Mop Girl | モップガール

À force d’entendre parler en bien de la comédie nippone Mop Girl, il fallait bien que je la récupère il y a de ça un bon paquet d’années. Toujours dans ma quête de tri par le vide de mes dossiers, je lui ai enfin donné sa chance. Elle s’inspire d’une suite de romans du même nom de Katô Miaki et comporte dix épisodes de quarante-cinq minutes chacun qui furent diffusés sur TV Asahi entre octobre et décembre 2007. Aucun spoiler.

Suite à une énième étourderie de sa part, Hasegawa Momoko est transférée à Little Angels, une compagnie de son entreprise s’occupant de services funéraires assez divers. Forcément, comme elle rêve d’organiser des mariages, la douche s’avère froide, mais elle est bien obligée de s’atteler à sa nouvelle tâche. La situation se corse drôlement, car elle possède un curieux pouvoir la forçant à remonter le temps quand elle touche une affaire appartenant à un défunt ayant pour lui une importance significative. Et vu son emploi actuel, elle ne peut guère y échapper ! La jeune femme choisit alors d’essayer de sauver de la mort ses clients ayant déjà un pied dans la tombe.

Malgré des critiques plutôt élogieuses et une distribution alléchante, j’admets que ce Mop Girl ne me disait rien qui vaille. Enfin, non, ce n’est pas tout à fait ça. Je suis persuadée qu’il y a plusieurs années, j’aurais sauté dessus et l’enthousiasme m’aurait envahie. Or, de l’eau a depuis coulé sous les ponts et je suis devenue extrêmement exigeante. Le format épisodique me rebute grandement et l’aspect parfois très codifié des séries japonaises finit par rapidement me fatiguer. Malheureusement, cette production ne sort pas du tout des sentiers battus et se contente de répéter inlassablement une formule éprouvée. Est-ce que cela signifie qu’elle se révèle mauvaise ? Absolument pas. Je crois finalement que je ne me trouve plus dans le public visé et si je n’ai pas du tout souffert au visionnage, j’attends davantage d’une fiction. Je comprends donc parfaitement les louanges puisque la recette fonctionne rondement grâce à un duo attachant et je regrette presque de ne pas l’avoir regardée plus tôt. Tant pis pour moi. Sans surprise, tout s’y veut classique et la réalisation ne le dément pas. La musique de Yoshikawa Kei (Voice) habillement convenablement les images à défaut de se montrer mémorable en dehors d’une mélodie mélancolique très réussie, et la chanson du générique de début, Destination Nowhere de l’actrice Sawajiri Erika, effectue tout aussi correctement son travail. Bref, rien ne vient troubler le cahier des charges habituel.

Chaque épisode se déroule de la même manière. Un individu décède dans des circonstances tantôt mystérieuses, tantôt tragiques ; les employés de Little Angels sont appelés sur les lieux pour nettoyer cette scène de mort. Contre toute attente, cette profession n’a rien de farfelu et existe bel et bien au Japon, pays où les oubliés ne sont pas si rares que ça. Toutefois, ici tout est édulcoré puisque l’idée est de faire rire l’audience, pas de la déprimer. Ne comptez donc pas sur des séquences glauques ou racoleuses. À la place, la fine équipe de bras cassés de cette compagnie classe les papiers, jette des affaires, envoie le cadavre à la morgue, etc., tout cela sans jamais choquer qui que ce soit. L’héroïne finit évidemment par toucher un objet ayant une valeur significative aux yeux du trépassé, entend des bruits stridents et retourne quelques heures, voire jours en arrière. À partir de là, elle décide de tout mettre en œuvre pour sauver la pauvre victime et n’en rate pas une pour cumuler les gaffes, tout en requérant l’aide d’un de ses collègues narcissiques. Ce concept détient plusieurs similitudes avec celui de Tru Calling si ce n’est que l’approche, elle, n’a rien à voir. Mop Girl s’apparente sans conteste à une comédie familiale. Le pouvoir particulier de cette voyageuse malgré elle ne sert que de prétexte pour alimenter les scénarios et n’injecte pas de vraie dimension fantastique. En dépit d’un rebondissement inattendu, la nature et l’origine de cette compétence ne sont que vaguement esquissées, l’accent étant surtout placé sur de la morale facile, du sentimentalisme gratuit et l’alchimie patente des deux protagonistes. Avec ce type d’écriture très schématique, il est logique que les visages familiers s’y multiplient. Notons par exemple la présence de Kubota Masataka, Abe Tsuyoshi, Katagiri Hairi, Sakamoto Makoto…

La petite vingtaine, Hasegawa Momoko est une femme impulsive, maladroite et n’en ratant pas une pour se faire remarquer. Pour autant, elle a très bon fond et n’hésite jamais à donner de sa personne pour venir en aide aux autres. Quand elle est mutée à Little Angels, elle tique parce que cet emploi n’a plus rien à voir avec son rêve d’organiser des mariages. Cette modeste structure la force en plus à composer avec son pouvoir auquel elle n’avait jamais été vraiment confrontée jusqu’à présent. C’est la pétillante Kitagawa Keiko (Buzzer Beat) qui incarne cette héroïne adorable, joviale et fascinée par le culturisme. Ses collègues s’avèrent tout autant bigarrés qu’elle entre son patron bienveillant (Satô Jirô – JIN), la sérieuse à la blouse cachant un tempérament flamboyant (Ikezu Shôko) et deux insipides joués par Takaoka Sôsuke (Saru Lock) et Natsuna (Jun to Ai). Sans oublier l’égocentrique obsédé par les femmes occidentales, le génial Ôtomo Shôtarô campé par un Tanihara Shôsuke (Magerarenai Onna) en très grande forme. Ce dernier et Momoko passent leur temps à se railler et se disputer, mais ils s’affectionnent et semblent au bout du compte grandement s’amuser. Tout au long de la fiction, les deux partenaires se lancent donc dans des missions de sauvetage de défunts, bien que Shôtarô n’ait aucune idée des capacités de sa comparse qu’il juge régulièrement usante, et préfère papillonner, en vrai cœur d’artichaut qu’il est. Elle ne le lui laisse pas le choix de toute manière en le menaçant de révéler ses penchants et mensonges. L’alchimie des acteurs injecte un vent rafraîchissant atténuant les lacunes scénaristiques. Car ne le nions pas, tout ce qui entoure les décédés reste convenu et prévisible, voire niais au possible. Seul le quatrième épisode change un peu la donne avec son ambiance amère et vraiment réussie. S’il ne fallait retenir qu’un unique élément, ce serait cette paire de choc qui dynamite la production à grand renfort d’un comique de répétition souvent drolatique. D’autres figures secondaires, comme la famille envahissante de Momoko et l’inspecteur assistant, participent à l’atmosphère décalée.

Finalement, la comédie Mop Girl repose avant tout sur l’entrain et la personnalité attachante de son héroïne gaffeuse remontant le temps pour venir en aide à des morts. Loin de révolutionner le genre malgré un postulat de base plutôt original, elle se contente de ressasser un canevas narratif similaire ayant de quoi poliment ennuyer. Sauf que le charme de son duo phare, les obsessions truculentes d’un narcissique adorable et la bonne humeur presque perpétuelle finissent par amuser à condition d’y aller par petites doses. L’objectif est par conséquent atteint puisqu’à défaut de provoquer un grand enthousiasme, cette série légère se révèle divertissante, surtout si l’on a un faible pour ces fictions japonaises à l’humour quelque peu stupide et gentillet ne lésinant pas sur les émotions gratuites.

By |2018-07-06T18:00:17+01:00juillet 20th, 2016|Mop Girl, Séries japonaises|0 Comments

Saru Lock : The Movie | 猿ロック : The Movie (film)

Il aura fallu les attendre un sacré moment, mais, ça y est, les sous-titres de Saru Lock : The Movie sont désormais disponibles depuis quelque temps. Comme son intitulé l’indique plus qu’explicitement, le billet de ce jour est consacré au film suivant la série télévisée Saru Lock, elle-même adaptée du manga du même nom. Réalisé par Maeda Tetsu, il est sorti dans les salles nippones le 27 février 2010 et dure 112 minutes. Il n’est pas du tout nécessaire d’avoir regardé le j-drama pour démarrer ce long-métrage, bien que ce soit évidemment préférable. Aucun spoiler.

Lorsque la jolie Mayumi demande à Sarumaru de l’aider à ouvrir un coffre-fort qui, soi-disant, lui appartient, le serrurier au grand cœur et aux hormones en ébullition ne peut refuser. Comme d’habitude, il se lance la tête baissée dans cette entreprise et finit par s’en mordre les doigts tant la situation sort de son contrôle. Néanmoins, en étant confronté à moult malfrats, ne va-t-il pas tomber amoureux et atteindre son but ultime ?

 

En dépit d’une approche pouvant à juste titre effrayer les réfractaires aux blagues potaches et à l’humour grivois, le renzoku Saru Lock se révèle plutôt rafraîchissant grâce à ses protagonistes truculents et foncièrement attachants, mais également compte tenu de ton décomplexé et ridiculement drôle. Forcément, si l’on a quelque peu apprécié l’univers, l’idée d’un film a de quoi être séduisante si ce n’est qu’il est légitime de se montrer perplexe pour plusieurs raisons. La première est liée à la crainte d’un émoussement du rythme. Effectivement, passer du format d’épisodes d’une petite vingtaine de minutes à une fiction de presque deux heures ne se réalise pas aussi aisément que ce que l’on pourrait croire. Par ailleurs, quel est l’intérêt d’un long-métrage ? Les Japonais ont beaucoup trop l’habitude de sortir des dérivés de séries ayant plutôt bien fonctionné, avec un résultat trop régulièrement correct, sans plus. En d’autres termes, ces à-côtés viennent parfois gâcher l’impression positive que l’on avait d’une production, ce qui est dommage. Alors, qu’en est-il de ce Saru Lock : The Movie ? Malheureusement, les craintes initiales sont fondées même si le film parvient à garder la tête haute. Si les dialogues rapides sont de nouveau de la partie, ou encore que la réalisation et la musique s’amusent avec les clichés, l’ensemble tire sensiblement en longueur et peine à retrouver l’efficacité de la série. Contre toute attente, alors que le temps le permet justement, des personnages tels que Ritsuko sont presque aux abonnés absents. Le long-métrage préfère se focaliser sur son héros, les autres servant surtout de faire-valoir. Sinon, les excès ont toujours symbolisé Saru Lock, mais plusieurs méchants jouent un peu trop la carte de l’ennemi caricatural en en faisant des tonnes. En résumé, les défauts et qualités de la fiction sont de la partie et, encore une fois, la profonde amitié et les aventures irréalistes de l’équipe atténuent suffisamment ces fameux écueils pour ne pas irriter, surtout que des petits détails sont distillés afin d’apporter un minimum de densité à Saru.

 

Plusieurs mois se sont écoulés depuis la fin de la série, mais les choses n’ont pas vraiment bougé depuis. Sarumaru et Yamamoto sont encore des obsédés prêts à tout pour conclure et passent leur temps à courir d’un endroit à un autre, dans l’espoir de voir quelques dessous affriolants. Ritsuko n’en rate pas une pour se moquer d’eux et continue dans son coin son petit bonhomme de chemin. Le seul à avoir sensiblement progressé est Yamada, car il a quitté la police de quartier pour travailler en tant que véritable inspecteur. Sous les ordres de la superbe mais froide Mizuki Eiko (Konishi Manami – Ashita no Kita Yoshio), il cherche en vain à récupérer un coffre-fort ayant disparu d’une banque, volé par des criminels sacrément organisés. Le monde étant définitivement minuscule, Sarumaru se retrouve également lié à cette enquête aux multiples ramifications en raison d’une de ses clientes, l’ambiguë Mayumi (Higa Manami – Marumo no Okite). C’est ainsi que le serrurier et ses amis s’embarquent dans une affaire où tous les coups sont permis. Entre courses-poursuites automobiles, plongeon dans l’eau, films imaginaires – et cruel retour à la réalité – de Saru, salles de sport, drogues, serrures à crocheter et la quête du grand amour, les rebondissements sont pléthores et il va de soi que certains n’en sortiront pas tout à fait indemnes. C’est l’occasion de voir plusieurs visages connus, dont notamment Kunimura Jun (Soratobu Tire), Mitsuishi Ken (BOSS) et Wada Soko (Tsugunai).

Au final, Saru Lock : The Movie est dans la lignée de la série télévisée qu’il suit. Présentant des situations invraisemblables où l’humour cocasse côtoie les blagues légèrement licencieuses, il fait rire et détend en bonne compagnie. La galerie de personnages a toujours beau être parfaitement ridicule, elle regorge de telles figures attachantes qu’il s’avère difficile de ne pas avoir le cœur semblable à un marshmallow. S’il est indiscutable que le rythme connaît quelques faiblesses, que l’intrigue aurait mérité d’être condensée et que l’interprétation abuse du cabotinage, le visionnage demeure dans l’ensemble satisfaisant. Qui plus est, sous cette apparence de frivolité superficielle, ce long-métrage parvient parfois à toucher la corde sensible et à continuer de développer des éléments liés à la caractérisation de son héros. Pour un univers ne se prenant aucunement la tête, le résultat est en définitive étonnamment efficace – à condition, bien sûr, d’adhérer à cette atmosphère particulière et au surjeu permanent.

By |2017-05-01T13:58:56+01:00septembre 25th, 2014|Films, Saru Lock, Séries japonaises|2 Comments