Fûma no Kojirô | 風魔の小次郎

Tout comme certainement un grand nombre de personnes, lorsque j’ai mis les pieds dans le monde des séries japonaises, je ne savais pas trop quoi regarder. C’est pourquoi j’ai, à l’époque, récupéré plusieurs productions totalement au hasard. Fûma no Kojirô est l’une d’entre elles et je ne viens que de m’y mettre – moyennement motivée, il faut l’avouer. Derrière ce titre se cache comme souvent un manga, et plus particulièrement le shônen du même nom de Kurumada Masami, le mangaka notamment connu pour Saint Seiya. Composé de dix volumes publiés entre 1982 et 1984, le succès de Fûma no Kojirô fut suffisamment important pour qu’il puisse obtenir plusieurs adaptations, dont un animé, une comédie musicale et, en ce qui nous concerne, une version télévisée. Celle-ci est constituée de treize épisodes de 25 minutes diffusés sur Tôkyô MX entre octobre et décembre 2007. Aucun spoiler.

Le lycée Hakuô était autrefois un établissement prestigieux où tout le monde se battait pour y être admis. Malheureusement, les temps ont changé et il tombe désormais en désuétude. Si la mort de son directeur y est peut-être en partie pour quelque chose, la principale coupable est sa grande rivale, l’école Seishikan, qui n’hésite pas à utiliser tous les moyens pour attirer les élèves. Kojirô, un ninja du clan Fûma, accepte de venir aider Hakuô mais il est rapidement confronté à une bataille le dépassant. Effectivement, Seishikan est suivie de près par un autre clan, Yasha, eux qui sont ennemis des Fûma depuis des centaines d’années. La lutte entre ces deux groupes reprend alors son chemin et tous les coups sont permis.

     

Pour peu que l’on soit amateur de fantastique et de genres apparentés, les chaînes telles que Tôkyô MX fourmillent de petites productions au budget anémique les mettant à l’honneur. RH Plus, Tôkyô Ghost Trip sont d’autres exemples à ranger du côté de Fûma no Kojirô. Malheureusement, l’analogie avec ces deux séries est loin d’être fortuite étant donné que celle qui nous intéresse aujourd’hui souffre de défauts identiques, et se révèle plus poussive qu’autre chose. N’ayant pas lu le manga et ne comptant absolument pas m’y mettre, je ne serai pas en mesure de préciser si l’adaptation est de qualité. Cependant, puisqu’il s’agit d’un shônen, il paraît assez évident que les écueils du format n’ont clairement pas été oubliés. De fait, ce j-drama s’apparente surtout à une succession de combats schématiques possédant, certes, un fil rouge, mais il est surtout présent pour éviter de proposer une coquille vide et non pas pour en tirer un quelconque parti. Ainsi, Fûma no Kojirô essaye d’illustrer la féroce animosité entre deux clans de ninjas se détestant viscéralement depuis plus d’un demi-millénaire. S’ils s’évitaient dernièrement et ne cherchaient plus l’affrontement, ils se retrouvent confrontés à leurs anciens démons alors qu’ils tentent de venir respectivement en aide à deux écoles. Naturellement, il y a d’un côté les gentils avec le lycée Hakuô et le clan Fûma ; et de l’autre se situent les méchants, retors et sans principes moraux appartenant aux Yasha, eux-mêmes axés sur l’hégémonie de l’école Seishikan. Les protagonistes non liés aux ninjas comme l’élève devenue directrice ne sont pas importants et ne servent qu’à offrir gratuitement un arrière-plan fade et approximatif. En d’autres termes, ils ne retiennent aucunement l’attention et sont rapidement oubliés une fois la télévision éteinte. À vrai dire, Fûma no Kojirô est une sorte de série de duels où le manichéisme, l’unidimensionnalité et la simplicité font la loi. Pourquoi se détestent-ils tous ? Aucune idée, et là n’est de toute manière pas la question.

Sans grande surprise vu le titre, le ninja Kojirô (Murai Ryôta) est celui ayant le plus de possibilité de rayonner. Malgré tout, il ne convainc pas une seule seconde en raison de clichés à outrance et de stéréotypes usant de sermons bon marché. En effet, le jeune homme – appréciant visiblement se promener torse nu – a beau faire partie intégrante des Fûma, il n’est guère pris au sérieux parce qu’il tend à s’amuser de tout et ne pas suffisamment se reposer sur les codes moraux de cette caste particulière. Ses comparses sont soit dédaigneux envers lui, soit ils le prennent comme le petit frère sympathique avec lequel on peut s’amuser. Évidemment, le combat contre les Yasha étant dévastateur, les morts s’amoncellent en n’émouvant personne plus de deux minutes, Kojirô s’endurcit, prend de la graine et réalise le bien fondé de toutes les règles en vigueur dans son monde. Cette prévisibilité est fortement ennuyante surtout que l’intrigue famélique est linéaire et mise en scène à grand renfort d’effets spéciaux ridicules et d’une réalisation franchement médiocre. Bien sûr, l’absence de budget de cette production est à prendre en considération mais d’autres ont déjà eu l’occasion de prouver que l’absence d’argent ne nuisait pas forcément à une quelconque fiction ; il est donc légitime de ne pas tout accepter, quand bien même une certaine créativité soit à dénoter. En tout cas, l’ensemble fait surtout très kitsch et ne donne pas l’impression de seulement dater de 2007. Sinon, la musique composée par Kameyama Kôichirô n’est pas désagréable si ce n’est que, là aussi, elle paraît accumuler toutes les sonorités attendues pour une série de ce genre – avec des tonalités versant parfois dans la techno et l’électronique, par exemple. La chanson Ryûsei ROCKET d’An Cafe entendue dans le long générique de début et Eien no Setsuna d’ON/OFF sont suffisamment entraînantes pour en devenir agréables. Quoi qu’il en soit, Kojirô et ses frères spirituels n’ont pas d’autre choix que d’aller jusqu’au bout de leur guerre contre les Yasha. Chaque épisode dépeint le combat d’un des leurs contre un adversaire. Avec leur meneur, ils sont au nombre de huit de chaque côté, la majorité étant dotée de pouvoirs spéciaux et de capacités surhumaines. L’intensité épique ou l’impact émotionnel attendus ne sont jamais présents et manquent cruellement à l’appel. Il est quasi impossible de se sentir concernés par ce microcosme car l’atmosphère à mi-chemin entre la comédie ridicule et le drame ne prend pas pour cause de lourdeur et de maladresses. C’est comme si l’objectif de la série n’avait pas été préalablement défini au départ : susciter le rire, l’émotion, apporter du rêve aux amateurs de ninjas, émoustiller les hormones des fans, etc. ? Fûma no Kojirô est une autre de ces séries à ranger dans la case de celles disposant d’un matériel somme toute plutôt alléchant – bien que non dénué de défauts – et ne parvenant pas à l’exploiter à bon escient. Ne commençons surtout pas à évoquer l’interprétation générale des acteurs, les dialogues consternants ou les divers portraits des personnages, tous aussi fades les uns que les autres, voire ridicules par moments compte tenu de leurs costumes, leurs perruques colorées et leur grandiloquence. Pour l’anecdote, un des sbires des Yasha est joué par Fujita Rey (GARO) et il est également possible d’y voir les jumeaux Sakamoto (Tôkyô Ghost Trip), Shindô Gaku, Furukawa Yûta (LIAR GAME – Episode Zero) ou encore Okamoto Natsuki (Keitai Sôsakan 7). Enfin, il existe plusieurs références à la culture japonaise avec le fameux fûrin kazan.

En définitive, Fûma no Kojirô, avec son scénario de deux clans ninjas se vouant une haine viscérale, aurait pu ressembler à une série divertissante se regardant aisément et laissant un souvenir définitivement fun. Or, ce n’est pas le cas puisqu’elle accumule tous les défauts avec son écriture poussive, ses combats de coqs, ses personnages creux et sans charisme ou encore son format répétitif où les combats s’enchaînent, se ressemblent et oublient d’impliquer le téléspectateur. S’il est évident qu’il est nécessaire de la visionner au second degré, cela ne suffit toutefois absolument pas. Le résultat final est ainsi plat, terne et totalement déconseillé. L’histoire est peut-être capable de posséder un vrai attrait sous format papier à travers un manga, mais à la télévision et adaptée de cette façon, l’effet est inverse.

Par |2017-05-01T13:59:17+02:00juillet 11th, 2013|Fûma no Kojirô|2 Commentaires

Saru Lock | 猿ロック

Pour terminer l’année 2012, j’ai eu envie de le faire dans la bonne humeur et j’ai donc décidé de me lancer dans une comédie japonaise. Mon choix s’est ainsi porté sur Saru Lock, l’adaptation télévisée du seinen manga du même nom de Serizawa Naoki. Composé de 22 tomes publiés entre 2003 et 2009, ce dernier est disponible en intégralité en France chez Pika. Quant au j-drama, il comporte treize épisodes de trente minutes diffusés entre juillet et octobre 2009 sur YTV. Le scénario a été écrit par Fukuda Yûichi, également à l’origine de Tôkyô DOGS ou encore de Yûsha Yoshihiko to Maô no Shiro. Il existe sinon un film datant de 2010 clôturant les aventures truculentes des personnages mais, malheureusement, les sous-titres ne semblent pas réussir à venir jusqu’à nous. Aucun spoiler.

Sarumaru est un jeune serrurier à qui les verrous et autres serrures ne résistent pas. Attirant toujours les mystères, il se retrouve régulièrement confronté à de multiples dangers. Enfin, lorsqu’il ne passe pas son temps à fantasmer sur toutes les femmes et rêver à l’idée de perdre sa virginité.

 

Aussi étrange que ça puisse paraître, je n’avais aucune idée de quoi Saru Lock parlait – à part de serrures, évidemment – avant de le commencer. Si j’avais lu un quelconque synopsis, je ne sais honnêtement pas si j’aurais osé le tester. Au premier abord, l’ambiance pourrait effectivement faire très peur et rappeler l’humour vulgaire extrêmement lourd des films américains comme American Pie. En fait, d’une certaine manière ce renzoku ressemble sur certains points à Stand Up!! qui, lui aussi, traite de jeunes cherchant à gagner en supposée virilité. Dans tous les cas, n’ayant pas lu le manga et ne comptant absolument pas m’y mettre, je serai incapable de comparer les deux ; il semblerait toutefois que la série télévisée se détache nettement de la version papier. Avec un format plutôt court, le rythme de Saru Lock se permet d’être enlevé, ce qui est d’autant plus maximisé par l’action omniprésente et les dialogues rapides. Alors que l’on pouvait imaginer un format schématique avec treize mini-intrigues n’ayant pas foncièrement de rapport entre elles, le j-drama fait sensiblement preuve de continuité. Il existe effectivement des arcs s’étalant généralement sur deux ou trois épisodes. À chaque fois, Saru et ses amis se retrouvent dans des situations abracadabrantesques et doivent employer de grands moyens pour se sortir du pétrin dans lequel ils se sont fichus bien malgré eux : des yakuzas spécialisés dans les sous-vêtements usagés veulent leur casser la tête, un fils à papa n’hésite pas à aller jusqu’à kidnapper et faire poser des bombes, ou encore un voleur sévit dans les parages et risque bien de mettre Sarumaru dans l’embarras. Attendez, comment Saru pouvait-il refuser de ne pas aider une jolie jeune fille dans le besoin ? Le côté répétitif est facilement atténué par l’atmosphère délirante et le fait qu’en définitive, la série soit très courte.

Fondamentalement, il ne se passe pas grand-chose dans Saru Lock. Les quelques rares pistes de développement comme le père de Saru ne sont pas du tout explorées ; la fin n’en est même pas une. Le héros aux cheveux gris, Sarumaru Yatarô, appelé par tout le monde Saru, est un as de la serrurerie. Vivant seul dans son commerce, il fait toujours preuve de bonne humeur et accepte tous les travaux susceptibles de mettre à l’épreuve ses talents qu’il a hérités de son père. Il est surtout corruptible dès qu’il a l’infime chance de passer à l’acte et/ou de voir une petite culotte. Toujours vêtu d’une combinaison de couleur (bleue, rose, rouge…) et d’un bandana, il circule sur son scooter et n’en rate jamais une pour se ridiculiser ou faire des bêtises. Bien qu’il ait la vingtaine, il est encore puceau et cette situation commence sérieusement à le frustrer. Sans grande surprise, il possède une incroyable collection de vidéos pornographiques et de poupées gonflables de manière à satisfaire ses pulsions sexuelles. Il peut en plus compter sur son meilleur ami, l’amateur de bretelles Yamamoto Kenji, se trouvant dans une galère d’inexpérimenté du même acabit. Avec une histoire pareille, la série avait tous les risques d’être poussive et insupportable. Cependant, ce n’est pas du tout le cas. Quand bien même on ne soit pas client en règle générale de ce genre d’humour porté sur l’érotisme, la recette fonctionne très bien grâce aux personnages décalés et aux situations franchement décomplexées. Par exemple, c’est avec surprise que l’on voit, l’air de rien, Kenji devant la télé, en train de se masturber. Pour un j-drama, l’écriture ne fait clairement pas dans de la pudibonderie. Ce n’est pas étonnant que les épisodes soient passés tard dans la nuit ! Bien que le ton soit quelque peu potache, il n’est pas pour autant graveleux. Les deux compères maladroits sont accompagnés dans leurs délires par le policier de quartier réservé et timide, Yamada Junsa, ayant une grande estime pour sa profession. Si l’ensemble devient aussi fun et divertissant, les acteurs y sont pour beaucoup. Ichihara Hayato (Wild Life) est effectivement un excellent Saru ; grâce à sa manière de parler très particulière et son surjeu apportant tout ce qu’il faut à l’ambiance, il réussit à devenir un héros attachant. D’ailleurs, c’est à se demander s’il n’a pas fait de l’aérophagie vu tout l’air qu’il inspire en hyperventilant de cette manière ! Le constat est aussi satisfaisant pour Yamamoto, incarné par un Watabe Gôta à mille lieues de son rôle dans QP, et pour Takaoka Sôsuke en homme de loi pétri de bonne volonté. Amis depuis l’enfance, ces trois zigotos presque idiots font tout ensemble et il en ressort un sympathique esprit de camaraderie et de pêche perpétuelle. Heureusement pour eux, ils sont régulièrement ramenés sur Terre grâce aux paroles plus sensées de Mizuhara Ritsuko qu’ils connaissent aussi depuis le bac à sable. Jouée par Ashina Sei (Bloody Monday, Stand Up!!), Ritsuko supporte les âneries en tous genres de Saru et des autres mais n’hésite aucunement à les secouer fréquemment. Les voir saigner du nez et s’exciter devant des poitrines ne lui fait clairement ni chaud ni froid.

Tous les épisodes jouent beaucoup sur l’aspect burlesque et cocasse, en insérant entre autres des séquences où l’imaginatif Saru se fait des films et où il a le beau rôle. Les lecteurs de shônen mangas quelque peu anciens retrouveront sans mal l’esprit gentiment indécent des héros de l’époque ; pour les connaisseurs, on plonge en plein ecchi. Ici, le singe (saru en japonais) se résume presque à une mascotte tant on voit son effigie partout et il devient amusant d’essayer d’en repérer le plus possible. Les sortes de codes QR disséminés d’ici et là sont, quant à eux, très intrigants. Sinon, les blagues fusent, les références et clins d’œil à la culture populaire se multiplient, les figures représentées sont extrêmement hautes en couleur et tout est destiné à faire rire et relaxer en bonne compagnie. À noter la galerie d’invités tels que Kikawada Masaya (My Boss, My Hero), Kabe Amon (Good Life), Morishita Yoshiyuki (LIAR GAME), Doi Yoshio (Densha Otoko), Kurokawa Tomoka (Shôkôjo Seira, Bloody Monday 2), Miura Yû (RH Plus), Takezai Terunosuke (TROUBLEMAN) et plusieurs gravure idols. De manière égale, la bande son composée par Yoshioka Shôji se place en actrice à part entière car elle aussi s’amuse des situations en exagérant certaines mélodies. Des scènes comme la montée contre le mur du lycée, avec l’envolée orchestrale, ou le saxophone pour les scènes plus langoureuses sont franchement extraordinaires dans leurs genres. C’est en plus rare d’entendre des resucées de chansons occidentales à autant de reprises dans une série japonaise. Autrement, Unlock de mihimaru GT, la chanson de fin dans le joli générique, se fond totalement dans l’univers débridé et mouvementé de Saru Lock.

En conclusion, Saru Lock est une série racontant les péripéties ridiculement rocambolesques d’une bande d’amis composée de trois obsédés par les jupes et décolletés, et d’une jeune femme autoritaire se moquant régulièrement d’eux. Bien qu’elle puisse à juste titre effrayer ceux évitant à tout prix les comédies stupides où tout le monde cabotine à outrance, celle-ci est loin d’être désagréable. Sans devenir pour autant indispensable, voire être conseillé à tout le monde, ce j-drama alerte séduit par son ton décalé et décomplexé ainsi que par sa forme rythmée, ses personnages truculents, sa bonne humeur perpétuelle et sa musique. Les épisodes sont alors parfaits pour coller un sourire niais et mettre dans d’excellentes dispositions. Certes, les histoires sont assez idiotes mais Saru Lock remplit amplement le cahier des charges et s’apparente à un divertissement sur fond d’amitié rafraichissant et presque, décoiffant.

Par |2017-05-25T11:37:01+02:00janvier 18th, 2013|Saru Lock, Séries japonaises|4 Commentaires