Samurai High School | サムライ・ハイスクール

À défaut de nous plonger aujourd’hui dans un jidaigeki, nous allons tout de même nous attarder sur un guerrier japonais assez particulier grâce à Samurai High School. Rapidement évoquée lors de son arrivée à l’antenne, cette série est composée de neuf épisodes diffusés sur NTV entre octobre et décembre 2009. Seul le premier d’entre eux dispose de quinze minutes supplémentaires en plus des quarante-cinq habituelles. La scénariste, Inoue Yumiko, est à l’origine de fictions radicalement différentes comme Engine, Shiawase ni Narô yo, Pandora14 Sai no Haha ou bien Shiroi Kyotô. Aucun spoiler.

Mochizuki Kotarô est un lycéen poltron et gaffeur. Il passe plus de temps à s’apparenter à un idiot paresseux qu’à travailler et tenter de s’améliorer. À la suite d’une visite dans une sorte de librairie très particulière, il découvre qu’il partage le même nom qu’un vigoureux samouraï ayant vécu 400 ans plus tôt, et mort alors qu’il n’était encore qu’un adolescent. Les surprises ne s’arrêtent pas là, car l’esprit de ce fameux combattant est propulsé comme par enchantement dans le corps du chétif Kotarô dès que celui-ci se trouve en mauvaise posture. Forcément, les quiproquos et bêtises en tous genres n’ont pas fini de s’enchaîner !

     

Ayant un faible pour les fictions mettant le passé à l’honneur et celles employant les voyages temporels, Samurai High School se devait d’arriver sur mes écrans un jour ou l’autre. Bien sûr, compte tenu du synopsis et de la tonalité choisie, il est évident que cette série n’envisage pas de chercher un quelconque réalisme. Le but de cette production est probablement de faire rire et de détendre en bonne compagnie. Que le héros soit momentanément possédé par un individu au final assez mystérieux n’est qu’un accessoire utilisé pour maximiser le potentiel comique et moralisateur. Mine de rien, tout en suivant les codes propres au genre extrêmement balisé qu’est celui du monde scolaire, Samurai High School détenait l’opportunité de s’avérer rafraîchissant, décoiffant et définitivement divertissant. Malheureusement, outre l’absence totale d’un quelconque risque scénaristique, cet ensemble se veut la plupart du temps poussif, plat, sans aucune vigueur et très peu drôle. La majorité des acteurs cabotinent à outrance, les clichés s’amoncellent, les répétitions parasitent une intrigue déjà anémique et le sentimentalisme s’offre une place de choix au sein d’épisodes bancals par ce mélange approximatif de blagues et de drames.

Kotarô est un adolescent presque comme les autres, à l’exception que son corps est depuis peu investi par l’esprit d’un samouraï digne de ce titre. Pourtant, lorsque l’on rencontre le lycéen, le moins que l’on puisse dire est qu’il ne donne pas l’impression d’avoir inventé la poudre. Paresseux, jouant volontairement à l’imbécile pour pouvoir encore plus tirer sur la ficelle, il est désespérant. Personne ne lui demande jamais quoi que ce soit puisqu’il est évident que l’on ne peut compter sur lui. Il préfère grimacer, dormir et passer pour le nul de service. Forcément, ce n’est donc pas étonnant qu’il se fasse régulièrement embêter, voire racketter par des filles intraitables. Quant à son futur, il s’en fiche royalement. Pour parfaire son portrait, le scénario le dote d’une naïveté irritante et d’un ton plaintif constant. Miura Haruma lui offrant ses traits n’est pas un acteur que l’on peut qualifier d’exceptionnel et ce n’est pas ici qu’il prouve le contraire. Son Kotarô est extrêmement pénible et n’est jamais attachant. Forcément, le fait que le comédien endosse un autre rôle n’est pas en sa faveur et il peine à se montrer convaincant, bien qu’il soit probablement meilleur en tant que guerrier d’un siècle lointain. Certes, les deux faces de ce corps sont aisément différenciées, ce qui est au moins un point positif non négligeable. D’un côté se situe le modèle branlant et, de l’autre, il y a le séduisant très rigide. À ce sujet, la caractérisation de l’ancêtre est écrite avec aussi peu de finesse que la version moderne, et illustre un jeune homme engoncé dans ses principes moraux. Bref, arrive un jour où l’identité de Kotarô passe en retrait, permettant au samouraï de rayonner. Ses moments de gloire ne sont pas anodins et surgissent dès que le héros se trouve en situation de faiblesse : congénères qui l’embêtent, grand méchant prêt à le taper, etc., les circonstances ne manquent pas dans l’existence de cet adolescent ! Tout est figé dans la roche et la cohabitation forcée ne délivre pas de franche évolution d’un côté comme de l’autre.

Les surprises sont quasi absentes au sein de cette série tant chaque épisode se déroule sur un schéma identique répété ad nauseam. Kotarô traîne ses savates, est confronté à une embûche souvent ridicule et sortie de nulle part, le samouraï décide de montrer son visage, se dote d’une couette irrésistible, résout la situation à coups de balai – forcément, il n’a pas pu transporter son katana dans ce voyage temporel ! –, personne ne comprend pourquoi Kotarô change de psychologie comme de chemise, le guerrier collectionne les réactions peu communes, il croise une fille et, paf, tout revient subitement à la normale. Point. Afin de combler le vide entre son début et sa fin, l’épisode comporte également plusieurs caractéristiques tout aussi redondantes et se limitant à l’ajout de personnages secondaires ne servant strictement à rien, si ce n’est à diluer au maximum le récit. Il faut dire que les clichés présents en masse n’aident pas une seule seconde à intéresser. Par exemple, Nakamura Tsuyoshi, le meilleur ami extrêmement peureux joué par Shirota Yû (Arakawa Under the Bridge, Hanazakari no Kimitachi e), est tellement ridicule qu’il donne envie de lui tordre le cou. Nagasawa Ai, la collègue féminine incarnée par An, est peut-être encore plus agaçante en raison de son côté miss vertu. À côté d’eux gravitent l’ex-voyou devenu policier de quartier et étant surtout simplet (le charmant Kaneko Nobuaki – Buzzer Beat, QP), la sœur cadette critique, mais aussi les profs siphonnés ou pétris de préjugés changeant subitement du tout au tout en fin de parcours. Heureusement subsiste le père du héros (Kishitani Gorô) qui, bien que rêveur, rafraîchit considérablement l’ensemble, notamment grâce à ses petits délires. Acceptant les incohérences de son fils comme si de rien n’était, il participe même à la folie douce ambiante. Sinon, naturellement, la fiction est l’occasion de côtoyer des visages plus ou moins connus dans des rôles moyennement inspirés : Kaku Kento (Asukô March!, Tumbling) en rival caricatural, Yanagishita Tomo (Tumbling) comme élève transparent, Ichikawa Mikako en enseignante vigilante, Hamada Gaku, Wakaba Ryûya… En d’autres termes, il n’y a rien de neuf dans ce Samurai High School.

Ce qui est surtout dommage, finalement, c’est que la série n’utilise pas son rebondissement original et ne tire profit de tout ce que le scénario aurait pu proposer. Plutôt que de multiplier les quiproquos de manière piquante, de privilégier le chemin initiatique de Kotarô en le montrant progresser au fil des embûches, ou d’expliquer le pourquoi de la présence du samouraï, le j-drama s’empêtre dans des histoires vues et revues. Par ailleurs, tout est tellement étiré que chaque scène se transforme en ennui, les dialogues plombant davantage le tout pour leur manque de spontanéité. Condensé, ce renzoku aurait été bien plus efficace et aurait moins souffert de son absence totale d’originalité. La dynamique du trio principal, l’amourette, la déférence inspirée par le samouraï ne sont pas esquissées. En conséquence, l’ensemble donne l’impression de picorer à droite et à gauche et d’être un patchwork de productions du même genre du style de Gokusen et de My Boss, My Hero. Les valeurs si chères aux Japonais que sont l’amitié, le dépassement de soi, le travail, le respect et la fidélité sont appuyées de manière peu subtile, au cas où le téléspectateur ne comprendrait pas que quiconque doit suivre ces principes moraux à la lettre pour mieux s’épanouir. Il est donc plus qu’évident que la série passe à côté de son potentiel et, de surcroît, cumule les écueils inhérents à ce type de fiction phagocytant de trop le monde de la télévision japonaise. La réalisation n’apporte pas non plus une quelconque plus-value étant donné qu’elle se révèle banale. Découvrir des extérieurs déjà vus dans Futatsu no Spica est possiblement le plus amusant. Autrement, la bande-son composée par Kanno Yûgo (Innocent Love, Engine, Last Christmas) est assez sympathique avec son mélange de tonalités anciennes et d’autres plus contemporaines, dont du rock.

En définitive, Samurai High School s’apparente à une énième série se déroulant dans le milieu scolaire et répétant à outrance le même canevas. Malgré son idée de départ plutôt enthousiasmante et propice aux développements absurdes et rigolos, elle préfère s’empêtrer dans une morale douteuse et de bons sentiments à profusion. Où sont la folie, l’extravagance et les séquences imaginatives ? À la place, le héros est stupidement pénible et geignard, son apprentissage n’a pas le droit d’être exploré finement, les personnages ressemblent à des poupées sans âme, les relations entre eux ne sont guère croquées, l’interprétation s’embourbe dans le surjeu et, qui plus est, l’humour est surtout extrêmement lourd ou inexistant. Le j-drama n’est en somme pas fondamentalement mauvais et, à condition d’espacer le visionnage, se regarde sans trop de douleur ; il est surtout insipide et peu divertissant. Il est peut-être à réserver aux amateurs de Miura Haruma puisqu’il y est à son avantage à partir du moment où il endosse le costume du samouraï rigide. Les autres passeront sans aucun regret leur chemin devant cette production convenue.

Par |2017-05-01T13:58:55+02:00octobre 10th, 2014|Samurai High School, Séries japonaises|2 Commentaires

Karei Naru Ichizoku | 華麗なる一族

Dans le cadre des cinq ans de Luminophore, vous avez choisi en juin deux fictions que vous souhaitiez voir traitées ici : Karei Naru Ichizoku et Fumô Chitai. Ce premier billet arrive plus tard que prévu, car j’ai eu beaucoup de mal à obtenir la version en haute définition de Karei Naru Ichizoku ; je voulais commencer par ce j-drama. Une fois ces soucis techniques réglés, je me suis dépêchée de m’atteler à la tâche. Cette production nippone constituée de dix épisodes est passée sur TBS entre janvier et mars 2007 et fête le cinquante-cinquième anniversaire de la chaîne. Tandis que la première et la dernière semaine de diffusion comportent soixante-cinq minutes, les autres disposent du format habituel, soit trois quarts d’heure. Il s’agit d’une adaptation du roman du même nom écrit par Yamazaki Toyoko, également à l’origine de Fumô Chitai, Shiroi Kyotô ou encore d’Unmei no Hito. L’histoire a déjà été transposée au cinéma en 1974, mais malheureusement, impossible de mettre la main dessus. Karei naru ichizoku signifie approximativement une splendide famille. Sans surprise, la locomotive Kimura Takuya a entraîné des audiences plutôt élevées. Aucun spoiler.

   

Kôbe, les années 1960. Les Manpyô forment une famille riche, cultivée, influente et en apparence, unie. Pourtant, soudée, elle ne l’est clairement pas tant le patriarche, Daisuke, à la tête d’une banque bien placée, et l’aîné des fils, Teppei, le directeur général d’une usine de sidérurgie, partagent de nombreuses rivalités se manifestant sous forme de conflits ouverts ou non. Leurs divergences risquent de les mener vers une lente et inexorable implosion.

Pour être franche, malgré toutes les critiques éminemment positives lues un peu partout sur Internet depuis sa diffusion, Karei Naru Ichizoku ne me donnait pas vraiment envie. Certes, la série figurait sur mon programme, mais je n’étais pas très pressée de la lancer. Pourquoi ? Parce que le climat économico-industriel ne me disait rien de passionnant. J’ai beau m’intéresser à une multitude de sujets, celui-là a surtout la fâcheuse manie de me faire fuir. Mais comme je viens de l’écrire, les échos concernant le renzoku sont excellents et mettent en avant d’autres aspects bien plus prégnants que le contexte socio-économique. Et puis, après tout, j’ai bien adoré Hagetaka ayant pour fond l’éclatement de la bulle spéculative des années 1990 alors, bon..

Les fictions japonaises se déroulant dans les années 1960 dans leur intégralité sont assez rares. Quand le Japon s’aventure dans le passé, il a généralement plutôt tendance à se diriger vers la chute du shogunat Tokugawa ou lors de l’époque féodale. Heureusement, il existe plusieurs exceptions comme Karei Naru Ichizoku. Qui dit retour en arrière signifie forcément reconstitution. Sur ce point, ce j-drama ne fait pas d’étincelles, mais plonge avec une certaine efficacité ses téléspectateurs dans l’atmosphère japonaise du moment. La caméra montre notamment la résidence des Manpyô sortie tout droit d’un catalogue de décoration nord-américain, l’entreprise de sidérurgie de Teppei, les salles enfumées des banques et les rues de Kôbe. À ce sujet, bien que les acteurs ne conduisent clairement pas ces vieilles voitures et restent au même endroit, le résultat demeure globalement correct et assez enthousiasmant. Par exemple, le tramway et les vêtements de l’ensemble des figurants marchant dans la foule représentent plusieurs de ces réussites visuelles. Sur un registre similaire, les épisodes se permettent d’appuyer la différence plus ou moins franche entre l’envie d’utiliser et de porter uniquement des produits japonais, et celle bien tentante et de plus en plus prégnante de se contenter de profiter de la nouveauté étasunienne. Ce clivage se repère également dans une moindre mesure au niveau de la manière des personnages de gérer une firme. En clair, Karei Naru Ichizoku dresse avec subtilité le portrait d’une société en pleine mutation partagée entre ses traditions et l’attrait de la modernité occidentale. Mais aussi, elle oppose deux modes de fonctionnement : l’un basé sur la moralité, la fidélité et sonnant inévitablement naïvement affaibli, et l’autre, n’hésitant pas à accepter les pots-de-vin et les exactions afin d’obtenir le but souhaité. La mentalité japonaise est parfaitement illustrée avec cette retenue et ce sens de l’honneur perpétuellement présents, séparant physiquement certains protagonistes.

Au premier abord, Karei Naru Ichizoku montre un état souffrant encore des séquelles de la Seconde Guerre mondiale et tentant de se réorganiser, financièrement parlant. Réels moteurs de la patrie, les industries rayonnent grâce au héros, Manpyô Teppei, jeune directeur quelque peu candide d’une usine de fabrication d’acier, Hanshin Tokushu Seikô. Aimant son pays et désirant plus que tout le voir fleurir, il essaye de prévoir l’avenir et de ne pas rester campé sur ses acquis. Pour cela, il entreprend le délicat projet de création et de modernisation d’un haut fourneau destiné au développement de la fonte à partir du minerai de fer. Cette construction serait alors susceptible de fournir le Japon en matières premières, limitant les importations et permettant dès lors au Japon d’avoir une certaine autonomie, ainsi qu’une assise sur le marché international. Véritable visionnaire, Teppei est passionné et pugnace. Bien qu’il doive convaincre ses collègues, travailler dur et obtenir des fonds, il ne recule devant rien et s’apprête à renverser des montagnes. L’ultime étape, celle concernant le financement, pose le plus de problèmes et paraît être la figure de proue de Karei Naru Ichizoku. Pour autant, si le j-drama s’attarde durant de très longues périodes parfois rébarbatives sur les manœuvres monétaires et les montages économiques, ceux-ci se contentent du second plan. Teppei cherche un appui des banques, car sans elles, il sait pertinemment ne pas pouvoir mener à bien son rêve. Son père, Daisuke, est justement le directeur de la Hanshin se trouvant en neuvième place des établissements nationaux. Si celle-ci ne souffre pas d’une quelconque difficulté notable, la situation se révèle précaire pour tous. Les petites structures sont englouties par les plus grandes et les affaires publiques tendent toujours à entretenir des relations très floues avec le monde des capitaux. Ce n’est donc pas étonnant que le ministre dudit département manigance à son propre avantage et manipule certaines décisions. À noter qu’il est interprété par le vétéran Tsugawa Masahiko (Sengoku Jieitai) que j’ai beaucoup de mal à supporter en raison de sa voix particulière et de son jeu tout aussi marqué. Cet homme politique aux dents longues n’est pas le seul être méprisable tant le renzoku dresse un constat assez désolé et tristement crédible d’un microcosme vérolé où les ambitieux sont prêts à tout. Les personnages s’avèrent très nombreux et possèdent pour la majorité une caractérisation digne de ce nom en dépit d’un format de seulement dix épisodes. La série distille un climat quelque peu oppressant dans le sens où les relations amicales sont perpétuellement constituées de faux semblants et où un sourire n’évite pas le couteau dans le dos. Quoi qu’il en soit, la logique voudrait que Daisuke aide son fils, sans signifier qu’il lui accepte tout ou qu’il lui apporte ce qu’il souhaite sur un plateau d’argent, car lui doit également diriger sa propre entreprise. Or, ce n’est pas dans le tempérament de Daisuke qui, derrière ses propos dénués d’animosité franche, s’évertue à mettre Teppei au pied du mur et le limiter dans ses actions. Au-delà de son cadre industrio-financier, Karei Naru Ichizoku est en vérité une lutte de pouvoirs familiale, tout d’abord inconsciente puis frontale, sous fond de tragédie inéluctable et de secrets.

Depuis toujours, Teppei cherche l’affection de son père. En vain. Bien qu’il soit maintenant âgé d’une trentaine d’années, naïvement, il espère encore entendre des paroles encourageantes, voir un sourire ou tout simplement sentir une certaine chaleur. Ce protagoniste est un homme intelligent, posé et idéaliste. Portrait craché de son grand-père paternel désormais décédé, il ne lui ressemble pas que physiquement, car il est aussi charismatique et naturel que lui, haranguant les foules d’un seul discours. Qui de mieux pour interpréter un personnage de cette trempe que Kimura Takuya (Sora Kara Furu Ichioku no Hoshi, Pride, Engine) ? Le Johnny’s insuffle tout ce qu’il faut de magnétisme mêlé à une fragilité et des blessures ouvertes que ce héros tente de dissimuler. Mariée à la douce Sanae (Hasegawa Kyôko – BOSS 2) pour des raisons arrangeant les siens, il l’aime malgré tout d’un amour sincère et se dévoue entièrement à son bien-être. Il est d’ailleurs en de très bons termes avec son beau-père, Ôkawa Ichirô, porté par le très sympathique Nishida Toshiyuki (Tiger & Dragon), qui le lui rend bien. Le leitmotiv de Teppei est donc son haut fourneau hantant ses jours et ses nuits. En raison de son caractère, il ne se laisse pas envahir par son ambition et se préoccupant toujours de ses proches amenés à expérimenter moult adversités. Bien que sa famille soit relativement aisée, elle souffre en silence de la tyrannie du chef, Daisuke. Contrairement à Teppei, ce dernier est d’une incroyable froideur et utilise ses propres enfants dans son intérêt personnel, lui qui essaye coûte que coûte d’inscrire son héritage dans la postérité. Pour cela, il est prêt à tout sacrifier, à commencer par ses descendants. Mais il ne s’arrête pas là. Il impose une manière de vivre détestable à son entourage et n’en a aucune honte, ne veillant pas à s’excuser ou à s’expliquer. Il règne comme un souverain absolu que rien ne pourrait ébranler. Kitaôji Kinya (Unmei no Hito) offre ses traits à cet homme ambivalent très difficile à cerner gardant toujours un visage impassible et presque suffisant. Bien que Daisuke réside avec son épouse, il partage son toit avec sa maîtresse, Takasu Aiko (Suzuki Kyôka – Second Virgin) qu’il érige au même rang que sa femme, voire davantage. Aiko n’appartient pas à la famille Manpyô, mais en tient les rênes, nageant tel un piranha dans les eaux troubles et agitées de la haute société de Kôbe. Avec le soutien de Daisuke, elle manipule et cherche à appuyer la position de son amant à travers diverses orchestrations comme des mariages arrangés. Malgré une attitude souvent détestable, Aiko finit surtout par inspirer de la pitié, elle qui n’a finalement, rien. Elle a beau se montrer forte, elle est suffisamment lucide pour réaliser que sa situation dispose de pieds d’argile. En attendant, elle continue son petit manège et s’évertue à trouver de bons partenaires à Ginpei et Tsugiko, le frère et la plus jeune des sœurs de Teppei, tout en injectant un climat particulier dans ce microcosme bourgeois sclérosé.

Teppei est le premier des enfants Manpyô et tient à cœur son statut en veillant sur sa fratrie. Seulement âgé de quelques années de moins que lui, Ginpei, joué par le sobre et convaincant Yamamoto Kôji (Atashinchi no Danshi), est partagé entre le désir de plaire au patriarche et celui d’écouter ce que lui dicte sa conscience. À l’inverse de son frère, Ginpei est soutenu par Daisuke qui n’hésite d’ailleurs pas à le lui faire savoir, et cela, devant Teppei. Il suit les traces de son père, car il travaille dans le milieu de la banque, mais manque de passion et d’implication tant il s’avère apathique. La relation entre les deux aînés est très joliment écrite, l’un enviant le charisme et la volonté à son voisin, l’autre espérant avoir ne serait-ce qu’un dixième de l’attention de celui leur ayant donné la vie. Les deux forment une paire solide ne demandant qu’à être développée, mais qui, tristement, se voit parasitée par l’ombre toujours toxique de Daisuke. Ginpei n’a plus la force de se battre et laisse tout couler, préférant accepter, même si cela signifie devoir éponger ses déboires dans l’alcool ou détourner le regard. Sa personnalité est plutôt poussée et peut notamment évoluer grâce à l’arrivée de la figure campée par Yamada Yû (Binbô Danshi) qui, elle, réalise trop tard dans quoi elle vient de pénétrer. Sinon, le héros a deux sœurs. La plus âgée d’entre elles, Ichiko (Fukiishi Kazue – Barairo no Seisen) est unie au bras droit de Daisuke, Mima Ataru (Nakamura Tôru – Soratobu Tire), véritable requin dont les dents rongent le parquet. Malheureuse en mariage, Ichiko a beaucoup d’affection pour Teppei, ce qui est également le cas de la cadette, Tsugiko. Aibu Saki incarne la plus jeune des Manpyô, une fille encore immature, vertueuse et espérant ne pas avoir à subir un sort analogue à celui de son aînée. Elle craint de devoir prendre pour époux un homme qu’elle n’aime pas, mais qui solidifierait l’assise de son père. Cette petite sœur admirative de son grand frère partage beaucoup de temps avec un ouvrier joué par Narimiya Hiroki (Bloody Monday, Orange Days), dans l’entreprise de Teppei. Preuve qu’elle au moins passe outre la supposée puissance monétaire ou sociale… Au-dessus de cette fratrie, la mère, Yasuko (Harada Mieko), essaye de faire au mieux en dépit d’une incroyable passivité permissive envers les actes de son conjoint. Son immobilisme n’est certainement pas innocent dans la lente dégradation de la relation entre Daisuke et Teppei, sans qu’on ne puisse pour autant la critiquer, elle qui est une véritable victime de sa condition.

Karei Naru Ichizoku est avant tout une série traitant de la dynamique conflictuelle entre un père et son fils, celle-ci phagocytant l’ensemble de leur entourage. Le héros est plutôt croqué comme le chevalier blanc fidèle dans son armure étincelante, lui qui n’a au bout du compte rien à se reprocher. Bien qu’il soit légèrement trop lisse, on ne peut blâmer un enfant de vouloir être reconnu par son parent, surtout lorsqu’il ne comprend pas pourquoi celui-ci ne l’aime pas. Dès le premier épisode, le récit montre un Daisuke froid, antipathique et profondément jaloux de son aîné. Tout le monde le lui répète, Teppei est le portrait craché de son propre père. Souffrant probablement d’un complexe vis-à-vis de ce dernier, le patriarche supporte difficilement les similarités qu’il voit entre cet homme en partie idéalisé et certainement craint, et ce fils bien plus proche de son grand-père que de lui-même. L’évidence scénaristique saute toutefois aux yeux : cette haine refoulée et cette vanité exacerbée ne se bornent pas à une banale similitude. C’est notamment là où la fiction perd une partie de son intelligence puisqu’elle ne se départ pas d’une importante prévisibilité mélodramatique. Dès le départ, les supposés secrets sont visibles, qu’ils concernent le chef Manpyô, Teppei, Yasuko ou l’ancien grand amour du protagoniste, Tsuruta Fusako (Inamori Izumi – Watashi ga Renai Dekinai Riyû). En manquant autant de finesse et en ressemblant surtout à un soap, elle finit presque par décevoir, la forme n’aidant en plus en rien. Ne le nions pas, ce conflit d’abord inconscient puis totalement ouvert entre Daisuke et son aîné se révèle intéressant à suivre. Il s’arme d’une dimension inattendue avec sa conclusion tristement ironique se voulant certes précipitée, mais faisant rejoindre la production dans le rang de ces tragédies désabusées de l’Antiquité. Le placide stratège machiavélique Daisuke ne voit pas en son enfant un fils, mais une menace perpétuelle ; alors que l’utopiste Teppei, lui, cherche à tout prix la reconnaissance de son père, quitte à perdre sa santé mentale. L’amour et la haine sont mis en scène avec une tension et une intensité allant crescendo et dévorant littéralement la pellicule.

Outre le duo rongé Daisuke/Teppei, Karei Naru Ichizoku doit transiger avec la très forte présence d’une autre entité : la musique. Composée par Hattori Takayuki (Nodame Cantabile) et jouée par l’orchestre Philharmonia, elle est tout simplement magnifique. Précisons qu’à l’exception des taiga dramas, rares sont les séries japonaises à bénéficier d’un véritable groupe d’instrumentistes. Celle-ci est sans surprise typiquement imposante et si l’ensemble vaut que l’on s’y attarde, c’est surtout son thème principal qui a tout pour subjuguer le téléspectateur. Cependant, là aussi Karei Naru Ichizoku ne fait pas suffisamment preuve de naturel en se dotant de telles mélodies empathiques, ce qui étouffe légèrement le récit. Les séquences silencieuses se comptent sur les doigts, la bande originale forçant les émotions et orientant l’ambiance d’une scène. Le j-drama revêt définitivement une impression de grandiloquence parfois bienvenue, mais trop souvent assourdissante. La chanson de fin, Desperado des Eagles – et une production occidentale de plus pour KimuTaku ! – n’est pas mauvaise, sans être particulièrement inspirée avec ses tonalités country pour ce renzoku. La voix off n’est pas non plus un atout, car elle est omniprésente, assénant des banalités et ne servant qu’à paraphraser ce qui vient de se dire, prenant littéralement le public par la main. Si les mouvements de caméra et le cadrage n’ont rien de particulier, la photographie est en revanche soignée et bénéfice de jolies teintes bleutées ou plus chaudes. Certaines scènes sont en tout cas superbes, comme celles se déroulant à la montagne, sous la neige. Sur une note plus anecdotique, la série est un véritable vivier à acteurs connus. En plus de tous ceux cités au-dessus, comptons également sur le génial Takeda Tetsuya, Hiraizumi Sei, Shôfukutei Tsurube, Nishimura Masahiko, Yajima Kenichi, Ishida Tarô, Nakamaru Shinshô, Ôwada Shinya ou encore sur Yanagiba Toshirô que j’affectionne clairement de plus en plus. Contre toute attente, de grands noms se contentent parfois de petits rôles.

Pour conclure, malheureusement pour moi, Karei Naru Ichizoku est une autre victime à ranger dans le coin des productions dont on entend tellement de bien que l’on imagine d’emblée un cinq étoiles. Honnêtement, j’espérais mieux. Si le ton de ce billet peut paraître très désabusé, je tiens tout de même à préciser que j’ai vraiment apprécié ce j-drama atypique. Sans conteste, il s’agit d’une fresque familiale ambitieuse, tourmentée et tout simplement imposante. Sous fond de finance, de complots politiques et d’opérations bancaires en lien avec la reconstruction économique nippone, elle met surtout en avant une relation désillusionnée entre un père et son fils. Par la multiplicité et la complexité de ses thématiques, elle transcende littéralement les codes du petit écran et n’entre dans aucune case. Davantage de naturel et une forme plus posée et moins ampoulée ne l’auraient pas desservie, mais grâce à la richesse de son intrigue, une sensation ineffaçable de malaise écœurant associée à une tension grandissante, sa musique et l’intense impact émotionnel qu’elle insuffle à travers son principal duo, elle a tout pour marquer les esprits. En d’autres termes, sans être le chef-d’œuvre tant attendu, la série se révèle clairement habitée et nécessite d’être regardée par quiconque s’intéressant un minimum aux productions japonaises.

Par |2018-07-06T17:48:09+02:00septembre 20th, 2012|Karei Naru Ichizoku, Séries japonaises|12 Commentaires