Jûi Dolittle | 獣医ドリトル

Chaque saison, les billets dédiés aux nouveautés japonaises me servent notamment à faire le tri dans ce qui m’intéresse. D’aucuns pourraient répliquer qu’au bout du compte, je regarde très peu d’entre elles. Ce n’est pas tout à fait vrai ; non, je prends seulement mon temps. La preuve, je discutais de Jûi Dolittle il y a… euh, plus de cinq ans, et voilà que je viens enfin de la terminer. Il s’agit d’une adaptation du seinen manga de Natsu Midori, composé de vingt volumes sortis au Japon entre 2001 et 2014, et présentement indisponible en France. Cette histoire est également connue sous l’appellation Veterinarian Dolittle. Pour ce qui nous concerne aujourd’hui, la série télévisée se constitue de neuf épisodes diffusés sur TBS entre octobre et décembre 2010 ; comme souvent, le premier et le dernier disposent de quinze minutes de plus que les quarante-cinq habituelles. Aucun spoiler.

Tottori Kenichi a beau être un excellent vétérinaire, il s’avère un peu trop froid et condescendant pour les humains. Qui plus est, il n’hésite pas à pratiquer des tarifs exorbitants, considérant que ses talents méritent d’être convenablement payés. Il se fiche royalement de sa réputation et ne pense qu’au bien-être des animaux. L’irruption dans sa vie d’une jeune femme devenant rapidement son assistante bouleverse son quotidien. Tous deux continuent de panser les plaies de leurs patients régulièrement laissés pour compte et doivent simultanément composer avec les maîtres de ceux-ci, mais également avec leurs propres confrères.

Malgré une distribution fort sympathique, ce Jûi Dolittle ne me tentait pas trop et c’est d’ailleurs pourquoi il a veillé aussi longtemps dans mes dossiers. Je n’ai jamais eu l’occasion de lire le manga et je serai donc bien en peine de spécifier si cette transposition à l’écran se révèle fidèle. Quoi qu’il en soit, il semble évident que des coupes et autres simplifications doivent être présentes puisque l’on ne résume pas un récit s’étalant sur vingt volumes en neuf petits épisodes. De toute manière, le j-drama est paru bien avant la conclusion de la version papier. Je craignais retrouver ici un format bien routinier où les aventures se suivaient et se ressemblaient. Sans aucune surprise, c’est effectivement le cas. Une sorte de fil rouge prend racine, mais il demeure ténu et peu intéressant. À la place, la production préfère répéter un canevas similaire devenant rapidement redondant. Tristement, l’emballage ne sort aucunement des sentiers battus, et en dehors d’une jolie ballade entendue de-ci de-là, Otoshimino de miwa, tout y sonne trop basique ou médiocre pour marquer positivement. À la rigueur, certaines lacunes se toléreraient si la série veillait à soigner ses détails, mais elle ne le fait nullement. La réalisation accentue d’autant plus l’amateurisme ambiant avec des plans mal mis en scène et des choix discutables. Rien que les premières minutes le prouvent avec cette séquence totalement idiote où un chat tombe d’un immeuble suite à un coup de vent. La supposée jument du premier épisode avec son attribut purement masculin en est un autre exemple criant de vérité. En clair, l’écriture se montre paresseuse, voire honteuse du fait d’une multitude d’incohérences et de rebondissements stupides. Le récit tient à illustrer l’importance du travail de vétérinaire si ce n’est qu’à travers maints ingrédients factices, il perd en crédibilité.

Chaque semaine, Jûi Dolittle s’attarde sur un cas particulier permettant en plus de rencontrer plusieurs invités : Kuninaka Ryôko, Ryô, Kaho, Masuda Takahisa, Konno Mahiru, Matsushita Yuki, Ishimaru Kenjirô, Nishimura Masahiko, Ôhashi Nozomi, Saotome Taichi… Un animal est malade ou blessé, son maître ou quelqu’un l’ayant recueilli veut le faire soigner, vient voir un vétérinaire, mais se heurte à différents problèmes. Certains d’entre eux n’ont pas les moyens de payer, d’autres n’ont aucune envie de dépenser une telle fortune, quelques autres cachent des motivations diverses, etc. Pendant tout l’épisode, le propriétaire de la petite créature à guérir est d’abord réticent, peste et, bien sûr, finit en pleurs avant de remercier avec grande effusion l’acariâtre Tottori Kenichi qui, derrière son discours capitaliste clamant qu’être vétérinaire est un business, a toujours raison. Ce schéma scénaristique prouve d’emblée ses faiblesses en raison d’un sentimentalisme prédominant, d’une prévisibilité fâcheuse et de ficelles trop grossières. Déjà, il ne paraît pas nécessaire de s’y connaître pour constater que rien n’est réaliste. Entre les propos ubuesques des soignants ou le fait que quatre spécialistes s’affairent auprès d’un hamster dans le bloc opératoire, il y a de quoi ricaner dans son coin. Le devenir de ces animaux ne fédère guère et peine donc à impliquer le public. La psychologie des humains ne s’avère pas beaucoup plus mesurée ou logique, les personnages secondaires agissant n’importe comment et répétant continuellement des erreurs pourtant faciles à gommer. Certes, la profession de vétérinaire a de quoi fasciner et mérite des louanges, mais la transformer en vrai sacerdoce et accentuer la caricature pouvaient être oubliés. Au moins, même si elle s’y adonne très maladroitement à travers sa morale, la série cherche à éveiller les consciences sur l’importance de ne pas voir les animaux comme des choses matérielles. Comparées au reste, les tentatives de réflexion sur l’euthanasie piquent légèrement l’intérêt et, de même, le rapport avec l’argent est également plutôt correctement traité, le héros expliquant régulièrement que son travail mérite salaire ; franchement, la vie d’un être cher n’induit-elle pas bien des sacrifices ?

Depuis ses études à l’université, quelques proches de Tottori Kenichi le surnomment Dolittle, car il ressent de l’empathie pour ces créatures sans paroles qu’il soigne. En revanche, il est plus que misanthrope, arrogant et ne fait aucun effort pour plaire à leurs maîtres, quitte à se les mettre tous à dos en deux secondes. Oguri Shun incarne ce vétérinaire peu amène et, honnêtement, l’acteur n’y est pas à son avantage avec une horrible coupe de cheveux et des vêtements informes. Le protagoniste n’est pas attachant bien que, comme par hasard, il ne se veut pas aussi détaché qu’il ne le laisse paraître. Ce héros évolue assez peu au fil de la série, au contraire d’autres le côtoyant se révélant plus sympathiques. Suite à certaines circonstances, Tottori accepte d’embaucher Tajima Asuka, la propriétaire d’un cheval de compétition. Pour rembourser ses dettes, elle travaille pour lui gratuitement et n’en rate pas une pour essayer de le rendre plus agréable envers ses congénères. La jeune femme représente la conscience morale et la bonne humeur de son interprète, Inoue Mao, permet de ne pas trop tiquer devant autant de clichés. Il est d’ailleurs plaisant de retrouver les deux acteurs après leurs aventures dans Hana Yori Dango. À ce duo s’ajoute un troisième larron, le vétérinaire adulé du public, Hanabishi Masaru (Narimiya Hiroki – Stand Up!!, Orange Days). En sus de sa clinique, il anime une émission de télé, se balade dans sa Ferrari et est un ancien camarade de fac de Tottori. Les deux ne se ressemblent pas du tout, mais partagent le même amour pour cette carrière et leurs missions. Contre toute attente, cet individu populaire tait la vérité au sujet d’une blessure handicapante et compte alors encore plus sur son ami qu’il place sur un piédestal. Afin de pimenter un tant soit peu son histoire, Jûi Dolittle injecte une intrigue en lien avec un antagoniste cupide. Par contre, ceux espérant y trouver une romance peuvent tout de suite passer leur tour parce qu’il n’y a rien de rien. Non, le scénario ne cherche qu’à créer des situations simplistes et sirupeuses.

Comme partout, la profession de vétérinaire n’est pas constituée de perles humanistes. Quelques-uns d’entre eux sont attirés par l’appât du gain et prêts à tout pour parvenir à leurs fins. Le patriarche Domon est l’un d’entre eux. Il désire succès, renommée, et oublie l’intérêt des animaux pour son propre profit. Un de ses souhaits est de rattraper le retard du Japon dans cette discipline bien plus avancée en Occident. Pour cela, il essaye d’obtenir un haut poste et n’hésite pas à manipuler du mieux qu’il peut Hanabishi, tout en rêvant d’agir de même avec Tottori. Sauf que ce dernier voit clair dans le jeu de cet individu sobrement campé par Kunimura Jun (Soratobu Tire). Dans sa course, cet homme d’affaires aux dents longues ne réalise pas qu’il blesse ses enfants, à savoir son fils aîné, Yûzô (Kasahara Hideyuki – Natsu no Koi wa Nijiiro ni Kagayaku), avide d’être considéré par son père autoritaire, et le cadet, Junpei (Suda Masaki – Kamen Rider W), encore au lycée, mais n’ayant pas envie de suivre la voie familiale. Les épisodes dépeignent les manigances de Domon, la réaction des héros qui, au fil du temps, gagnent en assurance, acceptent leurs lacunes et avancent pour se dépasser. Asuka et Hanabishi progressent assez, ce qui fait toujours plaisir, même si leur chemin reste scrupuleusement convenu et qu’aucun ne sort de la sphère professionnelle. Tout s’y veut bien bancal, finalement, surtout que les développements sont brutaux et parfois illogiques. La fiction a beau essayer d’apporter de la tension et du drame, le dénouement demeure systématiquement lisse afin de ne pas heurter la sensibilité de quiconque. Un peu plus de subtilité, d’originalité et de fêlures n’auraient pas froissé qui que ce soit, au contraire. Le j-drama se prend trop au sérieux et manque d’humour et d’un minimum de second degré.

Pour résumer, Jûi Dolittle fait partie de cette myriade de séries japonaises consensuelles ne valant clairement pas un quelconque investissement, que l’on ait une appétence pour la distribution ou non. Les plus jeunes se laisseront peut-être séduire par cette effusion de bons sentiments et d’animaux en situation de faiblesse puisqu’en dépit d’une curieuse absence d’émotions, tout est préfabriqué pour appuyer la mièvrerie ambiante. Les autres, en revanche, auront sûrement des difficultés à se passionner devant ce récit bien trop répétitif pâtissant d’une écriture poussive et caricaturale. Si ce n’est une interprétation somme toute assez correcte et l’évolution de quelques personnages, cette fiction familiale cumule les défauts, à commencer par une crédibilité inexistante.

By |2018-07-06T17:48:26+01:00mars 16th, 2016|Jûi Dolittle, Séries japonaises|0 Comments

Nemureru Mori | 眠れる森

Dites donc, la superstar qu’est Kimura Takuya n’avait pas eu le droit aux honneurs depuis plus d’un an par ici, il était temps d’y remédier. Pour l’occasion, je me suis penchée récemment sur Nemureru Mori, une assez vieille série qui, étonnamment, est plutôt discrète parmi la communauté des amateurs de j-dramas. Cette fiction scénarisée par feu Nozawa Hisashi (Aoi Tori, Kôri no Sekai) comporte douze épisodes d’un peu moins de cinquante minutes ; comme souvent, le premier et le dernier sont rallongés d’un bon quart d’heure. Elle est passée sur Fuji TV entre octobre et décembre 1998 et, d’ailleurs, elle fut un vrai succès d’audience. Aucun spoiler.

Le 24 décembre prochain, cela fera quinze ans que Minako a été le témoin de l’assassinat de ses parents et de sa grande sœur. Ce jour-là, elle n’a pas perdu que sa famille, mais également la mémoire. Depuis, elle mène une existence la plus normale possible et s’apprête justement à épouser la veille de Noël son fiancé. En mettant de l’ordre dans ses affaires, elle tombe sur des lettres qu’elle avait reçues d’un jeune inconnu alors qu’elle n’était elle-même qu’une enfant. Cette curieuse personne lui demandait de la rejoindre à une date bien précise dans ce qu’elle nomme la forêt endormie. Coïncidence, ce moment est arrivé et, pour une raison qu’elle ne s’explique pas, Minako décide de s’y rendre. À partir de cet instant, des bribes de souvenirs commencent à remonter à la surface…

Nemureru Mori est régulièrement comparée à la très solide série Sora Kara Furu Ichioku no Hoshi. Cette analogie est présente dans les esprits non pas forcément en raison de leur interprète principal, mais plutôt parce qu’elles s’apparentent toutes deux à un récit jouant beaucoup sur une ambiance fataliste où prédominent les mystères. Malheureusement, celle qui nous concerne aujourd’hui ne tient pas sur la durée et, après un début extrêmement intrigant, se perd notamment dans une mise en scène théâtrale et des rebondissements somme toute trop prévisibles. La réalisation est en effet peu satisfaisante. À la rigueur, qu’elle fasse datée pourrait aisément s’excuser compte tenu de son âge désormais avancé, mais là n’est pas le problème. La caméra appuie parfois trop certains plans, semble s’amuser de l’effet des révélations supposément fracassantes et, bien que jolie, la musique intrusive de Yoshimata Ryô (Bara no nai Hanaya, Atsu-hime) force les émotions. La voix off sensiblement monocorde de Minako où elle énonce quelques truismes accentue ce côté artificiel. Sans surprise, l’ensemble de ces écueils formels finit par atténuer l’empathie surtout que l’aspect mélodramatique s’avère tout autant prononcé, quitte à frôler le misérabilisme. Pour l’anecdote, il est bizarre d’entendre seulement quelques notes instrumentales de With or Without You de U2 et pas la chanson dans son intégralité. Le rythme lent, voire lénifiant, et la sombre photographie participent à l’atmosphère lourde où les secrets et non-dits entravent le passé, le présent et le futur des protagonistes. Cette production se montre grandement ambitieuse et se dote d’un symbolisme intéressant, parfaitement croqué dans son générique, s’inspirant du conte de la Belle au bois dormant.

Ôba Minako a, en apparence, tout pour être heureuse. Son travail dans une serre lui plaît, Hamazaki Kiichirô, son fiancé, est attentif à son bonheur et d’ici quelques semaines, elle devrait se marier avec lui. Bien qu’elle soit orpheline, cette situation ne lui pèse pas vraiment. Elle ne parle que peu de son enfance dont elle ne se souvient pas réellement, comme si sa mémoire avait été étrangement effacée. Et pour cause, elle est persuadée que sa famille est morte dans un accident de voiture quinze ans plus tôt alors qu’en réalité, elle a été décimée par l’ancien petit ami de sa sœur, Kokubu Yoshiharu. Or, depuis peu, elle a comme des sortes de flashbacks la déstabilisant totalement. Quand elle fait la connaissance d’Itô Naoki, un homme sachant tout sur elle dans les moindres détails, elle prend légitimement peur et espère ne jamais plus le revoir. Sauf que lui n’a pas dit son dernier mot et décide de la suivre, de continuer de l’espionner et de lui lancer des messages toujours très cryptiques. Au lieu de se plaindre à la police ou d’en parler à son compagnon, Minako ne peut s’empêcher d’être attiré par Naoki. Pour une raison qu’elle ne s’explique pas, il ne lui est pas totalement étranger même si elle croit ne l’avoir jamais rencontré auparavant. Progressivement, les deux se rapprochent tandis que le voile se lève sur les souvenirs de la jeune femme qui, dans le but de faire table rase du passé, accepte de chercher la vérité sur ce qui s’est véritablement déroulé dans sa maison, la veille de Noël. Car effectivement, si Kokubu a été emprisonné, il vient d’être libéré pour bonne conduite, a déjà disparu dans l’espoir de se venger et, de surcroît, les preuves semblent être bien légères pour l’accuser… Ainsi, Minako est une jolie princesse dont la mémoire a été endormie et qui attend, patiemment, le prince charmant pour la délivrer des griffes de la sorcière. Dans ce conte sordide des temps modernes, qui interprète quel rôle ?

Nemureru Mori ressemble à un cruel voyage initiatique où les éléments pour avancer sont disséminés au gré des épisodes. La première partie de la série attise réellement la curiosité tant le récit se veut encore flou et que tout paraît possible. L’ambivalence de l’étrange homme surveillant de loin Minako, le climat délétère et les mystères entourant la plupart des autres personnages entretiennent cette atmosphère intense. L’histoire n’est pas avare en rebondissements, se complexifie, gagne en épaisseur et n’hésite pas non plus à troubler les pistes pour mieux perdre initialement ses téléspectateurs anticipant le dénouement. Toutefois, l’intrigue du meurtrier de la famille de l’héroïne s’étiole vers la moitié du chemin et s’empêtre dans de grossières ficelles et maintes facilités scénaristiques franchement dispensables. Les protagonistes réfléchissent stupidement, prennent pour argent comptant des faits sortis d’un chapeau, relient des évènements qui, pourtant, n’ont aucun rapport entre eux, etc. Qui plus est, si l’écriture cherche à provoquer l’intérêt de son audience et maximiser le suspense et la tension, elle s’avère finalement présomptueuse. Ses moult révélations sont prévisibles et le véritable coupable ou même ses motivations sont assez aisément devinables. Les liens entre les personnages qui, au bout du compte, sont tous connectés, sonnent convenus et très clichés. La série se donne de grands airs pour un résultat un peu trop classique pour étonner ou subjuguer. L’interprétation peu inspirée de plusieurs acteurs n’aide pas, c’est certain, comme le prouve Jinnai Takanori (1 Litre no Namida) en supposé meurtrier avec des yeux excessivement grands ouverts. Cet antagoniste ne se veut d’ailleurs pas suffisamment inquiétant et ne dégage pas grand-chose, à l’instar d’un peu trop de ceux tentant de le démasquer.

Bien que la fiction s’attarde grandement sur le responsable du massacre de la famille de Minako, les inspecteurs de police y sont quasi absents. C’est l’héroïne souffrant clairement d’un stress post-traumatique et plus particulièrement ses proches qui se lancent dans cette course aux fantômes. Nemureru Mori ne se limite donc pas à une franche investigation, mais se focalise à la place sur son aspect humain, les blessures secrètes et ce que l’on peut cacher consciemment ou non. Les émotions y sont traitées avec beaucoup de pudeur et une certaine sensibilité même s’il est compliqué d’adhérer à la plupart des personnages. Par exemple, Minako est techniquement une femme affable, douce et susceptible de plaire, sauf qu’elle manque singulièrement d’aura. Plutôt que de se battre, d’illustrer les difficultés que de vivre sans souvenirs de son passé ou de résister, elle plonge dans une sorte de passivité redondante. Nakayama Miho (Nisennen no Koi) lui offrant ses traits garde au long cours un regard sans étincelles que son pendant masculin, Kimura Takuya (Pride, Karei Naru Ichizoku), ne parvient pas à atténuer ; son interprétation reste assez correcte en dehors de cette propension à jouer avec ses cheveux. Le Johnny’s entre dans la peau d’Itô Naoki, cet homme énigmatique espionnant Minako depuis quinze ans pour un motif inconnu. Il dit en être amoureux, mais est-ce réellement ça, l’amour ? Que veut-il ? L’ambiguïté du personnage est agréable et sa caractérisation assez finement croquée bien qu’il demeure compliqué à cerner. En marge de ses congénères, taciturne, assez froid, il ne se laisse pas apprivoiser et ne change pas de ligne de conduite. Dès que son plan est sur le point de s’exécuter, il rompt avec Yuri, sa petite amie (Honjô Manami) profondément irritante dont l’utilité dans la fiction est proche de zéro. Au bout du compte, chacune de ces figures paraît bouleversée par ses propres démons.

Telle une princesse, Minako se débat dans un monde où les péchés et autres émotions prennent une importance considérable. La série souhaite favoriser la carte de la psychologie, mais s’y adonne par moments avec une grande approximation. Les clichés ne sont jamais très loin et certains passent mieux que d’autres. Outre le questionnement pertinent, bien que traité superficiellement, d’un futur sans connaître son histoire personnelle, Nemureru Mori touche plusieurs sujets comme l’inceste, le complexe d’Œdipe, les violences domestiques, l’adultère et d’autres encore qu’il convient de taire pour ne pas dévoiler de trop le récit. Une sorte de pentagone amoureux est mis en exergue avec Minako et son fiancé, Naoki, son meilleur ami et Yuri. Les apparences sont souvent trompeuses dans ce jeu de pistes où la plupart camouflent leurs véritables motivations. Le prochain mari de l’héroïne, Kiichirô (Nakamura Tôru – Soratobu Tire, Team Batista), n’est pas aussi innocent qu’à première vue et, tout comme son père, il semble souffrir de la disparition soudaine de sa mère plusieurs décennies auparavant. Le fidèle camarade de Naoki, Nakajima Keita (Yûsuke Santamaria – Anata no Tonari ni Dareka Iru), se laisse porter sur le chemin le plus arrangeant pour lui, tout en rêvant d’emporter le cœur de Yuri. Le scénario manque de fluidité et de cohérence dans la construction de son fil rouge, de ses personnages, mais également des relations les unissant. Minako et Naoki auraient dû bouleverser plus que de raison, mais une alchimie notable leur fait défaut. Le couple que Minako forme avec Kiichirô n’est pas non plus foncièrement crédible et peine à impliquer. La fin gratuitement frustrante reflète d’ailleurs à merveille les lacunes narratives, car le devenir d’un protagoniste survient brutalement, avec très peu d’indices allant dans ce sens.

Pour conclure, à travers les réminiscences d’une femme ayant inconsciemment fui la tragédie de son passé, Nemureru Mori propose une réécriture intimiste d’un conte de fées contemporain. Avec son ambiance mélancolique et résignée, elle réussit sans mal à fasciner dès ses débuts d’autant plus qu’elle se dote d’une intrigue en forme de puzzle mystérieux qui n’attend que d’être achevé. Si ses premiers pas se révèlent exaltants pour leur intensité, elle perd malheureusement en finesse, souffre d’approximations et de maladresses peu engageantes, et se voit parasitée par une mise en scène et des rebondissements excessivement funestes. Ces écueils n’occultent pas les bonnes idées narratives et le registre tristement désabusé joliment insufflé, mais en sus du rythme régulièrement laborieux, ils empêchent de rendre cette fiction indispensable.

By |2017-05-01T13:58:19+01:00novembre 6th, 2015|Nemureru Mori, Séries japonaises|0 Comments