayant aucune morale. L’univers dépeint un monde sombre s’apparentant principalement à un jeu de chaises musicales, de nombreux personnages cherchant à s’installer sur l’inconfortable Trône de fer. Les caractéristiques fantastiques et imaginaires sont au départ insidieuses et discrètes. Game of Thrones change ainsi la donne avec les productions de fantasy plus basiques qui reposent parfois un peu trop souvent sur le même schéma. Celle-ci est bien plus profonde et travaillée. C’est justement pour cela que l’adapter était un pari aussi risqué. Notons que si la fantasy est de prime abord légère, elle s’insère progressivement dans le récit. Le cadre de la série ne sort donc pas nécessairement de la norme, si ce n’est qu’il est particulièrement violent. D’ailleurs, les habitants eux-mêmes ne croient que peu à la magie et à toutes ces légendes anciennes qui seraient plutôt là pour faire peur aux enfants la nuit. Pour ces raisons, Game of Thrones peut être regardée – et évidemment appréciée – par ceux n’étant pas familiers ou réticents au genre. La fiction est avant tout une histoire de bataille pour le pouvoir se déroulant dans un environnement lointain ayant de fortes ressemblances avec notre propre Moyen Âge.

L’univers de la première saison se focalise essentiellement sur Westeros, le continent du royaume des Sept Couronnes où vivent de grandes et plus minoritaires familles comme les Stark, les Lannister, les Tyrell, les Tully, etc. Ces maisons sont plus ou moins puissantes et indépendantes. Cependant, elles sont toutes sous l’égide du roi juché sur le Trône de fer, à Port-Réal. Sans surprise, il est donc question de complots, de manipulations et de lutte intestine. Plusieurs des clans souhaitent que l’un des leurs devienne souverain et pour cela, ils sont prêts à tout. Game of Thrones distille un climat oppressant de guerre froide ou bien plus franche. La société dispose de rouages politiques complexes et davantage subtils qu’ils ne pourraient l’être au premier abord. Une des forces de la saison, et a fortiori du cycle littéraire, est son aspect multidimensionnel. Les personnages ne sont pas manichéens et il se veut toujours difficile de savoir ce qui les motive réellement. Outre les Stark qui font office des plus gentils et des plus honnêtes, les membres d’autres familles sont loin d’être unilatéraux. Beaucoup d’entre eux donnent l’impression d’être pétris de vices et pourris jusqu’à la moelle, mais, oui, il y a un mais, ils sont tellement plus profonds qu’on ne peut les définir par un seul trait. Si les protagonistes provoquent le tournis tant ils s’avèrent nombreux – sans évoquer la quantité de décédés dont on nous parle –, ils sont tous travaillés. La série opte pour le même parti que l’auteur et leur offre les moyens d’être construits, compris et réalistes. C’est là où Game of Thrones fait fort, c’est que l’on finit rapidement par s’attacher à plusieurs d’entre eux. Et le moins que l’on peut dire, c’est qu’il est nécessaire de posséder un cœur bien accroché, car dans le jeu du Trône de fer, personne n’est épargné. La saison le prouve à maintes reprises, n’hésitant pas à tuer plusieurs personnages, dont certains que l’on aurait pu penser partis pour rester un sacré bout de temps parmi nous. S’il est donc effectivement question de complots et de manigances, l’émotion transpire à travers l’écran. Certaines scènes éprouvantes lues dans le roman en deviennent ainsi presque insupportables tant on pressent ce qui va se dérouler sous nos yeux.

La maison des Stark, basée dans le Nord, à Winterfell, est celle que l’on peut aisément apprécier de prime abord. Dirigée avec honneur et bravoure par Eddard Stark, campé par Sean Bean que je vous ne ferai pas l’affront de présenter, son emblème est le loup. La famille n’est pas parfaite, tant s’en faut, mais elle fait figure de la plus intègre et de la moins calculatrice. Eddark est un homme droit, trop loyal pour certains, et qui semble impossible à corrompre. Il est marié à Catelyn, née Tully, incarnée par Michelle Fairley que l’on a pu voir dernièrement dans Misfits. Bien que l’actrice fasse vraiment âgée comparativement à ce qu’on aurait pu imaginer dans le livre, elle interprète tout à fait convenablement cette femme ayant dû s’acclimater à la rude météo nordique et aimant plus que tout les siens. Leurs enfants ne dépareillent aucunement et les comédiens sont tout aussi compétents que le reste de la distribution. Les plus jeunes étant omniprésents dans l’univers, il était extrêmement important d’assurer de ce côté-là et, heureusement, nos craintes ont rapidement pu se dissiper. Difficile par exemple d’être négatif en parlant de Maisie Williams, parfaite en Arya, cette petite fille qui souhaite davantage apprendre à manier l’épée que virevolter dans une robe qu’elle ne voudra jamais porter, au grand contraire de Sansa (Sophie Turner). Les enfants ont tous été vieillis de quelques années, ce qui peut tout à fait se comprendre pour des raisons de crédibilité, mais également par rapport à certaines lois évidentes. Parmi les plus âgés, Richard Madden est un Robb Stark convaincant. Jeune et fougueux, mais devant supporter le poids d’un lourd fardeau sur ses épaules, l’héritier de Winterfell est obligé de mûrir plus vite que prévu et de montrer de l’aplomb. N’occultons pas le bâtard de la famille, Jon Snow (Kit Harington), ayant choisi de se consacrer à la Garde de nuit, celle qui veille nuit et jour, et cela, toute sa vie, sur le Mur.

Outre les Stark qui font quelque peu figure des héros de Game of Thrones, la saison s’attarde tout particulièrement sur les Lannister, dont l’emblème n’est autre que le lion et, accessoirement, leur blondeur. Tywin (Charles Dance) les dirige d’une main implacable du haut de Castral Roc. Ses trois enfants vivent quant à eux à Port-Réal. Cersei et Jaime sont les aînés, les jumeaux. La première est interprétée par Lena Headey qui propose le portrait d’une femme froide, rigide et sans aucune pitié pour ceux n’appartenant pas à sa progéniture ou à son frère adoré. Mariée à Robert Baratheon, elle est donc la reine, mais elle déteste son époux, la réciproque étant de mise. Au cours de la première année, à l’exception de l’exécrable et horripilant Joffrey (Jack Gleeson) que l’on a envie de voir souffrir les pires martyres, les deux plus jeunes enfants sont rapidement écartés. Leur mère manipulatrice hait du plus profond de son être son cadet, le nain Tyrion (Peter Dinklage – Nip/Tuck). Aussi intéressante que dans le roman, la personnalité de Tyrion est parfaitement valorisée. Intelligent, rusé, sarcastique et sachant se tourner en dérision pour mieux supporter les critiques acerbes dont il est victime, le Lutin, tel qu’il est surnommé, est un des atouts de la saison. Dernier membre du trio Lannister, impossible d’oublier Jaime, chevalier et faisant partie de la Garde Royale. Arrogant, sûr de lui et beau parleur, il est joué par Nikolaj Coster-Waldau qui lui offre toute la classe et le charisme nécessaires afin d’illustrer un individu assez ambivalent. Appelé le Régicide pour avoir assassiné son roi, Aerys II, il semble ne pas réussir à se défaire de cette image de traître que tout le monde souhaite lui coller. Sinon, à la cour de Port-Réal se côtoient de nombreuses figures importantes et intéressantes comme Petyr Baelish, dit, Littlefinger. Ambigu, amoureux de Catelyn Stark depuis toujours, il est vital de s’en méfier comme de la peste. Aidan Gillen (Queer as Folk UK) le dote à merveille d’un soupçon équivoque et fort douteux. L’eunuque Varys (Conleth Hill), maître en chuchotement et en murmures, Bronn (Jerome Flynn), le mercenaire assez caustique de Tyrion, Sandor Clegane (Rory McCann), l’effrayant chien de Joffrey ou encore son frère, la Montagne (Ian Whyte), forment une galerie de personnages secondaires ou tertiaires fascinants à leur propre manière. Un mot sur le roi, tout de même, qui est incarné par un parfait Mark Addy. Colérique, vorace, et ce, à tous points de vue, il s’est engraissé au fil des années et ne gouverne son territoire que d’un œil, laissant tout le travail à sa Main. Sinon, notons que Gendry, issu d’une certaine graine fort vigoureuse, porte les traits de Joe Dempsie (Skins).

La saison ne se déroule pas uniquement sur Westeros. La principale embûche, en découpant autant le scénario, est d’ennuyer le spectateur qui ne voit pas d’emblée le lien entre chacune de ces parties. Game of Thrones évite cet écueil et les points d’ancrage de l’histoire sont aussi intéressants les uns que les autres. En plus du déplacement de l’intrigue autour du Mur, avec Jon et son ami Sam (John Bradley), du passage aux Eyrié où la folie de Lysa Tully (Kate Dickie) et l’horreur de l’allaitement opèrent, ou bien des moments à Winterfell, l’ensemble part sur le continent est. S’y trouvent les derniers descendants de la famille Targaryen. N’étant plus que deux, leurs ascendants ayant été massacrés par le Régicide, l’Usurpateur et leurs armées, ils tentent de survivre dans cette contrée hostile et différente de Westeros. Harry Lloyd (Robin Hood) a parfaitement capté l’aliénation caractérisant Viserys Targaryen ; Emilia Clarke est une douce et craintive Daenerys qui se transforme au fil des épisodes en khaleesi ferme et se voulant parfois impitoyable. Ils sont notamment entourés de Khal Drogo (Jason Momoa – Stargate Atlantis), un guerrier incroyable à qui Viserys vend sa sœur comme épouse, ou encore de Jorah Mormont (Iain Glen), exilé dans cette région pour certaines actions répréhensibles. Les Targaryen sont quelque peu en marge de ce qui se déroule sur Westeros si ce n’est que leur destinée est étroitement liée avec ce qui s’y est déjà passé et ce qu’il adviendra dans le futur. Le continent oriental met en avant des paysages différents, plus exotiques, arides, mais aussi où les richesses peuvent couler à flots. L’ambiance y est électrique et la violence monnaie courante.

À vrai dire, on pourrait écrire des lignes et des lignes sur les personnages, surtout lorsqu’en plus on connaît un minimum la suite. La tentation de s’attarder sur plusieurs autres est grande, mais puisqu’il est question de la série et de sa première année, il est évident que nous n’en sommes pas encore là. La saison prend de l’avance concernant certains protagonistes, en appuyant par exemple davantage ses propos ou la caméra. C’est notamment le cas de Theon Greyjoy (Alfie Allen) ou encore de Renly Baratheon (Gethin Anthony) et de son chevalier fleuri, Loras Tyrell (Finn Jones). Par contre, ce qu’il y a d’un petit peu décevant, si tant est que l’on puisse dire les choses de cette manière, c’est que l’on ne sait pas forcément ce que ressentent et pensent les figures. A Song of Ice and Fire possède une méthode de narration particulière, chaque chapitre étant écrit selon le point de vue d’un personnage (le point of view, PoV, c’est ça). De ce fait, en découvrant le roman, on comprend sans mal ce qui se déroule dans la tête des héros. Difficile à l’écran de retransmettre ces impressions si l’on veut rester un minimum naturel. Cet aspect est possiblement celui m’ayant le plus embêtée et qui fera certainement que je préférerai toujours –  et sans aucune hésitation – la lecture du cycle. Certaines scènes ont été ajoutées afin de pallier ce manque, mais elles ne peuvent le compenser comme il se faut. Les Tully ont majoritairement été écartés, Brynden et Edmure sont ainsi totalement absents, bien qu’il s’agisse probablement là d’une volonté de ne pas perdre le téléspectateur novice ; ces personnages seront vraisemblablement intégrés au cours de l’arc principal de la future saison deux.

Le rythme de l’ensemble est rapide, peut-être trop. À peine un élément a-t-il l’opportunité d’être assimilé que l’on passe déjà au suivant. Les rebondissements sont légion et s’ils ne se montrent pas tous incroyables, plusieurs le sont et proviennent généralement de l’esprit fourbe des individus. Il s’avère clair que la complexité et la densité des intrigues ont dû donner du fil à retordre aux scénaristes. La production essayant de se calquer au plus proche du roman, elle tente de tout balayer et il ne paraît pas facile de condenser près de neuf cents pages en dix petits épisodes. En définitive, cela permet à la saison de se révéler très vive et jamais ennuyante, si tant est que l’on ne puisse trouver passionnant ce jeu d’échecs grandeur nature. Après, les premiers scripts doivent d’abord installer le récit et les nombreux personnages. Comme écrit plus haut, il se veut compliqué de se mettre dans la peau de quelqu’un n’y connaissant rien lorsque l’on sait déjà ce qui va advenir. Avant même de commencer la série, j’avoue que mon avis était biaisé et, dans ma tête, j’ai du mal à différencier la fiction télévisée du cycle littéraire tant j’associe désormais instinctivement toutes les qualités du second à la première. Sur une note moins positive, les scènes de sexe sont souvent assez dispensables. Il n’est pas nécessaire de les accentuer de cette manière, surtout quand elles semblent totalement gratuites. C’est malheureusement un défaut un peu trop fréquent dans les productions de cet acabit, mais cela ne signifie pas pour autant que l’on doive s’y faire.

Au-delà du fond de Game of Thrones, qu’en est-il de la forme ? Les œuvres de fantasy n’ont jamais été privilégiées au sein du petit écran. D’aucuns diraient que c’est en raison d’un public absent, d’autres parce qu’il n’existe pas d’histoires convaincantes. Bref. D’une manière plus terre-à-terre, on pourrait plutôt penser que ce sont les contraintes budgétaires qui ont toujours fait frémir d’avance les financiers. Comment transposer l’univers du cycle littéraire si les fonds ne sont pas derrière ? Il fallait une chaîne comme HBO, avec l’argent, mais aussi avec toutes les compétences requises pour rendre cette expérience unique. Esthétiquement, la saison s’avère léchée et profite des minutieux détails apportés par le récit original. Que ce soient les vêtements, les bannerets, la langue dothraki ou le physique des personnages, il transpire une volonté d’être le plus pointu possible. Les lieux contrastés de l’histoire sont magnifiques et ne donnent pas l’impression de sortir d’un ordinateur. Aisément identifiables, ils se différencient par une architecture, des couleurs et une atmosphère distinctes. La caméra n’hésitant pas à voyager, elle prouve déjà les moyens mis à sa disposition. Le résultat est alors à la limite de la fantasmagorie et la photographie lui permet d’en être que davantage sublime. Naturellement, le budget n’est pas sans fond, mais la réalisation s’en accommode fort bien, limitant certaines séquences comme la bataille entre loups et lions vers la fin. La frustration semble légitime, mais ce n’est que peu à payer afin d’obtenir une forme aussi aboutie sur du long terme. Les effets spéciaux sont au final moindres, l’ensemble privilégiant le réel et lui offrant dès lors une authenticité plus qu’appréciable. L’unique point sur lequel j’oserai chipoter est la quasi-absence des loups-garous (les direwolves en VO ; rien à voir avec les loups-garous du folklore habituel). Certes, on ne dirige pas des chiens – ce sont ici des huskies – comme des humains, mais la dimension fusionnelle attachant ces créatures à leur maître n’est, à mon goût, pas suffisamment mise en avant. Cela dit, nous sommes d’accord qu’il vaut mieux moins les découvrir que d’être entouré de laids animaux en synthèse. Autrement, le générique extrêmement travaillé est rien qu’à lui seul une preuve de la bonne volonté de HBO. Il change quelque peu en fonction du lieu principal de l’intrigue. Il en va de même de la musique de Ramin Djawadi (Prison Break) qui, si elle ne m’avait pas particulièrement convaincue lors du premier épisode, m’a définitivement conquise au fil du temps. Toujours subtile, elle n’en fait pas trop et accompagne de manière délicate le visuel.

Pour conclure, en souhaitant adapter fidèlement le premier volume d’A Song of Ice and Fire, les débuts de Game of Thrones ressemblent à un franc succès. La série se donne les moyens de ses ambitions en possédant une écriture solide, une ambiance particulière de fantasy adulte médiévale, une distribution persuasive, des personnages ciselés ainsi qu’une forme aussi soignée que le fond. Elle ne peut alors que se montrer exaltante, non manichéenne et stimulante. Mieux, elle réussit à mettre au diapason les néophytes avec les passionnés ayant attendu une transposition de cette qualité et de cette ampleur depuis des années. S’il est vrai que certains choix scénaristiques sont discutables, elle fait office de merveille télévisuelle comme on aimerait en voir davantage. Ambivalente, intense, terrible et tragique, la saison se veut par ailleurs tour à tour amusante, caustique, émouvante et effrayante. Une chose est sûre et certaine, c’est qu’elle ne laisse pas indifférent et qu’elle insuffle une dimension épique fascinante dans cette lutte de pouvoir aux multiples facettes semblant n’avoir aucune limite, mais gardant un réalisme régulièrement inconfortable. Si vous ne l’avez pas encore débuté, il va de soi que ce stupéfiant voyage vous appelle furieusement !

Par |2018-07-06T18:02:08+02:00février 2nd, 2012|Game of Thrones, Séries étasuniennes|41 Commentaires