MillenniuM (saison 3)

En discutant aujourd’hui de la troisième et dernière saison de MillenniuM, c’est une page bien sombre qui se ferme. Effectivement, il paraît assez clair qu’il faudra attendre encore un petit bout de temps avant de retrouver une série à la tonalité aussi oppressante et désabusée, et en plus en mesure d’éveiller les consciences. Constituée de 22 épisodes, cette saison fut diffusée aux États-Unis sur Fox entre octobre 1998 et mai 1999. En raison de ses audiences en chute libre, la fiction a été annulée par la chaîne et ne dispose malheureusement pas d’une fin en bonne et due forme. Notons tout de même que Frank Black se rend dans l’épisode 7×04 sobrement intitulé Millennium de The X-Files lui servant vraisemblablement de conclusion ; l’ayant regardé lors de sa première diffusion française et ne connaissant pas à l’époque MillenniuM, je serais incapable de préciser s’il répond réellement aux interrogations soulevées – de quoi précipiter mon revisionnage de l’intégrale des aventures de Mulder et Scully ! Quoi qu’il en soit, les fans de l’univers sont encore nombreux et semblent toujours espérer un retour de Frank Black à l’antenne, chose que son interprète, Lance Henriksen, ne refuserait apparemment pas. Aucun spoiler.

Intense et magnifique, la seconde saison de MillenniuM changeait radicalement de tonalité par rapport à la précédente en injectant une forte dimension mystique et ésotérique à ses épisodes au lieu d’une traque incessante de tueurs en série. À travers des thématiques religieuses, elle transformait la fameuse Apocalypse redoutée, qui n’était jusque-là qu’une figure imagée, en véritable couperet fatidique. En outre, le groupe Millennium gagnait en ambivalence et s’apparentait à une entité tentaculaire dont il fallait définitivement se méfier, comme Frank l’apprenait bien trop tard. Le season finale, outre une réalisation quasi surréaliste, se terminait sur une note terrible où Catherine décédait suite à une sorte de virus mystérieux ayant fait d’autres victimes à Seattle. Quand la saison trois démarre, de longs mois se sont écoulés. Frank a quitté sa jolie maison jaune et est de retour à Washington avec sa fille, Jordan. Malgré le tragique décès de celle qu’ils aimaient, ils se serrent les coudes et plusieurs épisodes mettent d’ailleurs parfaitement en avant leur superbe relation. Contre toute attente, le héros décide de reprendre le chemin du FBI et intègre une section où il se retrouve affublé d’une équipière assez sceptique sur ses méthodes et sa manière de penser, Emma Hollis (Klea Scott). Tandis que Frank cherche à dévoiler les manigances du groupe dont il faisait autrefois partie intégrante, il travaille sur de multiples affaires criminelles violentes. En d’autres termes, cette ultime saison opte encore une fois pour une autre approche et renie celle qu’elle suit. Quand bien même on m’ait prévenue de cette orientation différente, j’avoue avoir eu du mal à m’y faire tant j’ai justement adoré la seconde saison et son aspect fantastico-esotérique teinté d’une poésie fataliste. Rappelons que Chris Carter avait à l’époque laissé carte blanche à Glen Morgan et James Wong pour mener la série comme ils l’entendaient mais, visiblement, il ne fut pas du tout satisfait par cette touche surnaturelle. C’est pourquoi il reprit les rênes de sa création et lui redonna une approche plus similaire à celle de ses débuts. Ces 22 épisodes ne disposent guère d’un fil rouge consistant et se bornent pour la plupart à des histoires indépendantes. Si le résultat est parfois enthousiasmant, il faut avouer que pour la majorité, le constat est bien moins probant.

     

Oubliant son caractère métaphysique, cette nouvelle saison préfère favoriser une mythologie conspirationniste bien qu’elle fasse toujours la part belle à la crainte du millénaire et à cette fameuse lutte du Bien contre le Mal. À ce sujet, la très grande réussite est le terrible 7×13, Antipas – scénarisé par Chris Carter et Frank Spotnitz –, marquant le retour de la troublante et machiavélique Lucy Butler, bien décidée à faire parler le Mal en elle et broyer de l’intérieur Frank. Bref, MillenniuM utilise cette fois le sujet presque éculé des secrets fomentés. Le gouvernement ne dit pas tout, manipule la masse et le groupe Millennium ressemble à une arme pointue parfaitement millimétrée a priori impossible à abattre. Entre complots, expériences scientifiques, liens industrio-militaires inextricables ou encore orchestrations de pièges, la série perd malheureusement de sa saveur et se limite à une sorte de mélange entre ce qu’elle a pu être dans le passé et un médiocre The X-Files. La regarder distille alors un arrière-goût assez amer tant elle donne l’impression d’avoir perdu son identité. Pourtant, quel est en définitive son vrai caractère ? Il est indubitable que son absence d’unité est sa faiblesse car, compte tenu de ses différents showrunners, elle n’aura eu de cesse de changer d’optique tout au long de sa diffusion. N’est-ce donc pas le point de vue de Chris Carter, le créateur, qui prévaut ? Dans ce cas, je dois avouer que ce n’est pas sa série que j’ai pu adorer, mais celle très complexe et dense de Glen Morgan et James Wong. À vrai dire, cette troisième saison est bien trop convenue pour satisfaire, notamment en raison d’un aspect préformaté, d’un manque d’originalité évident et d’épisodes franchement peu engageants. Pire, la mythologie de MillenniuM, à force d’être tourneboulée, est sans queue ni tête et il est confus d’en retirer grand-chose de concret. Ajoutons le fait que la série ne se conclut pas comme elle l’aurait mérité et il y a tout pour être frustré. En ayant une vision d’ensemble des trois saisons, le résultat est très peu convaincant du fait de sa désorganisation. La série rappelle presque un puzzle que le téléspectateur peut s’amuser à tenter de décoder mais qui ne réussira très probablement par ne jamais pouvoir le terminer tant les pièces mélangent deux, voire trois images différentes. Le groupe Millennium finit par user au sein de ces nouveaux épisodes, surtout qu’aucune réponse n’est divulguée. De surcroît, Peter Watts qui, jusque-là, gardait une dimension sympathique en dépit de son attitude ambiguë, perd totalement de sa cote attachante parce qu’il manipule honteusement quiconque se situant sur son chemin. Par rapport à ce que l’on connaissait de lui, la finesse et la logique font défaut à sa caractérisation. En prime, au-delà de cette mythologie conspirationniste, ces 22 épisodes se focalisent de retour sur les tueurs en série et Frank s’échine à résoudre des affaires toujours très glauques mais sans l’énergie et l’intensité de la première saison.

En rejoignant les bancs du FBI, Frank y rencontre d’anciennes connaissances, dont Andy McClaren (Stephen E. Miller) qui devient son supérieur. Convaincu que son vieil ami souffre de paranoïa suite au deuil de sa femme, il ne tient guère cas de son discours contre le groupe Millennium. C’est lui qui oblige Frank à faire équipe avec la jeune recrue Emma Hollis. Avec la disparition de Catherine mais aussi de Lara – dont nous n’avons d’ailleurs absolument aucune nouvelle –, la série se sépare ainsi de deux figures féminines fortes. Il semble naturel qu’elle cherche à en injecter au moins une nouvelle. Emma est en partie là pour ça. Le problème majeur est que ce personnage ne dégage absolument rien. Qui plus est, sa dynamique avec Frank comporte bien trop de similarités avec celle liant Fox Mulder à Dana Scully dans The X-Files. Il y a d’un côté celui qui croit et, de l’autre, celui qui doute. Si le duo fonctionne aux affaires non classées, ici, c’est l’ennui qui prime. Il faut avouer qu’Emma a beau posséder quelques épisodes cherchant à densifier son personnage, – à travers son père joué par John Beasley (Everwood), par exemple –, elle manque singulièrement de charisme et de prestance. Avec Barry Baldwin, un autre agent du FBI porté par Peter Outerbridge (ReGenesis), MillenniuM prouve tristement qu’elle ne se donne pas les moyens de sortir du passage clouté. À part être détestable et prétentieux, il ne ressort rien de cet individu à la limite de la caricature. Il a toujours tort et n’apprend pas de ses erreurs. En fait, c’est bien simple, la saison apporte des éléments inédits mais ne les exploite pas et les restreint à une unidimensionalité irritante. Frank et Emma se serrent rapidement les coudes et luttent tous deux contre le groupe Millennium alors que tout le monde cherche visiblement à les empêcher de mener à bien leurs investigations. L’Apocalypse est maintenant due à ceux détenant le pouvoir ou ceux cherchant envers et contre tout à l’obtenir, tout en n’hésitant pas à conspirer dans l’ombre. Oui, tout ceci laisse une désagréable sensation de déjà-vu. Heureusement, l’atmosphère désabusée permet de ne pas trop tiquer parce qu’il est indiscutable que si la saison oublie sa dimension fantastique, c’est pour mieux replonger dans la brutalité de ses premiers pas. Les tueurs en série retrouvent le devant de la scène, l’angoisse létale réussit sporadiquement à aller crescendo et la plongée dans les tourments humains s’accentue. Ne nions pas que la qualité des crimes, aussi variés qu’ils puissent malgré tout être, n’imite que trop rarement celle de la saison une. Les thématiques sont dans tous les cas toujours diverses et concernent le passage à l’an 2000, la montée en puissance de l’informatique, le clonage humain, la violence dans les écoles, la bombe atomique, etc. En passant, le 7×08, Omerta, se déroulant à Noël dans des forêts montagneuses est plutôt solide. Finalement, les idées sont là, c’est certain, l’exploitation, non.

L’atmosphère de MillenniuM se charge en douleur en raison de la tristesse, voire de la dépression de Frank. Ne pouvant se permettre de craquer tant il est gouverné par sa rage indicible envers ceux qu’il  juge responsables de la mort de sa femme, il se doit également de veiller sur Jordan dont les capacités prennent une toute autre ampleur. La petite fille avait déjà démontré par le passé qu’elle était bien du même acabit que son père et la saison continue sur cette lancée en approfondissant ses habiletés. Malgré son jeune âge à l’époque, Brittany Tiplady y est fantastique et son alchimie avec Lance Henriksen palpable. L’amour gouvernant leur personnage est un des atouts de la fiction et il est d’autant plus apprécié au sein d’épisodes qualitativement discutables. Jordan détient donc une place de choix au sein des intrigues, ce qui est un excellent atout. Des épisodes comme le 7×16, Saturn Dreaming of Mercury, permettent d’oublier parfois les lacunes sous-jacentes. Ce qu’il y a de dommage est qu’en définitive, Frank soit assez transparent et peu exploré. Alors que la saison précédente avait cherché à densifier le personnage et lui apporter une richesse assez inouïe, celle-ci se contente de peu et le laisse surtout interagir avec les autres. Bien sûr, Lance Henriksen abat encore une fois un travail formidable mais il aurait justement mérité de pouvoir davantage exprimer son talent. Avec son héros taciturne portant encore plus qu’auparavant le poids du monde sur ses épaules parmi ces crimes atroces, c’est sans surprise que l’on constate que l’humour disséminé dans la saison deux fait défaut. D’aucuns répliqueraient qu’il existe tout de même via le 7×05, …Thirteen Years Later, sorte de parodie de films d’horreur, mais bien qu’il soit divertissant, il se montre tellement médiocre qu’il est préférable de l’oublier. Proposer quelques instants de légèreté ne nuit généralement pas à une histoire lourde, c’est tout le contraire car cela permet d’appuyer davantage son propos avec ce contraste bienvenu. Dans un registre plus ou moins similaire, la poésie latente a presque disparu. Les citations de début d’épisodes ont été mises de côté et la forme témoigne d’un soin moins précis, même si la réduction du budget est peut-être la principale fautive à ce niveau. En dépit d’une musique toujours envoûtante composée par Mark Snow et d’un nouveau magnifique générique, la réalisation fait datée ; et alors que la saison est la plus récente, elle accuse davantage son âge que les précédentes – un comble !

Enfin, pour l’anecdote, documentons la présence dans des rôles plus ou moins secondaires de nombreux acteurs parfois plutôt connus du petit écran. Il est entre autres possible d’y repérer James Marsters et Juliet Landau (Buffy the Vampire Slayer), Eric Mabius (Ugly Betty), Garret Dillahunt (Terminator : The Sarah Connor Chronicles), Jorge Vargas (Higher Ground), Hiro Kanagawa (Caprica), Ryan Robbins (Riese : Kingdom Falling), Donnelly Rhodes (Battlestar Galactica), Amanda Tapping (Stargate SG-1, Sanctuary), Dean Norris (Breaking Bad) et plein d’autres encore. Fait amusant pour être noté, Brendan Fehr (Roswell) et Dean Winters (Oz) reviennent dans la série, mais sous un autre rôle ! Notons aussi la présence du groupe KISS.

En définitive, cette dernière saison illustrant la vaine tentative de son héros de démanteler le groupe Millennium s’avère décevante pour plusieurs raisons. De qualité peu homogène, elle délivre des épisodes indépendants et mythologiques majoritairement fades et ennuyants lorsqu’ils ne s’empêtrent pas dans un discours confus, voire incohérent. À la rigueur, que Chris Carter ait souhaité écarter la tonalité métaphysique de l’année passée puisse être accepté. En revanche, constater que le scénario nie toutes les caractéristiques précédentes pour s’apparenter à un récit conspirationniste dans la veine d’un The X-Files peu éclairé brise le cœur. Demeurent quelques rares éclats rappelant le fatalisme et le discours désabusé ayant fait autrefois mouche, la prise de conscience sur l’humanité et le mal la rongeant, l’attachement pour Frank et Jordan, ou encore une bande-originale toujours aussi fascinante. Cependant, ce sont au final peu de choses comparativement à tout ce qui peut chagriner. En fait, ce n’est pas tant que cette saison de MillenniuM soit mauvaise, c’est juste qu’elle change encore d’identité et ne répond pas aux attentes que l’on pouvait espérer lorsque l’on a autant apprécié l’orientation fantastico-ésotérique. De quoi laisser songeur sur ce que la fiction aurait pu devenir si ses soucis de direction artistique n’avaient pas existé…

Par |2017-05-01T13:59:08+02:00octobre 6th, 2013|MillenniuM, Séries étasuniennes|0 commentaire

Higher Ground | Cœurs Rebelles (série complète)

Comme quoi tout vient à point à qui sait attendre. Cela faisait des années que je cherchais à dénicher Higher Ground, mais impossible, elle restait introuvable. Et vers 2010, je tombe dessus totalement par hasard, qui plus est en qualité tout à fait correcte. Malgré mon impatience, j’aurai quand même mis quasiment deux ans avant de lancer cette fiction, mais je crois qu’à mes yeux, l’important était de me douter que je pouvais la regarder quand j’en avais envie. Si j’arrivais maintenant à trouver Get Real (La Famille Green), tous mes anciens vœux de sériephile seraient exaucés. Higher Ground, Cœurs Rebelles pour la version française, est une série canado-américaine ne possédant qu’une seule saison. Elle a effectivement été annulée et ne bénéficie pas de réelle fin bien que celle dont on dispose soit tout à fait supportable. Composée de vingt-deux épisodes de quarante-deux minutes chacun, elle fut diffusée sur Fox Family – dorénavant connue après un rachat par Disney-ABC en tant qu’ABC Family –, entre janvier et juin 2000. En France, elle est au moins passée sur TF1 vers 2001. Aucun spoiler.

Peter Scarbrow est un ancien drogué ayant décidé de mettre son expérience difficile au service d’adolescents. Il gère ainsi une structure assez particulière, Mount Horizon High School, hébergeant des jeunes à la dérive.

Jusqu’à 2012, je n’avais jamais eu l’occasion de regarder Higher Ground, mais j’avais envie de la tester depuis un sacré bout de temps. Pourquoi donc ? Ce n’est pas tant le synopsis qui se montre très enthousiasmant, – après tout, ce n’est qu’un teen show assez banal à première vue –, mais c’est sa distribution qui l’est. Si, à l’époque, la plupart des acteurs n’étaient pas très connus, ce n’est plus du tout le cas maintenant.

Direction les montagnes du nord-ouest des États-Unis, en plein milieu de nulle part, et avec pour seuls voisins des hectares et des hectares de forêts. C’est dans ce coin reculé que se situe Mount Horizon High School, un lycée quelque peu différent de ceux que l’on trouve ailleurs dans le pays, car il est uniquement dédié aux adolescents dits à problème. Le directeur, Peter Scarbrow, l’a créé quelques années auparavant afin de donner un sens à sa vie et également de manière à apprendre de ses propres erreurs. Il ne se sépare jamais de sa moto et est amateur de sport ainsi que de sensations fortes. Incarné par le séduisant Joe Lando (Dr. Quinn, Medicine Woman), Peter était autrefois un homme d’affaires plutôt talentueux, mais il a fini par totalement craquer et se plonger dans la drogue. Désintoxiqué depuis sept ans, son existence est un éternel combat et il est bien décidé à aider du mieux qu’il peut des jeunes souvent laissés sur le bord de la route. Pour cela, il peut compter sur sa fidèle amie, Hannah (Deborah Odell), ayant du mal à gérer sa vie intime en raison de la grande implication que demande son travail à Horizon. Le personnage quitte toutefois rapidement la fiction et est remplacé par la très sympathique Sophie, jouée par Anne Marie DeLuise dont le mari, Peter DeLuise (21 Jump Street), a réalisé quelques épisodes pour cette série. Sophie aime cultiver son indépendance et essaye pour la première fois de se poser quelque part, notamment parce qu’elle n’est pas insensible au charme de Peter. À Horizon, tous les élèves suivent le même type d’enseignement dont le but final est de les responsabiliser et de les réadapter à la société. Outre les cours habituels, ils sont amenés à participer à de nombreuses activités sportives, aux travaux de la vie courante comme la cuisine ou le ménage, mais aussi à des groupes de parole. L’idée étant est qu’ils doivent apprendre ou réapprendre à faire confiance aux autres, à gagner de l’assurance en eux et à être en mesure de collaborer avec autrui en harmonie. C’est donc leur quotidien que l’on suit et si le tout peut paraître répétitif, ce n’est pas réellement le cas, car les différentes personnalités hautes en couleur et leur développement permettent de densifier le scénario.

Peter et Sophie symbolisent les deux figures adultes majeures de Higher Ground. Le premier joue surtout le rôle d’un modèle masculin et assume en grande partie l’autorité requise pour mener à bien ce qu’il considère comme une importante mission. Proche de ses protégés, droit et juste, il est apprécié bien qu’il soit évidemment parfois contesté. Il se remet régulièrement en question et possède quelques zones d’ombre resurgissant de temps à autre. Horizon a par ailleurs plusieurs difficultés de financement et Peter cherche des fonds suffisants tout en essayant de conserver sa grande autonomie et son libre arbitre. Ce qu’il y a de particulièrement intéressant dans la série, c’est que ce personnage soit approfondi et que l’accent ne soit en aucun cas axé uniquement sur les adolescents. De même, sa relation avec Sophie est joliment écrite et possède d’agréables moments. Grâce à Peter, l’action se déplace parfois à New York, lorsqu’il doit retourner voir son ex-femme qui est visiblement toujours sensible à son charme, et son père avec qui il s’entend mal. Du côté du corps enseignant d’Horizon, les autres profs sont aperçus de manière assez sporadique et n’ont pas de réel temps d’antenne. On est toutefois en mesure d’y reconnaître Dmitry Chepovetsky (ReGenesis) en professionnel très gauche et Roger R. Cross (24). Bien évidemment, les parents et l’entourage plus lointain des lycéens ne sont jamais oubliés et se veulent régulièrement au centre des propos tant leurs marques, voire leur emprise, peuvent être prégnantes.

Comme le titre français le suggère très maladroitement, Higher Ground traite des cœurs rebelles, autrement dit des adolescents à fleur de peau qui sont parfois littéralement perdus. Seule la classe de Sophie est le sujet de la série, les autres élèves n’ayant absolument aucune existence propre. D’une certaine manière, c’est d’ailleurs plutôt étrange dans le sens où, techniquement, tout le monde finit plus ou moins un jour par se mélanger. Le premier épisode débute par l’arrivée de Scott à Horizon. Renvoyé de son équipe de football américain alors qu’il en était la coqueluche, fumant du cannabis et ayant de gros problèmes d’autorité, il est en roue libre depuis quelques mois et son père (Garwin Sanford – Narrim dans Stargate SG-1) ne sait plus quoi faire de lui. Suivant les conseils de sa nouvelle femme interprétée par Emmanuelle Vaugier (Smallville), il l’envoie à Horizon. La rébellion de Scott est due à un évènement traumatique à répétition amené avec beaucoup d’intelligence et prenant à contrepied le téléspectateur, habitué que ce soit le sexe féminin qui en soit victime. Scott a au départ du mal à s’adapter à son école et préfère faire bande à part plutôt que de tenter de s’intégrer. C’est Hayden Christensen qui lui offre ses traits, quelques mois avant de découvrir qu’il allait devenir Darth Vader dans Star Wars. Il finit à la longue par se rapprocher de Shelby qui, elle, est incarnée par A.J. Cook (Criminal Minds, Tru Calling). Très difficile à côtoyer en raison de son épaisse carapace, elle cache plusieurs lourds secrets dont elle ne veut pas parler. La plus mûre de tous les ados de la classe, et celle qui se trouve également là depuis plusieurs années, est Kat (Kandyse McClure – Battlestar Galactica), se sentant coupable de la mort de sa sœur. Juliette (Meghan Ory – Once Upon a Time) souffre quant à elle de boulimie et de l’insatisfaction permanente de sa mère. Toujours du côté des filles, la gothique Daisy aux parents alcooliques qui arrive quelque temps après Scott est campée par Jewel Staite (Firefly, Stargate Atlantis). Et enfin, chez les garçons, Auggie (Jorge Vargas) est rongé par la colère et Ezra (Kyle Downes) paraît peut-être stable si ce n’est qu’il n’est pas surnommé le pharmacien pour rien. Ces sept jeunes sont ainsi amenés à cohabiter jour après à jour et finissent progressivement par former une sorte de petite famille. La série n’est pas franchement naïve et ne les rend donc pas tous amis, mais elle croque le portrait d’un groupe devenant uni et faisant face à l’adversité. Certains sont plus attachants que d’autres, Shelby, Daisy et Ezra étant peut-être ceux les plus plaisants pour diverses raisons. Autrement, l’interprétation est de plutôt bonne qualité excepté celle de Meghan Ory qui est assez fluctuante.

Les épisodes mettent ainsi en évidence des hauts et de nombreux bas, mais lorsqu’un personnage sombre, c’est toujours pour mieux remonter. Moult thématiques plus ou moins spécifiques sont traitées : les troubles alimentaires, les suicides, les drogues, la dyslexie, l’inceste, l’automutilation, les viols, la violence, l’adoption, le divorce des parents, la stérilité ou encore la sexualité (hétéro et homo). La série a pour principale qualité de ne jamais tomber dans la surenchère, le sensationnalisme ou la superficialité. Bien qu’elle s’attarde sur beaucoup de sujets différents, elle le fait toujours avec une certaine réserve et ne charge pas ses personnages comme s’ils avaient un passé absolument incroyable. Il est certes plus que douloureux, mais le tout demeure systématiquement on ne peut plus crédible. Les protagonistes ne sont pas vus qu’à travers le spectre de leurs problèmes et, de toute manière, il faut parfois attendre de nombreuses semaines avant de découvrir ce qui les amène dans cette sorte de sanctuaire. L’autre point très positif est de sortir du côté schématique en approfondissant les obstacles au long cours. Ce n’est pas parce qu’un épisode sera plus axé sur untel que cela signifiera qu’à la fin, tout sera réglé. Bien au contraire, l’évolution se fait progressivement et difficilement. Il est également assez aisé de s’identifier à l’un d’entre eux. Les élèves apprennent à exprimer leurs émotions et à les travailler de manière à apprivoiser leurs tourments et pouvoir retourner à la vraie vie, c’est-à-dire en dehors du cocon qu’est Horizon. Higher Ground n’est pas optimiste ou pessimiste, elle est juste réaliste et c’est déjà plus que louable. En revanche, les bons sentiments paraissent inévitables, mais demeurent très légers, même si aucun personnage ne sort réellement de trop des rangs.

Sur une note plus universelle, la camaraderie et la romance sont naturellement dans l’air. Certaines dynamiques entre les jeunes sont franchement agréables comme celle entre Shelby et Daisy qui deviennent grandes amies, celle entre Daisy toujours et Ezra, ou bien évidemment celle entre Shelby et Scott. En fait, la série a tout pour plaire aux adolescents qui représentent son public cible, car en plus de traiter avec fidélité certaines angoisses et négligences de cette période, elle met donc aussi le doigt sur d’autres sujets plus triviaux. Comme les adultes ne sont pas oubliés et que l’accent est parfois placé sur leurs propres difficultés liées à la canalisation et l’aide de leurs protégés, il ne s’avère pas non plus nécessaire d’avoir quinze/seize ans pour la regarder et l’apprécier. En outre, si le ton est foncièrement dramatique en raison du cadre, il n’est pas pour autant dépressif et l’humour n’est jamais délaissé. Grâce à des personnages comme la caustique Daisy, il n’est pas rare de sourire, voire de rire de bon cœur. Quid de la fin ? Bien que la production ait été annulée, il paraît assez évident qu’elle n’était de toute manière pas du tout faite pour persévérer ; les élèves n’allaient en effet pas perdurer des années à Horizon. Le dernier épisode conclut plus que correctement le tout et ne laisse en aucun cas place à la frustration.

Sur la forme, il faut avouer que la série est assez particulière et marquée par sa décennie. La réalisation est effectivement parfois frénétique avec des mouvements de caméra très rapides et une musique tout aussi effrénée. La majeure partie du temps, l’ensemble reste relativement sobre toutefois. Les paysages sont en tout cas magnifiques pour qui apprécie les montagnes et les forêts puisque les protagonistes sont vraiment plongés au cœur de la nature et confrontés aux éléments environnementaux comme la neige et les tempêtes. Sauf quelques exceptions notables, le cadre se limite aux alentours de Horizon. Chaque épisode commence par une citation d’un écrivain ou d’une personnalité politique. Concernant la musique, son emploi est du même acabit que ceux des teen shows des années 1990, début 2000. En d’autres termes, plusieurs chansons sont utilisées à divers endroits, mais elles ne sont jamais prépondérantes. Comme c’était la grande mode à l’époque, ce n’est pas étonnant d’y entendre du Sarah McLachlan et plus particulièrement Angel. À noter cependant que celle-ci, consciente du budget limité de la fiction, a payé elle-même les droits de sa composition à sa propre compagnie. Joli geste que plusieurs autres artistes canadiens ont réalisé. En fait, il semblerait que le Canada ait apporté une certaine aide à la production ; maints acteurs sont en plus canadiens et la série aurait été tournée dans les environs de Vancouver. Et comme toujours, puisque l’ensemble date, on peut s’amuser à y relever de nombreux visages connus. Outre tous ceux dont il a déjà été question, on y voit Paul McGillion (Stargate Atlantis) sans son adorable accent écossais, Christopher Shyer (Whistler, V -2009-) en rencart de Sophie, Kim Coates (Sons of Anarchy) comme frère de Peter, Andrew Airlie (Reaper) en ancien ami blond (!) de Peter, JR Bourne (Stargate SG-1) en publiciste pas très futé, ou encore Adam Beach en garde-forestier.

En définitive, Higher Ground est une série traitant avec justesse d’un groupe de jeunes souvent confus, traumatisés et rejetés par la société. Souffrant de problèmes crédibles, ils tentent d’y faire face afin de pouvoir se construire une véritable identité. Bien que le ton soit parfois légèrement gentillet et que les épisodes manquent un tant soit peu d’approfondissement, on ne peut nier que la fiction ne fait pas preuve d’une grande authenticité en plus d’impliquer émotionnellement. Elle met dès lors en scène de beaux portraits nuancés d’adolescents, mais aussi d’adultes essayant de les aider à aller de l’avant, le tout avec une certaine dose d’humour, de drames, de tact et d’honnêteté. L’ensemble est d’autant plus appréciable que les teen shows de cette trempe ont malheureusement presque totalement disparu des chaînes nord-américaines.

Par |2018-07-06T18:00:17+02:00octobre 11th, 2012|Higher Ground, Séries canadiennes, Séries étasuniennes|7 Commentaires