Futatsu no Spica | ふたつのスピカ

L’espace n’est pas un sujet très populaire parmi les séries japonaises. Bien sûr, certaines d’entre elles parlent d’astronomie mais peu s’attardent spécifiquement sur le sujet. Lorsqu’on est assez fasciné par tout ce qui se passe dans l’Univers, on a bien envie de regarder Futatsu no Spica, un j-drama mettant en avant de possibles futurs astronautes. Comme souvent, à l’origine il y a un manga, un seinen pour être précis. Composé de seize tomes écrits par Yaginuma Kô, il fut publié entre 2001 et 2009 au Japon. À l’heure actuelle, aucune édition française n’est disponible. Sinon, il existe un anime de vingt épisodes datant de 2003-2004. Le j-drama comporte quant à lui sept épisodes de quarante-deux minutes et fut diffusé entre juin et juillet 2009 sur NHK ; à noter que 2009 fut l’année mondiale de l’astronomie. Le titre, Futatsu no Spica, fait référence à Spica, l’étoile binaire qui est une étoile multiple composée de deux étoiles gravitant autour du même centre de gravité. C’est d’ailleurs pour cela que le titre anglais n’est autre que Twin Spica. Aucun spoiler.

Dans un futur proche, Kamogawa Asumi et quatre autres de ses nouveaux camarades viennent d’intégrer la Tôkyô Aerospace School, une prestigieuse académie formant les futurs astronautes. Tout en suivant un programme très lourd et compétitif, ils apprennent à mieux se connaître et à s’apprécier.

   

N’ayant pas lu le manga ou même vu l’anime, je serai incapable de comparer quoi que ce soit. Cependant, il semblerait que le renzoku ait pris quelques libertés avec la version papier puisque certains éléments comme l’espèce de lion-fantôme apparaissant devant Asumi pour la motiver ne sont ici pas du tout présents. De toute manière, de nombreux raccourcis ont forcément été faits puisqu’il est impossible de condenser seize tomes en sept petits épisodes. La série débute par les premiers jours de Kamogawa Asumi à la Tôkyô Aerospace School. Voulant depuis toujours d’aller dans l’espace, elle s’approche ainsi de son rêve bien qu’elle sache pertinemment que les épreuves qui l’attendent seront dures. Futatsu no Spica fait la part belle à la poursuite de sa passion, qu’elle soit commune ou non. Son principal message est de ne jamais baisser les bras si c’est qui nous donne réellement envie. En d’autres termes, il faut se battre, ne pas écouter ceux tentant de nous décourager et croire en sa bonne étoile. Fondamentalement, cette morale est jolie et tout à fait vraie bien qu’il soit évidemment toujours nécessaire d’être un minimum réaliste. Astronaute, très peu pourront un jour le devenir pour de multiples raisons. D’une part, il n’y en a qu’un petit nombre limité et d’autre part, il existe de nombreuses sélections basées sur le physique, l’intelligence ou d’autres impossibles à prévoir comme le fait de supporter l’apesanteur, etc. Un des principaux problèmes du j-drama est son manque total de crédibilité. Asumi a perdu sa mère il y a dix ans, lors du crash de Lion, la première fusée japonaise supposée aller dans l’espace. Elle a assisté en direct à l’explosion ayant causé plusieurs morts et fait de nombreux blessés. Depuis, son père avec qui elle communique difficilement, passe son temps à s’excuser auprès des victimes et à rattraper ses erreurs passées car on dit qu’il serait le responsable de ce tragique accident. Malgré cet évènement traumatique, Asumi ne change aucunement de voie et elle est tellement passionnée qu’elle est surnommée par ses camarades de classe l’alien. Elle entre dans l’académie nippone formant entre autres les astronautes et tente donc de se rapprocher de son but ultime. Ce qu’il y a de totalement idiot est qu’Asumi et ses amis ont seize ans. Fraîchement sortis du collège, ils sont soumis à un entraînement difficile et des cours intensifs comme s’ils allaient se rendre dans l’espace dans dix jours. Au final, c’est presque le cas puisqu’on apprend par la suite que la NASA choisira très prochainement un des élèves pour son programme et l’enverra dans l’espace sous peu. Oui, c’est très stupide. Et c’est d’ailleurs tellement ridicule qu’il est parfois difficile de passer outre tant on ne peut prendre une seule seconde au sérieux ces professeurs et ces hauts dirigeants faisant tout pour qu’un adolescent incompétent, n’y connaissant probablement pas grand-chose ainsi que n’ayant aucune expérience de la vie et encore moins de l’aérospatiale, puisse s’envoler dans une fusée. D’une certaine manière, on peut comprendre que le Japon soit pressé de remettre leur pays sur les rails de la conquête spatiale après avoir subi un terrible contre-coup dix ans auparavant mais il faut être suffisamment lucide pour se douter que ce ne sont pas des adolescents qui vont changer grand-chose. Il doit bien exister des scientifiques dignes de ce nom là-bas, non ?! La série ne prend dès lors pas une seule seconde le temps d’expliquer le pourquoi de cette collaboration.

Après tout, des incohérences peuvent être pardonnables si le reste est de qualité tout à fait honnête. La première moitié de la série est justement plutôt enthousiasmante car rythmée et assez drôle mais la suite sombre dans la surenchère de bons sentiments et de rebondissements éculés. Effectivement, il arrive quelque chose de particulier à un des personnages et immédiatement, le ton en devient larmoyant et poussif. L’humour est toujours présent en filigrane mais il ne suffit pas à redynamiser l’ensemble qui patine sérieusement. L’intrigue multiplie les répétitions et on revient donc toujours à la même chose, comme quoi Asumi veut aller dans l’espace et que l’amitié surpasse la compétition. En dépit d’une ambiance nostalgique et d’une volonté d’être un minimum sincère, les épisodes en deviennent surtout soporifiques et ennuyants. En plus, la fin est très précipitée ce qui n’arrange vraiment rien. La superbe musique composée par Umehori Atsushi et la sympathique chanson du générique de fin, Hitomi no Sakini d’Orange Range, ne suffisent en aucun cas à marquer et ce n’est pas du tout la galerie de personnages extrêmement fades qui va relancer l’intérêt. C’est d’ailleurs bien triste car Futatsu no Spica repose avant tout sur eux, étant presque assimilable à une série mettant en scène des tranches de vie d’adolescents se préparant à conquérir l’Univers. L’espace n’est qu’un élément parmi tant d’autres, le plus important étant les sujets habituels de la multitude de séries se déroulant à l’école. Certes, de nombreuses références à l’astronomie et autres domaines s’y rapprochant sont faites mais elles sont clairement minimes. Il faut tout de même préciser que la série montre quelques moyens, ne serait-ce que par la combinaison visible dans chaque épisode et certains équipements on ne peut plus réalistes.

Si Futatsu no Spica s’attarde sur cinq jeunes, c’est malheureusement Kamogawa Asumi l’héroïne. Profondément optimiste envers la nature humaine, altruiste, naïve et toujours persuadée que l’union fait la force, elle est tout simplement horripilante. Sakuraba Nanami l’incarnant n’aide en rien à faire passer la pilule puisqu’elle arbore toujours la même expression, les yeux humides, le dos totalement affaissé et le regard dans le vide. Au début, Asumi est globalement tolérable mais plus les épisodes passent et plus les embûches se font pressantes, plus elle devient exaspérante par sa personnalité très niaise. En arrivant à Tôkyô Aerospace School, elle rencontre Kiriu Haruki, un jeune étudiant s’intéressant aux fusées à eau, joué par le toujours aussi charmant Mukai Osamu (Atashinchi no Danshi, Hachimitsu to Clover, Sweet Room, Nodame Cantabile), qui comme par hasard, a un lien avec le crash de la fusée Lion. Asumi se trouve dans une classe composée de plusieurs élèves dont quatre d’entre eux deviendront ses amis très rapidement. Le premier est son camarade d’enfance, Fuchûya Shinnosuke, portant les traits du sympathique Daitô Shunsuke (Tumbling, Ôran Kôkô Host Club). Expansif et gentil garçon, il est amoureux d’Asumi depuis toujours mais n’ose le lui dire. À vrai dire, les autres protagonistes ne sortent pas davantage des clichés habituels et n’ont vraiment aucun développement digne de ce nom. Pensons ainsi à la fille très intelligente et froide souffrant du manque d’intérêt de sa mère (Adachi Rika), du très intelligent et définitivement cool ado incarné par un mauvais Nakamura Yûichi (Kamen Rider Den-Ô, Puzzle 2007) et la fille pas futée mais boute-en-train (Takayama Yûko). Bref, c’est du vu et du revu. Les relations se tissant entre eux sont du même acabit étant donné qu’il y a de grandes leçons d’amitié avec toutes les thématiques habituelles comme l’entraide, le partage, le travail d’équipe, et quelques vagues de romance n’inspirant rien de franchement passionnant. Ce n’est pas étonnant que les émotions et l’attachement soient quasi inexistants, un comble pour une série donnant l’impression de vouloir approfondir la psychologie de ses héros. Chez les adultes, le constat est encore plus affligeant bien que le professeur interprété par Tanabe Seiichi (Soratobu Tire, Shôkôjo Seira) soit assez agréable derrière ce masque de terreur d’amphithéâtre. Sinon, Honjô Manami (Shukumei) se trouve dans les environs en tant qu’astronaute conseillant les élèves et Jinbo Satoshi (Yasha) en méchant prêt à tout pour faire de la bonne publicité au Japon.

Au final, Futatsu no Spica déçoit par sa fadeur et son manque d’ambition. En fait, en-dehors du concept de l’espace, il ne s’agit que d’un énième school drama classique. Alors que la série avait la possibilité de mettre en avant cinq adolescents et leur passion, avec tous les sacrifices et les réussites que cela implique, elle opte pour une approche larmoyante en créant de faux problèmes dignes d’un mélodrame et en ne lésinant par sur le sentimentalisme naïf. Le résultat se révèle alors peu convaincant en dépit de premiers épisodes assez rafraîchissants et d’une jolie bande-son. Sans conteste, la production aurait gagné à conférer plus d’épaisseur à ses personnages, à rendre son héroïne attachante et à ne pas accumuler tous les poncifs et clichés du genre. Comble de l’ironie, alors que la JAXA, l’agence d’exploration aérospatiale japonaise, s’est investie dans la production, il est impossible de prendre au sérieux ces petits adultes prêts à aller dans l’espace faire on ne sait quoi pour des raisons aucunement expliquées.

Par |2017-05-01T13:59:41+02:00novembre 25th, 2012|Futatsu no Spica, Séries japonaises|6 Commentaires

Soratobu Tire | 空飛ぶタイヤ

Après Karei Naru Ichizoku et Fumô Chitai, continuons donc parmi les fictions à fortes dominantes industrielles, corporatistes, financières et économiques en parlant de Soratobu Tire, aussi connue en tant que soratobu taiya. Adaptée du roman du même nom d’Ikeido Jun, cette série se compose de cinq épisodes qui furent diffusés entre mars et avril 2009 sur WOWOW. Tandis que le premier d’entre eux dure soixante-quinze minutes, les quatre autres disposent d’une heure. Le renzoku a été récompensé par de nombreux prix. Son titre signifie approximativement le pneu volant. Aucun spoiler.

En plein centre-ville, un pneu se détache subitement d’un camion, percute et tue sur le coup une mère de famille marchant tranquillement sur le trottoir en compagnie de son jeune fils. D’après le constructeur du véhicule, Hope Motors, la défaillance vient d’une négligence de l’entretien émanant de l’entreprise de transport. Pour autant, le directeur de cette dernière ne croit pas du tout en ce rapport et compte coûte que coûte prouver son innocence et celle de ses employés. Il ne se doute pas qu’afin de rétablir la vérité, il lui importera de se confronter aux banques, aux proches de la victime, à la police, à une compagnie toute puissante et à bien d’autres obstacles.

Ce sont les billets d’Asa et de Livia qui m’ont vraiment donné envie de regarder Soratobu Tire. Comme j’avais testé plus tôt et apprécié Karei Naru Ichizoku et Fumô Chitai desquelles elle ressemble, je me suis dit que c’était le bon moment pour me lancer. Ceux intéressés par ces thématiques devraient sinon essayer Hagetaka qui, outre son illustration humaine de faits de société, possède de multiples points communs avec ces trois séries. Avant de commencer Soratobu Tire, il convient de savoir que le j-drama s’inspire d’évènements avérés. Hope Motors, appartenant au conglomérat (keiretsu) Hope, est en réalité assimilable à Mitsubishi Motors dont les scandales ont éclaboussé le Japon dès 2000. À partir de cette époque, de nombreux défauts de construction ont été publiquement décelés sur les véhicules et plus de six cents mille voitures et camions auraient été retournés à l’usine, avec l’assurance de Mitsubishi que les problèmes seraient réglés. Or en 2002, suite au décès d’une femme de vingt-neuf ans, la population constate que ce n’est pas le cas. S’en suit une grande indignation nationale, car il est découvert que l’entreprise dissimulait depuis 1977 une trentaine de malfaçons telles que des freins défaillants, des fuites de carburant ou bien des embrayages défectueux. À chaque fois, Mitsubishi Motors accusait le manque d’entretien et ne se remettait pas en cause, tout en sachant pertinemment que la faute était de son ressort. Par la suite, la compagnie a plaidé coupable pour quelques accidents, mais il s’avère tristement évident que bien d’autres n’ont jamais été blanchis. Quoi qu’il en soit, si les ventes ont rapidement périclité et que de nombreux véhicules furent retournés à l’usine, les responsables ne subirent qu’une très légère tape sur les doigts et la société fut sauvée de la faillite grâce à la puissance de son groupe. Écœurant ? Oui, c’est le mot.

Akamatsu Tokurô, interprété avec solidité par Nakamura Tôru (Karei Naru Ichizoku), dirige l’entreprise de transport Akamatsu, directement héritée de son père. Honnête, droit et travailleur, il est apprécié et considéré de ses employés. Un jour, un de ses chauffeurs perd le contrôle de son camion, car un de ses pneus vient de s’en détacher et fauche mortellement une femme. Après des vérifications de routine, la police admet que le conducteur ne se trouvait pas sous l’influence d’alcool et respectait les limitations de vitesse ainsi que les consignes de sécurité. L’engin incriminé est alors examiné par les constructeurs, Hope Motors. Difficile de ne pas être stupéfait et consterné de constater qu’au Japon, l’expertise est menée par la société à l’origine dudit véhicule. Naturellement, en France cela paraîtrait inconcevable, mais au pays du Soleil-Levant où la confiance et les autres valeurs morales sont prônées, non. Les conclusions du rapport sont accablantes : cette terrible tragédie serait simplement liée à un mauvais entretien. Sans vraie possibilité de faire appel, Akamatsu devrait, techniquement, ne plus sortir des rangs, courber l’échine et essayer de sauver son entreprise pointée du doigt par la population. Cependant, il ne croit pas en ce bilan parce qu’il est convaincu que ses employés ne sont pas négligents et effectuent leur travail convenablement. Alors, si la maintenance n’est pas coupable, que reste-t-il ? Le camion en tant que tel, bien sûr. Akamatsu découvre progressivement l’étendue et l’ampleur de ce qui l’attend. Dans le but de rétablir la vérité, une unique solution s’impose : s’attaquer au géant Hope Motors. Soratobu Tire s’apparente par conséquent à un authentique duel opposant David à Goliath.

Hope Motors sait qu’Akamatsu sait ; Akamatsu sait que Hope Motors sait. La question de la série n’est pas de prouver qui est en tort ou qui n’agit pas selon les principes moraux en vigueur puisque la réponse est connue dès le départ. Non, le but est tout simplement de dévoiler au public la triste réalité et de mettre en avant les failles d’un système capitaliste ou plutôt, impérial. Malheureusement, le protagoniste ne peut que brasser de l’air tant il n’est écouté de personne. Si ses employés le suivent, ils sont quelque peu au pied du mur, car ils se rendent compte qu’ils n’ont plus d’avenir dans cette entreprise périclitant, les clients se désistant effectivement les uns à la suite des autres. Plusieurs d’entre eux comme Kadota (Emoto Tasuku – Sekai no Chûshin de, Ai wo Sakebu) ou Miyashiro – le bras droit d’Akamatsu joué par Ôsugi Ren (My Boss, My Hero) – restent fidèles quoi qu’il arrive, mais Akamatsu demeure tout à fait pragmatique quant à leur futur fort morose. Ce patron subit par ailleurs de multiples pressions de différents ordres. Tandis qu’il s’échine à prouver son innocence, des professionnels n’hésitent pas à lui faire savoir avec dédain quel individu ignoble il est. Aux yeux de la société, il ne représente plus qu’un paria ; lui qui a tué quelqu’un par son manque d’éthique, il ne peut maintenant même pas assumer ses erreurs, faire amende et se taire ; non, il blâme autrui. Au final, Akamatsu Tokurô se retrouve quasiment seul contre tous, que ce soit au travail, mais également dans sa vie personnelle étant donné que ses proches endurent divers coups bas et méchancetés. Son fils est victime de manipulations et de fortes critiques à l’école, tout comme son épouse (Toda Naho – Shikei Kijun). Soratobu Tire met parfaitement en avant la mentalité nippone à travers cette histoire, celle privilégiant l’honneur, l’abnégation et la performance avant beaucoup de choses. Car il est sûr de lui et qu’il désire protéger ses valeurs et ne pas oublier cette famille brisée, Akamatsu sort des rangs si spécifiques au communautarisme japonais. Il commence une lutte à première vue impossible, à savoir celle de démontrer que Hope Motors est coupable.

Akamatsu est dès lors confronté à un obstacle majeur. Comment, alors que l’on n’est qu’un simple individu, un patron moyen d’une affaire tout autant moyenne, faire plier une société dépendant d’un des plus grands conglomérats du pays ? Les petits ne sont pas écoutés tandis que les puissants, si, et ils sont généralement bien plus estimés. La tâche gagne en difficulté étant donné qu’il évolue dans une culture non contestataire où il importe de respecter l’autorité et la hiérarchie. Si sa quête s’annonce ardue, elle l’est d’autant plus titanesque que sa propre structure coule inexorablement. Ses clients quittent le navire et en prime, il subit une pression très forte de sa banque lui demandant de rembourser très rapidement ses prêts. Hope Motors appartient au consortium Hope qui, comme par hasard, multiplie les domaines et possède au moins une banque n’hésitant jamais à aider sa voisine pour pallier toute situation dangereuse. Ironiquement, Hope Bank soutient financièrement l’entreprise Akamatsu… En d’autres termes, le pauvre héros pris à parti se retrouve pieds et poings liés. Il pourrait très bien accepter le verdict de ce fameux rapport définitif et tenter de passer à autre chose en faisant preuve de renoncement. C’est le chemin vers lequel Hope Motors le pousse d’abord de façon assez gentille, puis les formalités commencent à ressembler à de véritables menaces ou ultimatums. La série y gagne ses galons de thriller, car un suspense à couper au couteau s’installe insidieusement et avance crescendo. Bien que l’issue soit quelque peu prévisible puisque la conclusion a défrayé la chronique à l’époque, le public ne peut se douter du sort de ces individus et des éventuels risques de finir seul, au pied du mur, en ayant tout perdu. Quand bien même on aimerait que Hope Motors soit punie et que la famille Akamatsu ne subisse plus cet ostracisme nauséabond, la réalité se révèle bien plus complexe que ça et le renzoku propose une juste mesure très sobre et parfaitement adaptée.

Soratobu Tire a pour principale qualité de multiplier les points de vue de ce futur scandale. Au-delà de la vision plus proche du téléspectateur avec la quête d’Akamatsu, l’intrigue n’hésite effectivement pas à se déplacer au cœur même de Hope. Tout d’abord, elle s’attarde sur le personnel et quelques meneurs de Hope Motors. À leur tête se trouve Kano Takeshi, incarné par un Kunimura Jun tout simplement impressionnant. Placide, froid et très posé, Kano est un dirigeant partant du principe qu’il faut toujours favoriser la majorité et ne pas se préoccuper des dommages collatéraux. Au lieu de dresser un constat purement manichéen en pointant du doigt les hautes sphères sociétales, la série se nuance grandement en privilégiant les valeurs d’excellence et d’ardeur au travail régissant un pays. Kano n’est pas quelqu’un de foncièrement calculateur ; il décide de manière à sécuriser son affaire ainsi que ses milliers d’employés. Le personnage dépasse totalement son cadre de figure à abattre, troublant les frontières. Si son tempérament calme et son faciès impassible peuvent le rendre détestable, ce n’est pas le cas grâce à des scènes plus humaines devant sa nièce (Mimura – Zeni Geba) qu’il considère comme sa fille.

À l’intérieur même de Hope Motors, trois autres visages se détachent du lot. Grâce à eux, le j-drama distille quelques éléments de réflexion sur l’éthique tout en mettant en avant une volonté fidèlement sincère de protéger la structure dans laquelle ils exercent. Chacun d’entre eux le fait à sa manière, parfois en prenant des chemins plus que discutables, mais le but est toujours sensiblement le même. Pour eux, la meilleure solution, c’est de régler en interne ces problèmes de fabrication et d’éviter de faire éclater tout scandale, préservant ainsi l’intégrité de Hope Motors. Ils sont amenés à choisir entre ce que leur dicte leur conscience, ce qu’ils souhaitent à plus ou moins long terme et ce qui serait mieux pour leur propre carrière et leur entreprise. Sawada (Tanabe Seiichi – Shôkôjo Seira) rêvant de créer lui-même ses modèles de voiture bénéficie de plus de développement que ses congénères, mais c’est aussi l’occasion de découvrir dans des registres pertinents Hakamada Yoshihiko (Fumô Chitai), Aijima Kazuyuki (JIN, Aishiteiru to Itte Kure) et Ono Machiko (Gaiji Keisatsu).

Au-delà des murs de Hope Motors, la caméra illustre le travail de la journaliste Enomoto (Mizuno Miki – Koi Ga Shitai x3) ou encore les doutes du jeune banquier (Hagiwara Masato) de Hope Bank dont les liens personnels avec Kano influencent forcément certaines de ses décisions et augmentent les conflits d’intérêts. Sinon, la police, subtilement critiquée, joue son rôle, mais reste plutôt en arrière-plan et c’est un très sobre Endô Kenichi (Shiroi Haru) qui fait office d’inspecteur chargé de l’affaire. La série n’oublie pas au passage de montrer les difficultés de s’attaquer à de gros groupes puissants lorsque l’on est un individu ordinaire ainsi que pour les forces de l’ordre. Naturellement, la fiction n’efface pas la famille brisée, celle dont la femme a été violemment tuée en laissant derrière elle un mari détruit (Kômoto Masahiro) et un fils psychologiquement éprouvé.

Enfin, concernant la forme Soratobu Tire demeure très classique sans en devenir pour autrement banale. Si la réalisation n’a rien de particulier, la musique elle, marque définitivement par sa discrétion et sa précision. Composée par Satô Naoki (Hagetaka, Orange Days, Water Boys, Ryôma-den), familier des productions de WOWOW, elle est surtout repérée à des moments bien spécifiques, lorsque les engrenages commencent à s’imbriquer et que les personnages font des avancées significatives. Elle participe dès lors à l’ambiance en augmentant la tension et se montrant vraiment exaltante. La superbe chanson entendue dans le générique de fin, The Tennessee Waltz reprise par Holly Cole, parfait l’expérience avec ses tonalités presque country et définitivement gracieuses.

En définitive, Soratobu Tire est une excellente série mettant en avant un simple individu cherchant avec désespoir et minutie des armes afin de faire éclater la vérité qu’une gigantesque entreprise tente de camoufler. En contournant habilement les écueils habituels comme le sentimentalisme ou le manichéisme, elle gagne en complexité et en nuances. De même, en ne s’arrêtant pas à cette lutte riche en suspense évoquant sans aucun doute le combat de David contre Goliath, elle dépeint un conflit humain captivant aux multiples facettes. Comme souvent avec les travaux de cette chaîne, celui-ci exploite son sujet sous tous les angles possibles en critiquant au passage les domaines corporatistes et financiers, mais aussi dans une moindre mesure policiers. Dès lors, tout en dressant le portrait d’une nation évolutive parfois engluée dans des principes moraux, cette production amène des réflexions encourageantes au fondement social sur des problématiques contemporaines. Outre ses nombreux atouts, le renzoku se révèle donc passionnant pour qui désire comprendre – ou tout du moins, commencer à comprendre – les bases de la mentalité nipponne au sein de sa société, et plus particulièrement dans une entreprise avec les liens qui lui sont connectés. En d’autres termes, l’ensemble s’avère indispensable à qui aime le genre.

Par |2017-05-01T13:59:44+02:00octobre 20th, 2012|Séries japonaises, Soratobu Tire|6 Commentaires