Into the Badlands (saison 1)

Quand j’étais plus jeune, je ne ratais jamais la moindre production mettant à l’honneur les arts martiaux. Tout m’accrochait, je ne faisais jamais la difficile et presque systématiquement, j’en ressortais ravie. Mon intérêt et mon enthousiasme pour ce genre n’ont pas vraiment faibli depuis cette date, mais, admettons qu’à la télévision et même au cinéma, nous n’avons pas grand-chose pour nous contenter. Into the Badlands ne pouvait que finir par arriver sur mon écran un jour ou l’autre. Cette série étasunienne a été créée par Alfred Gough et Miles Millar, connus pour leur travail sur Smallville, et se compose pour l’instant de deux saisons. La première nous concernant aujourd’hui possède six épisodes diffusés sur AMC entre novembre et décembre 2015. Aucun spoiler.

Le monde n’est plus que ruines depuis qu’une succession de terribles guerres l’ont ravagé voilà presque un demi-siècle. Plus personne ne sait vraiment ce qui s’est passé. Peu importe, sur les Badlands, la paix se maintient maintenant à peu près, grâce à la trêve initiée par sept hommes et femmes. Ces individus, ces barons, contrôlent chacun de leur côté une région propre détenant ses coutumes et un mode de fonctionnement unique. Tous ont toutefois pour point commun d’avoir banni les armes à feu et de les avoir remplacées par une faction de combattants surentraînés, les Clippers, chargés de les protéger et de faire régner l’ordre. Mais l’arrivée d’un jeune garçon, M.K., aux pouvoirs curieusement dangereux, risque bien de cristalliser les ambitions et la cupidité de ce microcosme proche de la rupture.

Comme je l’ai écrit plus haut, j’aime les arts martiaux. Je doute ainsi être la personne la plus objective pour discuter d’Into the Badlands qui, clairement, rempli une case laissée vacante en répondant aux attentes les plus folles – tout du moins, en ce qui concerne sa démarche. En effet, la série ne lésine jamais sur les scènes de combat et se permet de s’offrir un style assez particulier, de multiplier les codes inhérents aux fictions dystopiques et au kung-fu. Ces épisodes ressemblent à une sorte de mélange entre un western atypique, un monde post-apocalyptique et désabusé à la Mad Max, et des séquences virevoltantes issues du wu xia pian. D’ailleurs, ces dernières ne manquent pas d’allant, sont rondement chorégraphiées, lisibles à l’écran et spectaculaires. Les personnages bataillent de façon rapprochée, avec leurs poings et pieds, leur tête ou encore des sabres. Difficile de ne pas y voir des clins d’œil au cinéma chinois, surtout lors du pilote qui, avec ce minutieux sens du rythme ralentissant ou s’emballant, copie quasiment le solide film The Grandmaster. Outre un thème musical composé par Mike Shinoda, la photographie n’est pas non plus en reste grâce à une jolie lumière et un soin sur les paysages et décors. Les champs de coquelicot, la chaleur des couleurs et l’atmosphère générale apportent une plus-value considérable, une réelle identité à cette série au charme original. Les références à l’Asie sautent au visage, mais elles ne sont pas les seules, l’époque féodale, dont une servilité glaçante, et l’attrait pour les motos se taillant également la part du lion. Certes, le probable budget limité ne permet pas à l’ensemble de tirer pleinement profit de son potentiel, mais pour l’heure, le résultat reste très honorable, convaincant et souvent jouissif pour qui aime ce parti pris. Et finalement, heureusement que ces épisodes peuvent justement compter sur cet univers rétrofuturiste parce que l’écriture, elle, demeure bien plus prévisible.

Dans un futur ancestral, le monde a bien changé. La géopolitique actuelle a disparu depuis fort longtemps, laissant sa place à un système fermé, dangereux et où les droits des individus ne semblent plus qu’un souvenir révolu. Le placide Sunny travaille pour son baron, Quinn, et dispose du plus haut poste possible pour sa condition. D’aussi loin qu’il se rappelle, il a subi un entraînement précoce et dur pour le former aux arts martiaux, pour se dédier à son maître à qui il doit fidélité, loyauté et obéissance. Sunny est un Clipper, un de ces hommes de main veillant sur le dirigeant de leur territoire. Soumis à des règles de vie strictes, ils ne sont guère libres de leur destin et de toute manière, la question ne se pose pas, surtout dans un univers aussi hostile que les Badlands. L’existence de Sunny se poursuit assez tranquillement, lui qui partage ses journées entre la protection de Quinn et ses nuits avec une femme qu’il fréquente en secret, Veil (Madeleine Mantock). Le héros a la chance d’être interprété par un remarquable et charismatique Daniel Wu. Cerise sur le gâteau, pour une rare fois, un Asiatique détient le rôle principal d’une série. Laconique et insondable, Sunny dégage une classe folle avec son long manteau rouge, son sabre et ses talents de combattant. De façon assez grossière, le scénario distille quelques éléments amenant à penser qu’il n’est pas qu’un excellent Clipper. L’irruption du jeune et tempétueux M.K. ravive d’anciennes réminiscences, comme cette légende racontant qu’au-delà de ces régions se situent d’autres, plus pacifiques et égalitaires. Les épisodes s’intéressent ainsi à la rencontre de ces deux personnages et à cette tentative que de se détacher de fers décidément fort accrochés. Sans surprise, rien ne se passe comme prévu, avec des serpents logeant à chaque recoin. Cela ne fait effectivement nul doute, dans Into the Badlands, les luttes de pouvoir, les manigances et les secrets font la loi.

Au sein même de la baronnie phare, Ryder (Oliver Stark), le fils héritier se sent lésé et commet des erreurs les unes après les autres dans l’espoir de s’attirer la sympathie et l’attention d’un père exigeant et peu chaleureux. Quinn (Marton Csokas – Xena: Warrior Princess) dirige ses quartiers d’une main de fer et tente de cacher la nature de ses migraines de plus en plus rapprochées, de crainte de perdre son assise jadis acquise dans le sang. La vénéneuse Lydia (Orla Brady), son épouse, souffre de voir son enfant aussi méprisé par son mari, mais également de constater que sa place de conseillère et d’amante est progressivement remplacée par celle de la future seconde femme de Quinn, la jeune Jade (Sarah Bolger – The Tudors). L’ambiance n’est donc pas au beau fixe dans leur belle résidence dorée. Surtout qu’en dehors, malgré des années de paix, la terrible baronne surnommée la Veuve (Emily Beecham) paraît tout mettre en œuvre pour terrasser les autres et s’arroger tous les territoires. Elle pourchasse en plus M.K. (Aramis Knight), que Sunny a recueilli en dissimulant à Quinn les compétences hors normes du garçon. Suite à certaines circonstances, ce dernier entre dans une sorte de transe, dans une rage meurtrière impossible à canaliser. Qui est-il en vérité ? L’apprentie de la Veuve, Tilda (Ally Ioannides) s’attache à lui, elle qui porte aussi un lourd bagage sur ses épaules. Notamment en raison de sa courte durée, la saison ne répond pas à grand-chose et se contente de poser les bases de ce qui nous attend ou de survoler des thèmes comme la prostitution, la dictature, le féminisme, etc. Le scénario reste tristement traditionnel, avec les rancœurs, disputes et autres rebondissements habituels dans les récits de cette trempe, là où la violence ne disparaît jamais totalement. Progressivement, les pions sur l’échiquier s’installent, avec de nouveaux personnages surgissant, parfois interprétés par des visages connus dans le petit écran, et une distribution satisfaisante dans son ensemble.

Pour conclure, les six premiers épisodes d’Into the Badlands s’apparentent à un amuse-bouche. En effet, ils servent essentiellement à introduire le contexte et, en dépit d’un sens du spectacle décoiffant, ne réussissent pas à convaincre pleinement. La série ne cache pas son ambition avec un cocktail unique en son genre alliant les arts martiaux à une ambiance rétrofuturiste. Les séquences de combats tourbillonnants se révèlent enthousiasmantes par leur richesse et leur nombre. Sauf que la forme, aussi surprenante soit-elle, ne fait pas tout, car dans le fond, l’intrigue et les caractérisations des personnages s’avèrent beaucoup plus convenues, voire prévisibles. Pour l’heure, le scénario ne fait que reprendre les ingrédients d’une dystopie complotiste classique même s’il finit à la longue par élever le niveau et développer ses enjeux principaux. Il n’empêche que le divertissement répond encore à l’appel grâce à cette identité marquée, bien qu’évidemment pas au goût de tous. C’est plus la suite qui nous dira si oui ou non, la série mérite l’investissement.

Par |2018-02-20T18:02:02+01:00février 21st, 2018|Into the Badlands, Séries étasuniennes|0 commentaire

Earthsea | Terremer : La Prophétie du sorcier (mini-série)

Entre la fin des années 1990 et le début du XXIè siècle, les productions de la société Hallmark Entertainment, depuis devenue Sonar Entertainment, passaient très régulièrement à la télévision française. C’est ainsi que j’en ai regardé un bon paquet ; plusieurs comme Merlin, Dinotopia et Cleopatra ont déjà eu leur quart d’heure de gloire ici. J’ai pour projet probablement un peu idiot de revisionner tout ça au fur et à mesure. Pour l’heure, place à Legend of Earthsea, plus tard raccourcie en Earthsea, et connue dans nos vertes contrées sous l’intitulé Terremer : La Propéthie du sorcier. Cette mini-série de deux épisodes de quatre-vingt-dix minutes chacun fut diffusée les 13 et 14 décembre 2004 sur Syfy. Elle adapte à sa manière les premiers romans A Wizard of Earthsea et The Tombs of Atuan du cycle de fantasy Earthsea (Terremer en version française) créé par Ursula K. Le Guin. Aucun spoiler.

Le jeune Ged vit dans un petit village avec son père travaillant comme forgeron. La logique voudrait qu’il embrasse cette profession et s’en satisfasse, mais ce n’est pas du tout le cas. En son for intérieur, il est convaincu d’être destiné à de grandes choses. Alors qu’il commence à découvrir de mystérieux pouvoirs magiques et être envahi par une même vision tournant en boucle, le roi Tygath cherche de son côté à conquérir Earthsea dans son intégralité. Pour cela, ce vil individu cupide tente de libérer les Innommables, des démons susceptibles de lui apporter le don d’immortalité. Le monde entier s’apprête à plonger dans le chaos le plus total, à moins que Ged ne soit le sorcier dont parle une certaine prophétie et réussisse à freiner les ambitions démesurées de ce souverain perfide. Pour l’heure, il doit dans tous les cas se lancer dans un long et fastidieux apprentissage…

Aussi curieux que cela puisse paraître pour quelqu’un se disant amateur de médiéval fantastique, j’accuse de grandes lacunes culturelles. J’admets donc ne jamais avoir testé les œuvres littéraires d’Ursula K. Le Guin, mais je compte bien y remédier un jour ou l’autre. Mes seules maigres connaissances se rapportent à l’adaptation cinématographique de 2006 du studio Ghibli, Gendo Senki (Les Contes de Terremer) qui, de surcroît, semble prendre d’importantes libertés avec le matériel d’origine. En l’occurrence, je ne peux préciser si cette mini-série se veut fidèle et je me contenterai d’évoquer ses qualités propres. Pour savoir ce qu’il en est de cette transposition, je crois que l’idéal est de se diriger vers l’auteure puisqu’elle en a discuté sur Internet à plusieurs reprises et, d’ailleurs, ses critiques ne s’avèrent pas du tout positives. Les producteurs n’ont apparemment pas souhaité se rapprocher d’elle et, outre un whitewashing patent, ont totalement occulté l’esprit de cet univers souvent vanté pour sa richesse. En tant que novice, le visionnage de cette fiction télévisée ne laisse pas du tout penser qu’elle abrite un tel potentiel, car elle se limite à un récit manichéen dénué de toute finesse ou originalité. La forme ne tranche pas avec le reste et tend plutôt à accentuer la médiocrité ambiante. Certes, les effets spéciaux affreusement visibles peuvent, à la rigueur, demeurer acceptables compte tenu de l’âge désormais avancé et du budget restreint. Ce qui n’est pas le cas de la musique convenue de Jeff Rona, de la réalisation basique ou encore du manque d’imagination concernant la mise en scène. Aucun effort ne transpire dans Earthsea et cette paresse esthétique se ressent davantage dans le fond se bornant à tous les poncifs du genre et à des répliques souvent navrantes.

Arrogant et sûr de lui, Ged a une haute estime de lui-même et prend de haut son père, modeste forgeron. Il n’a pas connu sa mère et vit sur une petite île reculée au milieu de nulle part. Il passe ses journées à s’amuser avec une amie et à se faire houspiller par son unique parent, car il ne montre aucune motivation pour quoi que ce soit. Depuis quelque temps, une vision fort étrange tourne en boucle dans sa tête où il aperçoit une jeune femme errant dans des couloirs. Il ne sait qu’en penser, mais cela le convainc une fois de plus de sa destinée qu’il juge incroyable. Contre toute attente, ses envies rejoignent la réalité et le voilà placé sous l’égide du sorcier Ogion, joué par Danny Glover. Sauf que Ged, encore une fois, ne réussit pas à se satisfaire de l’apprentissage de son nouveau mentor. Rien ne va jamais suffisamment vite pour lui. C’est pourquoi il se dirige vers une école spéciale, à Roke, susceptible d’accélérer le processus. La première partie d’Earthsea dépeint ainsi les débuts du protagoniste essayant de devenir un grand mage, mais se retrouvant à chaque fois entravé par ses défauts. Le héros (Shawn Ashmore – The Following) représente l’archétype le plus basique qui soit de ce genre de récit. Son parcours initiatique lui apporte une certaine maturité pourtant guère retranscrite à l’écran, son évolution et sa caractérisation se suffisant de vagues esquisses. Difficile alors de s’attacher à cet individu binaire détenant, comme par hasard, d’immenses capacités. Pour l’humaniser et injecter une impression d’humour, quelques faire-valoir lui sont associés tels que Vetch (Chris Gauthier – Eureka), son fidèle acolyte porté sur la nourriture, et le roublard Skiorch (Alessandro Juliani – Battlestar Galactica) devant se contenter de miettes scénaristiques. Au sein du premier épisode, Ged semble par conséquent étudier la sorcellerie, bien que cela ne soit pas visible, obtient aisément le soutien du directeur émérite de son établissement, méprise un camarade de classe forcément très caricatural, et libère par mégarde un gebbeth, une sorte d’ombre cherchant maintenant à le posséder pour régner sur Earthsea en toute impunité. Dans un second temps, le récit veille à dépeindre la fuite du héros toujours très falot, mais également les ambitions démesurées du roi Tygath.

Malgré la simplicité extrême de sa trame narrative et les rebondissements éculés, cette mini-série prévisible multiplie les personnages et points de vue. Elle aurait clairement gagné à s’étaler dans la durée ou à ne pas s’éparpiller de la sorte, car tout s’y déroule mécaniquement et précipitamment. Les relations entre les principales figures ne sont jamais creusées, évoluent pour plusieurs de façon totalement improbable, voire ridicule, et l’alchimie inexistante ne vient que favoriser l’absence d’impact émotionnel. Pendant que Ged s’affaire à devenir un mage, le souverain mégalomaniaque Tygath tente d’étendre sa toile. Il rêve de posséder l’immortalité et pour cela, il doit convaincre Thar (Isabella Rossellini – Alias), la grande prêtresse des tombeaux d’Atuan, de libérer les Innommables, mais naturellement, cette dernière refuse. Ces créatures démoniaques s’apparentent à une menace très abstraite et il paraît compliqué d’en prendre peur ou de saisir de quoi il en retourne précisément, comme s’il manquait des clés pour tout comprendre. Bref, Tygath choisi d’opter pour un moyen détourné, charge sa maîtresse Kossil (Jennifer Calvert), officiant aussi en tant que religieuse dans ce temple, d’empoisonner progressivement sa supérieure et de se faire élire à ce haut rang. Sauf que Thar nomine à la place la jeune et fidèle Tenar (Kristin Kreuk – Smallville). Avec cette deuxième partie, la caméra se lance dans une course contre la montre dépourvue de souffle épique, mais gonflée en caricature. Les méchants le sont totalement, à l’instar d’un ridicule Tygath (Sébastien Roché – The Originals), et les gentils bataillent un peu pour préserver la paix. Les émotions sont oubliées alors que dans les faits, de tragiques évènements ponctuent ce scénario désincarné. S’y entremêlent une prophétie, un dragon, une amulette scindée nécessitant d’être reformée, un parcours dans un labyrinthe, une lutte contre ses démons intérieurs, des jeux de dupe, des relents romantiques ineptes sortis de nulle part et quelques autres éléments incapables de surprendre ceux ayant déjà regardé ou lu des récits de cette trempe. Notons l’apparition furtive d’Amanda Tapping (Stargate SG-1) dont l’inutile rôle est de traiter Ged d’inconscient après qu’il ait stupidement commis une erreur dramatique.

Pour conclure, la mini-série Earthsea ressemble à un condensé indigent et poussif de tous les ingrédients les plus clichés possible pullulant dans les histoires de fantasy. Avec le chemin initiatique d’un jeune homme imbu de lui-même, impatient et condescendant, elle ne réussit jamais à proposer un divertissement digne de ce nom. Les personnages manquent de charisme et se perdent dans des dialogues maladroits tandis que les péripéties se succèdent allègrement et ne bénéficient d’aucun développement. Contre toute attente, les maigres tentatives de densifier l’univers restent à l’état embryonnaire et induisent presque une certaine confusion. Par son côté générique, son registre familial et son absence de coloration, cette insipide production formatée ne mérite pas un quelconque visionnage. Pire, elle ne donne pas du tout envie de lire le cycle littéraire alors que d’après les échos résonnant de-ci de-là depuis la fin des années 1960, il figure parmi les classiques du genre.

Par |2017-05-01T13:57:59+02:00novembre 16th, 2016|Earthsea, Mini-séries, Séries canadiennes, Séries étasuniennes|0 commentaire