Black Sails (saison 1)

Hissez la grand-voile ! Après l’incolore et ennuyante Crossbones sortie plus ou moins à la même époque, il est l’heure de s’attarder sur sa concurrente directe, Black Sails. Cette série américaine ne connaît pas un destin analogue à celui de la première susnommée puisqu’elle est toujours d’actualité et continue tranquillement son chemin ; une quatrième saison a déjà été annoncée. Il s’agit d’une sorte de préquelle du roman Treasure Island (L’Île au trésor) de Robert Louis Stevenson. Pour l’heure, discutons de sa première année constituée de huit épisodes d’approximativement cinquante minutes diffusés sur Starz entre janvier et mars 2014. Aucun spoiler.

Début du XVIIIè siècle, Indes occidentales. Le capitaine Flint et ses compères de l’île de New Providence représentent l’une des principales menaces maritimes des environs. Prêts à tout pour parvenir à leurs fins, ils ne reculent devant aucun danger. Embruns, guerres intestines, courses au trésor chimérique, esclavages et jambes de bois rythment les journées de ces pirates vivant à l’âge d’or de leur histoire.

Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’évoquer, je suis une grande amatrice des récits de flibustiers et autres boucaniers. Malheureusement, la télévision ne les choie pas particulièrement et lorsqu’elle s’y met, le résultat n’est que rarement à la hauteur. Entre la médiocre L’Épervier ou plus récemment Crossbones manquant singulièrement de souffle et d’envergure, il ne semble pas y avoir grand-chose à quoi s’accrocher. C’est donc assez peu confiante que j’ai commencé Black Sails d’autant plus que le classique de Stevenson sur lequel elle se repose pour l’instant très vaguement ne m’a guère convaincue. La présence de Michael Bay à la production laisse des plus perplexe, d’ailleurs. L’action est-elle prédominante aux dépens d’une richesse scénaristique et d’une fidélité historique ? Le but n’est-il pas de multiplier les scènes racoleuses aux moult clichés ? Comme quoi, c’est souvent quand on s’y attend le moins que les surprises sont les plus jolies parce que, contre toute attente, j’ai grandement apprécié cette première saison malgré plusieurs défauts et diverses maladresses. Avouons déjà que l’esthétique plonge immédiatement dans l’ambiance. Les paysages et décors sont à couper le souffle et offrent ainsi une atmosphère exotique du plus bel effet. Entre les eaux turquoise, les couleurs chatoyantes sublimées par une photographie soignée, les superbes voiliers et, plus trivialement, les costumes et particularités des personnages au visage buriné et aux dents trop blanches – ainsi qu’aux yeux magnifiques pour la majorité ! –, il y a de quoi en prendre plein la vue. Cerise sur le gâteau, la musique composée par un Bear McCreary (Battlestar Galactica, Defiance) visiblement inspiré parachève le tout. La clé de voûte de l’ensemble se trouve peut-être au niveau du générique qui, probablement, est l’un des plus réussis de ces dernières années. Certes, quelques incrustations numériques se remarquent, mais elles ne gênent nullement et l’on se plaît à suivre ces aventures salées où les batailles de navires ne sont jamais oubliées.

Dès son premier épisode, Black Sails parvient sans mal à installer son cadre, ses protagonistes et à introduire solidement ce qui s’annonce. La caméra s’immerge dans l’univers de ces pirates aux ambitions parfois démesurées et où les coups de couteau dans le dos sont pléthores. La série ne possède pas réellement un personnage principal à proprement parler, mais l’illustre capitaine Flint est celui disposant le plus de temps d’antenne. Dirigeant le Walrus, il est peu aimé de son équipage qui ne comprend décidément rien à cet individu peu affable ne semblant servir que ses propres intérêts. Très ambigu, il multiplie les secrets pour des raisons au demeurant assez obscures bien qu’il cherche avidement le galion espagnol Urca de Lima détenant à son bord un fabuleux trésor. Cette quête symbolise justement le fil rouge majeur de cette année et n’est pas avare en rebondissements et en découvertes. Le fin stratège manipulateur Flint s’apparente sûrement à l’une des valeurs les plus charismatiques de la fiction. La solide interprétation de Toby Stephens (Robin Hood, Jane Eyre) maximise l’attention notable pour cet être au passé mystérieux, comme l’attestent ses accointances avec une femme pour l’instant fade, Miranda Barlow (Louise Barnes). L’ambivalence du personnage le rend difficile à cerner et, dès lors, à apprécier, mais il ne laisse pas indifférent et le voir naviguer de la sorte intrigue grandement. Mr. Gates (Mark Ryan), son fidèle et loyal camarade l’humanise en plus de se montrer lui-même fort sympathique. Toujours à leurs côtés, le droit et sérieux Billy Bones (Tom Hopper – Merlin) ou encore Dufresne (Jannes Eiselen), le comptable à l’évolution saisissante, se révèlent fort attachants. Pour mettre la main sur les caisses remplies d’or le faisant rêver, Flint cherche en premier lieu un ouvrage particulier officiant comme une sorte de carte au trésor. Et il se trouve que le nouveau supposé cuisinier, John Silver (Luke Arnold), sait un peu trop bien de quoi il en retourne. Ce dernier dont le nom n’est clairement pas inconnu injecte de l’humour, de la légèreté et une sacrée dose de malice par sa capacité à se sortir de n’importe quelle situation. Déjà en proie à leurs propres difficultés, ces boucaniers doivent également composer avec leurs comparses, mais aussi avec les autorités compétentes ainsi que les Guthrie gérant la contrebande à Nassau et dans les îles environnantes.

Pendant que Flint tente de convaincre son équipage de l’intérêt de partir en quête de l’Urca de Lima, les luttes font tout autant rage sur New Providence. Afin d’écouler leurs marchandises et continuer de mener leurs exactions, les pirates se doivent d’entretenir des liens particuliers avec des personnes qui, techniquement, ne sont pas des hors-la-loi. Le gouverneur de Nassau, Richard Guthrie (Sean Michael), est le premier d’entre eux. Les épisodes ne le mettent pas franchement en évidence et se focalisent plutôt sur sa fille, Eleanor (Hannah New). Malgré son statut de femme, elle entend bien s’affranchir des hommes, de son père et de tout individu susceptible d’entraver ses ambitions de grandeur et de pouvoir. Seul Mr. Scott (Hakeem Kae-Kazim), son conseiller et ancien esclave, a ses faveurs. La saison illustre son cheminement au sein d’une bande de vautours où la brutalité bestiale et la misogynie prévalent plus que de raison. Si elle sait se montrer impitoyable, elle n’est pas dénuée de faiblesse et se laisse par moments porter par ses sentiments, dont ceux qu’elle a pour la prostituée Max (Jessica Parker Kennedy et son bizarre faux accent français), mais également ceux qui la liaient jadis au séduisant capitaine du Ranger, Charles Vane. Ce pirate violent et indomptable est d’une force magnétique assez troublante et le jeu nuancé de Zach McGowan prolonge cette dualité permanente. C’est d’ailleurs notamment là où Black Sails plaît, car la fiction ne s’embarrasse nullement de personnages unidimensionnels, préférant à chaque fois l’ambivalence. Les proches de Vane comme l’intelligent et sympathique Jack Rackham (Toby Schmitz) ou la taiseuse Anne Bonny (Clara Paget) ne sont pas en reste. Presque tous ont des secrets, fomentent dans leur coin, intriguent et provoquent chez le téléspectateur émotions positives comme négatives. Les dynamiques en place sont tout aussi riches, complexes et ne paraissent jamais figées dans la roche, bien au contraire. Tout au long de la saison, le pouvoir change de main et, systématiquement, les cartes sont redistribuées.

Quand bien même ses finances ne doivent pas être extraordinaires, la série n’hésite pas à dépeindre des batailles maritimes, d’abordages et de pillages, ce qui fait grandement plaisir. Mais même en dehors de ces séquences souvent plutôt exaltantes, elle détient une atmosphère létale susceptible d’attiser la curiosité. Ce qui importe se trouve sur le sable chaud, là où s’ourdissent les complots, les scènes de boisson, de sexe et tout bonnement de ce quotidien où la géopolitique se taille la part du lion. Cette approche plus terre-à-terre et moins spectaculaire s’avère pertinente d’autant plus qu’elle permet par la même occasion de s’affranchir des contraintes budgétaires. Certes, les protagonistes parlent beaucoup, s’embarrassent parfois de clichés et versent un tant soit peu trop dans le fantasme des pirates et non pas de la fidèle réalité, mais le but de Black Sails n’est absolument pas de s’attarder sur des faits véridiques. Non, l’idée est surtout de proposer un divertissement enlevé, plus intelligent qu’il n’en a l’air et, en l’occurrence, la production possède des atouts incontestables. Elle n’hésite pas non plus à se montrer authentique et presque didactique en dépeignant des tâches comme le carénage des bateaux, l’écoulement de marchandises, etc., activités qui, généralement, sont peu croquées à l’écran. Les enjeux sont posés dès le départ, restent limpides et ne se perdent pas en moult conjectures imbuvables ; les épisodes les suivent correctement en dépit d’un léger ventre mou en milieu de parcours, et progressivement, les principales figures s’étoffent pour mieux convaincre. La recherche est palpable avec l’insertion de véritables personnalités de l’univers des flibustiers ; ce mélange entre fiction et réalité fait mouche et le novice – comme moi – ne relève pas les éventuelles prises de liberté et erreurs apparentées.

Pour conclure, la première saison de Black Sails plonge son audience dans les vastes eaux troubles de la piraterie en donnant le ton dès son superbe générique. Loin de se cantonner aux écueils habituels de ce genre devenu presque moribond, elle multiplie les aventures exotiques dans des décors paradisiaques où les détails esthétiques sont soignés, tout en insufflant une ambiance sombre, lourde et âpre. Les épisodes ne piquent peut-être pas d’emblée l’intérêt de la majorité en choyant surtout les affres existentielles des antihéros, mais progressivement, une tension indicible s’instaure et le souffle épique va crescendo pour mieux intriguer et, clairement, divertir. Avec des personnages complexes à la dualité marquée, une atmosphère palpable et un récit tenant savamment la route, ces prometteurs débuts se révèlent donc crédibles et plutôt jouissifs. En tout cas, il s’agit pour ma part d’un petit coup de cœur.
Bonus : le magnifique générique

Par |2017-09-04T21:48:13+02:00novembre 24th, 2015|Black Sails, Séries étasuniennes|0 commentaire

Skins (saison 7)

Longtemps évoquée et annoncée sous diverses formes, l’ultime conclusion – du moins, a priori – de Skins vient d’être diffusée cette année sur E4, en juillet et août. Cette septième et dernière saison dispose d’un format original puisqu’elle se divise en réalité en trois parties distinctes : Skins Fire, Skins Pure et Skins Rise. Chacune d’entre elles comporte deux épisodes de quarante-cinq minutes et se consacre à un personnage phare de l’univers, alors qu’il a définitivement quitté le monde de l’adolescence. Aucun spoiler.

Comme son nom l’indique à merveille, Skins Fire a pour héroïne la flamboyante Effy. Désormais âgée de vingt ans, elle travaille dans des bureaux de fonds spéculatifs à la City, à Londres. Se bornant à photocopier, préparer le café et répondre aux exigences de sa supérieure directe incarnée par la toujours aussi séduisante Lara Pulver (Robin Hood, Sherlock, True Blood), elle rêve de réussir à gravir les échelons. Pour cela, elle est prête à manipuler un gentil jeune collègue ayant un faible pour elle. En d’autres termes, la petite sœur de Tony a beau avoir gagné quelques années, elle n’a pas foncièrement changé et continue d’utiliser les hommes, consciemment ou non. C’est comme si sa stupéfiante plastique lui était toxique et entravait littéralement son propre développement. Quoi qu’il en soit, tout en cohabitant avec Naomi passant toutes ses journées à ne rien faire, elle charme rapidement le grand dirigeant de la société. Il est d’ailleurs tristement amusant de constater à quel point son interprète, Kayvan Novak, partage de nombreuses caractéristiques physiques avec Luke Pasqualino. Ces deux épisodes se déroulent sur plusieurs saisons et relatent le cheminement d’Effy et de Naomi alors qu’elles bataillent toutes deux pour des raisons différentes. N’évitant pas quelques maladresses, des éléments improbables et un drame qui aurait gagné à être densifié, ce double épisode se suit assez agréablement, surtout si l’on apprécie l’ancienne mutique aux yeux bleus. Il laisse tout de même une curieuse impression une fois terminé, car il aurait mérité un impact émotionnel plus prononcé.

     

Avec un titre tout aussi bien trouvé que le précédent, Skins Pure s’attarde sur la douce et innocente Cassie alors qu’elle se perd à Londres dans sa solitude et son isolement. Visiblement blessée par une relation amoureuse dont les stigmates sont encore vivaces, elle découvre avec horreur qu’un individu prend des photos d’elle. Tandis qu’elle cherche de quelle façon donner un sens à sa vie qui ne lui convient pas, son père ressurgit et la plonge davantage dans ses doutes et angoisses. Cette seconde partie est probablement la plus faible des trois. Sans être mauvaise, elle est malgré tout marquée par un rythme extrêmement lent où les épisodes tentent avant tout de créer une ambiance. Le risque est alors à double tranchant puisque l’on est soit susceptible d’y adhérer et de ressortir fasciné par ce voyage psychologiquement éprouvant pour son héroïne, soit, au contraire, être quelque peu ennuyé par ce que l’on assimilera à une torpeur rébarbative. Cassie ne partageant en plus que peu ses pensées, il est assez complexe de la comprendre et de ressentir une franche empathie à son égard, à moins d’avoir à l’origine un faible pour elle. Assez approximatif et longuet, Skins Pure n’est dès lors que peu convaincant. Qui plus est, si le but de la saison sept n’est pas de multiplier les clins d’œil, on ne peut s’empêcher de trouver dommage qu’aucun personnage de Skins autre que celui de la jeune femme ne soit aperçu.

Enfin, avec Skins Rise, Cook est de retour. Nous l’avions quitté alors qu’il venait d’assassiner de colère le meurtrier de Freddie. En fuite, il s’est depuis construit un semblant de vie où il deale de la drogue et suit les ordres de Louie (Liam Boyle), un homme au demeurant respectable bien qu’en réalité, glaçant. Portant son passé à bout de bras, il essaye malgré tout d’avancer et de ne pas réitérer ses erreurs. Jusque-là autodestructeur, excessif et parfois pénible, Cook a changé et les deux épisodes l’illustrent à merveille. Perpétuellement confronté à des histoires de filles ou, plutôt ici, de femmes, il paraît ne jamais pouvoir trouver un certain repos. Le premier chapitre est davantage réussi que le suivant dans le sens où celui-ci aurait gagné à raccourcir la scène dans les bois. Il est également dommage que l’actrice jouant Charlie (Hannah Britland) soit aussi peu naturelle. Cela étant, l’atmosphère délétère, le rythme haletant et la rédemption sous-jacente font mouche. En prime, le monologue de Cook est électrisant et parfaitement trouvé. Ces deux épisodes amènent à se rappeler à quel point le personnage avait pu être détestable durant ses débuts alors que là, son charisme magnétique ne fait aucun doute. L’intitulé de ce chapitre, rise, est plus qu’adapté ! De surcroît, Jack O’Connell y est tout simplement extraordinaire.

Si les trois parties sont distinctes l’une de l’autre, elles possèdent de nombreux points communs. La réalisation en est la principale pièce maîtresse. La fiction a déjà prouvé qu’elle savait solidement créer une atmosphère avec son jeu de lumières et de couleurs, son cadrage soigné, son alternance entre séquences intimistes et panoramas époustouflants, et son judicieux choix de musique. Cette saison ne dément pas cette affirmation et propose peut-être un résultat plus intéressant et saisissant de beauté que lors des années précédentes. Dommage en revanche que le générique ait disparu et que la troisième génération soit totalement occultée. La série parvient à croquer les affres de ses héros toujours aussi tourmentés avec sincérité, authenticité et justesse. Sa mélancolie, son spleen si particulier sont de retour et ce n’est pas parce que tout le monde a quitté l’adolescence que cela signifie pour autant que la vie leur est plus aisée. Tout en dépeignant les principaux traits de caractère de ses personnages, la saison n’opte pas pour la solution de la facilité en surfant sur une vague nostalgique. Le trio de tête a changé depuis la dernière fois que nous l’avions vu, bien que ce qu’ils ont été ne disparaît aucunement, et tous les trois n’ont parfois pas eu d’autres choix que d’avancer et de progressivement évoluer. Confrontés à de nouvelles embûches, ils essayent encore et encore de se construire. Après tout, n’est-ce pas ce que l’on fait toute sa vie ? Notre identité n’est-elle pas en perpétuel mouvement ? Les thématiques sont tout simplement plus adultes tout en gardant leur aspect fédérateur.

Au final, cette septième saison de Skins prend à contrepied le téléspectateur en ne cherchant aucunement à conclure ce qu’elle avait laissé en suspens, ou à jouer la carte de la nostalgie et de l’attachement en discutant de ses personnages. À la place, elle met seulement en avant trois histoires indépendantes ressemblant presque à de banales tranches de vie. Le résultat s’avère alors assez étonnant bien qu’il demeure globalement correct, notamment grâce à une troisième partie de bien meilleure facture que les précédentes. Plus sombre, cette saison n’hésite pas à se montrer désabusée, mais aussi, optimiste. En fait, elle joue de nouveau sur son registre doux-amer où la tendresse côtoie la cruauté. L’ensemble n’est clairement pas indispensable et il est tout à fait possible de s’arrêter à chaque fin de génération, mais ces vignettes prolongent une dernière fois le plaisir de fréquenter ces figures mémorables.

Par |2017-05-01T13:59:12+02:00septembre 12th, 2013|Séries britanniques, Skins|0 commentaire