Ryôkiteki na Kanojo | 猟奇的な彼女

Bien que le scénariste Sakamoto Yûji (Mother, Soredemo, Ikite Yuku) soit surtout réputé pour ses drames, il a à son actif plusieurs comédies, dont la plutôt méconnue Ryôkiteki na Kanojo, remake du beaucoup plus populaire film sud-coréen My Sassy Girl datant de 2001 et s’inspirant lui-même d’un roman. La série nous intéressant ce jour comporte onze épisodes diffusés sur TBS entre avril et juin 2008. Comme souvent, le premier dure un quart d’heure de plus que les quarante-cinq minutes habituelles. Aucun spoiler.

Alors qu’il rentre chez lui après une dure journée, le chercheur en biologie marine Masaki Saburô aperçoit sur les quais du train une femme au tempérament volcanique à deux doigts de se faire percuter. Totalement éméchée, elle ne sait plus trop ce qu’elle fabrique et s’évanouit dans les bras du gentillet professeur qui n’a pas d’autre choix que de la ramener à bon port. Suite à un concours de circonstances, tous deux finissent par perpétuellement se croiser et commencer une relation qui ne s’annonce pas de tout repos.

Ce n’est un secret pour personne, le pays du Matin-Calme aime les histoires d’amour et apprécie les inclure dans la grande majorité de ses productions. Le Japon, lui, est plus avare en la matière. S’il n’est pas trop compliqué de fournir une poignée d’exemples, il s’avère tout de même assez rare de voir l’archipel nippon utiliser un autre univers que le sien. C’est avec une certaine curiosité que j’ai lancé ce Ryôkiteki na Kanojo, cela malgré ma frilosité envers le genre très codifié des comédies romantiques. Pour information, je n’ai jamais souhaité visionner le film sud-coréen, par manque d’intérêt ; et maintenant que j’ai testé la version japonaise, je suis convaincue de ne pas l’essayer. Je serai bien incapable de préciser si cette transposition se veut fidèle à l’esprit d’origine ou si, au contraire, elle prend de grandes libertés. En tout cas, il se révèle évident que multiplier le temps d’antenne par dix impose de sérieux ajustements, avec donc une histoire plus approfondie et maintes intrigues secondaires. Justement, la série accuse de nombreux problèmes dès son deuxième tiers, car elle s’éternise dans des détails, avance au rythme d’un escargot neurasthénique et donne l’impression de ne rien raconter. De toute manière, l’intégralité de cette production semble avoir été écrite par diverses personnes ne s’étant jamais concertées au préalable tant le ton passe d’un registre à un autre. Résultat, l’audience ne sait plus si elle est supposée rire ou s’émouvoir et s’agace presque devant ce qui s’apparente à une bien mièvre mascarade. L’humour voulu comme cocasse et truculent souffre surtout d’une grande lourdeur. L’absence de direction de la plupart des acteurs cabotinant à outrance, la réalisation volontairement exagérée et la musique vite épuisante de Kôno Shin (Byakuyakô) finissent par définitivement rendre le visionnage fort laborieux. Même les ridiculement drôles décorations marines et les références parodiques et clins d’œil à la culture populaire japonaise (les jidaigeki, Galileo, Sekai no Chûshin de, Ai wo Sakebu, etc.) ne permettent pas d’occulter toutes ces lacunes, surtout que l’élément phare, le fameux couple, déçoit.

Pour convaincre et divertir, une comédie romantique capitalise habituellement sur sa pièce maîtresse. En l’occurrence, Ryôkiteki na Kanojo n’est pas en mesure de compter sur elle parce qu’aucune alchimie n’existe entre les deux principaux interprètes et que les personnages en eux-mêmes se montrent insipides. Malgré leurs chamailleries, ils tombent amoureux et si leurs sentiments se développent assez correctement et logiquement, les émotions, elles, se limitent au strict minimum. Le Johnny’s Kusanagi Tsuyoshi (Ninkyô Helper) endosse le rôle de Masaki Saburô, un professeur universitaire assez niais et très naïf. Son altruisme n’est nullement une tare sauf qu’il en devient ici passif, incolore et profondément ennuyant. L’acteur essaye d’injecter un semblant de loufoquerie, mais patine d’emblée. Saburô pense devoir s’occuper d’une femme ivre pestant sur tout et n’importe quoi alors qu’elle attend le train. Bon samaritain, il tente de la mettre en lieu sûr, mais des quiproquos en amenant d’autres, il se retrouve nez à nez avec la police et beaucoup d’embarras. Cette Takami Riko à la langue bien pendue ne lui cause décidément que des malheurs. Et le calvaire ne s’arrête pas là puisqu’elle déménage en face de chez lui et n’hésite pas à débarquer dans son logement à n’importe quelle heure de la nuit, mais également sur son lieu de travail ! La jeune femme bouleverse le quotidien monotone de Saburô qui n’en a pas fini de voir de toutes les couleurs. La série s’amuse de ces suites d’évènements allant crescendo et de moult malentendus s’accumulant jusqu’à placer son protagoniste dans d’incroyables situations très inconfortables. Comble de malchance, il essaye de conquérir un amour d’adolescence, la douce et affable Asakura Minami (Matsushita Nao – Gegege no Nyôbô), qui se méprend toujours sur ce qui se passe. Tout le sel de Ryôkiteki na Kanojo repose sur le caractère tempétueux de Riko qui martyrise Saburô, mais aussi sur ce qui l’amène à se comporter de la sorte. Car son impertinence cache des meurtrissures.

Tout au long de ses épisodes, le drama illustre les humiliants déboires du candide biologiste tombant systématiquement dans le panneau. Il a beau se plaindre, il accepte d’obéir au doigt et à l’œil de sa nouvelle voisine bien envahissante. Riko manque tout de même d’une réelle espièglerie et se contente surtout de donner des ordres et d’arriver au mauvais moment. L’idéal aurait été de la rendre plus piquante et attachante. Là, elle ressemble surtout à une vraie enquiquineuse assez égocentrique. Tanaka Rena (Link) fait ce qu’elle peut, mais paraît surtout entravée par un script guère inventif et un partenaire peu inspiré. Les situations humoristiques sont tellement convenues et répétitives qu’elles n’entretiennent pas la comédie ; et déjà que l’aspect romantique bat de l’aile, la recette ne prend pas. Mais surtout, probablement afin de densifier son héroïne, le scénario choisit d’expliquer son attitude décomplexée par des ressorts mélodramatiques et un passé mystérieux que Saburô cherche à découvrir. En soi, le procédé demeure tolérable sauf qu’une fois de plus, la production rate le coche avec des séquences insérées de manière disparate, sans véritable cohérence d’ensemble. S’y ajoutent des thématiques pourtant universelles comme le deuil, les maladies, la crainte de l’échec, la peur du futur, etc. Or, à peine le téléspectateur commence à entrer dans le récit qu’un personnage ruine la scène avec une blague. Au bout du compte, si Ryôkiteki na Kanojo ne sombre pas totalement à l’eau, c’est parce qu’elle a le charme et le talent de Tanihara Shôsuke, parfait en Kazushima Kensaku, un collègue grandiloquent de Saburô. Désespéré à l’idée de finir seul, il s’imagine un tas de choses, rêve de dénicher la princesse de sa vie et plaît pour son énergie communicative. Les autres figures se contentent de la place de faire-valoir, bien que l’original professeur joué par Kamikawa Takaya (Warui Yatsura) ne soit pas dénué d’intérêt. Afin de ne pas changer la donne, la fiction ne tire pas non plus suffisamment profit de ses divers invités tels que Kanjiya Shihori, Sasaki Kuranosuke, Karina et Daitô Shunsuke.

Pour résumer, en dehors de rares jolis moments, avec sa relation sadomasochiste bien fade et ses principaux personnages presque insignifiants, la comédie romantique Ryôkiteki na Kanojo n’est ni drôle ni touchante. Les indécrottables fleurs bleues trouveront peut-être leur compte à condition de faire fi de l’humour répétitif et du théâtralisme permanent, mais avouons que cette série manque vraiment de subtilité, de tendresse et de papillons dans le ventre. Au lieu de réellement explorer le voyage sentimental de son couple phare, elle choisit de multiplier les péripéties rocambolesques sans queue ni tête. Et quand l’émotion réussit enfin à péniblement se frayer un chemin, elle est gâchée par des poncifs mélodramatiques à souhait et l’irruption inopinée de gags ineptes. En bref, si cette version japonaise reste si méconnue, c’est probablement parce qu’elle le mérite.

Par |2017-05-27T21:20:12+02:00août 30th, 2017|Ryôkiteki na Kanojo, Séries japonaises|0 commentaire

Kaze no Shônen | 風の少年

Les lecteurs les plus assidus de Luminophore se souviennent peut-être qu’il y a deux ans, j’avais regardé une grande partie des séries japonaises du printemps 2011 dans le cadre d’un billet pour Critictoo. Naturellement, même si je le souhaitais, tout n’était pas passé sur mes écrans puisque j’étais tributaire des sous-titres. À l’époque, je m’étais également focalisée sur les renzoku, tout en récupérant les tanpatsu diffusés à cette période. C’est dans ce contexte que j’ai entendu parler de Kaze no Shônen et de quelques autres qui devraient apparaître prochainement par ici. Composé d’un unique épisode d’un peu moins de cent minutes, ce tanpatsu est passé sur TV Tôkyô le 21 mars 2011 et a été mis en chantier par BS Japan pour fêter ses dix ans. Aucun spoiler.

Ozaki Yutaka est un adolescent de seize ans ayant quelques difficultés à accepter ce que la société attend de lui. Fréquemment renvoyé de son école, il passe le plus clair de son temps à composer de la musique. Lorsqu’il est recruté par une grande maison de disques, sa carrière s’envole mais il est rapidement rattrapé par l’envers du décor.

Il y a de très fortes chances que le nom d’Ozaki Yutaka ne dise absolument rien à quiconque n’étant pas japonais ou ne possédant pas une bonne culture musicale nippone. Pourtant, cet artiste – qui a donc vraiment existé – fut une vraie star au Japon dans les années 1980. Son empreinte fut extrêmement importante et il semblerait qu’il ait marqué toute une génération. Comme plusieurs icônes de cette génération, son existence fut entachée par de nombreuses zones d’ombre et par sa fin plus que précipitée. Kaze no Shônen s’apparente dès lors à une sorte de biopic retraçant pour la première fois les principales étapes de la carrière de ce rockeur. Ne connaissant absolument pas le personnage, je serai bien incapable de préciser si la représentation est véridique ou s’il existe des incohérences et autres erreurs. Ce billet ne se base par conséquent que sur les qualités intrinsèques de l’épisode.

Né près de Tôkyô en 1965, Ozaki Yutaka est un vrai amoureux de la musique. Contestataire, il ne parvient pas à demeurer dans le moule que la société requiert et se fait régulièrement remarquer à l’école pour son insubordination. Il n’est pourtant pas méchant ou stupide. Tout ce qu’il désire, c’est de pouvoir continuer ce qu’il aime. Lorsqu’il rencontre un manager d’une grande maison de disques, Sudô Akira, sa vie change du tout au tout. Bien que ce dernier ne voie d’abord en lui qu’un énième gamin peu intéressant, il remarque rapidement le talent du jeune homme. À fleur de peau, passionné et angoissé, Yutaka semble parfois porter le poids du monde sur ses épaules. Tour à tour heureux et dépressif, il est parasité par de nombreuses névroses prenant inexorablement une importance massive. Quelque peu effrayé par un père (Naitô Takashi) très strict, il est proche de sa mère (Tezuka Satomi – Bunshin, Sekai no Chûshin de, Ai wo Sakebu), de santé fragile. Son mal-être se transmet parfaitement dans les paroles de ses chansons, bien plus adultes et profondes que ce que l’on pourrait attendre de quelqu’un de son âge. Cet artiste a tout de l’image romantique de l’époque par son déchirement, sa quête de la liberté ultime et cette volonté de ne jamais entrer dans le moule. Au départ, Yutaka critique ce qu’il connaît bien, à savoir le système scolaire et, sans grande surprise, beaucoup s’y retrouvent. Le succès est fulgurant, les hits s’enchaînent et progressivement, l’adolescent doit grandir plus rapidement que prévu et se perd au passage, littéralement broyé par le système. Effrayé à l’idée de vieillir et de ne plus être en mesure d’écrire sur son sujet fétiche, il panique et accumule les erreurs jusqu’à parvenir à un point de non-retour alors qu’il n’a que 26 ans. Des histoires de cet acabit ont déjà entendues à de multiples reprises et le seront encore probablement, malheureusement. Toute génération dispose de son icône torturée. Dans les années 1980, Ozaki Yutaka fut celle du Japon. 

     

Bien que l’on puisse ne rien savoir de cette figure, le ton de Kaze no Shônen ne laisse aucun doute quant au fait que l’issue soit dramatique. Avec la voix off du manager, Sudô Akira (Takashima Masahiro – Futatsu no Spica), la nostalgie et la mélancolie s’entremêlent pour laisser place à un curieux sentiment. L’attachement de cet homme pour ce jeune à vif est plutôt joliment retranscrit. Celui-ci ne peut guère agir tant il a les pieds et poings liés par sa compagnie, et le poids de l’industrie musicale est d’ailleurs illustré sans réelles complaisances. L’instrumentalisation des artistes, le capitalisme versus la créativité, les concerts à la chaîne ou encore l’intérêt pécuniaire des idoles sont ainsi dépeints de façon discrète mais ils sont bel et bien présents. En un temps aussi court, il n’est naturellement guère possible de trop en montrer d’autant plus que l’accent est surtout placé sur Yutaka. C’est Narimiya Hiroki (Bloody Monday, Sweet Room, Innocent Love, Hachimitsu to Clover, Gokusen, Orange Days, Stand Up!!, Kôkô Kyôshi – 2003, Karei Naru Ichizoku) qui offre ses traits au chanteur et sa performance est relativement correcte, même s’il n’est pas du tout crédible en tant qu’adolescent. Il semblerait que le mimétisme soit prononcé, ce qui est presque devenu monnaie courante dans ce genre de productions. L’interprétation d’une illustre figure est toujours particulièrement compliquée, surtout lorsque peu d’années se sont écoulées depuis son décès.

Dans l’ensemble, l’épisode se regarde assez facilement mais il lui manque une vraie identité. Le tanpatsu est en effet fort plat et en dépit du drame ambiant, les émotions sont totalement absentes. Impossible de se sentir impliqué par ce que l’on voit tant tout va très vite et est dépeint de manière détachée. La narration académique n’aide en rien, ne le nions pas. Il est également dommage que le tanpatsu demeure au final frileux et ne cherche pas à expliquer la fin du personnage. La conclusion reste vague et ne prend aucun risque. Sinon, plusieurs interludes musicaux, chantés par l’acteur, sont disséminés de-ci de-là et plairont peut-être à certains mais je dois avouer ne pas avoir trouvé les chansons transcendantes. Autrement, d’un point de vue formel, la réalisation est très classique si ce n’est une photographie assez jolie. Avec une histoire se déroulant dans les années 1980, une certaine reconstitution serait logique si ce n’est qu’ici, rien n’indique que nous sommes encore au XXè siècle. La fiction ne cherche par conséquent pas à soigner les détails et se contente d’aller à l’essentiel.

En conclusion, Kaze no Shônen tente de dépeindre la foudroyante carrière du chanteur Ozaki Yutaka s’étant terminée aussi rapidement qu’elle a débuté. Révolté, anticonformiste et prônant la liberté dans une société où chacun doit rester à sa place, il s’est rapidement brûlé les ailes, devenant le symbole d’une jeunesse incomprise. Si le tanpatsu n’est pas mauvais, l’écriture est très plate et son absence d’impact émotionnel l’empêche de se révéler intéressant à suivre. De même, la bande-son pourtant actrice à part entière de l’ensemble s’avère presque décevante. L’épisode permet de se cultiver et de découvrir une personnalité japonaise artistique importante mais il n’est clairement pas indispensable ou même conseillé.
Bonus : I Love You, interprétée par Ozaki Yutaka – bien plus réussie que la version de Kaze no Shônen

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=Kkd_D5qu5mE

Par |2018-07-06T17:59:34+02:00mai 6th, 2013|Kaze no Shônen, Séries japonaises, Tanpatsu|12 Commentaires